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Cours : Cinétique chimique

La cinétique chimique a pour objet l’étude quantitative de l’évolution des systèmes chimiques au cours du temps. Contrairement à la thermochimie qui se focalise sur les états d’équilibre (via l’enthalpie libre ΔrG\Delta_r G), la cinétique s’intéresse à la vitesse à laquelle ces états sont atteints.

Considérons une réaction chimique modélisée par l’équation Bilan suivante : ∑iνiAi=0\sum_{\text{i}} \nu_i A_i = 0 où les νi\nu_i sont les coefficients algébriques (négatifs pour les réactifs, positifs pour les produits).

Pour un système fermé le volume réactionnel VV étant constant, on définit l’avancement de la réaction ξ\xi (exprimé en mol\text{mol}). La vitesse volumique de réaction vv est définie par : v=1Vdξdt=1νid[Ai]dtv = \frac{1}{V} \frac{\mathrm{d}\xi}{\mathrm{d}t} = \frac{1}{\nu_i} \frac{\mathrm{d}[A_i]}{\mathrm{d}t} où [Ai]=niV[A_i] = \frac{n_i}{V} représente la concentration molaire de l’espèce AiA_i (en mol⋅L−1\text{mol}\cdot\text{L}^{-1} ou mol⋅m−3\text{mol}\cdot\text{m}^{-3}). L’unité usuelle de vv est mol⋅L−1⋅s−1\text{mol}\cdot\text{L}^{-1}\cdot\text{s}^{-1}.

Un facteur cinétique est tout paramètre physique ou chimique modifiant la rapidité d’évolution d’un système :

  • La température TT : Décrite qualitativement par la loi de Van’t Hoff et quantitativement par la loi d’Arrhenius.
  • Les concentrations initiales des réactifs : Plus les concentrations sont élevées, plus les fréquences des chocs efficaces sont grandes.
  • La présence d’un catalyseur : Espèce chimique qui accélère une réaction sans modifier l’état d’équilibre final et qui se retrouve régénérée à l’fin.
  • L’état physique des réactifs (systèmes hétérogènes).

📐 2. Théorèmes fondamentaux & Démonstrations clés

Section titled “📐 2. Théorèmes fondamentaux & Démonstrations clés”

Une réaction est dite d’ordre global n=α+β+…n = \alpha + \beta + \dots si sa vitesse s’exprime sous la forme différentielle (loi de Guldberg et Waage) : v=k(T)∏reˊactifs[Ai]αiv = k(T) \prod_{\text{réactifs}} [A_i]^{\alpha_i} avec k(T)k(T) la constante de vitesse (ou coefficient de vitesse), dont l’unité dépend de l’ordre global de la réaction.

2.2. Études des cinétiques d’ordres courants (Volume constant)

Section titled “2.2. Études des cinétiques d’ordres courants (Volume constant)”

La vitesse est indépendante des concentrations.

  • Équation différentielle pour un réactif AA : d[A]dt=−k\frac{\mathrm{d}[A]}{\mathrm{d}t} = -k
  • Loi horaire : [A](t)=[A]0−kt[A](t) = [A]_0 - k t
  • Temps de demi-réaction t1/2t_{1/2} (défini par [A](t1/2)=[A]02[A](t_{1/2}) = \frac{[A]_0}{2}) : t1/2=[A]02kt_{1/2} = \frac{[A]_0}{2k}
  • Équation différentielle : d[A]dt=−k[A]\frac{\mathrm{d}[A]}{\mathrm{d}t} = -k[A]
  • Loi horaire (par séparation des variables et intégration) : ln⁡([A](t)[A]0)=−kt  ⟺  [A](t)=[A]0exp⁡(−kt)\ln\left(\frac{[A](t)}{[A]_0}\right) = -k t \iff [A](t) = [A]_0 \exp(-kt)
  • Temps de demi-réaction : t1/2=ln⁡(2)kt_{1/2} = \frac{\ln(2)}{k} Remarquons que pour une cinétique d’ordre 1, le temps de demi-réaction est indépendant de la concentration initiale.
  • Équation différentielle : d[A]dt=−k[A]2\frac{\mathrm{d}[A]}{\mathrm{d}t} = -k[A]^2
  • Loi horaire : 1[A](t)−1[A]0=kt\frac{1}{[A](t)} - \frac{1}{[A]_0} = k t
  • Temps de demi-réaction : t1/2=1k[A]0t_{1/2} = \frac{1}{k[A]_0}

💡 3. Méthodes classiques de résolution

Section titled “💡 3. Méthodes classiques de résolution”

3.1. Méthode intégrale (ou de vérification)

Section titled “3.1. Méthode intégrale (ou de vérification)”

Elle consiste à faire l’hypothèse d’un ordre (souvent 0, 1 ou 2), à intégrer l’équation différentielle, puis à tracer la grandeur correspondante en fonction du temps ([A](t)[A](t), ln⁡([A](t))\ln([A](t)) ou 1[A](t)\frac{1}{[A](t)}). Si les points expérimentaux s’alignent sur une droite de manière satisfaisante, l’hypothèse d’ordre est validée.

Elle exploite directement la définition de la vitesse : v=−d[A]dtv = -\frac{\mathrm{d}[A]}{\mathrm{d}t}. En prenant le logarithme népérien de la loi de vitesse pour un ordre 1 : ln⁡(v)=ln⁡(k)+αln⁡([A])\ln(v) = \ln(k) + \alpha \ln([A]) Le tracé de ln⁡(v)\ln(v) en fonction de ln⁡([A])\ln([A]) permet d’obtenir une droite dont la pente est l’ordre α\alpha.

Si l’on étudie une réaction impliquant plusieurs réactifs (par exemple A+B→produitsA + B \rightarrow \text{produits} de vitesse v=k[A]α[B]βv = k[A]^\alpha [B]^\beta), l’exploitation mathématique est complexe. On utilise la dégénérescence de l’ordre en introduisant l’un des réactifs (disons BB) en excès stœchiométrique massif : [B]0≫[A]0[B]_0 \gg [A]_0 Au cours du temps, la concentration de BB varie très peu et peut être considérée comme constante : [B](t)≈[B]0[B](t) \approx [B]_0. La loi de vitesse se simplifie alors en : v=kapp[A]αaveckapp=k[B]0βv = k_{\text{app}}[A]^\alpha \quad \text{avec} \quad k_{\text{app}} = k [B]_0^\beta On accède ainsi à l’ordre partiel α\alpha par rapport à AA. En réitérant l’opération avec AA en excès, on détermine l’ordre β\beta.

3.4. Approximation de l’État Quasi-Stationniste (AEQS)

Section titled “3.4. Approximation de l’État Quasi-Stationniste (AEQS)”

Appliquée aux mécanismes réactionnels complexes comportant des intermédiaires réactionnels II (espèces hautement réactives, non isolables). L’AEQS consiste à supposer que la vitesse de formation de l’intermédiaire réactionnel compense instantanément sa vitesse de disparition après une brève phase d’induction : d[I]dt≈0\frac{\mathrm{d}[I]}{\mathrm{d}t} \approx 0 Cette approximation algébrique permet d’exprimer la concentration de II en fonction des concentrations des réactifs stables, afin d’injecter cette expression dans la vitesse globale de la réaction.


  1. Confondre stœchiométrie et ordre cinétique : Pour une réaction chimique bilantaires aA+bB→produitsaA + bB \rightarrow \text{produits}, rien n’impose que l’ordre partiel soit égal au coefficient stœchiométrique (α=a\alpha = a et β=b\beta = b). Ceci n’est vrai que pour une réaction élémentaire (se déroulant en une seule étape microscopique).
  2. Unités de la constante de vitesse kk : Oublier d’adapter l’unité de kk en fonction de l’ordre global nn de la réaction. L’équation aux dimensions impose que [v]=[k]⋅(concentration)n[v] = [k] \cdot (\text{concentration})^n, soit [k]=(concentration)1−n⋅temps−1[k] = (\text{concentration})^{1-n}\cdot\text{temps}^{-1}.
  3. Oublier le volume variable : Dans un système ouvert ou lors de réactions en phase gazeuse à pression et température constantes où le nombre de moles change (Δνg≠0\Delta \nu_g \neq 0), le volume VV n’est pas constant. Écrire d[A]dt=1VdnAdt\frac{\mathrm{d}[A]}{\mathrm{d}t} = \frac{1}{V}\frac{\mathrm{d}n_A}{\mathrm{d}t} oblige à dériver un quotient si V=V(t)V = V(t).
  4. Mauvaise application de l’AEQS : Utiliser l’AEQS sur un réactif ou un produit stable. L’AEQS est strictement réservée aux intermédiaires réactionnels (espèces instables en faible concentration stationnaire).
  5. Température et loi d’Arrhenius : Attention aux unités lors de l’utilisation de la loi d’Arrhenius k=Aexp⁡(−EaRT)k = A \exp\left(-\frac{E_a}{R T}\right). L’énergie d’activation EaE_a est impérativement en J⋅mol−1\text{J}\cdot\text{mol}^{-1}, la température TT en Kelvin (K\text{K}), et R=8,314 J⋅K−1⋅mol−1R = 8,314 \, \text{J}\cdot\text{K}^{-1}\cdot\text{mol}^{-1}.