Skip to content

Exercice 2 : Polarité et interactions de Van der Waals

PROBLÈME GUIDÉ : Polarité, moments dipolaires et cohésion intermoléculaire

Section titled “PROBLÈME GUIDÉ : Polarité, moments dipolaires et cohésion intermoléculaire”

Filière : PCSI
Matière : Physique-Chimie
Chapitre: ** Liaisons chimiques et géométrie
Thème : Polarité des molécules et interactions de Van der Waals


Le présent problème s’intéresse à la modélisation de la polarité de molécules polyatomiques et à son influence directe sur leurs propriétés physiques macroscopiques, notamment les températures de changement d’état. On comparera pour cela le comportement de halogénométhanes et de molécules de la famille des hydrupes du bloc pp.

Les données numériques nécessaires sont fournies au fil du texte. On rappelle que le moment dipolaire μ⃗\vec{\mu} d’un système de charges est défini par μ⃗=∑qiOP⃗i\vec{\mu} = \sum q_i \vec{OP}_i, et son expression s’exprime usuellement en debye (D\text{D}), avec 1 D≈3,336×10−30 C⋅m1\text{ D} \approx 3{,}336 \times 10^{-30}\text{ C}\cdot\text{m}.


  1. Modèle VSEPR et géométrie : Établir les structures de Lewis des molécules de chlorométhane (CH3Cl\text{CH}_3\text{Cl}) et de trichlorométhane (chloroforme, CHCl3\text{CHCl}_3). En déduire leur géométrie prévisible à l’aide de la théorie VSEPR.

  2. Moments dipolaires et vectornalité : Justifier qualitativement la polarité de la liaison C-Cl\text{C-Cl} par rapport à la liaison C-H\text{C-H}. En considérant la vectornalité du moment dipolaire global, expliquer pourquoi CH3Cl\text{CH}_3\text{Cl} possède un moment dipolaire non nul (μ≈1,87 D\mu \approx 1{,}87\text{ D}), tandis que le tétrachlorométhane (CCl4\text{CCl}_4) est strictement apolaire (μ=0 D\mu = 0\text{ D}).

  3. Interactions intermoléculaires : Identifier la nature des interactions intermoléculaires prépondérantes s’exerçant dans le diiode I2(s)\text{I}_2(s) d’une part, et dans le chlorométhane CH3Cl(l)\text{CH}_3\text{Cl}(l) d’autre part.

  4. Analyse thermodynamique comparative : On donne les températures d’ébullition sous 1 bar1\text{ bar} de trois halogénométhanes :

    • CH3F\text{CH}_3\text{F} : Teˊb=194,7 KT_{\text{éb}} = 194{,}7\text{ K}
    • CH3Cl\text{CH}_3\text{Cl} : Teˊb=248,8 KT_{\text{éb}} = 248{,}8\text{ K}
    • CH3Br\text{CH}_3\text{Br} : Teˊb=276,8 KT_{\text{éb}} = 276{,}8\text{ K} Analyser l’évolution de ces températures d’ébullition. Quel terme des interactions de Van der Waals est ici prépondérant ?
  5. Analyse critique et limites du modèle : Discuter des limites de l’approche purement électrostatique et géométrique pour évaluer la cohésion des liquides polaires. Quel phénomène quantique fondamental est négligé dans le calcul simple des forces de Keesom et de Debye ?


  • Q1 : Compter le nombre d’électrons de valence pour chaque atome central (CC possède 4 électrons de valence, HH un seul, ClCl sept). Appliquer la méthode VSEPR de notation AXnEm.
  • Q2 : Utiliser la notion d’électronégativité de Pauling (χ(Cl)≈3,16\chi(\text{Cl}) \approx 3{,}16, χ(C)≈2,55\chi(\text{C}) \approx 2{,}55, χ(H)≈2,20\chi(\text{H}) \approx 2{,}20). Faire un schéma vectoriel dans l’espace pour CCl4\text{CCl}_4.
  • Q3 : Classer les interactions de Van der Waals en trois composantes (Keesom, Debye, London). Quelle est la seule contribution possible pour une molécule totalement apolaire et polarisable comme I2\text{I}_2 ?
  • Q4 : Relier la polarisabilité moléculaire au nombre d’électrons et au volume du nuage électronique.
  • Q5 : Penser aux contributions d’échange-répulsion à court rayon et aux fluctuations quantiques instantanées du nuage électronique (terme de London).

  • CH3Cl\text{CH}_3\text{Cl} : Le carbone central est lié à 3 atomes d’hydrogène et 1 atome de chlore par des liaisons simples σ\sigma. Il n’y a pas de doublet non liant sur le carbone. La formule VSEPR est AX4\text{AX}_4. La géométrie est tétraédrique (angles ≈109,5∘\approx 109{,}5^\circ).
  • CHCl3\text{CHCl}_3 : Même configuration électronique de cœurs et de liaisons sigma autour du carbone central. La formule VSEPR reste AX4\text{AX}_4 avec une géométrie de base tétraédrique, bien que légèrement distordue en raison de la plus grande encombrement stérique et de l’électronégativité des atomes de chlore.
  • L’électronégativité du chlore (χ=3,16\chi = 3{,}16) est nettement supérieure à celle du carbone (χ=2,55\chi = 2{,}55) et de l’hydrogène (χ=2,20\chi = 2{,}20). La liaison C-Cl\text{C-Cl} est donc fortement polarisée vers le chlore, créant un moment dipolaire local μ⃗C-Cl\vec{\mu}_{\text{C-Cl}}. Les liaisons C-H\text{C-H} sont faiblement polaires.
  • Pour CH3Cl\text{CH}_3\text{Cl}, la symétrie axiale n’est pas parfaite (présence de l’axe C3vC_{3v} mais dissymétrie C-Cl vs C-H). Les vecteurs moments dipolaires locaux ne se compensent pas : μ⃗total=∑μ⃗local≠0⃗\vec{\mu}_{\text{total}} = \sum \vec{\mu}_{\text{local}} \neq \vec{0}. La molécule est polaire.
  • Pour CCl4\text{CCl}_4, la molécule présente une symétrie tétraédrique parfaite (groupe TdT_d). Par isotropie vectorielle, la somme vectorielle des quatre moments dipolaires C-Cl\text{C-Cl} identiques orientés vers les sommets d’un tétraèdre régulier s’annule rigoureusement : μ⃗total=0⃗\vec{\mu}_{\text{total}} = \vec{0}. La molécule est apolaire.
  • Dans le diiode solide I2(s)\text{I}_2(s), les molécules sont strictement apolaires et diatomiques. Seules s’exercent des forces de London (interactions de dispersion entre dipôles instantanés et dipôles induits).
  • Dans le chlorométhane CH3Cl(l)\text{CH}_3\text{Cl}(l), la présence d’un moment dipolaire permanent engendre des forces d’orientation (interactions de Keesom) entre dipôles permanents, auxquelles s’ajoutent les forces de Debye (dipôle permanent - dipôle induit) et les forces de London.
  • On observe que la température d’ébullition croît régulièrement de CH3F\text{CH}_3\text{F} (194,7 K194{,}7\text{ K}) à CH3Br\text{CH}_3\text{Br} (276,8 K276{,}8\text{ K}), alors même que le moment dipolaire diminue légèrement (le fluor est très électronégatif mais le nuage électronique est compact).
  • Cette augmentation de la cohésion thermique (et donc des points d’ébullition) met en évidence que les forces de dispersion de London sont prépondérantes dans cette série. En descendant dans la colonne des halogènes, le nombre d’électrons augmente, le nuage électronique devient plus volumineux, plus lâche et donc plus polarisable, ce qui renforce considérablement les interactions de London (∝α2\propto \alpha^2).
  • Limites du modèle électrostatique classique : Le calcul macroscopique basé uniquement sur les moments dipolaires permanents (interactions de Keesom) échoue à expliquer l’intensité réelle des interactions dans de nombreux fluides. Par exemple, le moment dipolaire du fluorométhane CH3F\text{CH}_3\text{F} est plus élevé que celui du bromométhane CH3Br\text{CH}_3\text{Br}, et pourtant CH3Br\text{CH}_3\text{Br} bout à une température beaucoup plus élevée.
  • Origine des limites :
    1. Le modèle néglige la polarisabilité dynamique et les fluctuations quantiques (forces de dispersion de London), souvent majoritaires même chez des molécules polaires.
    2. À courte distance, le modèle électrostatique ponctuel omet le recouvrement des nuages électroniques (répulsion de Pauli) et la nature covalente partielle ou le transfert de charge intermoléculaire.
    3. L’approximation des charges ponctuelles fixées ignore l’anisotropie réelle de la distribution électronique au voisinage des atomes halogénés (phénomène de la “zone σ\sigma-hole”).