Skip to content

Exercice 2 : Variables aléatoires discrètes, espérance et variance

🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude”

Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* avec n≥2n \ge 2. On considère une urne contenant nn boules numérotées de 11 à nn. On effectue des tirages successifs de boules de cette urne selon un protocole que l’on précisera au fil du problème. L’objectif est d’étudier le comportement probabiliste du nombre de tirages nécessaires pour observer certains évènements, ainsi que d’analyser des stratégies d’arrêt optimales, inspirées des problèmes d’exploration séquentielle en recherche opérationnelle.

On munit l’univers des possibles Ω\Omega d’une structure d’espace probabilisé fini (Ω,P(Ω),P)(\Omega, \mathcal{P}(\Omega), P).


❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)

Section titled “❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)”
  1. Modélisation préliminaire : On tire simultanément kk boules de l’urne (1≤k≤n1 \le k \le n). Soit XX la variable aléatoire égale au plus grand numéro tiré. Déterminer la loi de XX.
  2. Espérance de XX : En utilisant la formule des espérances par les queues de distribution (ou tout autre méthode rigoureuse), calculer l’espérance de XX, notée E[X]E[X].
  3. Tirages avec remise : On procède désormais à des tirages successifs avec remise. Soit YNY_N le nombre de tirages nécessaires pour obtenir pour la première fois la boule numéro nn.
    • Préciser l’univers ΩY\Omega_Y associé et la loi de YNY_N.
    • Calculer l’espérance et la variance de YNY_N.
  4. Tirages sans remise et paradoxe de l’arrêt : On procède à des tirages successifs sans remise jusqu’à obtenir la boule numéro nn. Soit ZZ le nombre total de tirages effectués.
    • Quelle est la loi de ZZ ? Calculer E[Z]E[Z].
  5. Analyse critique et prospective du modèle : Supposons que chaque tirage (avec ou sans remise) ait un coût fixe c>0c > 0 et que la découverte de la boule nn rapporte un gain fixe G>0G > 0. Discuter de la pertinence du modèle sans remise lorsque nn devient très grand (n→+∞n \to +\infty), notamment vis-à-vis des hypothèses d’équiprobabilité et d’indépendance implicites.

💡 Pistes & Indications méthodologiques

Section titled “💡 Pistes & Indications méthodologiques”
  • Question 1 : Pour calculer P(X=i)P(X = i), dénombrez le nombre de parties de cardinal kk incluses dans {1,…,i}\{1, \dots, i\} et contenant l’élément ii.
  • Question 2 : Pensez à l’identité utile pour une variable à valeurs dans ⟦1,n⟧\llbracket 1, n \rrbracket : E[X]=∑j=1nP(X≥j)E[X] = \sum_{j=1}^n P(X \ge j).
  • Question 3 & 4 : Reconnaissez des lois usuelles (loi géométrique, loi uniforme sur ⟦1,n⟧\llbracket 1, n \rrbracket). Pour la variance d’une loi géométrique, l’utilisation de la dérivée de séries géométriques est de rigueur.
  • Question 5 : Analysez l’évolution du rapport coût/bénéfice espéré et la limite de la modélisation discrète face à l’épuisement de la ressource.

1. Loi de la variable aléatoire XX (Tirage simultané)

Section titled “1. Loi de la variable aléatoire XXX (Tirage simultané)”

Le nombre total de tirages simultanés de kk boules parmi nn est donné par le coefficient binomial (nk)\binom{n}{k}. L’univers Ω\Omega est muni de la probabilité uniforme. Pour qu’évidemment le plus grand numéro tiré soit ii (avec k≤i≤nk \le i \le n), il faut et il suffit de tirer la boule n∘in^\circ i (1 choix) et de choisir les k−1k-1 autres boules parmi les i−1i-1 boules restantes numérotées de 11 à i−1i-1. Le nombre de tirages favorables est donc (i−1k−1)\binom{i-1}{k-1}. Ainsi, pour tout i∈⟦k,n⟧i \in \llbracket k, n \rrbracket : P(X=i)=(i−1k−1)(nk)P(X = i) = \frac{\binom{i-1}{k-1}}{\binom{n}{k}} Et P(X=i)=0P(X = i) = 0 si i<ki < k.

Utilisons la formule des espérances pour une variable aléatoire à valeurs dans ⟦k,n⟧\llbracket k, n \rrbracket : E[X]=∑i=kni⋅P(X=i)=1(nk)∑i=kni(i−1k−1)E[X] = \sum_{i=k}^{n} i \cdot P(X = i) = \frac{1}{\binom{n}{k}} \sum_{i=k}^{n} i \binom{i-1}{k-1} Rappelons l’identité combinatoire i(i−1k−1)=k(ik)i \binom{i-1}{k-1} = k \binom{i}{k}. En effet : k(ik)=ki!k!(i−k)!=i(i−1)!(k−1)!((i−1)−(k−1))!=i(i−1k−1)k \binom{i}{k} = k \frac{i!}{k!(i-k)!} = i \frac{(i-1)!}{(k-1)!( (i-1)-(k-1) )!} = i \binom{i-1}{k-1} Par conséquent : E[X]=k(nk)∑i=kn(ik)E[X] = \frac{k}{\binom{n}{k}} \sum_{i=k}^{n} \binom{i}{k} En utilisant l’identité de crosse de hockey ∑i=kn(ik)=(n+1k+1)\sum_{i=k}^{n} \binom{i}{k} = \binom{n+1}{k+1}, on obtient : E[X]=k(nk)(n+1k+1)=k⋅(n+1)!(k+1)!(n−k)!n!k!(n−k)!=k⋅(n+1)!⋅k!(n−k)!(k+1)!⋅n!⋅(n−k)!=k(n+1)k+1E[X] = \frac{k}{\binom{n}{k}} \binom{n+1}{k+1} = \frac{k \cdot \frac{(n+1)!}{(k+1)!(n-k)!}}{\frac{n!}{k!(n-k)!}} = \frac{k \cdot (n+1)! \cdot k!(n-k)!}{(k+1)! \cdot n! \cdot (n-k)!} = \frac{k(n+1)}{k+1} Ainsi : E[X]=k(n+1)k+1E[X] = \frac{k(n+1)}{k+1}

  • Loi de YNY_N : À chaque tirage, la probabilité de tirer la boule nn est p=1np = \frac{1}{n}. Les tirages étant indépendants (remise), la variable YNY_N suit une loi géométrique de paramètre p=1np = \frac{1}{n}, décalée à N∗\mathbb{N}^*. Pour tout k∈N∗k \in \mathbb{N}^* : P(YN=k)=(1−1n)k−11nP(Y_N = k) = \left(1 - \frac{1}{n}\right)^{k-1} \frac{1}{n}
  • Espérance et variance : D’après le cours sur la loi géométrique : E[YN]=1p=nE[Y_N] = \frac{1}{p} = n V(YN)=1−pp2=1−1n1n2=n(n−1)V(Y_N) = \frac{1-p}{p^2} = \frac{1 - \frac{1}{n}}{\frac{1}{n^2}} = n(n-1)
  • Loi de ZZ : On tire sans remise jusqu’à obtenir la boule nn. Par un argument de symétrie ou d’équiprobabilité sur l’ordre d’apparition des boules, toutes les positions de la boule nn dans une permutation des nn boules sont équiprobables. La variable ZZ (le rang d’apparition de la boule nn) suit donc une loi uniforme sur ⟦1,n⟧\llbracket 1, n \rrbracket. Pour tout k∈⟦1,n⟧k \in \llbracket 1, n \rrbracket : P(Z=k)=1nP(Z = k) = \frac{1}{n}
  • Espérance de ZZ : E[Z]=∑k=1nk⋅1n=1nn(n+1)2=n+12E[Z] = \sum_{k=1}^n k \cdot \frac{1}{n} = \frac{1}{n} \frac{n(n+1)}{2} = \frac{n+1}{2}

5. Analyse critique et prospective du modèle

Section titled “5. Analyse critique et prospective du modèle”
  • Analyse du coût/bénéfice : Le coût espéré de l’opération dans le cas sans remise est Csans=c⋅E[Z]=cn+12C_{\text{sans}} = c \cdot E[Z] = c \frac{n+1}{2}. Dans le cas avec remise, il est Cavec=c⋅E[YN]=c⋅nC_{\text{avec}} = c \cdot E[Y_N] = c \cdot n. Le modèle sans remise est donc nettement plus efficace en moyenne (n/2n/2 vs nn).
  • Limites pour n→+∞n \to +\infty :
    1. Hypothèse d’équiprobabilité physique : Si nn est extrêmement grand (ex: n=109n = 10^9), l’hypothèse selon laquelle chaque boule a exactement la même probabilité d’être tirée est mise à défaut par les imperfections macroscopiques de l’urne et des boules (usure, poids, aérodynamisme).
    2. Coût d’exploration : Le coût linéaire cc devient irréaliste si l’espace des états est vaste ; on introduit généralement un coût marginal croissant ou un coût d’opportunité. Le modèle discret montre ici sa limite face aux processus continus (type mouvement brownien géométrique ou sondages séquentiels).