Skip to content

Exercice 1 : Lois de Snell-Descartes et réflexion totale

🌐 Énoncé du problème / Étude de cas

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Étude de cas”

Les fibres optiques en verre de silice constituent la colonne vertébrale des réseaux de télécommunications mondiaux à haut débit. Le principe de guidage de la lumière repose sur le confinement des rayons lumineux au cœur de la fibre grâce au phénomène de réflexion totale.

Dans ce problème, on s’intéresse à une fibre optique dite à saut d’indice, modélisée par un cylindre d’axe (Oz)(Oz), constitué :

  • d’un cœur central cylindrique d’indice de réfraction n1n_1 et de rayon aa ;
  • d’une gaine optique environnante d’indice de réfraction n2n_2.

Pour assurer le guidage, la condition indispensable est que n1>n2n_1 > n_2. La lumière est injectée dans le cœur depuis l’air (d’indice n0≈1n_0 \approx 1) sous un angle d’incidence θi\theta_i mesuré par rapport à l’axe de la fibre.

Objectifs du problème :

  1. Etablir les conditions de guidage d’un rayon méridien (coplanaire avec l’axe de la fibre).
  2. Définir et calculer l’ouverture numérique de la fibre, grandeur clé pour les ingénieurs en télécommunications.
  3. Analyser les limites de ce modèle géométrique simple face à la réalité physique des transmissions (atténuation, dispersion intermodale).

❓ Questions progressives (incluant des questions d’analyse critique)

Section titled “❓ Questions progressives (incluant des questions d’analyse critique)”
  1. Modélisation et lois de Snell-Descartes Un rayon lumineux pénètre dans la face d’entrée de la fibre (plane, perpendiculaire à l’axe de la fibre) avec un angle d’incidence θi\theta_i par rapport à la normale (qui est l’axe (Oz)(Oz)). Il pénètre dans le cœur en faisant un angle θ1\theta_1 avec cette même normale. Exprimer sin⁡(θ1)\sin(\theta_1) en fonction de n0n_0, n1n_1 et θi\theta_i.

  2. Condition de réflexion totale Le rayon atteint le dioptre cylindrique séparant le cœur (indice n1\text{indice } n_1) et la gaine (indice n2\text{indice } n_2) avec un angle d’incidence θ2\theta_2 mesuré par rapport à la normale locale au dioptre. Établir la relation géométrique simple entre θ1\theta_1 et θ2\theta_2 dans le cas d’un rayon méridien. En déduire la condition sur l’angle θ1\theta_1 pour que le rayon subisse une réflexion totale sur la paroi du cœur.

  3. Ouverture numérique En combinant les questions précédentes, déterminer la condition maximale sur l’angle d’incidence θi,max\theta_{i,\text{max}} dans l’air pour que le rayon soit guidé sans fuite dans la gaine. On définit l’Ouverture Numérique (ON\text{ON}) de la fibre par la relation ON=sin⁡(θi,max)\text{ON} = \sin(\theta_{i,\text{max}}). Exprimer ON\text{ON} en fonction de n1n_1 et n2n_2. A.N. : Calculer ON\text{ON} et θi,max\theta_{i,\text{max}} pour n1=1,458n_1 = 1{,}458 et n2=1,405n_2 = 1{,}405.

  4. Analyse critique et limites du modèle de l’optique géométrique

    • a) Le modèle de l’optique géométrique néglige la nature ondulatoire de la lumière. Pour une fibre standard, le diamètre du cœur est de l’ordre de 2a=50 μm2a = 50\,\mu\text{m} (fibres multimodes) ou de l’ordre de 10 μm10\,\mu\text{m} (fibres monomodes) pour une longueur d’onde visible ou proche infrarouge (λ0≈1310 nm\lambda_0 \approx 1310\,\text{nm}). Discutez qualitativement de la validité de l’approximation de l’optique géométrique dans le cas d’une fibre monomode.
    • b) Dans une fibre multimode, les rayons lumineux effectuent des chemins optiques de longueurs différentes. Quel phénomène physique limite alors le débit de transmission des informations sur de grandes distances ?

  • Q1 & Q2 : Appliquez rigoureusement la deuxième loi de Descartes pour la réfraction. Faites un schéma clair du trajet du rayon pour relier l’angle de réfraction dans le cœur θ1\theta_1 et l’angle d’incidence sur le dioptre cœur-gaine θ2\theta_2. Pensez à la trigonométrie dans un triangle rectangle.
  • Q3 : La condition de réflexion totale s’exprime via un angle limite θlim=arcsin⁡(n2/n1)\theta_{lim} = \arcsin(n_2/n_1). Injectez cette condition dans la relation d’entrée.
  • Q4 : Pensez aux critères de diffraction en optique physique (comparaison entre la taille caractéristique du système, ici aa, et la longueur d’onde λ\lambda).

📋 Corrigé détaillé et analyse des résultats

Section titled “📋 Corrigé détaillé et analyse des résultats”

À l’entrée, le rayon passe de l’air (n0≈1n_0 \approx 1) au cœur de la fibre (n1n_1). D’après la première loi de Snell-Descartes pour la réfraction : n0sin⁡(θi)=n1sin⁡(θ1)n_0 \sin(\theta_i) = n_1 \sin(\theta_1) Soit, avec n0=1n_0 = 1 : sin⁡(θ1)=sin⁡(θi)n1\sin(\theta_1) = \frac{\sin(\theta_i)}{n_1}

Considérons le triangle formé par le point d’impact sur la paroi, le centre de la section droite et le point d’impact précédent (ou l’axe). Par construction géométrique (angles alternes-internes ou trigonométrie dans le triangle rectangle formé par la normale au dioptre, le rayon et l’axe de la fibre), l’angle d’incidence θ2\theta_2 sur la gaine est complémentaire de l’angle θ1\theta_1 : θ2=π2−θ1\theta_2 = \frac{\pi}{2} - \theta_1 Pour qu’il y ait réflexion totale sans transmission de lumière dans la gaine, il faut que l’angle d’incidence θ2\theta_2 soit supérieur ou égal à l’angle limite de réflexion totale θlim\theta_{\text{lim}} défini par sin⁡(θlim)=n2n1\sin(\theta_{\text{lim}}) = \frac{n_2}{n_1} (puisque n1>n2n_1 > n_2).

On a : sin⁡(θ2)=sin⁡(π2−θ1)=cos⁡(θ1)\sin(\theta_2) = \sin\left(\frac{\pi}{2} - \theta_1\right) = \cos(\theta_1) La condition de réflexion totale s’écrit donc : cos⁡(θ1)≥n2n1\cos(\theta_1) \ge \frac{n_2}{n_1}

Puisque cos⁡(θ1)=1−sin⁡2(θ1)\cos(\theta_1) = \sqrt{1 - \sin^2(\theta_1)}, la condition devient : 1−sin⁡2(θi,max)n12≥n2n1\sqrt{1 - \frac{\sin^2(\theta_{i,\text{max}})}{n_1^2}} \ge \frac{n_2}{n_1} En élevant au carré (les termes étant positifs) : 1−sin⁡2(θi,max)n12≥n22n121 - \frac{\sin^2(\theta_{i,\text{max}})}{n_1^2} \ge \frac{n_2^2}{n_1^2} sin⁡2(θi,max)≤n12−n22\sin^2(\theta_{i,\text{max}}) \le n_1^2 - n_2^2 L’angle d’incidence maximal pour lequel le guidage est assuré correspond à l’égalité. L’Ouverture Numérique (ON\text{ON}) est par définition : ON=sin⁡(θi,max)=n12−n22\text{ON} = \sin(\theta_{i,\text{max}}) = \sqrt{n_1^2 - n_2^2}

Application numérique : ON=1,4582−1,4052=2,1257−1,9740=0,1517≈0,389\text{ON} = \sqrt{1{,}458^2 - 1{,}405^2} = \sqrt{2{,}1257 - 1{,}9740} = \sqrt{0{,}1517} \approx 0{,}389 L’angle d’incidence maximal vaut : θi,max=arcsin⁡(0,389)≈0,399 rad≈22,9∘\theta_{i,\text{max}} = \arcsin(0{,}389) \approx 0{,}399\,\text{rad} \approx 22{,}9^\circ Tout rayon incident entrant dans la fibre avec un cône d’半-angle θ≤22,9∘\theta \le 22{,}9^\circ sera guidé.

  • a) Validité de l’optique géométrique : L’optique géométrique est rigoureusement valide lorsque les dimensions caractéristiques du système (ici le rayon du cœur aa) sont très grandes devant la longueur d’onde de la lumière λ0\lambda_0 dans le vide (λ0≪a\lambda_0 \ll a). Pour une fibre monomode, le diamètre du cœur est 2a≈10 μm2a \approx 10\,\mu\text{m}, soit a≈5 μma \approx 5\,\mu\text{m}. Avec λ0≈1,3 μm\lambda_0 \approx 1{,}3\,\mu\text{m}, on a a≈4λ0a \approx 4\lambda_0. Le rapport n’est pas “très grand devant 1”. Par conséquent, l’optique géométrique atteint ses limites : elle ne permet pas de décrire correctement la structure détaillée du champ électromagnétique guidé. Il est impératif de recourir à l’optique ondulatoire en résolvant les équations de Maxwell avec les conditions aux limites appropriées pour décrire les “modes” propres de propagation de la fibre.
  • b) Limitation du débit dans les fibres multimodes : Dans une fibre multimode, les différents rayons acceptés empruntent des chemins géométriques de longueurs différentes (certains se propagent quasi axialement, d’autres subissent de multiples réflexions sous de grands angles). Par conséquent, les photons injectés simultanément à l’entrée n’arrivent pas tous au même instant à la sortie, ce qui provoque un élargissement temporel des impulsions lumineuses (dispersion intermodale). Si cet élargissement devient supérieur à la durée séparant deux impulsions, les signaux se superposent, limitant drastiquement le débit binaire et la portée de la liaison. C’est pourquoi les réseaux longue distance utilisent exclusivement des fibres monomodes.