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Exercice 1 : Lois de vitesse et temps de demi-réaction

🌐 Énoncé du problème / Étude de cas

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Étude de cas”

L’industrie chimique et les procédés biologiques nécessitent une maîtrise rigoureuse de la cinétique des réactions. On s’intéresse ici à la dégradation en milieu aqueux d’un polluant organique modèle, le 4-chlorophénol (C6H5ClO\text{C}_6\text{H}_5\text{ClO}), par un oxydant puissant, le permanganate de potassium (K++MnO4−\text{K}^+ + \text{MnO}_4^-).

Ce type d’étude permet de dimensionner les réacteurs de dépollution des eaux usées industrielles. L’équation bilan de la réaction modélisant l’oxydation en milieu acide est supposée totale :

C6H5ClO(aq)+4 MnO4(aq)−+11 H(aq)+⟶6 CO2(g)+4 Mn(aq)2++Cl(aq)−+7 H2O(l)C_6H_5ClO_{(aq)} + 4\,\text{MnO}_{4(aq)}^- + 11\,\text{H}_{(aq)}^+ \longrightarrow 6\,\text{CO}_{2(g)} + 4\,\text{Mn}_{(aq)}^{2+} + \text{Cl}_{(aq)}^- + 7\,\text{H}_2\text{O}_{(l)}

Afin de déterminer la loi de vitesse de cette réaction à une température T=298 KT = 298\,\text{K}, on réalise une cinétique par spectrophotométrie en plaçant les réactifs dans les conditions dites de dégénérescence de l’ordre.


  1. Définition et conditions expérimentales : Expliquer qualitativement ce que signifient les termes “dégénérescence de l’ordre” et “conditions stœchiométriques”. Quel est l’intérêt expérimental majeur de la dégénérescence de l’ordre pour l’étude d’une réaction complexe ?

  2. Mise en place du protocole et hypothèse : Pour étudier l’ordre par rapport au 4-chlorophénol (noté RR), on réalise une expérience où la concentration initiale en ions permanganate [MnO4−]0\left[\text{MnO}_4^-\right]_0 est très grande devant celle du 4-chlorophénol [R]0\left[R\right]_0. Écrire la relation liant la vitesse volumique de réaction v(t)v(t) à la concentration [R](t)\left[R\right](t), en supposant que la réaction admet un ordre partiel aa par rapport à RR et bb par rapport à MnO4−\text{MnO}_4^-. En déduire l’expression de la vitesse apparente v(t)=kapp[R]av(t) = k_{\text{app}} \left[R\right]^a.

  3. Suivi cinétique et exploitation graphique : Dans ces conditions, on mesure l’absorbance du milieu réactionnel à une longueur d’onde adéquate. On trace les courbes ln⁡([R])\ln\left(\left[R\right]\right) en fonction du temps tt et 1[R]\frac{1}{\left[R\right]} en fonction du temps tt. Seule la première représentation graphique est une droite de régression linéaire.

    • En déduire l’ordre apparent aa de la réaction par rapport au 4-chlorophénol.
    • Exprimer la constante de vitesse apparente kappk_{\text{app}} en fonction de la pente de cette droite et préciser son unité.
  4. Temps de demi-réaction : Donner la définition générale du temps de demi-réaction t1/2t_{1/2}. Démontrer son expression dans le cas de cet ordre aa, et commenter sa dépendance (ou son indépendance) vis-à-vis de la concentration initiale [R]0\left[R\right]_0.

  5. Analyse critique du modèle et limites industrielles :

    • Dans un procédé de dépollution réel à l’échelle pilote, l’élévation de température due à l’exothermie de la réaction modifie la constante de vitesse selon la loi d’Arrhénius kapp(T)=Aexp⁡(−EaRT)k_{\text{app}}(T) = A \exp\left(-\frac{E_a}{RT}\right). Si la température locale augmente de 10 K10\,\text{K} autour de 298 K298\,\text{K} (avec une énergie d’activation Ea≈60 kJ⋅mol−1E_a \approx 60\,\text{kJ}\cdot\text{mol}^{-1}), estimer l’impact qualitatif et quantitatif sur la durée du traitement.
    • Discuter la validité de l’hypothèse de dégénérescence de l’ordre au cours du temps pour un réacteur fermé (type batch) mené jusqu’à conversion totale du polluant.

  • Q1 : Pensez à l’expression générale d’une loi de vitesse v=k[R]a[MnO4−]bv = k [R]^a [\text{MnO}_4^-]^b et à la difficulté mathématique de résoudre une équation différentielle couplée à plusieurs variables.
  • Q2 : Si un réactif est en grand excès, sa concentration varie-t-elle de manière significative au cours de la réaction ?
  • Q3 : L’intégration d’une équation différentielle d’ordre 1 conduit à une fonction logarithmique.
  • Q5 : Utilisez la relation d(ln⁡k)dT=EaRT2\frac{d(\ln k)}{dT} = \frac{E_a}{R T^2} ou calculez directement le rapport des constantes de vitesse à 298 K298\,\text{K} et 308 K308\,\text{K}. Donnée : R=8,314 J⋅K−1⋅mol−1R = 8,314\,\text{J}\cdot\text{K}^{-1}\cdot\text{mol}^{-1}.

📋 Corrigé détaillé et analyse des résultats

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1. Dégénérescence de l’ordre et conditions stœchiométriques

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  • Conditions stœchiométriques : Les réactifs sont introduits dans les proportions stœchiométriques initiales (ici nMnO4−;0=4 nR;0n_{\text{MnO}_4^-; 0} = 4\,n_{R; 0}).
  • Dégénérescence de l’ordre : Elle consiste à placer tous les réactifs sauf un (le réactif dont on cherche l’ordre) en grand excès.
  • Intérêt : La concentration des réactifs en excès reste quasi-constante au cours du temps (≈initiales\approx initiales). Cela permet de simplifier la loi de vitesse globale en une loi de vitesse apparente ne dépendant que d’une seule variable, évitant ainsi des régressions non linéaires complexes.

La vitesse volumique de la réaction s’écrit : v=−d[R]dt=k[R]a[MnO4−]bv = -\frac{d[R]}{dt} = k [R]^a [\text{MnO}_4^-]^b Puisque les ions permanganate sont introduits en grand excès ([MnO4−]≈[MnO4−]0=ctex\left[\text{MnO}_4^-\right] \approx \left[\text{MnO}_4^-\right]_0 = \text{ctex}), on peut regrouper les termes constants : v=(k[MnO4−]0b)[R]a=kapp[R]av = \left( k \left[\text{MnO}_4^-\right]_0^b \right) [R]^a = k_{\text{app}} [R]^a Avec kapp=k[MnO4−]0bk_{\text{app}} = k \left[\text{MnO}_4^-\right]_0^b la constante de vitesse apparente.

  • Le tracé de ln⁡([R])\ln\left([R]\right) en fonction du temps étant une droite, l’intégration de l’équation différentielle −d[R]dt=kapp[R]a-\frac{d[R]}{dt} = k_{\text{app}} [R]^a correspond à un ordre apparent a=1a = 1.
  • L’équation différentielle s’écrit alors : d[R]dt+kapp[R]=0\frac{d[R]}{dt} + k_{\text{app}} [R] = 0.
  • Par intégration : ln⁡([R](t)[R]0)=−kappt\ln\left(\frac{[R](t)}{[R]_0}\right) = -k_{\text{app}} t, soit ln⁡([R](t))=−kappt+ln⁡([R]0)\ln([R](t)) = -k_{\text{app}} t + \ln([R]_0).
  • La pente de la droite expérimentale est négative et vaut −pente=kapp-\text{pente} = k_{\text{app}}.
  • Unité de kappk_{\text{app}} : Comme ln⁡([R])\ln([R]) est sans dimension, kappk_{\text{app}} est homogène à l’inverse d’un temps, soit en s−1\text{s}^{-1} (ou min−1\text{min}^{-1}).
  • Définition : Le temps de demi-réaction t1/2t_{1/2} est la durée au bout de laquelle la concentration du réactif limitant (ici RR) a diminué de moitié par rapport à son état initial : [R](t1/2)=[R]02[R](t_{1/2}) = \frac{[R]_0}{2}
  • Démonstration : En injectant cette condition dans la loi horaire obtenue à la question 3 : ln⁡([R]0/2[R]0)=−kappt1/2\ln\left(\frac{[R]_0 / 2}{[R]_0}\right) = -k_{\text{app}} t_{1/2} ln⁡(12)=−ln⁡(2)=−kappt1/2  ⟹  t1/2ln⁡(2)kapp\ln\left(\frac{1}{2}\right) = -\ln(2) = -k_{\text{app}} t_{1/2} \implies t_{1/2} \frac{\ln(2)}{k_{\text{app}}}
  • Commentaire : Pour une cinétique d’ordre 1 (apparent ici), le temps de demi-réaction est indépendant de la concentration initiale [R]0[R]_0. C’est une signature caractéristique de l’ordre 1.

5. Analyse critique du modèle et limites industrielles

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  • Impact thermique (loi d’Arrhénius) : Calculons le rapport des constantes de vitesse à T2=308 KT_2 = 308\,\text{K} et T1=298 KT_1 = 298\,\text{K} : k(T2)k(T1)=exp⁡(EaR(1T1−1T2))\frac{k(T_2)}{k(T_1)} = \exp\left( \frac{E_a}{R} \left(\frac{1}{T_1} - \frac{1}{T_2}\right) \right) A.N. : 60×1038,314(1298−1308)≈7216×1,089×10−4≈0,786\frac{60 \times 10^3}{8,314} \left(\frac{1}{298} - \frac{1}{308}\right) \approx 7216 \times 1,089 \times 10^{-4} \approx 0,786 k(308)k(298)=e0,786≈2,19\frac{k(308)}{k(298)} = e^{0,786} \approx 2,19 Une élévation de 10 K10\,\text{K} multiplie la vitesse par plus de 2 (le temps de traitement est donc divisé par 2). Dans un réacteur mal refroidi, l’exothermie peut emballer la réaction (risque thermique).
  • Critique de la dégénérescence : L’hypothèse suppose [MnO4−]≈[MnO4−]0[\text{MnO}_4^-] \approx [\text{MnO}_4^-]_0. Or, selon la stœchiométrie, il faut 4 moles de MnO4−\text{MnO}_4^- pour consommer 1 mole de RR. Si [R]0[R]_0 n’est pas infiniment petit devant [MnO4−]0[\text{MnO}_4^-]_0 (par exemple, si [MnO4−]0=10[R]0[\text{MnO}_4^-]_0 = 10 [R]_0), le réactif en “excès” est consommé à hauteur de 40%40\% en fin de réaction. L’approximation [MnO4−]≈ctex\left[\text{MnO}_4^-\right] \approx \text{ctex} devient fausse : le modèle d’ordre apparent s’effondre en fin de manipulation.