Exercice 2 : Théorème de Bernoulli et écoulements incompressibles
Problème guidé : Étude hydrodynamique d’un système d’arrosage agricole et limites du modèle de Bernoulli
Section titled “Problème guidé : Étude hydrodynamique d’un système d’arrosage agricole et limites du modèle de Bernoulli”Énoncé
Section titled “Énoncé”On s’intéresse à l’alimentation en eau d’un canon d’arrosage agricole à partir d’un réservoir de grande dimension. Le système est modélisé par un réservoir cylindrique de section très grande devant la section de la conduite d’évacuation. La conduite descend d’une hauteur entre la surface libre du réservoir (point 1) et l’orifice de sortie du canon (point 2).
L’eau est assimilée à un fluide parfait, incompressible, de masse volumique . La pression atmosphérique extérieure est notée . L’accélération de la pesanteur est .
Dans une première partie, on néglige les pertes visqueuses. Dans une seconde partie, on introduit un modèle simple de pertes de charge pour confronter la théorie aux réalités industrielles.
Questions
Section titled “Questions”Partie I : Étude idéale (Théorème de Bernoulli)
Section titled “Partie I : Étude idéale (Théorème de Bernoulli)”- 1. Énoncer les hypothèses physiques nécessaires pour appliquer le théorème de Bernoulli le long d’une ligne de courant entre le point 1 (surface du réservoir) et le point 2 (sortie du canon).
- 2. En appliquant l’équation de conservation de la masse (équation de continuité), relier les vitesses d’écoulement (au point 1) et (au point 2) aux sections et . En déduire l’approximation usuelle sur si .
- 3. Écrire le théorème de Bernoulli entre les points 1 et 2. En déduire l’expression littérale de la vitesse d’éjection en fonction de , de la dénivellation , et des pressions.
- 4. Application numérique : Calculer pour . Que devient cette vitesse si la pression au point 2 est égale à la pression atmosphérique ?
Partie II : Étude énergétique et analyse critique
Section titled “Partie II : Étude énergétique et analyse critique”- 5. Pour alimenter un système d’irrigation efficace, l’orifice de sortie 2 est muni d’une buse de réduction. Si et , calculer le débit volumique du canon.
- 6. En réalité, l’écoulement réel présente des frottements visqueux. On modélise ces pertes par une chute de pression équivalente , avec un coefficient de perte de charge singulière et linéaire combiné . Modifier le bilan de Bernoulli pour exprimer la vitesse réelle en fonction de , et .
- 7. Analyse critique : Calculer la valeur numérique de et comparer avec la question 4. Discuter les limites du modèle du fluide parfait pour ce dispositif (notion de cavitation et domaine de validité).
Pistes et indications
Section titled “Pistes et indications”- Q1 & Q2 : Pensez à l’incompressibilité ( ou ) et aux conditions aux limites à la surface d’un grand réservoir.
- Q3 : Le théorème de Bernoulli s’écrit le long d’une même ligne de courant en régime permanent. Attention aux altitudes et .
- Q6 : Le terme de perte de charge s’ajoute du côté des pertes d’énergie mécanique convertie en énergie thermique (dissipation visqueuse).
- Q7 : Pour la cavitation, pensez à examiner la pression minimale atteinte dans le circuit (souvent au niveau du col de la buse si l’accélération y est maximale).
Corrigé pas à pas
Section titled “Corrigé pas à pas”Partie I : Étude idéale
Section titled “Partie I : Étude idéale”1. Hypothèses pour le théorème de Bernoulli
Section titled “1. Hypothèses pour le théorème de Bernoulli”Pour appliquer le théorème de Bernoulli sous sa forme usuelle le long d’une ligne de courant entre (1) et (2), le fluide doit satisfaire les conditions suivantes :
- Fluide parfait : les effets visqueux (frottements internes) sont négligeables.
- Incompressible : la masse volumique est constante ().
- Régime permanent : les caractéristiques de l’écoulement ne dépendent pas du temps en un point donné ().
- L’écoulement doit être isentropique (ou le long d’une même ligne de courant dans un champ de forces conservatives).
2. Conservation de la masse et approximation géométrique
Section titled “2. Conservation de la masse et approximation géométrique”L’équation de continuité pour un fluide incompressible s’écrit : Puisque le réservoir est de grande dimension devant la conduite, , on a , ce qui conduit à l’approximation classique : La surface du réservoir descend de manière quasi-statique.
3. Application du théorème de Bernoulli
Section titled “3. Application du théorème de Bernoulli”Le théorème de Bernoulli s’écrit le long d’une ligne de courant reliant 1 à 2 : En posant , (surface à l’air libre), (sortie à l’air libre) et , l’équation devient : En simplifiant par et , on obtient la loi de Torricelli :
4. Application numérique
Section titled “4. Application numérique”Pour et : La vitesse d’éjection est de .
Partie II : Étude énergétique et analyse critique
Section titled “Partie II : Étude énergétique et analyse critique”5. Calcul du débit volumique
Section titled “5. Calcul du débit volumique”Le débit volumique se calcule via la section de sortie et la vitesse idéale (en première approximation pour le débit nominal) :
6. Introduction des pertes de charge
Section titled “6. Introduction des pertes de charge”En présence de frottements, l’équation de Bernoulli généralisée inclut le terme de perte de charge : Avec et , : On en déduit la vitesse réelle :
7. Analyse critique et limites du modèle
Section titled “7. Analyse critique et limites du modèle”-
Calcul numérique de la vitesse réelle : La prise en compte des pertes de charge réduit significativement la vitesse d’éjection (presque de moitié par rapport au modèle idéal).
-
Limites du modèle et risques physiques :
- Viscosité et régime d’écoulement : Le coefficient suppose un régime turbulent adimensionné constant, mais en réalité dépend du nombre de Reynolds .
- Risque de cavitation : Si la vitesse locale augmente fortement dans la buse de réduction, la pression locale peut chuter en dessous de la pression de vapeur saturante de l’eau ( à ). Cela provoque la formation et l’implosion brutale de bulles de vapeur, endommageant par érosion les parois de la conduite (phénomène de cavitation).
- Domaine de validité : Le modèle d’incompressibilité est rigoureusement valide car les vitesses restent très inférieures à la vitesse du son dans l’eau (, nombre de Mach ).