Skip to content

Cours : Calcul matriciel et systèmes


Le calcul matriciel est l’outil fondamental de l’algèbre linéaire. Il permet de manipuler des familles finies de vecteurs, de représenter des applications linéaires et de résoudre des systèmes d’équations linéaires. Dans tout ce chapitre, K\mathbb{K} désigne le corps R\mathbb{R} ou C\mathbb{C}.


1. Espaces vectoriels des matrices Mn,p(K)\mathcal{M}_{n,p}(\mathbb{K})

Section titled “1. Espaces vectoriels des matrices Mn,p(K)\mathcal{M}_{n,p}(\mathbb{K})Mn,p​(K)”

Soient n,p∈N∗n, p \in \mathbb{N}^*.

  • Une matrice AA à coefficients dans K\mathbb{K}, de taille n×pn \times p (ou nn lignes et pp colonnes), est un tableau rectangulaire d’éléments de K\mathbb{K} : A=(a1,1a1,2⋯a1,pa2,1a2,2⋯a2,p⋮⋮⋱⋮an,1an,2⋯an,p)=(ai,j)1≤i≤n1≤j≤pA = \begin{pmatrix} a_{1,1} & a_{1,2} & \cdots & a_{1,p} \\ a_{2,1} & a_{2,2} & \cdots & a_{2,p} \\ \vdots & \vdots & \ddots & \vdots \\ a_{n,1} & a_{n,2} & \cdots & a_{n,p} \end{pmatrix} = (a_{i,j})_{\substack{1 \le i \le n \\ 1 \le j \le p}}
  • L’ensemble de ces matrices est noté Mn,p(K)\mathcal{M}_{n,p}(\mathbb{K}) (ou Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}) si n=pn=p, matrices carrées).
  • Deux matrices sont égales si et seulement si elles ont la même taille et tous leurs coefficients coïncident.
  1. Addition : Si A=(ai,j)A = (a_{i,j}) et B=(bi,j)B = (b_{i,j}) sont dans Mn,p(K)\mathcal{M}_{n,p}(\mathbb{K}), leur somme A+BA+B est la matrice (ai,j+bi,j)(a_{i,j} + b_{i,j}).
  2. Multiplication par un scalaire : Pour λ∈K\lambda \in \mathbb{K} et A=(ai,j)A = (a_{i,j}), λA=(λai,j)\lambda A = (\lambda a_{i,j}).

Théorème 1. (Mn,p(K),+,⋅)(\mathcal{M}_{n,p}(\mathbb{K}), +, \cdot) est un K\mathbb{K}-espace vectoriel. Sa dimension est n×pn \times p. Preuve (esquisse) : La base canonique est constituée des matrices (Ei,j)1≤i≤n,1≤j≤p(E_{i,j})_{1 \le i \le n, 1 \le j \le p}, où Ei,jE_{i,j} ne contient que des 00 partout sauf un 11 à la position (i,j)(i,j). □\square


Soient A=(ai,j)∈Mn,p(K)A = (a_{i,j}) \in \mathcal{M}_{n,p}(\mathbb{K}) et B=(bj,k)∈Mp,q(K)B = (b_{j,k}) \in \mathcal{M}_{p,q}(\mathbb{K}). Le produit C=ABC = AB est la matrice C=(ci,k)∈Mn,q(K)C = (c_{i,k}) \in \mathcal{M}_{n,q}(\mathbb{K}) dont les coefficients sont définis par : ci,k=∑j=1pai,jbj,kc_{i,k} = \sum_{j=1}^{p} a_{i,j} b_{j,k}

Piège classique : Le produit matriciel n’est défini que si le nombre de colonnes de la première matrice est égal au nombre de lignes de la seconde.

  1. Associativité : (AB)C=A(BC)(AB)C = A(BC) lorsque les tailles le permettent.
  2. Distributivité : A(B+C)=AB+ACA(B+C) = AB + AC et (A+B)C=AC+BC(A+B)C = AC + BC.
  3. Non-commutativité : En général, AB≠BAAB \neq BA (même si n=pn=p, Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}) n’est pas commutatif pour n≥2n \ge 2).
  4. Diviseurs de zéro : Il existe des matrices non nulles A,BA, B telles que AB=0AB = 0.
  5. Non-intégrité : AB=ACAB = AC n’implique pas B=CB = C (même si A≠0A \neq 0).

3. Anneau des matrices carrées Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K})

Section titled “3. Anneau des matrices carrées Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K})Mn​(K)”

L’anneau (Mn(K),+,×)(\mathcal{M}_n(\mathbb{K}), +, \times)

Section titled “L’anneau (Mn(K),+,×)(\mathcal{M}_n(\mathbb{K}), +, \times)(Mn​(K),+,×)”

Pour n≥2n \ge 2, (Mn(K),+,×)(\mathcal{M}_n(\mathbb{K}), +, \times) est un anneau unitaire non commutatif.

  • L’élément neutre pour l’addition est la matrice nulle 0n0_n.
  • L’élément neutre pour la multiplication est la matrice identité In=(δi,j)I_n = (\delta_{i,j}) (où δi,j\delta_{i,j} est le symbole de Kronecker).

Pour A∈Mn(K)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) et k∈Nk \in \mathbb{N}, on définit par récurrence A0=InA^0 = I_n et Ak+1=AkAA^{k+1} = A^k A.

Méthode (Formule du binôme de Newton) : Si deux matrices AA et BB commutent (AB=BAAB = BA), alors pour tout n∈Nn \in \mathbb{N} : (A+B)n=∑k=0n(nk)AkBn−k(A+B)^n = \sum_{k=0}^n \binom{n}{k} A^k B^{n-k} Attention : Si AB≠BAAB \neq BA, cette formule est fausse en général.


  • Une matrice A∈Mn(K)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) est dite inversible s’il existe une matrice B∈Mn(K)B \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) telle que AB=BA=InAB = BA = I_n.
  • Cette matrice BB, unique, est notée A−1A^{-1}.
  • L’ensemble des matrices inversibles de Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}) est noté GLn(K)\text{GL}_n(\mathbb{K}) (Groupe Linéaire).

Théorème 2 (Caractérisation unilatérale). Soit A∈Mn(K)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}). Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. A∈GLn(K)A \in \text{GL}_n(\mathbb{K}) (inversible à gauche et à droite).
  2. Il existe BB telle que AB=InAB = I_n (inversible à droite).
  3. Il existe CC telle que CA=InCA = I_n (inversible à gauche). (Ce résultat fondamental repose sur le théorème du rang pour les applications linéaires associées).
  • Soit A=(ai,j)∈Mn,p(K)A = (a_{i,j}) \in \mathcal{M}_{n,p}(\mathbb{K}). La transposée de AA, notée ATA^T (ou t ⁣A^t\!A), est la matrice de Mp,n(K)\mathcal{M}_{p,n}(\mathbb{K}) définie par AT=(aj,i)A^T = (a_{j,i}).
  • Propriétés : (A+B)T=AT+BT(A+B)^T = A^T + B^T, (λA)T=λAT(\lambda A)^T = \lambda A^T, (AB)T=BTAT(AB)^T = B^T A^T.
  • Si A∈GLn(K)A \in \text{GL}_n(\mathbb{K}), alors AT∈GLn(K)A^T \in \text{GL}_n(\mathbb{K}) et (AT)−1=(A−1)T(A^T)^{-1} = (A^{-1})^T.

Un système linéaire de nn équations à pp inconnues x1,…,xpx_1, \dots, x_p s’écrit sous forme matricielle : AX=BAX = B où A∈Mn,p(K)A \in \mathcal{M}_{n,p}(\mathbb{K}) est la matrice des coefficients, X=(x1⋮xp)∈Mp,1(K)X = \begin{pmatrix} x_1 \\ \vdots \\ x_p \end{pmatrix} \in \mathcal{M}_{p,1}(\mathbb{K}) est le vecteur colonne des inconnues, et B∈Mn,1(K)B \in \mathcal{M}_{n,1}(\mathbb{K}) est le second membre.

C’est le système AX=0AX = 0. L’ensemble de ses solutions est un sous-espace vectoriel de Mp,1(K)\mathcal{M}_{p,1}(\mathbb{K}).

Théorème 3 (Structure de l’ensemble des solutions). L’ensemble des solutions d’un système AX=BAX = B (s’il n’est pas vide) est un affine de direction l’espace des solutions du système homogène AX=0AX = 0. Autrement dit : S=X0+ker⁡(A)\mathcal{S} = X_0 + \ker(A) où X0X_0 est une solution particulière et ker⁡(A)={X∈Mp,1(K)∣AX=0}\ker(A) = \{X \in \mathcal{M}_{p,1}(\mathbb{K}) \mid AX = 0\}.


Les opérations suivantes, appelées opérations élémentaires, transforment un système linéaire en un système équivalent (même ensemble de solutions) et se traduisent par le produit à gauche par des matrices élémentaires (inversibles) :

  1. Echange de deux lignes : Li↔LjL_i \leftrightarrow L_j
  2. Multiplication d’une ligne par un scalaire non nul : Li←λLiL_i \leftarrow \lambda L_i (λ≠0\lambda \neq 0)
  3. Ajout à une ligne d’un multiple d’une autre : Li←Li+λLjL_i \leftarrow L_i + \lambda L_j (i≠ji \neq j)

Méthode (Calcul de l’inverse par le pivot de Gauss-Jordan) : Pour inverser une matrice A∈Mn(K)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}), on forme la matrice augmentée (A∣In)(A \mid I_n). À l’aide d’opérations élémentaires sur les lignes, on la transforme sous la forme (In∣B)(I_n \mid B). La matrice BB est alors l’inverse de AA. Si on obtient une ligne de zéros à gauche, AA n’est pas inversible.


  1. Attention à l’ordre des produits : Ne jamais permuter AA et BB dans un produit matriciel, sauf si l’énoncé l’autorise explicitement ou si l’une des matrices est une matrice scalaire (λIn\lambda I_n).
  2. Division par une matrice : La notation AB\frac{A}{B} n’a aucun sens en algèbre linéaire. On utilise AB−1A B^{-1} ou B−1AB^{-1} A.
  3. Carré d’une somme : (A+B)2=A2+AB+BA+B2(A+B)^2 = A^2 + AB + BA + B^2. Ne pas écrire 2AB2AB sauf si AB=BAAB = BA.