L’objectif de ce problème est d’étudier le développement en série de Fourier d’une fonction 2π-périodique, continue par morceaux, et d’exploiter l’égalité de Parseval pour calculer la valeur exacte de certaines sommes de séries numériques.
On désigne par C2π l’espace vectoriel des fonctions continues de R dans C qui sont 2π-périodiques. Pour tout (f,g)∈(C2π)2, on définit le produit hermitien :
⟨f,g⟩=2π1∫−ππf(t)g(t)dt
Et la norme associée ∥f∥2=⟨f,f⟩.
Soit f la fonction application définie sur R, 2π-périodique, paire, et telle que :
∀t∈[0,π[,f(t)=π−t
avec f(π)=0.
Représentation et régularité : Tracer l’allure de la courbe représentative de f sur [−3π,3π]. La fonction f est-elle de classe C1 par morceaux ?
Calcul des coefficients de Fourier : Pour tout n∈Z, calculer les coefficients de Fourier exponentiels cn(f) de la fonction f définis par :
cn(f)=2π1∫−ππf(t)e−intdt
Expression réelle : En déduire les coefficients de Fourier trigonométriques an(f) et bn(f). Que peut-on dire des coefficients bn(f) ? Pourquoi ?
Convergence de la série de Fourier :
Préciser en tout point t∈R la somme de la série de Fourier de f en invoquant le théorème de Dirichlet.
Écrire l’égalité de Parseval associée à la fonction f.
Applications numériques :
En évaluant la série de Fourier en t=0, déterminer la somme de la série ∑n=0+∞(2n+1)21.
À l’aide de l’égalité de Parseval, calculer la somme ∑n=1+∞n21. Retrouver ainsi la célèbre valeur de ζ(2)=∑n=1+∞n21=6π2.
Parité et coefficients : Puisque f est une fonction réelle et paire, ses coefficients exponentiels cn(f) sont réels, et l’on a c−n(f)=cn(f). De plus, tous les coefficients sinus bn(f) sont nuls.
Intégrations par parties : Pour calculer cn(f) pour n=0, une intégration par parties sera nécessaire. Veillez à bien rédiger les conditions d’application (classe C1 par morceaux).
Dirichlet vs Parseval : Ret bien faire la distinction entre la convergence simple (ou normale) de la série de Fourier vers la fonction (théorème de Dirichlet) et la convergence en norme quadratique (égalité de Parseval) qui permet de sommer les carrés des coefficients.
La fonction f est 2π-périodique et coïncide sur [−π,π] avec la fonction t↦π−∣t∣ (par parité).
Sur l’intervalle ]−π,π[, f est de classe C1 (dérivée constante égale à −1 sur ]0,π[ et 1 sur ]−π,0[). Elle présente des points anguleux en kπ (k∈Z), mais admet des limites finies à gauche et à droite en ces points.
Conclusion : f est continue et de classe C1 par morceaux sur R.
2. Calcul des coefficients de Fourier exponentiels
Par définition, pour n∈Z:
cn(f)=2π1∫−ππf(t)e−intdt
Puisque f est paire, f(t)e−int a la même parité que t↦cos(nt) (le produit d’une fonction paire et d’une fonction paire est pair). Ainsi :
cn(f)=π1∫0π(π−t)cos(nt)dt
Cas n=0 :
c0(f)=π1∫0π(π−t)dt=π1[πt−2t2]0π=π1(π2−2π2)=2π
Cas n=0 :
Effectuons une intégration par parties en posant u(t)=π−t (donc u′(t)=−1) et v′(t)=cos(nt) (donc v(t)=nsin(nt)) :
cn(f)=π1([(π−t)nsin(nt)]0π−∫0π(−1)nsin(nt)dt)
Le terme tout intégré est nul en t=π (car π−π=0) et en t=0 (car sin(0)=0). Il reste :
cn(f)=πn1∫0πsin(nt)dt=πn1[−ncos(nt)]0π=πn21−cos(nπ)
Comme cos(nπ)=(−1)n, on obtient :
cn(f)={0πn22si n est pair (n=0)si n est impair
Théorème de Dirichlet : Puisque f est continue et de classe C1 par morceaux, sa série de Fourier converge normalement (donc simplement) sur R vers f. Ainsi, pour tout t∈R :
f(t)=2a0+∑n=1+∞(an(f)cos(nt)+bn(f)sin(nt))=2π+∑k=0+∞π(2k+1)24cos((2k+1)t)
Égalité de Parseval :
Puisque f∈C2π et est C1 par morceaux, l’égalité de Parseval s’écrit :
∥f∥22=∣c0(f)∣2+∑n=1+∞(∣cn(f)∣2+∣c−n(f)∣2)=∣c0(f)∣2+2∑n=1+∞∣cn(f)∣2
Soit encore avec les coefficients réels :
2π1∫−ππ(f(t))2dt=(2a0)2+21∑n=1+∞(an(f)2+bn(f)2)
Évaluation en t=0 :
On sait que f(0)=π. En substituant t=0 dans la série de Fourier :
f(0)=2π+∑k=0+∞π(2k+1)24cos(0)⟹π=2π+π4∑k=0+∞(2k+1)212π=π4∑k=0+∞(2k+1)21⟹∑k=0+∞(2k+1)21=8π2
Utilisation de Parseval :
Calculons d’abord la norme au carré de f :
∥f∥22=2π1∫−ππf(t)2dt=2π2∫0π(π−t)2dt=π1[−3(π−t)3]0π=π1(0−(−3π3))=3π2
Appliquons maintenant l’égalité de Parseval :
∥f∥22=(2π)2+2∑k=0+∞(π(2k+1)22)2=4π2+π28∑k=0+∞(2k+1)41(ceci donne ζ(4), mais revenons aˋζ(2))Alternative directe avec les coefficients réels :
3π2=(2a0)2+21∑n=1+∞an2=(2π)2+21∑k=0+∞(π(2k+1)24)2
Ceci permet d’obtenir ∑(2k+1)41=96π4.
Pour obtenir ∑n=1+∞n21, séparons les termes pairs et impairs :
S=∑n=1+∞n21=∑k=0+∞(2k+1)21+∑k=1+∞(2k)21=∑k=0+∞(2k+1)21+41∑k=1+∞k21=8π2+41S
On en déduit :
S(1−41)=8π2⟹43S=8π2⟹S=34×8π2=6π2