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Exercice 1 : Lois de Newton et moment cinétique

🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude”

Le problème s’intéresse à la modélisation dynamique de la phase de propulsion d’un projectile de masse mm dans un tube de lancement horizontal, puis à son mouvement ultérieur dans un champ de pesanteur uniforme. L’objectif est d’appliquer le principe fondamental de la dynamique (PFD) ainsi que le théorème du moment cinétique, tout en discutant des limites des modèles choisis.

On se place dans un référentiel terrestre R\mathcal{R}, supposé galiléen, muni d’un repère cartésien orthonormé direct (O,u⃗x,u⃗y,u⃗z)(O, \vec{u}_x, \vec{u}_y, \vec{u}_z), où l’axe (O,u⃗z)(O, \vec{u}_z) est vertical ascendant, et l’axe (O,u⃗x)(O, \vec{u}_x) est horizontal, orienté dans le sens du lancement. Le champ de pesanteur est g⃗=−gu⃗z\vec{g} = -g \vec{u}_z.


❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)

Section titled “❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)”
  1. Phase de propulsion (Modèle idéal sans frottement) : Le projectile est assimilé à un point matériel MM de masse mm. Il est soumis à l’intérieur d’un canon horizontal de longueur LL à une force motrice constante F⃗m=F0u⃗x\vec{F}_m = F_0 \vec{u}_x (avec F0>0F_0 > 0). Le projectile part du repos en x(0)=0x(0) = 0 à l’instant t=0t = 0. Établir l’expression de la vitesse vEv_E du projectile à la sortie du canon (x=Lx = L).

  2. Phase de propulsion (Modèle réaliste avec frottements fluides) : On prend désormais en compte une force de frottement de l’air à l’intérieur du canon de la forme f⃗=−kv⃗\vec{f} = -k \vec{v}, où v⃗\vec{v} est la vitesse du point MM et kuneconstantepositivek une constante positive. Établir l’équation différentielle vérifiée par la composante vx(t)v_x(t) de la vitesse. Intégrer cette équation pour exprimer vx(t)v_x(t) en fonction du temps, sachant qu’en t=0t=0, vx(0)=0v_x(0) = 0.

  3. Mouvement ultérieur (Vol libre) : À l’instant tst_s où le projectile quitte le canon (que l’on assimile à l’origine spatiale OO pour cette nouvelle phase à t′=0t'=0), sa vitesse est v⃗(0)=v0u⃗x\vec{v}(0) = v_0 \vec{u}_x. Le projectile est alors uniquement soumis à son poids g⃗=−gu⃗z\vec{g} = -g \vec{u}_z (on néglige l’action de l’air). En appliquant le PFD, déterminer les équations horaires du mouvement x(t′)x(t') et z(t′)z(t'). En déduire l’équation de la trajectoire z(x)z(x).

  4. Étude du moment cinétique : Toujours pendant la phase de vol libre, calculer le moment cinétique L⃗O(t′)\vec{L}_O(t') du projectile par rapport au point d’origine OO. En déduire le moment de la force subie par le projectile par rapport à OO et vérifier le théorème du moment cinétique.

  5. Analyse critique du modèle : Le modèle de la pesanteur uniforme et de l’absence de frottement est-il valide pour un projectile parcourant une distance horizontale de 10 km10\text{ km} avec une vitesse initiale de 1000 m⋅s−11000\text{ m}\cdot\text{s}^{-1} ? Justifier quantitativement en citant les limites physiques.


💡 Pistes & Indications méthodologiques

Section titled “💡 Pistes & Indications méthodologiques”
  • Question 1 : Utilisez directement la deuxième loi de Newton (PFD) en projection sur l’axe (O,u⃗x)(O, \vec{u}_x), puis une intégration simple ou le théorème de l’énergie cinétique.
  • Question 2 : L’équation différentielle obtenue est linéaire du premier ordre à coefficients constants. Pensez à introduire le temps caractéristique τ=m/k\tau = m/k.
  • Question 3 : La projection vectorielle du PFD donne immédiatement la nature du mouvement sur chaque axe (uniformément accéléré selon zz, rectiligne uniforme selon xx). Éliminez ensuite le temps pour trouver z(x)z(x).
  • Question 4 : Par définition, L⃗O=OM⃗∧p⃗\vec{L}_O = \vec{OM} \wedge \vec{p}. Pour le théorème du moment cinétique, calculez MO(F⃗)=OM⃗∧F⃗\mathcal{M}_O(\vec{F}) = \vec{OM} \wedge \vec{F} et comparez avec dL⃗Odt\frac{d\vec{L}_O}{dt}.
  • Question 5 : Évaluez l’ordre de grandeur de la portée face au rayon de la Terre, et rappelez l’influence de la force de frottement fluide (souvent en v2v^2 à haute vitesse).

Dans le référentiel R\mathcal{R} galiléen, le système {projectile} de masse mm est soumis à :

  • La force motrice F⃗m=F0u⃗x\vec{F}_m = F_0 \vec{u}_x
  • Son poids G⃗=−mgu⃗z\vec{G} = -mg \vec{u}_z
  • La réaction normale du support du canon N⃗\vec{N} (qui compense le poids et les éventuels contraintes transverses).

Le PFD s’écrit : ∑F⃗=F⃗m+mg⃗+N⃗=mdv⃗dt\sum \vec{F} = \vec{F}_m + m\vec{g} + \vec{N} = m \frac{d\vec{v}}{dt}

En projetant selon l’axe horizontal u⃗x\vec{u}_x : F0=mdvxdtF_0 = m \frac{dv_x}{dt}

Puisque l’accélération ax=F0ma_x = \frac{F_0}{m} est constante, on intègre par rapport au temps avec vx(0)=0v_x(0) = 0 : vx(t)=F0mtv_x(t) = \frac{F_0}{m} t

Pour trouver la vitesse vEv_E à la sortie du canon en x=Lx=L, on utilise la relation indépendante du temps (ou théorème de l’énergie cinétique) : vxdvxdx=dvxdt=F0m  ⟹  vx dvx=F0m dxv_x \frac{dv_x}{dx} = \frac{dv_x}{dt} = \frac{F_0}{m} \implies v_x \, dv_x = \frac{F_0}{m} \, dx En intégrant entre x=0x=0 (v=0v=0) et x=Lx=L (v=vEv=v_E) : 12vE2=F0mL  ⟹  vE=2F0Lm\frac{1}{2} v_E^2 = \frac{F_0}{m} L \implies v_E = \sqrt{\frac{2F_0 L}{m}}


Avec la force de frottement f⃗=−kv⃗\vec{f} = -k \vec{v}, le PFD projeté sur l’axe u⃗x\vec{u}_x devient : F0−kvx=mdvxdt  ⟹  mkdvxdt+vx=F0kF_0 - k v_x = m \frac{dv_x}{dt} \implies \frac{m}{k} \frac{dv_x}{dt} + v_x = \frac{F_0}{k}

En posant τ=mk\tau = \frac{m}{k} (temps caractéristique) et vlim=F0kv_{\text{lim}} = \frac{F_0}{k} (vitesse limite), l’équation différentielle s’écrit : τdvxdt+vx=vlim\tau \frac{dv_x}{dt} + v_x = v_{\text{lim}}

La solution générale est la somme d’une solution homogène et d’une solution particulière : vx(t)=Ae−t/τ+vlimv_x(t) = A e^{-t/\tau} + v_{\text{lim}}

À l’aide de la condition initiale vx(0)=0v_x(0) = 0, on obtient A=−vlimA = -v_{\text{lim}}. D’où : vx(t)=vlim(1−e−t/τ)=F0k(1−e−ktm)v_x(t) = v_{\text{lim}} \left(1 - e^{-t/\tau}\right) = \frac{F_0}{k} \left(1 - e^{-\frac{kt}{m}}\right)


À t′=0t'=0, le projectile quitte le canon avec v⃗(0)=v0u⃗x\vec{v}(0) = v_0 \vec{u}_x et OM⃗(0)=0⃗\vec{OM}(0) = \vec{0}. La seule force agissant est le poids P⃗=−mgu⃗z\vec{P} = -mg \vec{u}_z. Le PFD donne : md2OM⃗dt′2=−mgu⃗zm \frac{d^2\vec{OM}}{dt'^2} = -mg \vec{u}_z

Par double intégration temporelle avec les conditions initiales :

  • Suivant u⃗x\vec{u}_x : dxdt′=v0  ⟹  x(t′)=v0t′\frac{dx}{dt'} = v_0 \implies x(t') = v_0 t'
  • Suivant u⃗z\vec{u}_z : dzdt′=−gt′  ⟹  z(t′)=−12gt′2\frac{dz}{dt'} = -g t' \implies z(t') = -\frac{1}{2} g t'^2

En éliminant le temps t′=xv0t' = \frac{x}{v_0} dans l’expression de z(t′)z(t'), on obtient l’équation de la trajectoire (parabole de Galileo) : z(x)=−g2v02x2z(x) = -\frac{g}{2v_0^2} x^2


Le moment cinétique par rapport à l’origine OO est défini par : L⃗O(t′)=OM⃗(t′)∧p⃗(t′)\vec{L}_O(t') = \vec{OM}(t') \wedge \vec{p}(t') Avec OM⃗(t′)=x(t′)u⃗x+z(t′)u⃗z=v0t′u⃗x−12gt′2u⃗z\vec{OM}(t') = x(t')\vec{u}_x + z(t')\vec{u}_z = v_0 t' \vec{u}_x - \frac{1}{2}gt'^2 \vec{u}_z et p⃗(t′)=mv⃗(t′)=m(v0u⃗x−gt′u⃗z)\vec{p}(t') = m \vec{v}(t') = m(v_0 \vec{u}_x - g t' \vec{u}_z).

Calculons le produit vectoriel : L⃗O(t′)=(v0t′u⃗x−12gt′2u⃗z)∧(mv0u⃗x−mgt′u⃗z)\vec{L}_O(t') = \left( v_0 t' \vec{u}_x - \frac{1}{2}gt'^2 \vec{u}_z \right) \wedge \left( m v_0 \vec{u}_x - m g t' \vec{u}_z \right) L⃗O(t′)=−v0t′(mgt′)(u⃗x∧u⃗z)−(−12gt′2)(mv0)(u⃗z∧u⃗x)\vec{L}_O(t') = -v_0 t' (mg t') (\vec{u}_x \wedge \vec{u}_z) - \left(-\frac{1}{2}gt'^2\right) (m v_0) (\vec{u}_z \wedge \vec{u}_x) Sachant que u⃗x∧u⃗z=−u⃗y\vec{u}_x \wedge \vec{u}_z = -\vec{u}_y et u⃗z∧u⃗x=u⃗y\vec{u}_z \wedge \vec{u}_x = \vec{u}_y : L⃗O(t′)=mv0gt′2u⃗y−12mgv0t′2u⃗y=12mgv0t′2u⃗y\vec{L}_O(t') = m v_0 g t'^2 \vec{u}_y - \frac{1}{2} m g v_0 t'^2 \vec{u}_y = \frac{1}{2} m g v_0 t'^2 \vec{u}_y

Le théorème du moment cinétique s’énonce : dL⃗Odt′=MO(P⃗)=OM⃗∧P⃗\frac{d\vec{L}_O}{dt'} = \mathcal{M}_O(\vec{P}) = \vec{OM} \wedge \vec{P} Calculons directement le moment de la force : MO(P⃗)=(v0t′u⃗x−12gt′2u⃗z)∧(−mgu⃗z)=−v0t′(−mg)(u⃗x∧u⃗z)=mgv0t′(−u⃗y)\mathcal{M}_O(\vec{P}) = \left( v_0 t' \vec{u}_x - \frac{1}{2}gt'^2 \vec{u}_z \right) \wedge (-mg \vec{u}_z) = -v_0 t' (-mg) (\vec{u}_x \wedge \vec{u}_z) = m g v_0 t' (-\vec{u}_y) Erreur de signe redressée par dérivation directe : Dérivons l’expression trouvée pour L⃗O(t′)\vec{L}_O(t') : dL⃗Odt′=ddt′(12mgv0t′2)u⃗y=mgv0t′u⃗y\frac{d\vec{L}_O}{dt'} = \frac{d}{dt'} \left( \frac{1}{2} m g v_0 t'^2 \right) \vec{u}_y = m g v_0 t' \vec{u}_y Le calcul direct du moment de la force donne : OM⃗∧(−mgu⃗z)=−mgv0t′(u⃗x∧u⃗z)=mgv0t′u⃗y\vec{OM} \wedge (-mg\vec{u}_z) = -mg v_0 t' (\vec{u}_x \wedge \vec{u}_z) = mg v_0 t' \vec{u}_y. Le théorème du moment cinétique est donc vérifié : dL⃗Odt′=MO(P⃗)\frac{d\vec{L}_O}{dt'} = \mathcal{M}_O(\vec{P}).


Pour un projectile parcourant 10 km10\text{ km} avec v0=1000 m⋅s−1v_0 = 1000\text{ m}\cdot\text{s}^{-1} :

  1. Champ de pesanteur uniforme : La portée est de l’ordre de 10 km10\text{ km}, ce qui est petit devant le rayon de la Terre (RT≈6400 kmR_T \approx 6400\text{ km}). L’hypothèse d’un champ de pesanteur uniforme g⃗\vec{g} reste tout à fait acceptable, les variations de direction de g⃗\vec{g} étant de l’ordre de 106400≈0,15%\frac{10}{6400} \approx 0{,}15\%.
  2. Frottements fluides : À v0=1000 m⋅s−1v_0 = 1000\text{ m}\cdot\text{s}^{-1}, la vitesse dépasse la vitesse du son dans l’air (c≈340 m⋅s−1c \approx 340\text{ m}\cdot\text{s}^{-1}). Le régime d’écoulement n’est plus linéaire (f⃗=−kv⃗\vec{f} = -k\vec{v}), mais quadratique (f⃗=−αvv⃗\vec{f} = -\alpha v \vec{v}), et les effets compressifs (ondes de choc) modifient considérablement la résistance de l’air. Négliger les frottements sur 10 km10\text{ km} conduirait à une erreur majeure sur la portée (la portée réelle serait très nettement inférieure aux prévisions théoriques). Le modèle de chute libre est donc invalide pour cette application.