Exercice 1 : Sommes de Riemann appliquées au traitement du signal
Problème : Analyse spectrale discrète et Sommes de Riemann
Section titled “Problème : Analyse spectrale discrète et Sommes de Riemann”Filière : MPSI
Matière : Mathématiques
Chapitre: ** Intégration sur un segment / Suites et séries de fonctions
Thème : Traitement du signal et approximation numérique
Énoncé
Section titled “Énoncé”Dans le cadre de la numérisation des signaux audio, un ingénieur souhaite estimer la valeur moyenne et la composante fréquentielle d’un signal continu sur une période d’observation .
En pratique, un signal physique n’est jamais connu en tout point : il est échantillonné à une fréquence d’échantillonnage , où est le nombre de points de mesure. L’appareil de mesure calcule alors une moyenne discrète pour approcher l’intégrale continue.
L’objectif de ce problème est d’étudier mathématiquement cette approximation à l’aide des sommes de Riemann, d’estimer l’erreur commise, puis d’analyser les limites du modèle face à des signaux à haute fréquence (phénomène de repliement).
On se place sur l’intervalle par un changement d’échelle temporel (). Soit une fonction continue, représentant un signal électrique.
Questions
Section titled “Questions”Partie I : Étude de convergence de l’échantillonnage basique
Section titled “Partie I : Étude de convergence de l’échantillonnage basique”- Rappeler la définition de la somme de Riemann à gauche associée à la subdivision régulière de de pas .
- Si est de classe sur , établir une majoration de l’erreur d’approximation en fonction de et de .
- Application au traitement du signal : On considère le signal sinusoïdal pur avec une fréquence (fréquence du réseau électrique domestique). Expliciter . Quel nombre de points minimal garantit une erreur d’approximation inférieure à ? L’ordre de grandeur obtenu est-il réaliste pour un système embarqué moderne ?
Partie II : Analyse spectrale et limites du modèle (Repliement)
Section titled “Partie II : Analyse spectrale et limites du modèle (Repliement)”On s’intéresse maintenant à l’estimation de la composante de Fourier du signal via une somme de Riemann discrète. On pose pour :
- Montrer que pour tout , .
- On choisit le signal haute fréquence avec une fréquence porteuse (domaine des ultrasons ou télécommunications bas débit). On échantillonne ce signal à une fréquence (fréquence standard de la téléphonie historique).
- Calculer explicitement pour dans ce cas précis (on pourra utiliser les formulas d’Euler et la somme des termes d’une suite géométrique).
- Que constate-t-on par rapport à la fréquence réelle du signal ? Conclure de manière critique sur les limites du modèle mathématique face à la réalité physique (théorème de Shannon-Nyquist).
Pistes et indications
Section titled “Pistes et indications”- Q1 & Q2 : Utiliser l’inégalité des accroissements finis sur chaque intervalle de la subdivision .
- Q3 : Majorant de la dérivée d’un cosinus, puis résolution d’une inéquation simple. Comparer et les fréquences d’échantillonnage usuelles ( en audio).
- Q4 : C’est une application directe du cours sur les sommes de Riemann pour les fonctions à valeurs complexes.
- Q5 : Transformer la somme en une somme de deux termes géométriques grâce aux exponentielles complexes. Attention au cas particulier où le dénominateur s’annule (résonance / repliement spectral).
Corrigé pas à pas
Section titled “Corrigé pas à pas”Partie I_1. Somme de Riemann à gauche :
Section titled “Partie I_1. Somme de Riemann à gauche :”Par définition, pour une subdivision régulière de pas , la somme de Riemann à gauche est :
-
Majoration de l’erreur : On compare l’intégrale et la somme en utilisant la relation de Chasles : Puisque est de classe , l’inégalité des accroissements finis sur donne : En intégant sur chaque intervalle de longueur : L’erreur est donc en .
-
Application numérique : Ici avec et . La dérivée est , donc . La majoration précédente donne une erreur inférieure à . Pour garantir une erreur inférieure à , on cherche tel que : Analyse critique : Pour un signal de , imposer points par seconde signifie une fréquence d’échantillonnage . C’est tout à fait réaliste (les cartes audio grand public tournent à ou ), mais surdimensionné pour de simple mesures industrielles de basse fréquence où l’on utilise des méthodes par trapèzes ou des filtres passe-bas analogiques en amont.
Partie II
Section titled “Partie II”-
Limite de la somme de Riemann complexe : La fonction est continue sur (car produit de fonctions continues, à valeurs dans ). Par conséquent, d’après le théorème fondamental sur les sommes de Riemann pour les fonctions continues, on a directement :
-
Étude du repliement spectral (Aliasing) : On a avec () et (). Le nombre de points pour est . Evaluons pour : En écrivant et et : Ainsi, le terme général de la somme contient des expressions de la forme et . Par periodicité de l’exponentielle complexe, . La somme se simplifie grandement : Les termes oscillent à une fréquence apparente (dite fréquence image) de . Analyse critique : Mathématiquement, la somme de Riemann converge vers l’intégrale continue de , mais physiquement, l’échantillonnage à d’un signal à viole le critère de Shannon-Nyquist (). Le signal restitué ou analysé par le système numérique croira percevoir une fréquence de au lieu des réels : c’est le repliement spectral. Ce problème met en évidence la nécessité absolue d’un filtrage anti-aliasing matériel en amont de tout convertisseur analogique-numérique (CAN) réel.