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Cours : Calcul différentiel dans les espaces vectoriels normés

Le cadre general est celui d’espaces vectoriels normés (EVN) sur le corps K\mathbb{K} (R\mathbb{R} ou C\mathbb{C}), de dimensions finies ou infinies selon les besoins, bien que la plupart des théorèmes fondamentaux de ce chapitre nécessitent des espaces de Banach (complets) ou de dimension finie.

Soient EE et FF deux K\mathbb{K}-EVN, Ω\Omega un ouvert de EE, f:Ω→Ff : \Omega \to F une application, et a∈Ωa \in \Omega.

  • Définition (Différentiabilité) : L’application ff est dite différentiable en aa s’il existe une application linéaire continue L∈L(E,F)L \in \mathcal{L}(E, F) et une application ε:Ω→F\varepsilon : \Omega \to F telles que pour tout h∈Eh \in E tel que a+h∈Ωa+h \in \Omega : f(a+h)=f(a)+L(h)+∥h_Eε(h)f(a+h) = f(a) + L(h) + \|h\_E \varepsilon(h) avec lim⁡h→0ε(h)=0F\lim_{h \to 0} \varepsilon(h) = 0_F. L’application linéaire LL est alors unique ; on la note df(a)\text{d}f(a) ou f′(a)f'(a), appelée différentiable de ff en aa.

  • Lien avec la dérivée directionnelle : Si ff est différentiable en aa, alors pour tout vecteur v∈Ev \in E, ff admet en aa une dérivée suivant vv notée ∂vf(a)\partial_v f(a) ou dvf(a)\text{d}_v f(a), définie par : ∂vf(a)=lim⁡t→0f(a+tv)−f(a)t=df(a)(v)\partial_v f(a) = \lim_{t \to 0} \frac{f(a+tv) - f(a)}{t} = \text{d}f(a)(v)

  • Dérivées partielles : Si E=E1×⋯×EpE = E_1 \times \dots \times E_p est un produit d’EVN, la ii-ème dérivée partielle de ff en a=(a1,…,ap)a = (a_1, \dots, a_p) est la différentiable (si elle existe) de l’application partielle xi↦f(a1,…,xi,…,ap)x_i \mapsto f(a_1, \dots, x_i, \dots, a_p).
  • Gradient : Dans le cas où EE est un espace préhilbertien réel muni d’un produit scalaire ⟨⋅,⋅⟩\langle \cdot, \cdot \rangle et F=RF = \mathbb{R}, le théorème de représentation de Riesz assure l’existence d’un unique vecteur ∇f(a)∈E\nabla f(a) \in E, appelé gradient, tel que pour tout h∈Eh \in E : df(a)(h)=⟨∇f(a),h⟩\text{d}f(a)(h) = \langle \nabla f(a), h \rangle
  • On dit que ff est de classe C0(Ω,F)\mathcal{C}^0(\Omega, F) si elle est continue.
  • On dit que ff est de classe C1(Ω,F)\mathcal{C}^1(\Omega, F) si elle est différentiable sur Ω\Omega et si l’application df:Ω→L(E,F)\text{d}f : \Omega \to \mathcal{L}(E, F) est continue.

📐 2. Théorèmes fondamentaux & Démonstrations clés

Section titled “📐 2. Théorèmes fondamentaux & Démonstrations clés”

1. Théorème de Schwarz (Symétrie des dérivées secondes)

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  • Énoncé : Soit Ω\Omega un ouvert de R2\mathbb{R}^2 et f:Ω→Rf : \Omega \to \mathbb{R} une application de classe C2\mathcal{C}^2. Alors pour tout (x,y)∈Ω(x, y) \in \Omega : ∂2f∂x∂y(x,y)=∂2f∂y∂x(x,y)\frac{\partial^2 f}{\partial x \partial y}(x,y) = \frac{\partial^2 f}{\partial y \partial x}(x,y)

  • Démonstration (Esquisse par double application du TAF) : On introduit la quantité infinitésimale de second ordre pour h,k≠0h, k \neq 0 petits : Δ(h,k)=f(x+h,y+k)−f(x+h,y)−f(x,y+k)+f(x,y)\Delta(h, k) = f(x+h, y+k) - f(x+h, y) - f(x, y+k) + f(x,y) On définit g(t)=f(x+t,y+k)−f(x+t,y)g(t) = f(x+t, y+k) - f(x+t, y). Par le théorème des accroissements finis (TAF) appliqué à gg sur [0,h][0, h] : Δ(h,k)=h(∂f∂x(x+θ1h,y+k)−∂f∂x(x+θ1h,y))\Delta(h, k) = h \left( \frac{\partial f}{\partial x}(x+\theta_1 h, y+k) - \frac{\partial f}{\partial x}(x+\theta_1 h, y) \right) On applique à nouveau le TAF, cette fois par rapport à la seconde variable sur [0,k][0, k] : Δ(h,k)=hk∂2f∂y∂x(x+θ1h,y+θ2k)\Delta(h, k) = hk \frac{\partial^2 f}{\partial y \partial x}(x+\theta_1 h, y+\theta_2 k) En procédant de même en inversant l’ordre des applications, on obtient Δ(h,k)=hk∂2f∂x∂y(x+θ1′h,y+θ2′k)\Delta(h, k) = hk \frac{\partial^2 f}{\partial x \partial y}(x+\theta'_1 h, y+\theta'_2 k). Par continuité des dérivées secondes et passage à la limite lorsque (h,k)→(0,0)(h, k) \to (0, 0), on conclut à l’égalité. ■\blacksquare

  • Énoncé : Soient E,FE, F deux R\mathbb{R}-EVN, a,b∈Ea, b \in E avec a≠ba \neq b. Soit f:[a,b]→Ff : [a, b] \to F une application continue sur le segment [a,b][a, b], et différentiable sur l’ouvert ]a,ba, b[. Alors : ∥f(b)−f(a)∥F≤sup⁡c∈]a,b[∥df(c)∥L(E,F)∥b−a∥E\|f(b) - f(a)\|_F \le \sup_{c \in ]a, b[} \|\text{d}f(c)\|_{\mathcal{L}(E,F)} \|b - a\|_E

1. Algorithme de calcul de la différentiable

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Pour montrer qu’une application f:Ω⊂E→Ff : \Omega \subset E \to F est différentiable en aa et calculer sa différentiable :

  1. Candidat (via les dérivées partielles) : Si E=RnE = \mathbb{R}^n, on calcule les dérivées partielles ∂f∂xi(a)\frac{\partial f}{\partial x_i}(a) pour tout i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\}.
  2. Linéarité candidate : On forme l’application linéaire L:h=(h1,…,hn)↦∑i=1nhi∂f∂xi(a)L : h = (h_1, \dots, h_n) \mapsto \sum_{i=1}^n h_i \frac{\partial f}{\partial x_i}(a).
  3. Vérification par la limite : On étudie la quantité ∥f(a+h)−f(a)−L(h)∥F∥h∥E\frac{\|f(a+h) - f(a) - L(h)\|_F}{\|h\|_E} lorsque h→0Eh \to 0_E.
  4. Conclusion par C1\mathcal{C}^1 : En pratique, on montre souvent que ff est de classe C1\mathcal{C}^1 sur Ω\Omega en vérifiant la continuité des dérivées partielles, ce qui implique la différentiabilité.

2. Matrice Jacobienne (en dimension finie)

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Si E=RnE = \mathbb{R}^n et F=RpF = \mathbb{R}^p, la différentiable df(a)\text{d}f(a) est représentée dans les bases canoniques par la matrice jacobienne Jf(a)∈Mp,n(R)J_f(a) \in \mathcal{M}_{p,n}(\mathbb{R}) :

\frac{\partial f_1}{\partial x_1}(a) & \dots & \frac{\partial f_1}{\partial x_n}(a) \\ \vdots & & \vdots \\ \frac{\partial f_p}{\partial x_1}(a) & \dots & \frac{\partial f_p}{\partial x_n}(a) \end{pmatrix}$$ ### 3. Règle de chaine (Chain Rule) Soient $U \subset E$, $V \subset F$ des ouverts, $f : U \to V$ et $g : V \to G$ deux applications. Si $f$ est différentiable en $a \in U$ et $g$ est différentiable en $f(a) \in V$, alors l'application composée $g \circ f$ est différentiable en $a$ et : $$\text{d}(g \circ f)(a) = \text{d}g(f(a)) \circ \text{d}f(a)$$ --- ## ⚠️ 4. Pièges classiques aux Concours 1. **Confondre existence des dérivées partielles et différentiabilité :** Une application peut admettre des dérivées partielles en un point sans y être continue, et donc *a fortiori* sans y être différentiable. *Exemple classique :* $f(x, y) = \frac{xy}{x^2+y^2}$ si $(x,y) \neq (0,0)$ et $f(0,0)=0$. Ses dérivées partielles existent en $(0,0)$, mais $f$ n'y est même pas continue. 2. **Oublier la complétude (Banach) dans les théorèmes d'inversion :** Le théorème d'inversion locale et le théorème des fonctions implicites exigent que les espaces vectoriels normés sous-jacents soient complets (de Banach) lorsque l'on travaille en dimension infinie. En dimension finie, cette propriété est automatique. 3. **Mauvaise manipulation de la norme d'opérateurs :** Pour appliquer le théorème des accroissements finis ou le théorème de point fixe de Picard, il est impératif de majorer correctement la norme subordonnée de la différentiable : $$\|\text{d}f(x)\|_{\mathcal{L}(E,F)} = \sup_{\|h\|_E \le 1} \|\text{d}f(x)(h)\|_F$$ Ne pas confondre avec la simple norme euclidienne des coefficients de la matrice jacobienne.