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Exercice 1 : Normes équivalentes

🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude”

Soit EE un K\mathbb{K}-espace vectoriel (K=R\mathbb{K} = \mathbb{R} ou C\mathbb{C}). On rappelle qu’une norme sur EE est une application N:E→R+N : E \to \mathbb{R}_+ satisfaisant la séparation, l’homogénéité et l’inégalité triangulaire. Deux normes N1N_1 et N2N_2 sur EE sont dites équivalentes s’il existe des constantes réelles strictement positives cc et CC telles que : ∀x∈E,cN1(x)≤N2(x)≤CN1(x)\forall x \in E, \quad c N_1(x) \le N_2(x) \le C N_1(x)

Ce problème s’intéresse à la comparaison de normes sur des espaces de suites ou de fonctions, en distinguant le cas de dimension finie et le cas crucial de dimension infinie où toutes les normes ne sont pas équivalentes. On pose E=C([0,1],R)E = \mathcal{C}([0,1], \mathbb{R}) muni de la norme infinie ∥f∥∞=sup⁡t∈[0,1]∣f(t)∣\|f\|_\infty = \sup_{t \in [0,1]} |f(t)| et de la norme 11 définie par ∥f∥1=∫01∣f(t)∣ dt\|f\|_1 = \int_0^1 |f(t)| \, \text{d}t.


❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)

Section titled “❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)”
  1. (Q1) Démontrer que pour toute fonction f∈C([0,1],R)f \in \mathcal{C}([0,1], \mathbb{R}), on a l’inégalité ∥f∥1≤∥f∥∞\|f\|_1 \le \|f\|_\infty.
  2. (Q2) Les normes ∥⋅∥1\|\cdot\|_1 et ∥⋅∥∞\|\cdot\|_\infty sont-elles équivalentes sur l’espace E=C([0,1],R)E = \mathcal{C}([0,1], \mathbb{R}) ? On construira pour cela une suite judicieuse de fonctions continues.
  3. (Q3) Soit FF un sous-espace vectoriel de dimension finie d’un K\mathbb{K}-espace vectoriel normé (E,∥⋅∥)(E, \|\cdot\|). Démontrer que toutes les normes sur FF sont équivalentes. (On pourra utiliser une base de FF et la compacité de la sphère unité pour la norme infinie associée).
  4. (Q4) Analyse critique du modèle : Expliquer pourquoi le résultat de la question (Q3) en dimension finie ne contredit pas le résultat de la question (Q2). Quel théorème fondamental d’analyse fonctionnelle relie la dimension d’un EVN et l’équivalence de toutes ses normes ?

💡 Pistes & Indications méthodologiques

Section titled “💡 Pistes & Indications méthodologiques”
  • Pour (Q1) : Majorez la valeur absolue de l’intégrale par l’intégrale de la valeur absolue, puis majorez la fonction par sa norme infinie sur le segment [0,1][0,1].
  • Pour (Q2) : Raisonnez par l’absurde en supposant l’existence d’une constante C>0C > 0 telle que ∥f∥∞≤C∥f∥1\|f\|_\infty \le C \|f\|_1 pour tout ff. Construisez une suite de “chapeaux” triangulaires dont l’aire tend vers 00 tandis que le maximum reste égal à 11.
  • Pour (Q3) : Soit (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n) une base de FF. Tout vecteur x=∑i=1nxieix = \sum_{i=1}^n x_i e_i peut être normé via la norme 1 des coefficients ∥x∥1′=∑i=1n∣xi∣\|x\|_1' = \sum_{i=1}^n |x_i|. Utilisez l’inégalité triangulaire pour montrer la continuité de toute norme par rapport à cette norme, puis invoquez le théorème de Bolzano-Weierstrass (compacité de la sphère unité).
  • Pour (Q4) : Rappelez la définition de la dimension d’un espace vectoriel normé et citez le théorème de Riesz.

Soit f∈C([0,1],R)f \in \mathcal{C}([0,1], \mathbb{R}). Par définition de la norme infinie : ∀t∈[0,1],∣f(t)∣≤∥f∥∞\forall t \in [0,1], \quad |f(t)| \le \|f\|_\infty En intégrant cette inégalité sur le segment [0,1][0,1] (qui est orienté dans le sens direct), il vient : ∫01∣f(t)∣ dt≤∫01∥f∥∞ dt=∥f∥∞∫011 dt=∥f∥∞\int_0^1 |f(t)| \, \text{d}t \le \int_0^1 \|f\|_\infty \, \text{d}t = \|f\|_\infty \int_0^1 1 \, \text{d}t = \|f\|_\infty Ainsi, ∥f∥1≤∥f∥∞\|f\|_1 \le \|f\|_\infty. La première constante d’équivalence c=1c = 1 convient.


Supposons par l’absurde qu’il existe une constante C>0C > 0 telle que : ∀f∈C([0,1],R),∥f∥∞≤C∥f∥1\forall f \in \mathcal{C}([0,1], \mathbb{R}), \quad \|f\|_\infty \le C \|f\|_1 Pour tout entier n≥1n \ge 1, construisons la fonction continue fnf_n définie graphiquement par un “pic” triangulaire de hauteur 11 sur l’intervalle [0,1n][0, \frac{1}{n}] :

  • fn(t)=1−ntf_n(t) = 1 - n t si t∈[0,1n]t \in [0, \frac{1}{n}]
  • fn(t)=0f_n(t) = 0 si t∈[1n,1]t \in [\frac{1}{n}, 1]

Clairement, fn∈C([0,1],R)f_n \in \mathcal{C}([0,1], \mathbb{R}) et sa valeur maximale est atteinte en 00, donc ∥fn∥∞=1\|f_n\|_\infty = 1. Calculons sa norme 11 : ∥fn∥1=∫01/n(1−nt) dt=[t−nt22]01/n=1n−12n=12n\|f_n\|_1 = \int_0^{1/n} (1 - nt) \, \text{d}t = \left[ t - \frac{n t^2}{2} \right]_0^{1/n} = \frac{1}{n} - \frac{1}{2n} = \frac{1}{2n} L’inégalité supposée appliquée à fnf_n donne : 1=∥fn∥∞≤C∥fn∥1=C2n1 = \|f_n\|_\infty \le C \|f_n\|_1 = \frac{C}{2n} En passant à la limite lorsque n→+∞n \to +\infty, on obtient 1≤01 \le 0, ce qui est absurde. Conclusion: ** Les normes ∥⋅∥1\|\cdot\|_1 et ∥⋅∥∞\|\cdot\|_\infty ne sont pas équivalentes sur C([0,1],R)\mathcal{C}([0,1], \mathbb{R}).


Soit FF un K\mathbb{K}-espace vectoriel de dimension finie n≥1n \ge 1 muni d’une base (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n). Soit NN une norme quelconque sur FF. Tout vecteur x∈Fx \in F s’écrit de manière unique x=∑i=1nxieix = \sum_{i=1}^n x_i e_i. Introduisons la norme auxiliaire sur FF définie par : ∀x=∑i=1nxiei∈F,N1(x)=∑i=1n∣xi∣\forall x = \sum_{i=1}^n x_i e_i \in F, \quad N_1(x) = \sum_{i=1}^n |x_i| Par l’inégalité triangulaire et l’homogénéité de la norme NN : N(x)=N(∑i=1nxiei)≤∑i=1n∣xi∣N(ei)≤(max⁡1≤i≤nN(ei))N1(x)N(x) = N\left(\sum_{i=1}^n x_i e_i\right) \le \sum_{i=1}^n |x_i| N(e_i) \le \left(\max_{1 \le i \le n} N(e_i)\right) N_1(x) En posant M=max⁡1≤i≤nN(ei)>0M = \max_{1 \le i \le n} N(e_i) > 0, on a N(x)≤MN1(x)N(x) \le M N_1(x) (première domination).

D’autre part, l’application x↦N(x)x \mapsto N(x) est 1-lipschitzienne pour la norme N1N_1 car : ∣N(x)−N(y)∣≤N(x−y)≤MN1(x−y)|N(x) - N(y)| \le N(x-y) \le M N_1(x-y) La sphère unité S1={x∈F∣N1(x)=1}S_1 = \{x \in F \mid N_1(x) = 1\} est fermée et bornée dans un espace de dimension finie isomorphe à Kn\mathbb{K}^n, elle est donc compacte (théorème de Bolzano-Weierstrass). Puisque NN est continue sur S1S_1 (car lipschitzienne) et que S1S_1 est compact, NN atteint ses bornes sur S1S_1. En particulier, elle y atteint son minimum : m=inf⁡x∈S1N(x)>0m = \inf_{x \in S_1} N(x) > 0 (Le minimum est strictement positif car N(x)=0  ⟹  x=0N(x) = 0 \implies x = 0, or 0∉S10 \notin S_1). Ainsi, pour tout x∈F∖{0}x \in F \setminus \{0\}, en posant u=xN1(x)∈S1u = \frac{x}{N_1(x)} \in S_1, on a : N(u)≥m  ⟹  N(x)N1(x)≥m  ⟹  N1(x)≤1mN(x)N(u) \ge m \implies \frac{N(x)}{N_1(x)} \ge m \implies N_1(x) \le \frac{1}{m} N(x) On a donc montré l’équivalence entre NN et N1N_1. Par transitivité, toutes les normes sur FF sont équivalentes.


  • Analyse critique : L’espace C([0,1],R)\mathcal{C}([0,1], \mathbb{R}) est de dimension infinie. Le résultat de la question (Q3) s’applique exclusivement aux espaces vectoriels de dimension finie. Il n’y a donc aucune contradiction.
  • Théorème fondamental (Riesz) : Un espace vectoriel normé est de dimension finie si et seulement si sa boule unité fermée est compacte, ce qui équivaut également au fait que toutes ses normes sont équivalentes. En dimension infinie, il existe toujours des normes non équivalentes (comme mis en évidence à la question Q2).