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Exercice 1 : Produit matriciel et inversibilité

PROBLÈME GUIDÉ : Étude de l’inversibilité de matrices dépendant de paramètres et commutativité

Section titled “PROBLÈME GUIDÉ : Étude de l’inversibilité de matrices dépendant de paramètres et commutativité”

Filière : MPSI
Matière : Mathématiques
Chapitre: ** Calcul matriciel et systèmes
Thème : Produit matriciel, inversibilité et relations de commutation


Dans tout le problème, nn désigne un entier naturel supérieur ou égal à 22. On note Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}) l’espace vectoriel des matrices carrées de taille nn à coefficients réels, et InI_n la matrice identité de Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}).

Le problème se propose d’étudier l’inversibilité de matrices construites à l’aide de relations algébriques non triviales, de déterminer le commutant de certaines matrices et d’analyser une approximation numérique d’inverse de matrice, tout en soulevant les limites de la modélisation informatique.


Partie I : Une relation polynomiale et inversibilité

Section titled “Partie I : Une relation polynomiale et inversibilité”

Soit A∈Mn(R)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) telle que A3−3A2+2In=0A^3 - 3A^2 + 2I_n = 0.

  1. Montrer que AA est inversible et exprimer son inverse A−1A^{-1} sous forme d’un polynôme en AA.
  2. Déterminer les valeurs propres complexes possibles de la matrice AA (on pourra utiliser le fait que pour tout polynôme PP et toute valeur propre λ\lambda de AA, P(λ)P(\lambda) est valeur propre de P(A)P(A)).
  3. On suppose désormais que n=2n=2 et que A=(1102)A = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 2 \end{pmatrix}. Vérifier que AA satisfait la relation précédente. Construire une matrice B∈M2(R)B \in \mathcal{M}_2(\mathbb{R}) non nulle telle que AB=BAAB = BA sans être un polynôme en AA de degré ≤2\le 2 (on cherchera BB sous la forme d’un polynôme en AA ou d’une combinaison linéaire simple). Plus précisément, déterminer explicitement le commutant de AA, noté C(A)\mathcal{C}(A).

Partie II : Perturbation d’une matrice inversible et limite du modèle

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Soit M∈Mn(R)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) une matrice inversible et H∈Mn(R)H \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) une matrice de perturbation. On souhaite approcher l’inverse de M+HM + H.

  1. On suppose que la norme subordonnée de HH vérifie ∥H∥<∥M−1∥−1\|H\| < \|M^{-1}\|^{-1}. Établir que la matrice In+M−1HI_n + M^{-1}H est inversible. En déduire que M+HM+H est inversible et que son inverse peut se développer sous la forme d’une série de Neumann : (M+H)−1=∑k=0+∞(−1)k(M−1H)kM−1(M+H)^{-1} = \sum_{k=0}^{+\infty} (-1)^k (M^{-1}H)^k M^{-1}
  2. Application numérique et analyse critique : On considère M=(10010−6)M = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 10^{-6} \end{pmatrix} et H=(00010−6)H = \begin{pmatrix} 0 & 0 \\ 0 & 10^{-6} \end{pmatrix}. Calculer (M+H)−1(M+H)^{-1}. Que remarquez-vous sur l’ordre de grandeur des coefficients de la matrice inverse par rapport à HH ? Discuter des limites de ce modèle d’inversion en arithmétique finie (ordinateurs).

  • Q1 : Factorisez le polynôme X3−3X2+2X^3 - 3X^2 + 2 dans R[X]\mathbb{R}[X]. Isolez l’identité InI_n pour faire apparaître un facteur commun AA.
  • Q2 : Si λ\lambda est valeur propre de AA associée à un vecteur non nul XX, appliquez l’égalité polynomiale à XX.
  • Q3 : Pour trouver le commutant de A=(1102)A = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 2 \end{pmatrix}, écrivez une matrice B=(xyzt)B = \begin{pmatrix} x & y \\ z & t \end{pmatrix} et résolvez le système linéaire découlant de AB=BAAB = BA.
  • Q4 : Pensez à l’identité algébrique (In−X)∑k=0NXk=In−XN+1(I_n - X)\sum_{k=0}^N X^k = I_n - X^{N+1}. Utilisez la convergence de la série géométrique matricielle lorsque ∥X∥<1\|X\| < 1.
  • Q5 : Calculez explicitement M+HM+H, son inverse, et observez le conditionnement de la matrice MM.

Partie I : Une relation polynomiale et inversibilité

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  1. Inversibilité et expression de A−1A^{-1} : On factorise le polynôme P(X)=X3−3X2+2P(X) = X^3 - 3X^2 + 2. Remarquons que P(1)=1−3+2=0P(1) = 1 - 3 + 2 = 0. Par division euclidienne ou identification : X3−3X2+2=(X−1)(X2−2X−2)X^3 - 3X^2 + 2 = (X - 1)(X^2 - 2X - 2) La matrice AA vérifiant A3−3A2+2In=0A^3 - 3A^2 + 2I_n = 0, on a : A3−3A2=−2In  ⟺  A(A2−3A)=−2In  ⟺  A(−12(A2−3A))=InA^3 - 3A^2 = -2I_n \iff A(A^2 - 3A) = -2I_n \iff A \left( -\frac{1}{2} (A^2 - 3A) \right) = I_n Ainsi, AA est inversible et son inverse est : A−1=−12(A2−3A)=32In−12AA^{-1} = -\frac{1}{2}(A^2 - 3A) = \frac{3}{2}I_n - \frac{1}{2}A

  2. Valeurs propres de AA : Soit λ\lambda une valeur propre de AA et X≠0X \neq 0 un vecteur propre associé. On a AX=λXAX = \lambda X. En appliquant la relation polynomiale à XX, on obtient : (A3−3A2+2In)X=0  ⟹  (λ3−3λ2+2)X=0(A^3 - 3A^2 + 2I_n)X = 0 \implies (\lambda^3 - 3\lambda^2 + 2)X = 0 Comme X≠0X \neq 0, nécessairement λ3−3λ2+2=0\lambda^3 - 3\lambda^2 + 2 = 0. Les valeurs propres de AA sont donc racines du polynôme P(X)P(X), c’est-à-dire 11 et 1±31 \pm \sqrt{3}.

  3. Calcul du commutant pour n=2n=2 : Soit B=(xyzt)∈M2(R)B = \begin{pmatrix} x & y \\ z & t \end{pmatrix} \in \mathcal{M}_2(\mathbb{R}). Calculons les produits : AB=(1102)(xyzt)=(x+zy+t2z2t)AB = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 2 \end{pmatrix} \begin{pmatrix} x & y \\ z & t \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} x+z & y+t \\ 2z & 2t \end{pmatrix} BA=(xyzt)(1102)=(xx+2yzz+2t)BA = \begin{pmatrix} x & y \\ z & t \end{pmatrix} \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 2 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} x & x + 2y \\ z & z + 2t \end{pmatrix} La condition AB=BAAB = BA donne le système : {x+z=xy+t=x+2y2z=z2t=z+2t  ⟺  {z=0x=t−yz=0z=0\begin{cases} x+z = x \\ y+t = x+2y \\ 2z = z \\ 2t = z + 2t \end{cases} \iff \begin{cases} z = 0 \\ x = t - y \\ z = 0 \\ z = 0 \end{cases} Ainsi, z=0z = 0 et x=t−yx = t-y, ce qui signifie que BB est de la forme : B=(t−yy0t)=(t−y)(1001)+y(−1101)B = \begin{pmatrix} t-y & y \\ 0 & t \end{pmatrix} = (t-y)\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 1 \end{pmatrix} + y\begin{pmatrix} -1 & 1 \\ 0 & 1 \end{pmatrix} Le commutant C(A)\mathcal{C}(A) est donc l’espace vectoriel engendré par I2I_2 et (−1101)\begin{pmatrix} -1 & 1 \\ 0 & 1 \end{pmatrix}. Puisque tout polynôme en AA s’exprime comme une combinaison linéaire de I2I_2 et AA (le polynôme minimal de AA étant scindé à racines simples X(X−1)(X−2)X(X-1)(X-2) ou via Cayley-Hamilton sur un polynôme de degré 2), et que A=(1102)A = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 2 \end{pmatrix}, on constate que C(A)\mathcal{C}(A) est de dimension 2, ce qui montre que le commutant contient des matrices qui ne sont pas de simples polynômes en AA (ou que les polynômes se réduisent à une forme spécifique).


Partie II : Perturbation d’une matrice inversible et limite du modèle

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  1. Série de Neumann : Si ∥M−1H∥<1\|M^{-1}H\| < 1, la matrice X=−M−1HX = -M^{-1}H vérifie ∥X∥<1\|X\| < 1. Il est connu (cours d’analyse/algébre linéaire sur les normes matricielles) que In−X=In+M−1HI_n - X = I_n + M^{-1}H est inversible et que son inverse s’exprime comme la somme de la série géométrique : (In+M−1H)−1=∑k=0+∞(−1)k(M−1H)k(I_n + M^{-1}H)^{-1} = \sum_{k=0}^{+\infty} (-1)^k (M^{-1}H)^k Or, M+H=M(In+M−1H)M + H = M(I_n + M^{-1}H). Comme produit de matrices inversibles, M+HM+H est inversible et : (M+H)−1=(In+M−1H)−1M−1=(∑k=0+∞(−1)k(M−1H)k)M−1(M+H)^{-1} = (I_n + M^{-1}H)^{-1} M^{-1} = \left( \sum_{k=0}^{+\infty} (-1)^k (M^{-1}H)^k \right) M^{-1}

  2. Application numérique et analyse critique : Calculons M+HM+H : M+H=(10010−6)+(00010−6)=(1002⋅10−6)M+H = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 10^{-6} \end{pmatrix} + \begin{pmatrix} 0 & 0 \\ 0 & 10^{-6} \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 2 \cdot 10^{-6} \end{pmatrix} Son inverse est immédiat : (M+H)−1=(10012106)=(1005⋅105)(M+H)^{-1} = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & \frac{1}{2} 10^{6} \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 5 \cdot 10^{5} \end{pmatrix}

    Analyse critique des limites du modèle : La perturbation HH est extrêmement petite (∥H∥=10−6\|H\| = 10^{-6}), pourtant elle entraîne une modification gigantesque sur le coefficient (2,2)(2,2) de l’inverse (qui passe de 10610^6 à 5⋅1055 \cdot 10^5, soit une variation de l’ordre de 5⋅1055 \cdot 10^5).

    • Conditionnement : Le nombre de conditionnement de la matrice MM (pour la norme subordonnée infinie, cond(M)=∥M∥∥M−1∥\text{cond}(M) = \|M\| \|M^{-1}\|) vaut ici 1×106=1061 \times 10^6 = 10^6.
    • Limite informatique : En arithmétique à virgule flottante (précision machine εmach≈10−16\varepsilon_{\text{mach}} \approx 10^{-16} pour le double standard), une matrice mal conditionnée amplifie considérablement les erreurs d’arrondi. Si HH représente une erreur de mesure ou d’arrondi, l’erreur relative sur le calcul de l’inverse est multipliée par le conditionnement. Le modèle théorique de Neumann garantit mathématiquement l’inversibilité, mais l’évaluation numérique par ordinateur devient numériquement instable pour des matrices de grand conditionnement, rendant les résultats aberrants si l’on ne recourt pas à des méthodes de régularisation ou à une arithmétique de plus haute précision.