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Exercice 2 : Équivalents et développements limités

🌐 Énoncé du problème / Étude de cas

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Étude de cas”

Dans le cadre de l’étude de la propagation de signaux faibles en électronique de puissance, on s’intéresse à la modélisation de la réponse fréquentielle d’un filtre correcteur non linéaire. Le signal de sortie S(t)S(t) en régime perturbé autour d’un point de repos est relié au signal d’entrée E(t)E(t) par une équation implicite dont l’étude se ramène à l’analyse asymptotique d’une suite implicite.

Plus précisément, pour tout entier n≥1n \ge 1 et pour un paramètre réel x>0x > 0 représentant l’amplitude normalisée de l’excitation, on définit la suite (un(x))n≥1(u_n(x))_{n \ge 1} par la relation de récurrence implicite : ∀n≥1,ln⁡(1+un(x))+un(x)=xn\forall n \ge 1, \quad \ln(1 + u_n(x)) + u_n(x) = \frac{x}{n}

Dans les applications industrielles (comme les convertisseurs de "W""\text{W}" à haut rendement), le paramètre xx est un grand nombre réel (x≫1x \gg 1) traduisant une forte impulsion de tension, ou au contraire un paramètre infinitésimal (x→0+x \to 0^+) en régime de faible bruit. L’objectif de ce problème est d’analyser le comportement de cette suite lorsque xx tend vers 0+0^+, puis de proposer un regard critique sur la pertinence du modèle mathématique retenu face aux incertitudes de mesure.


  1. Existence et unicité : Montrer que pour tout x>0x > 0 et pour tout n≥1n \ge 1, l’équation ln⁡(1+u)+u=xn\ln(1 + u) + u = \frac{x}{n} admet une unique solution réelle un(x)u_n(x) dans l’intervalle ]0,+∞[]0, +\infty[.
  2. Monotonie et limite simple : Étudier le signe de un(x)u_n(x) et déterminer, pour un entier nn fixé, la limite de un(x)u_n(x) lorsque x→0+x \to 0^+, puis lorsque x→+∞x \to +\infty.
  3. Premier ordre (Équivalent) : À l’aide d’un développement limité ou d’un encadrement rigoureux, déterminer un équivalent simple de un(x)u_n(x) lorsque x→0+x \to 0^+ (avec nn fixé).
  4. Développement asymptotique poussé : En écrivant un(x)=x2n+vn(x)u_n(x) = \frac{x}{2n} + v_n(x), déterminer un second terme dans le développement limité de un(x)u_n(x) en 0+0^+, sous la forme : un(x)=x2n+αnx2+o(x2)u_n(x) = \frac{x}{2n} + \alpha_n x^2 + o(x^2) en explicitant le coefficient αn\alpha_n en fonction de nn.
  5. Sommation de relations de comparaison : On pose S(x)=∑n=1Nun(x)S(x) = \sum_{n=1}^{N} u_n(x) pour un ordre de filtre NN fixé. Déterminer un équivalent de S(x)S(x) lorsque x→0+x \to 0^+.
  6. Analyse critique du modèle et des approximations :
    • Supposons que le paramètre xx soit entaché d’une erreur relative expérimentale ϵ\epsilon telle que x~=x(1+ϵ)\tilde{x} = x(1 + \epsilon), avec ∣ϵ∣≤10−3|\epsilon| \le 10^{-3}. Évaluer l’impact de cette incertitude sur le calcul de un(x)u_n(x) à l’aide de la formule du premier ordre obtenue à la question 3.
    • Discuter des limites physiques de ce modèle mathématique si l’on poussait le développement asymptotique à l’ordre pp lorsque xx s’approche de 0+0^+, sachant que les composants réels possèdent une impédance parasite minimale non nulle en "Ω"\text{"}\Omega\text{"} (ohms) et un bruit thermique de fond de l’ordre de 10−6 "V"10^{-6}\text{ }\text{"V"}.

  • Q1 : Introduisez la fonction fn(u)=ln⁡(1+u)+uf_n(u) = \ln(1+u) + u sur [0,+∞[[0, +\infty[ et étudiez ses variations (continuité, stricte croissante, bijections).
  • Q3 : Écrivez que un(x)→0u_n(x) \to 0 lorsque x→0+x \to 0^+ (justifiez-le proprement par l’absurde ou par minoration), puis utilisez les équivalents usuels au voisinage de 00 (ln⁡(1+u)∼u\ln(1+u) \sim u).
  • Q4 : Posez un(x)=x2n+ε(x)u_n(x) = \frac{x}{2n} + \varepsilon(x) avec ε(x)=o(x)\varepsilon(x) = o(x) et injectez cette forme dans l’équation initiale en poussant les développements limités à l’ordre 2.
  • Q6 : Utilisez la notion de conditionnement ou de dérivation logarithmique pour quantifier l’amplification de l’erreur.

📋 Corrigé détaillé et analyse des résultats

Section titled “📋 Corrigé détaillé et analyse des résultats”

Soit n≥1n \ge 1 et x>0x > 0 fixés. Considérons la fonction fn:[0,+∞[→Rf_n : [0, +\infty[ \to \mathbb{R} définie par : fn(u)=ln⁡(1+u)+uf_n(u) = \ln(1+u) + u

  • fnf_n est continue sur [0,+∞[[0, +\infty[ et dérivable sur ]0,+∞[]0, +\infty[.
  • Pour tout u>0u > 0, fn′(u)=11+u+1=2+u1+u>0f_n'(u) = \frac{1}{1+u} + 1 = \frac{2+u}{1+u} > 0. La fonction fnf_n est donc strictement croissante sur [0,+∞[[0, +\infty[.
  • fn(0)=0f_n(0) = 0 et lim⁡u→+∞fn(u)=+∞\lim_{u \to +\infty} f_n(u) = +\infty.

Par le théorème de la bijection (ou corollaire des valeurs intermédiaires), pour tout réel y=xn>0y = \frac{x}{n} > 0, l’équation fn(u)=yf_n(u) = y admet une unique solution réelle un(x)u_n(x) dans ]0,+∞[]0, +\infty[.

Puisque x>0x > 0 et n≥1n \ge 1, on a xn>0=fn(0)\frac{x}{n} > 0 = f_n(0). Par stricte croissante de fnf_n, on en déduit que un(x)>0u_n(x) > 0.

  • Lorsque x→0+x \to 0^+, xn→0\frac{x}{n} \to 0. Par continuité de la bijection réciproque fn−1f_n^{-1}, un(x)=fn−1(xn)→x→0+fn−1(0)=0u_n(x) = f_n^{-1}\left(\frac{x}{n}\right) \xrightarrow[x \to 0^+]{} f_n^{-1}(0) = 0.
  • Lorsque x→+∞x \to +\infty, xn→+∞\frac{x}{n} \to +\infty, donc un(x)→+∞u_n(x) \to +\infty.

Comme un(x)→0u_n(x) \to 0 lorsque x→0+x \to 0^+, on peut utiliser le développement limité usuel au voisinage de 00 : ln⁡(1+un(x))=un(x)−un(x)22+o(un(x)2)\ln(1 + u_n(x)) = u_n(x) - \frac{u_n(x)^2}{2} + o(u_n(x)^2) L’équation s’écrit alors : 2un(x)−un(x)22+o(un(x)2)=xn2u_n(x) - \frac{u_n(x)^2}{2} + o(u_n(x)^2) = \frac{x}{n} En première approximation, ln⁡(1+un(x))∼un(x)\ln(1 + u_n(x)) \sim u_n(x), donc 2un(x)∼xn2u_n(x) \sim \frac{x}{n}, soit : un(x)∼x→0+x2nu_n(x) \underset{x \to 0^+}{\sim} \frac{x}{2n}

Posons un(x)=x2n+vn(x)u_n(x) = \frac{x}{2n} + v_n(x) avec vn(x)=o(x)v_n(x) = o(x). En injectant un(x)u_n(x) dans l’équation : un(x)+(un(x)−un(x)22+O(un(x)3))=xnu_n(x) + \left(u_n(x) - \frac{u_n(x)^2}{2} + O(u_n(x)^3)\right) = \frac{x}{n} 2un(x)−un(x)22=xn+O(x3)2u_n(x) - \frac{u_n(x)^2}{2} = \frac{x}{n} + O(x^3) Substituons un(x)=x2n+vn(x)u_n(x) = \frac{x}{2n} + v_n(x) : 2(x2n+vn(x))−12(x2n+o(x))2=xn2\left(\frac{x}{2n} + v_n(x)\right) - \frac{1}{2}\left(\frac{x}{2n} + o(x)\right)^2 = \frac{x}{n} xn+2vn(x)−x28n2+o(x2)=xn\frac{x}{n} + 2v_n(x) - \frac{x^2}{8n^2} + o(x^2) = \frac{x}{n} En simplifiant xn\frac{x}{n} des deux côtés : 2vn(x)=x28n2+o(x2)  ⟹  vn(x)=x216n2+o(x2)2v_n(x) = \frac{x^2}{8n^2} + o(x^2) \implies v_n(x) = \frac{x^2}{16n^2} + o(x^2) Ainsi : un(x)=x2n+116n2x2+o(x2)u_n(x) = \frac{x}{2n} + \frac{1}{16n^2} x^2 + o(x^2) Le coefficient recherché est αn=116n2\alpha_n = \frac{1}{16n^2}.

Pour un ordre de filtre NN fixé, le signal global S(x)S(x) est la somme des réponses : S(x)=∑n=1Nun(x)=∑n=1N(x2n+O(x2))S(x) = \sum_{n=1}^{N} u_n(x) = \sum_{n=1}^{N} \left( \frac{x}{2n} + O(x^2) \right) S(x)=x2∑n=1N1n+O(x2)S(x) = \frac{x}{2} \sum_{n=1}^{N} \frac{1}{n} + O(x^2) Ainsi, lorsque x→0+x \to 0^+, on a l’équivalent : S(x)∼x→0+(12∑n=1N1n)xS(x) \underset{x \to 0^+}{\sim} \left( \frac{1}{2} \sum_{n=1}^{N} \frac{1}{n} \right) x


🔬 Analyse critique et limites du modèle

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  1. Sensibilité aux incertitudes expérimentales : Si l’entrée mesurée est x~=x(1+ϵ)\tilde{x} = x(1 + \epsilon) avec ∣ϵ∣≤10−3|\epsilon| \le 10^{-3}, l’approximation du premier ordre donne : u~n(x)≈x~2n=x(1+ϵ)2n=un(x)(1+ϵ)\tilde{u}_n(x) \approx \frac{\tilde{x}}{2n} = \frac{x(1+\epsilon)}{2n} = u_n(x)(1+\epsilon) L’erreur relative sur la sortie un(x)u_n(x) est donc de l’ordre de ∣ϵ∣|\epsilon|. Le modèle est donc linéaire en termes de propagation d’erreur au voisinage de 00, ce qui garantit une bonne robustesse numérique du filtre pour les faibles signaux.

  2. Limites physiques et pertinence asymptotique :

    • Pousser le développement limité à un ordre élevé pp n’a de sens physique que si le plancher de bruit du dispositif électronique (typiquement de l’ordre de 10−6 "V"10^{-6}\text{ }\text{"V"} en raison de l’agitation thermique de Nyquist) est inférieur au terme d’ordre pp.
    • Si x<10−6x < 10^{-6}, les fluctuations aléatoires du système masquent totalement les termes correcteurs en x2x^2 ou x3x^3. Vouloir appliquer un développement asymptotique de rang supérieur à 1 dans cette zone conduit à un artéfact mathématique sans correspondance physique mesurable. C’est la limite fondamentale de tout modèle asymptotique en ingénierie : la complexité du calcul formel ne doit jamais dépasser la résolution instrumentale.