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Exercice 1 : Diagonalisation et trigonalisation

🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude”

Soit EE un espace vectoriel euclidien (ou hermitien, le cas échéant) ou simplement vectoriel de dimension finie sur le corps K=R\mathbb{K} = \mathbb{R} ou C\mathbb{C}. L’objectif de ce problème est d’étudier la réduction d’une classe particulière d’endomorphismes à travers l’étude de leurs polynômes caractéristiques et de leurs sous-espaces caractéristiques. Plus précisément, on s’intéresse aux conditions nécessaires et suffisantes de diagonalisabilité et de trigonalisation d’un endomorphisme f∈L(E)f \in \mathcal{L}(E), ainsi qu’à l’application de ces techniques au calcul de puissances de matrices et à la résolution de systèmes différentiels linéaires.


❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)

Section titled “❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)”
  1. Préalable sur les polynômes d’endomorphismes Soit f∈L(E)f \in \mathcal{L}(E) et P∈K[X]P \in \mathbb{K}[X]. Montrer que si λ\lambda est une valeur propre de ff et xx un vecteur propre associé, alors P(λ)P(\lambda) est valeur propre de P(f)P(f) pour le vecteur xx.

  2. Caractérisation de la diagonalisabilité Énoncer le théorème de spectralité garantissant la diagonalisabilité d’un endomorphisme. Montrer qu’un endomorphisme f∈L(E)f \in \mathcal{L}(E) est diagonalisable si et seulement si son polynôme minimal est scindé à racines simples sur K\mathbb{K}.

  3. Application pratique à une matrice concrète On considère la matrice A∈M3(R)A \in \mathcal{M}_3(\mathbb{R}) définie par : A=(2−1103−1011)A = \begin{pmatrix} 2 & -1 & 1 \\ 0 & 3 & -1 \\ 0 & 1 & 1 \end{pmatrix} Déterminer le polynôme caractéristique de AA, noté χA(X)\chi_A(X). En déduire les valeurs propres de AA et leurs ordres de multiplicité.

  4. Étude des sous-espaces propres et trigonalisation Pour chaque valeur propre trouvée à la question précédente, déterminer la dimension du sous-espace propre associé. La matrice AA est-elle diagonalisable ? Si non, expliciter une base dans laquelle AA se trigonalise et donner la matrice triangulaire associée TT.

  5. Analyse critique du modèle et limitations numériques Dans le cadre de l’algorithmique numérique, le calcul exact des valeurs propres via le polynôme caractéristique est souvent proscrit pour des matrices de grande taille. Expliquer brièvement pourquoi (instabilité numérique face aux variations des coefficients) et citer une alternative matricielle utilisée en pratique (méthode de Schur ou QR).


💡 Pistes & Indications méthodologiques

Section titled “💡 Pistes & Indications méthodologiques”
  • Question 1 : Procéder par récurrence sur le degré du monôme XkX^k, puis utiliser la linéarité de l’évaluation polynomiale.
  • Question 2 : Utiliser le lemme des noyaux et comparer les dimensions des sous-espaces propres avec les multiplicités des racines du polynôme minimal/caractéristique.
  • Question 3 : Développer le déterminant det⁡(XI3−A)\det(X I_3 - A) par rapport à la première colonne.
  • Question 4 : Résoudre le système linéaire (A−λI3)X=0(A - \lambda I_3)X = 0 pour chaque valeur propre. Si la dimension est strictement inférieure à la multiplicité, chercher un vecteur de Jordan pour compléter la trigonalisation.

1. Préalable sur les polynômes d’endomorphismes

Section titled “1. Préalable sur les polynômes d’endomorphismes”

Soit f∈L(E)f \in \mathcal{L}(E), λ∈K\lambda \in \mathbb{K} une valeur propre de ff et x∈E∖{0}x \in E \setminus \{0\} tel que f(x)=λxf(x) = \lambda x. Montrons par récurrence sur k∈Nk \in \mathbb{N} que fk(x)=λkxf^k(x) = \lambda^k x.

  • Initialisation (k=0k=0) : f0(x)=Id(x)=x=λ0xf^0(x) = \text{Id}(x) = x = \lambda^0 x. La propriété est vraie.
  • Hérédité : Supposons la propriété vraie à un rang k≥0k \ge 0. Alors : fk+1(x)=f(fk(x))=f(λkx)=λkf(x)=λk(λx)=λk+1xf^{k+1}(x) = f(f^k(x)) = f(\lambda^k x) = \lambda^k f(x) = \lambda^k (\lambda x) = \lambda^{k+1} x La propriété est donc héréditaire. Soit maintenant un polynôme P(X)=∑k=0dakXk∈K[X]P(X) = \sum_{k=0}^{d} a_k X^k \in \mathbb{K}[X]. Par définition : P(f)(x)=∑k=0dakfk(x)=∑k=0dakλkx=(∑k=0dakλk)x=P(λ)xP(f)(x) = \sum_{k=0}^{d} a_k f^k(x) = \sum_{k=0}^{d} a_k \lambda^k x = \left(\sum_{k=0}^{d} a_k \lambda^k\right) x = P(\lambda) x Puisque x≠0x \neq 0, P(λ)P(\lambda) est bien une valeur propre de P(f)P(f) associée au vecteur propre xx. ■\blacksquare

2. Caractérisation de la diagonalisabilité

Section titled “2. Caractérisation de la diagonalisabilité”

Un endomorphisme f∈L(E)f \in \mathcal{L}(E) est diagonalisable si et seulement si la somme des sous-espaces propres est égale à EE, ce qui équivaut au fait que la somme de leurs dimensions est égale à dim⁡(E)\dim(E), ou encore que son polynôme minimal πf\pi_f est scindé sur K\mathbb{K} à racines simples. En effet, d’après le théorème de décomposition des noyaux, si πf(X)=∏i=1r(X−λi)\pi_f(X) = \prod_{i=1}^{r}(X - \lambda_i) avec des λi\lambda_i distincts, alors E=⨁i=1rker⁡(f−λiId)E = \bigoplus_{i=1}^{r} \ker(f - \lambda_i \text{Id}), ce qui garantit l’existence d’une base de vecteurs propres. ■\blacksquare

3. Calcul du polynôme caractéristique de AA

Section titled “3. Calcul du polynôme caractéristique de AAA”

Calculons χA(X)=det⁡(XI3−A)\chi_A(X) = \det(X I_3 - A) : \chi_A(X) = \begin{v} X - 2 & 1 & -1 \\ 0 & X - 3 & 1 \\ 0 & -1 & X - 1 \end{v} En développant suivant la première colonne : \chi_A(X) = (X - 2) \begin{v} X - 3 & 1 \\ -1 & X - 1 \end{v} Calculons le déterminant 2×22 \times 2 : \begin{v} X - 3 & 1 \\ -1 & X - 1 \end{v} = (X - 3)(X - 1) - (1)(-1) = X^2 - 4X + 3 + 1 = X^2 - 4X + 4 = (X - 2)^2 Ainsi, le polynôme caractéristique est : χA(X)=(X−2)(X−2)2=(X−2)3\chi_A(X) = (X - 2)(X - 2)^2 = (X - 2)^3 Les valeurs propres de AA sont donc :

  • λ1=2\lambda_1 = 2, d’ordre de multiplicité algébrique m1=3m_1 = 3.

4. Étude des sous-espaces propres et trigonalisation

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Déterminons le sous-espace propre associé à λ=2\lambda = 2, soit E2=ker⁡(A−2I3)E_2 = \ker(A - 2I_3) : A−2I3=(0−1101−101−1)A - 2I_3 = \begin{pmatrix} 0 & -1 & 1 \\ 0 & 1 & -1 \\ 0 & 1 & -1 \end{pmatrix} Soit X=(xyz)∈M3,1(R)X = \begin{pmatrix} x \\ y \\ z \end{pmatrix} \in \mathcal{M}_{3,1}(\mathbb{R}). Le système (A−2I3)X=0(A - 2I_3)X = 0 se réduit à l’équation unique : −y+z=0  ⟺  y=z-y + z = 0 \iff y = z Le sous-espace propre E2E_2 est donc l’ensemble des vecteurs de la forme : E_2 = \left\{ \begin{pmatrix} x \\ y \\ y \end{pmatrix} \in \mathcal{M}_{3,1}(\mathbb{R}) \mid x, y \in \mathbb{R} \right\} = \text{Vect}\begin{pmatrix} \begin{pmatrix} 1 \\ 0 \\ 0 \end{pmatrix}, \begin{pmatrix} 0 \\ 1 \\ 1 \end{pmatrix} \right) La dimension du sous-espace propre est dim⁡(E2)=2\dim(E_2) = 2. Or, l’ordre de multiplicité algébrique est m1=3m_1 = 3. Puisque dim⁡(E2)≠m1\dim(E_2) \neq m_1, la matrice AA n’est pas diagonalisable. Trigonalisation: * Puisque le polynôme caractéristique est scindé (χA(X)=(X−2)3\chi_A(X) = (X-2)^3), AA est trigonalisable. Cherchons une base dans laquelle AA se met sous forme triangulaire. Soit e1=(100)e_1 = \begin{pmatrix} 1 \\ 0 \\ 0 \end{pmatrix} et e2=(011)e_2 = \begin{pmatrix} 0 \\ 1 \\ 1 \end{pmatrix} deux vecteurs propres indépendants dans E2E_2. Complétons cette famille en une base de R3\mathbb{R}^3 en posant par exemple e3=(001)e_3 = \begin{pmatrix} 0 \\ 0 \\ 1 \end{pmatrix}. Exprimons Ae3A e_3 : Ae3=(2−1103−1011)(001)=(1−11)A e_3 = \begin{pmatrix} 2 & -1 & 1 \\ 0 & 3 & -1 \\ 0 & 1 & 1 \end{pmatrix} \begin{pmatrix} 0 \\ 0 \\ 1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 1 \\ -1 \\ 1 \end{pmatrix} Or, on remarque que : (1−11)=1⋅(100)−1⋅(011)+2⋅(001)=e1−e2+2e3\begin{pmatrix} 1 \\ -1 \\ 1 \end{pmatrix} = 1 \cdot \begin{pmatrix} 1 \\ 0 \\ 0 \end{pmatrix} - 1 \cdot \begin{pmatrix} 0 \\ 1 \\ 1 \end{pmatrix} + 2 \cdot \begin{pmatrix} 0 \\ 0 \\ 1 \end{pmatrix} = e_1 - e_2 + 2 e_3 Ainsi, dans la base B=(e1,e2,e3)\mathcal{B} = (e_1, e_2, e_3), la matrice de l’endomorphisme canoniquement associé est : T=(20102−1002)T = \begin{pmatrix} 2 & 0 & 1 \\ 0 & 2 & -1 \\ 0 & 0 & 2 \end{pmatrix} Ceci fournit bien une forme trigonalisée de AA. ■\blacksquare

5. Analyse critique du modèle et limitations numériques

Section titled “5. Analyse critique du modèle et limitations numériques”

En calcul scientifique, le calcul exact des racines du polynôme caractéristique χA(X)\chi_A(X) est numériquement instable pour des matrices de grande dimension (n≥4n \ge 4). En effet, d’après le théorème d’Abel-Ruffini, il n’existe pas de formule radicale générale pour les polynômes de degré ≥5\ge 5, et de surcroît, les coefficients d’un polynôme caractéristique sont extrêmement sensibles aux erreurs d’arrondi (les zéros d’un polynôme peuvent varier de manière drastique suite à de minimes perturbations de ses coefficients). C’est pourquoi les logiciels de calcul numérique (comme SciPy, MATLAB) proscrivent le calcul direct par χA\chi_A et utilisent des méthodes unitaires itératives de réduction (telles que l’algorithme QR de Schur) qui garantissent stabilité et robustesse.