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Exercice 2 : Écoulements parfaits et théorème de Bernoulli

Problème : Étude d’un écoulement parfait stationnaire et application au tube de Pitot-Prandtl

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Ce problème s’intéresse à la modélisation de l’écoulement d’un fluide parfait autour d’obstacles et à la mesure locale de vitesse par des méthodes aérodynamiques. Les candidats sont invités à manipuler les équations locales de la mécanique des fluides ainsi que les intégrales premières du mouvement. Une attention particulière sera portée aux hypothèses physiques et à la critique rigoureuse des modèles.


On considère un fluide incompressible, de masse volumique ρ\rho constante, supposé parfait (viscosité négligeable) et pesant (accélération de la pesanteur g⃗=−ge⃗z\vec{g} = -g \vec{e}_z). L’écoulement est supposé stationnaire.

Partie A : Rapports énergétiques et relation de Bernoulli généralisée

Section titled “Partie A : Rapports énergétiques et relation de Bernoulli généralisée”
  1. Rappontez l’expression de la conservation de la quantité de mouvement (équation d’Euler) pour un fluide parfait soumis à des forces massiques conservatives.
  2. En déduire le théorème de Bernoulli le long d’une ligne de courant. Préciser les hypothèses nécessaires à son application.

Partie B : Mesure de vitesse par un tube de Pitot-Prandtl

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On souhaite mesurer la vitesse v0v_0 d’un écoulement d’air (assimilé à un fluide parfait incompressible de masse volumique ρ\rho) loin en amont d’un corps effilé. On utilise un tube de Pitot-Prandtl.

  • Le point AA (prise statique) est situé sur la paroi latérale du tube où les lignes de courant sont parallèles à l’axe et la vitesse du fluide est égale à la vitesse de l’écoulement non perturbé v0v_0. La pression mesurée en AA est pAp_A.
  • Le point BB (prise d’arrêt) est situé à l’extrémité amont du tube, au niveau d’un point d’arrêt où la vitesse du fluide est nulle. La pression mesurée en BB est pBp_B.
  1. Exprimer la relation entre les pressions pAp_A et pBp_B en appliquant le théorème de Bernoulli entre le point AA et le point BB sur une même ligne de courant.
  2. En déduire l’expression de la vitesse v0v_0 en fonction de Δp=pB−pA\Delta p = p_B - p_A et de ρ\rho.

Partie C : Écoulement autour d’un cylindre et limites du modèle

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On modélise l’écoulement autour d’un cylindre infini de rayon RR par un champ de vitesses potentielles. En coordonnées polaires (r,θ)(r, \theta), le potentiel de vitesse est donné par : Φ(r,θ)=V0(r+R2r)cos⁡θ\Phi(r, \theta) = V_0 \left(r + \frac{R^2}{r}\right) \cos\theta 5. Déterminer les composantes radiale vr(r,θ)v_r(r, \theta) and orthoradiale vθ(r,θ)v_\theta(r, \theta) de la vitesse. 6. Calculer la vitesse du fluide sur la paroi du cylindre (r=Rr = R). En déduire les zones de surpression et de dépression par rapport à la pression incidente p0p_0. 7. Analyse critique : Calculer la force résultante exercée par le fluide sur le cylindre (paradoxe de d’Alembert). Discuter de la validité de ce résultat au regard de l’expérience physique et des limites du modèle de fluide parfait.


II. Pistes et indications pour la résolution

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  • Q1 & Q2 : Pensez à utiliser l’identité vectorielle (v⃗⋅∇⃗)v⃗=∇⃗(v22)−v⃗∧(∇⃗∧v⃗)(\vec{v} \cdot \vec{\nabla})\vec{v} = \vec{\nabla}\left(\frac{v^2}{2}\right) - \vec{v} \land (\vec{\nabla} \land \vec{v}). Pour une ligne de courant, le terme de rotationnel s’annule si l’écoulement est irrotationnel, ou le produit scalaire avec v⃗\vec{v} s’annule le long de la ligne de courant.
  • Q3 & Q4 : Les effets de l’altitude entre AA et BB sont généralement négligeables devant les variations de pression dynamique en raison de la faible densité des gaz.
  • Q5 & Q6 : Rappelez que v⃗=∇⃗Φ\vec{v} = \vec{\nabla}\Phi. Utilisez l’équation de Bernoulli stationnaire pour relier la pression locale à la vitesse.
  • Q7 : Intégrez les efforts de pression sur toute la surface du cylindre. Pour la critique, pensez à introduire la notion de couche limite et de viscosité.

Pour un fluide parfait, la force surfacique se réduit à la force de pression −∇⃗p-\vec{\nabla} p. L’équation fondamentale de la dynamique (quantité de mouvement par unité de volume) s’écrit : ρ(∂v⃗∂t+(v⃗⋅∇⃗)v⃗)=−∇⃗p+ρg⃗\rho \left( \frac{\partial \vec{v}}{\partial t} + (\vec{v} \cdot \vec{\nabla})\vec{v} \right) = -\vec{\nabla} p + \rho \vec{g} En régime stationnaire (∂v⃗∂t=0⃗\frac{\partial \vec{v}}{\partial t} = \vec{0}) et avec g⃗=−∇⃗(gz)\vec{g} = -\vec{\nabla}(gz), il vient : (v⃗⋅∇⃗)v⃗=−1ρ∇⃗p−∇⃗(gz)(\vec{v} \cdot \vec{\nabla})\vec{v} = -\frac{1}{\rho}\vec{\nabla} p - \vec{\nabla}(gz)

  1. Théorème de Bernoulli : En utilisant l’identité vectorielle et en projetant le long d’une ligne de courant, on obtient l’intégrale de Bernoulli : p+12ρv2+ρgz=ctes sur une ligne de courantp + \frac{1}{2}\rho v^2 + \rho gz = \text{ctes sur une ligne de courant} Hypothèses : Fluide parfait (η=0\eta = 0), incompressible (ρ=cste\rho = \text{cste}), stationnaire, et forces massiques dérivant d’un potentiel.

Partie B_3. Application de Bernoulli entre AA et BB :

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Les points AA et BB étant très proches, on peut négliger la différence d’altitude (Δz≈0\Delta z \approx 0). Le théorème de Bernoulli donne : pA+12ρvA2=pB+12ρvB2p_A + \frac{1}{2}\rho v_A^2 = p_B + \frac{1}{2}\rho v_B^2 Par définition, vA=v0v_A = v_0 et vB=0v_B = 0 (point d’arrêt). Ainsi : pA+12ρv02=pB  ⟹  pB−pA=12ρv02p_A + \frac{1}{2}\rho v_0^2 = p_B \implies p_B - p_A = \frac{1}{2}\rho v_0^2

  1. Expression de v0v_0 : On isole la vitesse recherchée : v0=2(pB−pA)ρ=2Δpρv_0 = \sqrt{\frac{2(p_B - p_A)}{\rho}} = \sqrt{\frac{2\Delta p}{\rho}} (Unité : v0v_0 en m⋅s−1\text{m}\cdot\text{s}^{-1}, Δp\Delta p en Pa\text{Pa}, ρ\rho en kg⋅m−3\text{kg}\cdot\text{m}^{-3}).

Par définition, vr=∂Φ∂rv_r = \frac{\partial \Phi}{\partial r} et vθ=1r∂Φ∂θv_\theta = \frac{1}{r}\frac{\partial \Phi}{\partial \theta}. vr(r,θ)=V0(1−R2r2)cos⁡θv_r(r, \theta) = V_0 \left(1 - \frac{R^2}{r^2}\right) \cos\theta vθ(r,θ)=−V0(1+R2r2)sin⁡θv_\theta(r, \theta) = -V_0 \left(1 + \frac{R^2}{r^2}\right) \sin\theta

  1. Vitesse sur la paroi et pressions : Sur la paroi du cylindre (r=Rr = R), on a vr(R,θ)=0v_r(R, \theta) = 0 et : vθ(R,θ)=−2V0∈θv_\theta(R, \theta) = -2 V_0 \in\theta La vitesse totale est v(R,θ)=∣vθ(R,θ)∣=2V0∣sin⁡θ∣v(R, \theta) = |v_\theta(R, \theta)| = 2 V_0 |\sin\theta|. En appliquant Bernoulli entre l’infini amont (p0,v0p_0, v_0) et un point de la paroi (p,vp, v) : p0+12ρV02=p(R,θ)+12ρ(2V0sin⁡θ)2p_0 + \frac{1}{2}\rho V_0^2 = p(R, \theta) + \frac{1}{2}\rho (2V_0\sin\theta)^2 p(R,θ)=p0+12ρV02(1−4sin⁡2θ)p(R, \theta) = p_0 + \frac{1}{2}\rho V_0^2 (1 - 4\sin^2\theta)

    • Zones de surpression : là où p>p0p > p_0, soit ∣sin⁡θ∣<12|\sin\theta| < \frac{1}{2} (aux points d’arrêt avant et arrière, θ=0\theta = 0 et θ=π\theta = \pi).
    • Zones de dépression : là où p<p0p < p_0, soit ∣sin⁡θ∣>12|\sin\theta| > \frac{1}{2} (aux “sommets” du cylindre, θ=±π/2\theta = \pm \pi/2).
  2. Analyse critique et limites du modèle :

    • Paradoxe de d’Alembert : Par symétrie de la distribution de pression p(R,θ)p(R, \theta) autour du cylindre (cos⁡(π−θ)\cos(\pi-\theta) vs cos⁡θ\cos\theta), la force résultante de traînée (projetée selon l’axe de l’écoulement) s’annule : Fx=0F_x = 0. Le fluide parfait n’exerce aucune traînée sur le corps en mouvement uniforme, ce qui contredit l’expérience quotidienne.
    • Limites du modèle :
      1. Négligence de la viscosité : Dans la réalité, la condition d’adhérence impose v=0v=0 à la paroi. Il existe une zone de fortes variations de vitesse appelée couche limite.
      2. Décollement de la couche limite : En raison des gradients adverses de pression à l’arrière du cylindre, la couche limite décolle, créant une zone de sillage turbulent et de basse pression en aval, responsable d’une traînée aérodynamique importante. Le modèle du fluide parfait est donc mis en défaut dans les zones de sillage et près des parois.