Exercice 2 : Fonctions génératrices
Problème : Étude asymptotique et propriétés des fonctions génératrices de probabilités
Section titled “Problème : Étude asymptotique et propriétés des fonctions génératrices de probabilités”Matière : Mathématiques — Filière : MP Chapitre: Variables aléatoires discrètes*
Énoncé
Section titled “Énoncé”Soit une variable aléatoire définie sur un espace probabilisé , à valeurs dans . On appelle fonction génératrice de la fonction définie, pour tout nombre réel (ou complexe) tel que la série entière converge, par :
L’objectif de ce problème est d’étudier les propriétés de régularité de ces fonctions, de résoudre une équation fonctionnelle liée à un processus de branchement, et enfin d’analyser les limites d’un tel modèle probabiliste.
Questions
Section titled “Questions”Partie I : Propriétés générales et régularité
Section titled “Partie I : Propriétés générales et régularité”- Montrer que le rayon de convergence de la série entière définissant est supérieur ou égal à . En déduire que est de classe sur l’intervalle .
- Exprimer les moments factoriels de (lorsqu’ils existent) à l’aide des dérivées successives de en (par isclm ou limite à gauche). En déduire l’espérance et la variance en fonction des dérivées de .
- Soient et deux variables aléatoires indépendantes à valeurs dans . Exprimer la fonction génératrice de la somme en fonction de et .
Partie II : Processus de branchement et équation fonctionnelle
Section titled “Partie II : Processus de branchement et équation fonctionnelle”On considère une population d’individus où chaque individu, à chaque génération, se reproduit de manière indépendante en donnant naissance à un nombre aléatoire d’enfants dont la loi est donnée par une variable à valeurs dans , de fonction génératrice . On suppose que et , avec .
Soit leeffectif de la -ième génération, avec . On note la fonction génératrice de . 4. En conditionnant par rapport à la première génération , établir la relation de récurrence : et en déduire que . 5. On s’intéresse à la probabilité d’extinction de la population, notée . Montrer que est une solution de l’équation sur . 6. En étudiant les variations de la fonction sur , déterminer la valeur exacte de selon la valeur du paramètre .
Partie III : Analyse critique des limites du modèle
Section titled “Partie III : Analyse critique des limites du modèle”- Analyse critique : Dans le cadre des processus de branchement (Partie II), discutez de la pertinence de ce modèle pour simuler l’évolution d’une population réelle (biologique ou démographique). Quelles sont les hypothèses fortes qui pèsent sur les limites de ce modèle mathématique ?
Pistes et indications
Section titled “Pistes et indications”- Q1 : Utiliser le fait que et que pour .
- Q2 : Penser à dériver terme à terme la série entière à l’intérieur de son disque de convergence.
- Q4 : Utiliser la formule des probabilités totales en écrivant où les sont i.i.d. de même loi que .
- Q6 : Étudier la convexité de sur sachant que .
Corrigé pas à pas
Section titled “Corrigé pas à pas”Partie I_1. Le terme général de la suite de coefficients est . Comme est à valeurs dans , . La série est donc absolument convergente (et vaut ). Par conséquent, pour tout tel que , la série converge absolument (majorée par ). Le rayon de convergence vérifie donc . Par thèorie des séries entières, est de classe sur , donc en particulier sur .
Section titled “Partie I_1. Le terme général de la suite de coefficients est an=P(X=n)a_n = P(X=n)an=P(X=n). Comme XXX est à valeurs dans N\mathbb{N}N, ∑n=0+∞P(X=n)=1\sum_{n=0}^{+\infty} P(X=n) = 1∑n=0+∞P(X=n)=1. La série ∑P(X=n)\sum P(X=n)∑P(X=n) est donc absolument convergente (et vaut 111). Par conséquent, pour tout ttt tel que ∣t∣≤1|t| \le 1∣t∣≤1, la série ∑P(X=n)tn\sum P(X=n) t^n∑P(X=n)tn converge absolument (majorée par ∑P(X=n)=1\sum P(X=n) = 1∑P(X=n)=1). Le rayon de convergence RRR vérifie donc R≥1R \ge 1R≥1. Par thèorie des séries entières, GXG_XGX est de classe C∞\mathcal{C}^\inftyC∞ sur ]−R,R[]-R, R[]−R,R[, donc en particulier sur ]−1,1[]-1, 1[]−1,1[.”-
Pour , on peut dériver fois terme à terme : Par convergence (notamment quand par continuité abélienne), on obtient : En particulier :
- .
-
Par indépendance de et :
Partie II
Section titled “Partie II”-
Soit . La population à la génération est la somme de processus indépendants ayant la même loi que . Ainsi, par conditionnement : Par récurrence immédiate, on trouve . (Note : l’énoncé suggérait l’ordre des compositions, ).
-
La probabilité d’extinction à la génération est . Par continuité de la probabilité, . Comme est continue, en passant à la limite dans , on obtient .
-
Étudions sur .
- .
- .
- , et (fonction convexe). Comme , la pente en est strictement positive, donc s’annule sur . Par stricte convexité, il existe une unique racine . La suite étant croissante majorée par , elle converge vers ce point fixe unique .
Partie III : Analyse critique des limites du modèle
Section titled “Partie III : Analyse critique des limites du modèle”Analyse critique du modèle de processus de branchement :
- Hypothèse d’indépendance des descendances : Le modèle suppose que le nombre d’enfants de chaque individu est une variable aléatoire indépendante de celle des autres individus et des générations précédentes. En biologie ou en démographie, c’est une simplification excessive : les ressources limitées de l’environnement (nourriture, espace) font que la reproduction dépend de la taille totale de la population (phénomène de régulation densité-dépendant).
- Homogénéité temporelle : La loi de est supposée constante au cours du temps . Or, les conditions extérieures (climat, épidémies, économie) varient, rendant la loi de reproduction non stationnaire.
- Caractère sans mémoire (absence d’âge) : Le modèle ne tient pas compte de la structure par âge ou par sexe de la population, aspects pourtant cruciaux dans toute dynamique des populations réelles. Conclusion: * Bien que mathématiquement élégante et puissante pour obtenir des seuils critiques (comme le critère pour la survie presque sûre), la fonction génératrice dans ce cadre fournit un modèle idéaliste qu’il convient de coupler avec des équations différentielles stochastiques non linéaires pour des applications réalistes.