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Cours : Cinématique du solide

La cinématique du solide indéformable a pour objet l’étude du mouvement des solides sans se préoccuper des causes qui les produisent (les forces). Le cadre de travail est celui de la mécanique du point et du solide dans l’espace euclidien orienté à trois dimensions E3\mathcal{E}_3, rapporté à un repère galiléen ou non, muni d’une base orthonormée directe B=(x⃗,y⃗,z⃗)\mathcal{B} = (\vec{x}, \vec{y}, \vec{z}).

Un solide SS est un ensemble de points matériels MM tel que la distance entre deux points quelconques MM et NN de SS reste constante au cours du temps : ∀(M,N)∈S2,ddt(MN2)=0  ⟺  ∀t, ∣∣MN→(t)∣∣=constante\forall (M, N) \in S^2, \quad \frac{d}{dt} (MN^2) = 0 \iff \forall t, \, ||\overrightarrow{MN}(t)|| = \text{constante}

  • Référentiel R\mathcal{R} : Associé à un solide indéformable de référence S0S_0, noté R0(O0,x⃗0,y⃗0,z⃗0)\mathcal{R}_0(O_0, \vec{x}_0, \vec{y}_0, \vec{z}_0).
  • Vecteur rotation instantanée : Soit un repère R1(O1,x⃗1,y⃗1,z⃗1)\mathcal{R}_1(O_1, \vec{x}_1, \vec{y}_1, \vec{z}_1) en mouvement par rapport à R0\mathcal{R}_0. Le vecteur rotation instantanée de R1\mathcal{R}_1 par rapport à R0\mathcal{R}_0, noté Ω⃗R1/R0\vec{\Omega}_{\mathcal{R}_1/\mathcal{R}_0}, est unique et caractérise la variation temporelle de la base (x⃗1,y⃗1,z⃗1)(\vec{x}_1, \vec{y}_1, \vec{z}_1) : (du⃗dt)R0=(du⃗dt)R1+Ω⃗R1/R0∧u⃗\left(\frac{d\vec{u}}{dt}\right)_{\mathcal{R}_0} = \left(\frac{d\vec{u}}{dt}\right)_{\mathcal{R}_1} + \vec{\Omega}_{\mathcal{R}_1/\mathcal{R}_0} \wedge \vec{u} pour tout vecteur u⃗\vec{u}.

Le champ des vitesses d’un solide SS en mouvement dans un repère R0\mathcal{R}_0 est un champ équiprojectif. Pour tous points PP et MM appartenant au solide SS : V⃗(M∈S/R0)=V⃗(P∈S/R0)+Ω⃗S/R0∧PM→\vec{V}(M \in S/\mathcal{R}_0) = \vec{V}(P \in S/\mathcal{R}_0) + \vec{\Omega}_{S/\mathcal{R}_0} \wedge \overrightarrow{PM}


📐 2. Théorèmes fondamentaux & Démonstrations clés

Section titled “📐 2. Théorèmes fondamentaux & Démonstrations clés”

Le champ des vitesses d’un solide indéformable est antisymétrique. Il se modélise par un torseur, appelé torseur cinématique du mouvement du solide SS par rapport au repère R0\mathcal{R}_0, noté VS/R0\mathcal{V}_{S/\mathcal{R}_0} :

\mathcal{V}_{S/\mathcal{R}_0} = \left\{ \begin{cmatrix} \vec{\Omega}_{S/\mathcal{R}_0} \\ \vec{V}(P \in S/\mathcal{R}_0) \end{cmatrix} \right\}_{\! P}

La matrice colonne associée au torseur en PP dans B∈M6,1(R)\mathcal{B} \in \mathcal{M}_{6,1}(\mathbb{R}) est : [VS/R0]P=(ΩxΩyΩzVx(P)Vy(P)Vz(P))B[\mathcal{V}_{S/\mathcal{R}_0}]_P = \begin{pmatrix} \Omega_x \\ \Omega_y \\ \Omega_z \\ V_x(P) \\ V_y(P) \\ V_z(P) \end{pmatrix}_{\mathcal{B}}

2.2. Démonstration : Propriété d’équiprojectivité du champ des vitesses

Section titled “2.2. Démonstration : Propriété d’équiprojectivité du champ des vitesses”
  • Énoncé : Pour tous points AA et BB d’un solide SS en mouvement dans R0\mathcal{R}_0, la projection de leur différence de vitesse sur la droite (AB)(AB) est nulle : (V⃗(B∈S/R0)−V⃗(A∈S/R0))⋅AB→=0(\vec{V}(B \in S/\mathcal{R}_0) - \vec{V}(A \in S/\mathcal{R}_0)) \cdot \overrightarrow{AB} = 0

  • Démonstration rigoureuse : Puisque le solide est indéformable, la distance entre AA et BB est constante : ∣∣AB→∣∣2=AB→⋅AB→=cste||\overrightarrow{AB}||^2 = \overrightarrow{AB} \cdot \overrightarrow{AB} = cste Dérivons cette relation par rapport au temps dans le repère R0\mathcal{R}_0 : ddt(AB→⋅AB→)=2 (dAB→dt)R0⋅AB→=0\frac{d}{dt} (\overrightarrow{AB} \cdot \overrightarrow{AB}) = 2 \, \left(\frac{d\overrightarrow{AB}}{dt}\right)_{\mathcal{R}_0} \cdot \overrightarrow{AB} = 0 Or, par définition de la dérivation vectorielle : (dAB→dt)R0=(dOB⃗dt)R0−(dOA⃗dt)R0=V⃗(B∈S/R0)−V⃗(A∈S/R0)\left(\frac{d\overrightarrow{AB}}{dt}\right)_{\mathcal{R}_0} = \left(\frac{d\vec{OB}}{dt}\right)_{\mathcal{R}_0} - \left(\frac{d\vec{OA}}{dt}\right)_{\mathcal{R}_0} = \vec{V}(B \in S/\mathcal{R}_0) - \vec{V}(A \in S/\mathcal{R}_0) En injectant ce résultat : (V⃗(B∈S/R0)−V⃗(A∈S/R0))⋅AB→=0(\vec{V}(B \in S/\mathcal{R}_0) - \vec{V}(A \in S/\mathcal{R}_0)) \cdot \overrightarrow{AB} = 0 C.Q.F.D.

Soient trois repères R0\mathcal{R}_0, R1\mathcal{R}_1 et R2\mathcal{R}_2.

  • Composition des vitesses : V⃗(M∈R2/R0)=V⃗(M∈R2/R1)+V⃗(M∈R1/R0)\vec{V}(M \in \mathcal{R}_2/\mathcal{R}_0) = \vec{V}(M \in \mathcal{R}_2/\mathcal{R}_1) + \vec{V}(M \in \mathcal{R}_1/\mathcal{R}_0)
  • Composition des vecteurs rotations (loi de cinématique de Poinsot) : Ω⃗R2/R0=Ω⃗R2/R1+Ω⃗R1/R0\vec{\Omega}_{\mathcal{R}_2/\mathcal{R}_0} = \vec{\Omega}_{\mathcal{R}_2/\mathcal{R}_1} + \vec{\Omega}_{\mathcal{R}_1/\mathcal{R}_0}
  • Relation de composition des torseurs cinématiques : {VR2/R0}={VR2/R1}+{VR1/R0}\{\mathcal{V}_{\mathcal{R}_2/\mathcal{R}_0}\} = \{\mathcal{V}_{\mathcal{R}_2/\mathcal{R}_1}\} + \{\mathcal{V}_{\mathcal{R}_1/\mathcal{R}_0}\}

Pour déterminer le torseur cinématique d’une liaison idéale entre deux solides S1S_1 and S2S_2, on identifie les degrés de liberté géométriques :

  1. Liaison Pivot (axe (O,z⃗)(O, \vec{z})) : 1 rotation permise θ˙\dot{\theta}. \mathcal{V}_{S_2/S_1} = \left\{ \begin{cmatrix} \dot{\theta} \vec{z} \\ \vec{0} \end{cmatrix} \right\}_{\! O}
  2. Liaison Glissière (axe (O,x⃗)(O, \vec{x})) : 1 translation permise x˙\dot{x}. \mathcal{V}_{S_2/S_1} = \left\{ \begin{cmatrix} \vec{0} \\ \dot{x} \vec{x} \end{cmatrix} \right\}_{\! O}
  3. Liaison Pivot-glissant (axe (O,z⃗)(O, \vec{z})) : 1 rotation et 1 translation. \mathcal{V}_{S_2/S_1} = \left\{ \begin{cmatrix} \dot{\theta} \vec{z} \\ \dot{z} \vec{z} \end{cmatrix} \right\}_{\! O}

3.2. Méthode de dérivation vectorielle (Calcul de vitesse)

Section titled “3.2. Méthode de dérivation vectorielle (Calcul de vitesse)”

Pour calculer la vitesse d’un point MM appartenant à un solide SS en mouvement par rapport à R0\mathcal{R}_0 :

  1. Identifier un point AA du solide dont la trajectoire dans R0\mathcal{R}_0 est connue (souvent un point fixe ou appartenant à un axe de rotation).
  2. Appliquer la formule de transport du champ des vitesses : V⃗(M∈S/R0)=V⃗(A∈S/R0)+Ω⃗S/R0∧AM→\vec{V}(M \in S/\mathcal{R}_0) = \vec{V}(A \in S/\mathcal{R}_0) + \vec{\Omega}_{S/\mathcal{R}_0} \wedge \overrightarrow{AM}
  3. Développer le produit vectoriel dans la base adaptée.

  • Attention au point de réduction du torseur : Ne jamais additionner ou transporter des vitesses sans préciser le point de réduction. L’écriture V=(Ω⃗,V⃗)\mathcal{V} = (\vec{\Omega}, \vec{V}) est ambigüe si le point PP n’est pas explicitement mentionné.
  • Erreur de référentiel dans la dérivation : Lorsque l’on dérive un vecteur u⃗(t)\vec{u}(t) dans R0\mathcal{R}_0, il est impératif d’utiliser la formule de change de base si la base associée n’est pas fixe dans R0\mathcal{R}_0. Oublier le terme Ω⃗∧u⃗\vec{\Omega} \wedge \vec{u} est l’erreur éliminatoire classique en colle et aux concours.
  • Confusion entre vitesse d’un point matériel et vitesse du point géométrique coïncident : Bien distinguer V⃗(M∈S2/R0)\vec{V}(M \in S_2/\mathcal{R}_0) (vitesse du point physique MM appartenant au solide S2S_2) et la vitesse d’entraînement lors de l’application de la loi de composition des mouvements.
  • Caractère non holonome : Ne pas intégrer hâtivement des relations cinématiques portant sur les vitesses en relations géométriques si le système comporte des conditions de roulement sans glissement (ex: disque sur un plan), qui constituent des équations différentielles non intégrables directement (non holonomes).