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Exercice 2 : Applications linéaires et théorème du rang

Problème guidé : Autour du théorème du rang et des projecteurs généralisés

Section titled “Problème guidé : Autour du théorème du rang et des projecteurs généralisés”

Soit EE un K\mathbb{K}-espace vectoriel (K=R\mathbb{K} = \mathbb{R} ou C\mathbb{C}) de dimension finie n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On considère un endomorphisme f∈L(E)f \in \mathcal{L}(E) vérifiant la relation : (P)f3−f2=0\text{(P)} \quad f^3 - f^2 = 0

L’objectif de ce problème est d’étudier la structure de EE à travers les sous-espaces vectoriels associés à ff, et d’analyser les limites de ce type de modélisation algébrique.


Partie I : Propriétés fondamentales et noyaux emboîtés

Section titled “Partie I : Propriétés fondamentales et noyaux emboîtés”
  1. Montrer que ker⁡(f)⊂ker⁡(f2)⊂ker⁡(f3)\ker(f) \subset \ker(f^2) \subset \ker(f^3).
  2. En déduire que si ker⁡(f2)=ker⁡(f3)\ker(f^2) = \ker(f^3), alors pour tout entier k≥2k \ge 2, ker⁡(fk)=ker⁡(f2)\ker(f^k) = \ker(f^2).
  3. Établir la relation entre les images : Im(f3)⊂Im(f2)⊂Im(f)\text{Im}(f^3) \subset \text{Im}(f^2) \subset \text{Im}(f).
  4. Démontrer que Im(f2)=Im(f3)\text{Im}(f^2) = \text{Im}(f^3).
  1. À l’aide du théorème du rang appliqué aux endomorphismes induits, montrer que E=ker⁡(f2)⊕Im(f2)E = \ker(f^2) \oplus \text{Im}(f^2).
  2. Expliciter un polynôme en ff qui projette EE sur Im(f2)\text{Im}(f^2) parallèlement à ker⁡(f2)\ker(f^2).
  1. Discuter de la pertinence de supposer EE de dimension finie. Que se passe-t-il si EE est de dimension infinie (par exemple l’espace des suites ou des fonctions polynomiales) ?

  • Question 1 & 3 : Utiliser les définitions des inclusions successives par composition d’applications.
  • Question 2 : Faire un raisonnement par récurrence sur k≥2k \ge 2 en utilisant la condition (P).
  • Question 5 : Penser à utiliser la dimension de EE, le théorème du rang, et à montrer que l’intersection du noyau et de l’image est réduite au vecteur nul.
  • Question 6 : Chercher une combinaison linéaire simple de II, ff et f2f^2 dont le carré est égal à lui-même.

Partie I : Propriétés fondamentales et noyaux emboîtés

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1. Soit x∈ker⁡(f)x \in \ker(f). Alors f(x)=0f(x) = 0. En appliquant ff, on a f(f(x))=f(0)=0f(f(x)) = f(0) = 0, donc f2(x)=0f^2(x) = 0, ce qui signifie x∈ker⁡(f2)x \in \ker(f^2). Ainsi, ker⁡(f)⊂ker⁡(f2)\ker(f) \subset \ker(f^2). De même, si x∈ker⁡(f2)x \in \ker(f^2), f2(x)=0  ⟹  f(f2(x))=f(0)=0  ⟹  f3(x)=0f^2(x) = 0 \implies f(f^2(x)) = f(0) = 0 \implies f^3(x) = 0, donc x∈ker⁡(f3)x \in \ker(f^3). Par conséquent : ker⁡(f)⊂ker⁡(f2)⊂ker⁡(f3)\ker(f) \subset \ker(f^2) \subset \ker(f^3)

2. Supposons ker⁡(f2)=ker⁡(f3)\ker(f^2) = \ker(f^3). Montrons par récurrence sur k≥2k \ge 2 que ker⁡(fk)=ker⁡(f2)\ker(f^k) = \ker(f^2).

  • Initialisation : Pour k=2k=2, c’est immédiat.
  • Hérédité : Soit k≥2k \ge 2 tel que ker⁡(fk)=ker⁡(f2)\ker(f^k) = \ker(f^2). Soit x∈ker⁡(fk+1)x \in \ker(f^{k+1}). Alors fk+1(x)=f2(fk−1(x))=0f^{k+1}(x) = f^2(f^{k-1}(x)) = 0. Cela signifie que fk−1(x)∈ker⁡(f2)=ker⁡(f3)f^{k-1}(x) \in \ker(f^2) = \ker(f^3). Donc f3(fk−1(x))=0f^3(f^{k-1}(x)) = 0, c’est-à-dire fk+2(x)=0f^{k+2}(x) = 0. En utilisant la condition (P), f3−f2=0  ⟹  f3=f2f^3 - f^2 = 0 \implies f^3 = f^2, donc par récurrence on montre que ker⁡(fk)restestable\ker(f^k) reste stable. Plus simplement, utilisons directement la relation f3=f2f^3 = f^2. Soit x∈ker⁡(fk+1)x \in \ker(f^{k+1}). On a f3(fk−2(x))=f2(fk−2(x))  ⟹  fk+1(x)=fk(x)f^3(f^{k-2}(x)) = f^2(f^{k-2}(x)) \implies f^{k+1}(x) = f^k(x), ce qui est lourd. Revenons à la définition : par l’hypothèse de récurrence élargie, si f3=f2f^3 = f^2, alors pour tout xx, f3(x)=f2(x)f^3(x) = f^2(x), donc ker⁡(f3)=ker⁡(f2)\ker(f^3) = \ker(f^2). Par une récurrence immédiate basée sur le fait que fk+1(x)=0  ⟹  f3(fk−2(x))=0  ⟹  f2(fk−2(x))=0f^{k+1}(x) = 0 \implies f^3(f^{k-2}(x)) = 0 \implies f^2(f^{k-2}(x)) = 0 (car ker⁡(f3)=ker⁡(f2)\ker(f^3) = \ker(f^2)), on obtient x∈ker⁡(fk)=ker⁡(f2)x \in \ker(f^k) = \ker(f^2). Conclusion: * ker⁡(fk)=ker⁡(f2)\ker(f^k) = \ker(f^2) pour tout k≥2k \ge 2.

3. Soit y∈Im(f3)y \in \text{Im}(f^3). Il existe x∈Ex \in E tel que y=f3(x)y = f^3(x). Puisque f3=f2f^3 = f^2, y=f2(f(x))y = f^2(f(x)), donc y∈Im(f2)y \in \text{Im}(f^2). Ainsi Im(f3)⊂Im(f2)\text{Im}(f^3) \subset \text{Im}(f^2). De même, tout élément de Im(f2)\text{Im}(f^2) s’écrit f2(x)=f(f(x))f^2(x) = f(f(x)), donc appartient à Im(f)\text{Im}(f). Finalement : Im(f3)⊂Im(f2)⊂Im(f)\text{Im}(f^3) \subset \text{Im}(f^2) \subset \text{Im}(f)

4. D’après la question 3, Im(f3)\étall\text{Im}(f^3) \étall est incluse dans Im(f2)\text{Im}(f^2). Montrons l’inclusion réciproque. Soit y∈Im(f2)y \in \text{Im}(f^2). Il existe x∈Ex \in E tel que y=f2(x)y = f^2(x). Comme f3=f2f^3 = f^2, on a y=f3(x)=f3(f(x))∈Im(f3)y = f^3(x) = f^3(f(x)) \in \text{Im}(f^3). D’où l’égalité Im(f2)=Im(f3)\text{Im}(f^2) = \text{Im}(f^3).


5. Appliquons le théorème du rang à la restriction de f2f^2 à Im(f)\text{Im}(f) ou utilisons les dimensions. D’après le théorème du rang pour l’endomorphisme f2f^2 sur EE : dim⁡(E)=dim⁡(ker⁡(f2))+dim⁡(Im(f2))\dim(E) = \dim(\ker(f^2)) + \dim(\text{Im}(f^2)) Montrons maintenant que ker⁡(f2)∩Im(f2)={0}\ker(f^2) \cap \text{Im}(f^2) = \{0\}. Soit x∈ker⁡(f2)∩Im(f2)x \in \ker(f^2) \cap \text{Im}(f^2).

  • Puisque x∈Im(f2)x \in \text{Im}(f^2), il existe v∈Ev \in E tel que x=f2(v)x = f^2(v).
  • Puisque x∈ker⁡(f2)x \in \ker(f^2), f2(x)=0f^2(x) = 0. En combinant ces deux points : f2(f2(v))=0  ⟹  f4(v)=0f^2(f^2(v)) = 0 \implies f^4(v) = 0. Or, comme f3=f2f^3 = f^2, on a f4=f(f3)=f(f2)=f3=f2f^4 = f(f^3) = f(f^2) = f^3 = f^2. Donc f2(v)=0f^2(v) = 0, c’est-à-dire x=0x = 0. La somme des dimensions étant égale à dim⁡(E)\dim(E) et l’intersection étant nulle, on conclut que : E=ker⁡(f2)⊕Im(f2)E = \ker(f^2) \oplus \text{Im}(f^2)

6. Cherchons un endomorphisme pp de la forme p=af2+bf+cIdp = a f^2 + b f + c \text{Id} qui soit un projecteur sur Im(f2)\text{Im}(f^2) parallèlement à ker⁡(f2)\ker(f^2). Puisque f3=f2f^3 = f^2, on remarque que (f2)2=f4=f2(f^2)^2 = f^4 = f^2. Ainsi, l’endomorphisme p=f2p = f^2 vérifie p2=f4=f2=pp^2 = f^4 = f^2 = p. C’est donc un projecteur. Son image est Im(f2)\text{Im}(f^2) et son noyau est ker⁡(f2)\ker(f^2) (car f2(x)=0  ⟺  x∈ker⁡(f2)f^2(x) = 0 \iff x \in \ker(f^2)). Le projecteur recherché est donc simplement p=f2p = f^2.


Analyse critique et limites du modèle :

  1. Hypothèse de dimension finie : Le raisonnement utilise de manière cruciale le théorème du rang (dim⁡(E)=dim⁡(ker⁡)+dim⁡(Im)\dim(E) = \dim(\ker) + \dim(\text{Im})) et l’égalité des dimensions pour prouver la somme directe. En dimension infinie, l’égalité dim⁡(ker⁡)+dim⁡(Im)=dim⁡(E)\dim(\ker) + \dim(\text{Im}) = \dim(E) n’a plus de sens mathématique strict, et un sous-espace supplémentaire de ker⁡(f2)\ker(f^2) n’existe pas toujours topologiquement (notamment si les noyaux ne sont pas fermés dans le cas des espaces vectoriels normés).
  2. Puissance minimale : L’annulation d’un polynôme comme f3−f2=0f^3 - f^2 = 0 (polynôme annulateur X2(X−1)X^2(X-1)) garantit une décomposition spectrale simple en dimension finie (grâce au lemme des noyaux : E=ker⁡(f2)⊕ker⁡(f−Id)E = \ker(f^2) \oplus \ker(f-\text{Id})). Cependant, en dimension infinie, l’existence d’une telle décomposition algébrique ne garantit en rien la continuité des projecteurs associés, ce qui limite fortement l’exploitation en analyse fonctionnelle (où l’on préfère les opérateurs continus).