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Exercice 2 : Variables aléatoires et espérance

🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude”

Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* un entier supérieur ou égal à 22. On considère un jeu de cartes ou une urne contenant nn boules numérotées de 11 à nn. On effectue des tirages successifs et on s’intéresse au nombre de tirages nécessaires pour observer certaines configurations.

Plus formellement, soit Ω\Omega l’ensemble des permutations de l’ensemble {1,2,…,n}\{1, 2, \dots, n\}, muni de la mesure de probabilité uniforme, notée P\mathbb{P}. Ainsi, pour tout ω∈Ω\omega \in \Omega, P({ω})=1n!\mathbb{P}(\{\omega\}) = \frac{1}{n!}. Une permutation σ∈Ω\sigma \in \Omega est vue comme un tirage simultané ou une disposition ordonnée des nn éléments.

L’objectif de ce problème est d’étudier certaines variables aléatoires définies sur cet espace probabilisé fini, en particulier le nombre de “records” rencontrés lors de l’énumération de la permutation, et d’établir des résultats asymptotiques par le calcul d’espérances et de variances.


❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)

Section titled “❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)”
  1. Préliminaires probabilistes : Rappeler la définition d’un espace probabilisé fini. Expliciter le cardinal de Ω\Omega et justifier que le choix de la probabilité uniforme P\mathbb{P} est cohérent.
  2. Introduction de la variable de record : Soit X1,X2,…,XnX_1, X_2, \dots, X_n la permutation représentée sous forme de suite (x1,x2,…,xn)(x_1, x_2, \dots, x_n). On dit qu’il y a un record à gauche en position ii (pour 1≤i≤n1 \le i \le n) si xi>xjx_i > x_j pour tout j<ij < i (avec la convention qu’il y a toujours un record en position 11). Pour tout i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\}, on définit la variable aléatoire IiI_i par : Ii(σ)={1si xi est un record aˋ gauche en position i,0sinon.I_i(\sigma) = \begin{cases} 1 & \text{si } x_i \text{ est un record à gauche en position } i, \\ 0 & \text{sinon.} \end{cases} Déterminer la loi de la variable aléatoire IiI_i pour un ii fixé. Les variables (Ii)1≤i≤n(I_i)_{1 \le i \le n} sont-elles indépendantes ?
  3. Calcul de l’espérance du nombre total de records : Soit X=∑i=1nIiX = \sum_{i=1}^n I_i la variable aléatoire représentant le nombre total de records dans la permutation. Calculer l’espérance E(X)\mathbb{E}(X). Déterminer un équivalent de E(X)\mathbb{E}(X) lorsque n→+∞n \to +\infty.
  4. Calcul de la variance : Montrer que la variance de XX s’exprime sous la forme : V(X)=∑i=1nV(Ii)+∑1≤i≠j≤nCov(Ii,Ij)\mathbb{V}(X) = \sum_{i=1}^n \mathbb{V}(I_i) + \sum_{1 \le i \neq j \le n} \text{Cov}(I_i, I_j) Calculer Cov(Ii,Ij)\text{Cov}(I_i, I_j) pour i≠ji \neq j, puis en déduire l’expression exacte de V(X)\mathbb{V}(X). Donner un équivalent de V(X)\mathbb{V}(X) quand n→+∞n \to + \infty.
  5. Analyse critique du modèle : Le modèle uniforme sur les permutations suppose que tous les ordres d’arrivée sont équiprobables. En pratique, dans le cadre de tris informatiques (comme le tri par insertion), les données initiales ne sont pas toujours équiprobables. Discuter brièvement de l’impact d’une modification de la loi de probabilité sur le comportement asymptotique de E(X)\mathbb{E}(X).

💡 Pistes & Indications méthodologiques

Section titled “💡 Pistes & Indications méthodologiques”
  • Indicateurs : Pour calculer la probabilité qu’un élément soit un record, exploiter la symétrie du problème : parmi les ii premiers éléments, chaque position a la même probabilité d’accueillir le maximum.
  • Indépendance : Penser à tester l’indépendance pour de petites valeurs de nn (par exemple n=3n=3). L’événement “le 33-ème élément est un record” dépend des deux premiers.
  • Linéarité de l’espérance : C’est l’outil roi pour calculer l’espérance d’une somme de variables aléatoires, même si ces dernières ne sont pas indépendantes.
  • Covariance : Pour i<ji < j, analyser la condition pour que Ii=1I_i = 1 et Ij=1I_j = 1 simultanément, en se ramenant au fait que xi=max⁡1≤k≤ixkx_i = \max_{1 \le k \le i} x_k et xj=max⁡1≤k≤jxkx_j = \max_{1 \le k \le j} x_k.

Un espace probabilisé fini est un couple (Ω,P)(\Omega, \mathbb{P}) où Ω\Omega est un ensemble fini non vide et P\mathbb{P} une application de P(Ω)\mathcal{P}(\Omega) dans [0,1][0, 1] telle que P(Ω)=1\mathbb{P}(\Omega) = 1 et pour tout (A,B)∈P(Ω)2(A, B) \in \mathcal{P}(\Omega)^2 disjoints, P(A∪B)=P(A)+P(B)\mathbb{P}(A \cup B) = \mathbb{P}(A) + \mathbb{P}(B). Ici, Ω=Sn\Omega = \mathcal{S}_n (l’ensemble des permutations de {1,…,n}\{1, \dots, n\}). Le cardinal de Ω\Omega est n!n!. La probabilité uniforme attribue à chaque singleton {σ}\{\sigma\} la même probabilité 1n!\frac{1}{n!}. Ce choix modélise un tirage aléatoire sans remise où toutes les dispositions initiales ont la même chance d’apparaître.

Soit i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\}. L’élément xix_i est un record à gauche si et seulement s’il est le plus grand des ii premiers éléments de la permutation. Par symétrie, dans l’ensemble des ii premiers éléments {x1,…,xi}\{x_1, \dots, x_i\}, n’importe lequel a la même probabilité d’être le plus grand, et ce de manière équiprobable. Ainsi, la probabilité que xix_i soit le maximum de ce sous-ensemble est 1i\frac{1}{i}. Par conséquent, IiI_i suit une loi de Bernoulli de paramètre pi=1ip_i = \frac{1}{i} : P(Ii=1)=1ietP(Ii=0)=1−1i=i−1i\mathbb{P}(I_i = 1) = \frac{1}{i} \quad \text{et} \quad \mathbb{P}(I_i = 0) = 1 - \frac{1}{i} = \frac{i-1}{i}

Les variables (Ii)(I_i) ne sont pas indépendantes. En effet, si n≥2n \ge 2, sachant que I1=1I_1 = 1 (ce qui est toujours vrai car I1(σ)=1I_1(\sigma) = 1), la valeur de I2I_2 dépend directement de la comparaison entre x1x_1 et x2x_2. Plus formellement, P(I2=1∣I1=1)=12\mathbb{P}(I_2 = 1 \mid I_1 = 1) = \frac{1}{2}, tandis que P(I2=1)=12\mathbb{P}(I_2 = 1) = \frac{1}{2}, mais des dépendances plus fortes apparaissent pour des indices rapprochés ou par la structure globale de la permutation.

La variable XX représente le nombre total de records : X=∑i=1nIiX = \sum_{i=1}^n I_i. Par application du théorème de linéarité de l’espérance (qui s’applique sans hypothèse d’indépendance) : E(X)=E(∑i=1nIi)=∑i=1nE(Ii)=∑i=1nP(Ii=1)=∑i=1n1i\mathbb{E}(X) = \mathbb{E}\left(\sum_{i=1}^n I_i\right) = \sum_{i=1}^n \mathbb{E}(I_i) = \sum_{i=1}^n \mathbb{P}(I_i = 1) = \sum_{i=1}^n \frac{1}{i} On reconnaît la nn-ième somme harmonique, notée HnH_n. Ainsi : E(X)=Hn=∑i=1n1i\mathbb{E}(X) = H_n = \sum_{i=1}^n \frac{1}{i} Du point de vue asymptotique, il est bien connu que : Hn∼n→+∞ln⁡(n)H_n \underset{n \to +\infty}{\sim} \ln(n) Le nombre moyen de records dans une grande permutation de taille nn croît donc comme le logarithme népérien de nn.

Par définition de la variance d’une somme : V(X)=∑i=1nV(Ii)+∑1≤i≠j≤nCov(Ii,Ij)\mathbb{V}(X) = \sum_{i=1}^n \mathbb{V}(I_i) + \sum_{1 \le i \neq j \le n} \text{Cov}(I_i, I_j)

  • Variance des variables de Bernoulli : Pour chaque ii, V(Ii)=P(Ii=1)(1−P(Ii=1))=1i(1−1i)=1i−1i2\mathbb{V}(I_i) = \mathbb{P}(I_i=1)(1 - \mathbb{P}(I_i=1)) = \frac{1}{i}\left(1 - \frac{1}{i}\right) = \frac{1}{i} - \frac{1}{i^2}. La somme de ces variances vaut : ∑i=1nV(Ii)=∑i=1n1i−∑i=1n1i2=Hn−∑i=1n1i2\sum_{i=1}^n \mathbb{V}(I_i) = \sum_{i=1}^n \frac{1}{i} - \sum_{i=1}^n \frac{1}{i^2} = H_n - \sum_{i=1}^n \frac{1}{i^2}

  • Covariance pour i<ji < j : Soit 1≤i<j≤n1 \le i < j \le n. Par definition, Cov(Ii,Ij)=E(IiIj)−E(Ii)E(Ij)\text{Cov}(I_i, I_j) = \mathbb{E}(I_i I_j) - \mathbb{E}(I_i)\mathbb{E}(I_j). Or IiIj=1I_i I_j = 1 si et seulement si xix_i est un record à la position ii et xjx_j est un record à la position jj. Ces deux événements sont indépendants dans leur réalisation séquentielle : le fait que xix_i soit le maximum des ii premiers éléments est indépendant de la condition que xjx_j soit le maximum des jj éléments sachant que xjx_j n’est pas l’un des ii premiers (autrement dit, la position du maximum parmi les jj premiers éléments est uniformément répartie sur les jj positions, indépendamment du fait que le maximum des ii premiers soit bien placé). Rigoureusement, P(Ii=1 et Ij=1)=P(Ij=1∣Ii=1)P(Ii=1)\mathbb{P}(I_i = 1 \text{ et } I_j = 1) = \mathbb{P}(I_j = 1 \mid I_i = 1)\mathbb{P}(I_i = 1). Savoir que Ii=1I_i = 1 fixe le fait que xix_i est le max des ii premiers, mais pour j>ij > i, la probabilité que xjx_j soit le max des jj premiers est 1j\frac{1}{j} et ces deux événements (être le max des ii premiers et être le max des jj premiers) sont indépendants car ils portent sur des tirages uniformes disjoints. Ainsi : P(Ii=1 et Ij=1)=1i×1j\mathbb{P}(I_i = 1 \text{ et } I_j = 1) = \frac{1}{i} \times \frac{1}{j} Dès lors : Cov(Ii,Ij)=1ij−1i×1j=0\text{Cov}(I_i, I_j) = \frac{1}{ij} - \frac{1}{i} \times \frac{1}{j} = 0 De manière surprenante, les variables (Ii)(I_i) sont deux à deux non correlées !

  • Bilan pour la variance : Puisque Cov(Ii,Ij)=0\text{Cov}(I_i, I_j) = 0 pour tout i≠ji \neq j, il vient : V(X)=∑i=1nV(Ii)=Hn−∑i=1n1i2\mathbb{V}(X) = \sum_{i=1}^n \mathbb{V}(I_i) = H_n - \sum_{i=1}^n \frac{1}{i^2} Quand n→+∞n \to +\infty, ∑i=1n1i2\sum_{i=1}^n \frac{1}{i^2} converge vers π26\frac{\pi^2}{6}, donc : V(X)∼n→+∞ln⁡(n)\mathbb{V}(X) \underset{n \to +\infty}{\sim} \ln(n)

Le modèle uniforme P({σ})=1n!\mathbb{P}(\{\sigma\}) = \frac{1}{n!} repose sur l’hypothèse d’absence de biais dans la génération des permutations. Si l’on considère par exemple un algorithme de tri partiellement biaisé où certaines configurations fortement ordonnées ont une probabilité d’apparition plus grande, la loi des indicateurs IiI_i ne serait plus uniforme (pip_i ne vaudrait plus 1i\frac{1}{i}). Dans ce cas, l’espérance E(X)=∑pi\mathbb{E}(X) = \sum p_i pourrait être significativement plus faible (s’il y a déjà un pré-tri, le nombre de nouveaux records tend à diminuer drastiquement). L’hypothèse d’équiprobabilité est donc cruciale pour obtenir l’ordre de grandeur logarithmique universel HnH_n.