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Exercice 1 : Loi de Fourier et bilan d énergie thermique

🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude”

On s’intéresse à la modélisation thermique d’un mur plane infini, assimilé à un milieu homogène, isotrope, de conductivité thermique λ\lambda constante, de masse volumique ρ\rho et de capacité thermique massique cc également constantes. Ce mur occupe la région de l’espace définie par −E/2≤x≤E/2-E/2 \le x \le E/2, où EE représente l’épaisseur du mur.

Le système est placé dans l’air ambiant et l’on se place dans le cadre d’un régime thermique stationnaire ou quasi-stationnaire. On note j⃗th\vec{j}_{\text{th}} le vecteur densité de flux thermique au sein du matériau.

L’objectif de cet exercice, typique des écrits de concours (Mines-Ponts / CCINP), est d’établir l’équation de la chaleur à partir d’un bilan d’énergie macroscopique, puis d’étudier l’influence d’une source volumique interne de chaleur (effet Joule ou réaction chimique exothermique) sur le profil de température dans le mur.


  1. Rappel de cours : Énoncer la loi phénoménologique de Fourier en précisant la signification physique de chaque terme et son domaine de validité. Préciser l’unité internationale de λ\lambda et de j⃗th\vec{j}_{\text{th}}.
  2. Bilan thermique élémentaire : En considérant une tranche de mur comprise entre xx et x+dxx+\mathrm{d}x d’aire de section SS, établir par un bilan d’énergie thermique en régime stationnaire, en présence d’une puissance thermique volumique générée p(x)p(x) (en W⋅m−3\text{W}\cdot\text{m}^{-3}), l’équation différentielle régissant la température T(x)T(x).
  3. Résolution sans source : On suppose p(x)=0p(x) = 0. Les faces du mur situées en x=−E/2x = -E/2 et x=E/2x = E/2 sont maintenues à des températures imposées T1T_1 et T2T_2 respectivement (avec T1>T2T_1 > T_2). Déterminer l’expression du profil de température T(x)T(x) et calculer la densité de flux thermique traversant le mur.
  4. Résolution avec source uniforme : On suppose désormais que le mur est le siège d’une source volumique de chaleur uniforme p(x)=p0>0p(x) = p_0 > 0. Les deux faces du mur en x=±E/2x = \pm E/2 sont maintenues à la même température T0T_0.
    • Établir l’équation différentielle vérifiée par T(x)T(x) et préciser les conditions aux limites associées.
    • Intégrer cette équation pour trouver le profil de température T(x)T(x).
    • Déterminer la température maximale atteinte au sein du mur et exprimer l’écart thermique maximal ΔTmax⁡=T(0)−T0\Delta T_{\max} = T(0) - T_0.
  5. Application numérique et analyse critique :
    • Calculer ΔTmax⁡\Delta T_{\max} pour un mur de béton d’épaisseur E=30 cmE = 30\text{ cm}, de conductivité thermique λ=1.5 W⋅m−1⋅K−1\lambda = 1.5\text{ W}\cdot\text{m}^{-1}\cdot\text{K}^{-1}, soumis à une puissance volumique p0=500 W⋅m−3p_0 = 500\text{ W}\cdot\text{m}^{-3}.
    • Conclure sur l’ordre de grandeur obtenu.

💡 Pistes & Indications méthodologiques

Section titled “💡 Pistes & Indications méthodologiques”
  • Question 1 : Pensez au signe moins dans la loi de Fourier : la chaleur s’isotherme des zones chaudes vers les zones froides.
  • Question 2 : Méthode classique du “bilan d’énergie” sur une tranche d’épaisseur dx\mathrm{d}x. Identifiez les flux entrants, sortants et le terme source. Utilisez un développement de Taylor à l’ordre 1 pour exprimer le flux sortant en fonction du flux entrant.
  • Question 3 & 4 : Ce sont des équations différentielles linéaires d’ordre 2 à coefficients constants. Pensez à exploiter les symétries du problème (si les conditions aux limites sont symétriques par rapport à x=0x=0, le profil de température doit l’être aussi).

La loi de Fourier s’exprime sous la forme vectorielle suivante : j⃗th=−λgrad⁡T\vec{j}_{\text{th}} = -\lambda \operatorname{grad} T

  • j⃗th\vec{j}_{\text{th}} : vecteur densité de flux thermique, en W⋅m−2\text{W}\cdot\text{m}^{-2}.
  • λ\lambda : conductivité thermique du matériau, en W⋅m−1⋅K−1\text{W}\cdot\text{m}^{-1}\cdot\text{K}^{-1}.
  • TT : température, en K\text{K} (ou °C\text{°C}).
  • Le signe « −- » traduit le fait spontané que la chaleur s’écoule des hautes températures vers les basses températures (le flux est opposé au gradient de température).

2. Établissement de l’équation différentielle par bilan

Section titled “2. Établissement de l’équation différentielle par bilan”

Considérons une tranche de mur comprise entre xx et x+dxx+\mathrm{d}x, de section SS. En régime stationnaire, l’énergie thermique emmagasinée dans cette tranche est constante. Le bilan d’énergie s’écrit : Φentrant+Φgeˊneˊreˊe−Φsortant=0\Phi_{\text{entrant}} + \Phi_{\text{générée}} - \Phi_{\text{sortant}} = 0

  • Puissance thermique entrante en xx : Φ(x)=jth(x)⋅S\Phi(x) = j_{\text{th}}(x) \cdot S
  • Puissance thermique sortante en x+dxx+\mathrm{d}x : Φ(x+dx)=jth(x+dx)⋅S≈[jth(x)+∂jth∂xdx]S\Phi(x+\mathrm{d}x) = j_{\text{th}}(x+\mathrm{d}x) \cdot S \approx \left[ j_{\text{th}}(x) + \frac{\partial j_{\text{th}}}{\partial x}\mathrm{d}x \right] S
  • Puissance thermique générée par la source volumique : Φgeˊneˊreˊe=p(x)⋅S dx\Phi_{\text{générée}} = p(x) \cdot S \, \mathrm{d}x

En injectant ces expressions dans le bilan : jth(x)S+p(x)Sdx−(jth(x)+∂jth∂xdx)S=0j_{\text{th}}(x)S + p(x)S\mathrm{d}x - \left( j_{\text{th}}(x) + \frac{\partial j_{\text{th}}}{\partial x}\mathrm{d}x \right)S = 0   ⟹  −∂jth∂x+p(x)=0  ⟹  ∂jth∂x=p(x)\implies -\frac{\partial j_{\text{th}}}{\partial x} + p(x) = 0 \implies \frac{\partial j_{\text{th}}}{\partial x} = p(x)

En combinant avec la loi de Fourier jth=−λdTdxj_{\text{th}} = -\lambda \frac{\mathrm{d}T}{\mathrm{d}x} (en géométrie cartésienne 1D) : ddx(−λdTdx)+p(x)=0  ⟹  d2Tdx2=−p(x)λ\frac{\mathrm{d}}{\mathrm{d}x}\left(-\lambda \frac{\mathrm{d}T}{\mathrm{d}x}\right) + p(x) = 0 \implies \frac{\mathrm{d}^2 T}{\mathrm{d}x^2} = -\frac{p(x)}{\lambda} (C’est l’équation de Poisson thermique en régime stationnaire).

L’équation se simplifie en : d2Tdx2=0\frac{\mathrm{d}^2 T}{\mathrm{d}x^2} = 0 Par double integration : T(x)=Ax+BT(x) = A x + B Les conditions aux limites sont :

  • T(−E/2)=T1  ⟹  −AE2+B=T1T(-E/2) = T_1 \implies -A\frac{E}{2} + B = T_1
  • T(E/2)=T2  ⟹  AE2+B=T2T(E/2) = T_2 \implies A\frac{E}{2} + B = T_2

En additionnant et soustrayant ces deux équations : B=T1+T22etA=T2−T1EB = \frac{T_1 + T_2}{2} \quad \text{et} \quad A = \frac{T_2 - T_1}{E} Le profil de température est donc linéaire : T(x)=T1+T22−(T1−T2)xET(x) = \frac{T_1 + T_2}{2} - (T_1 - T_2)\frac{x}{E}

La densité de flux thermique associée est uniforme : jth=−λdTdx=λT1−T2Ej_{\text{th}} = -\lambda \frac{\mathrm{d}T}{\mathrm{d}x} = \lambda \frac{T_1 - T_2}{E}

4. Cas avec source uniforme (p(x)=p0p(x) = p_0)

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  • Équation et conditions aux limites : L’équation devient : d2Tdx2=−p0λ\frac{\mathrm{d}^2 T}{\mathrm{d}x^2} = -\frac{p_0}{\lambda} Conditions aux limites symétriques : T(−E/2)=T0T(-E/2) = T_0 et T(E/2)=T0T(E/2) = T_0.

  • Résolution : Une intégration directe donne : dTdx=−p0λx+C1\frac{\mathrm{d}T}{\mathrm{d}x} = -\frac{p_0}{\lambda} x + C_1 Par symétrie du problème par rapport au plan x=0x=0, on a nécessairement dTdx∣x=0=0\left.\frac{\mathrm{d}T}{\mathrm{d}x}\right|_{x=0} = 0, donc C1=0C_1 = 0.

    En intégrant une seconde fois : T(x)=−p02λx2+C2T(x) = -\frac{p_0}{2\lambda} x^2 + C_2 En utilisant la condition aux limites en x=E/2x = E/2 : T(E2)=−p02λ(E2)2+C2=T0  ⟹  C2=T0+p0E28λT\left(\frac{E}{2}\right) = -\frac{p_0}{2\lambda} \left(\frac{E}{2}\right)^2 + C_2 = T_0 \implies C_2 = T_0 + \frac{p_0 E^2}{8\lambda} Le profil de température est donc parabolique : T(x)=T0+p0E28λ(1−4x2E2)T(x) = T_0 + \frac{p_0 E^2}{8\lambda} \left( 1 - \frac{4x^2}{E^2} \right)

  • Température maximale : Le maximum est atteint au centre du mur (x=0x=0) en raison de la symétrie et de la convexité de la parabole : Tmax⁡=T(0)=T0+p0E28λT_{\max} = T(0) = T_0 + \frac{p_0 E^2}{8\lambda} L’écart thermique maximal est : ΔTmax⁡=Tmax⁡−T0=p0E28λ\Delta T_{\max} = T_{\max} - T_0 = \frac{p_0 E^2}{8\lambda}

5. Application numérique et analyse critique

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  • A.N. :
    • p0=500 W⋅m−3p_0 = 500\text{ W}\cdot\text{m}^{-3}
    • E=0.3 mE = 0.3\text{ m}
    • λ=1.5 W⋅m−1⋅K−1\lambda = 1.5\text{ W}\cdot\text{m}^{-1}\cdot\text{K}^{-1}

ΔTmax⁡=500×(0.3)28×1.5=500×0.0912=4512=3.75 K\Delta T_{\max} = \frac{500 \times (0.3)^2}{8 \times 1.5} = \frac{500 \times 0.09}{12} = \frac{45}{12} = 3.75\text{ K}

  • Conclusion : L’échauffement au cœur du mur induit par la source volumique est de l’ordre de 3.8 K3.8\text{ K} (ou 3.8 °C3.8\text{ °C}). Cette valeur est relativement faible, ce qui montre que pour un matériau de construction usuel comme le béton, une source thermique modérée ne provoque pas de surchauffe interne critique en régime stationnaire.