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Exercice 1 : Équilibre de Hardy-Weinberg

Génétique évolutive et modélisation statistique : Test de l’équilibre de Hardy-Weinberg

Section titled “Génétique évolutive et modélisation statistique : Test de l’équilibre de Hardy-Weinberg”

La modélisation mathématique en génétique des populations constitue un outil fondamental pour comprendre la dynamique évolutive des espèces. Le modèle de Hardy-Weinberg fournit une situation nulle (ou modèle nul) de référence, caractérisée par l’absence d’évolution des fréquences alléliques et génotypiques d’une génération à l’autre au sein d’une population idéale.

On s’intéresse ici à une population sauvage d’un petit mammifère, le campagnol roussâtre (Myodes glareolus), étudiée dans le cadre d’un suivi écologique à long terme dans une forêt tempérée. Un écologue souhaite analyser la structure génétique de cette population pour un locus autosomique AA possédant deux allèles codominants, notés A1A_1 et A2A_2.

L’échantillonnage réalisé sur N=1000N = 1000 individus adultes capturés, marqués puis relâchés, donne la répartition phénotypique et génotypique suivante :

  • Génotype A1A1A_1A_1 : 360360 individus
  • Génotype A1A2A_1A_2 : 480480 individus
  • Génotype A2A2A_2A_2 : 160160 individus

L’objectif de ce problème est de tester statistiquement l’adéquation de ces données au modèle de Hardy-Weinberg, d’analyser les forces évolutives susceptibles d’expliquer les écarts constatés, et de discuter de la rigueur biologique des hypothèses sous-jacentes.


  1. Rappels et formalisme du modèle a. Énoncer les cinq hypothèses fondamentales requises pour qu’une population soit en équilibre de Hardy-Weinberg. b. En notant pp la fréquence de l’allèle A1A_1 et qq la fréquence de l’allèle A2A_2, exprimer les fréquences génotypiques attendues sous l’hypothèse de Hardy-Weinberg en fonction de pp et qq.

  2. Estimation des paramètres et application numérique a. Calculer les fréquences alléliques empiriques pp et qq observées dans l’échantillon de 10001000 individus. Détailler le calcul. b. À partir de ces estimations, calculer les effectifs théoriques (attendus) de chaque génotype si la population était à l’équilibre de Hardy-Weinberg.

  3. Test statistique d’adéquation (χ2\chi^2) a. Rappeler la formule statistique du test du χ2\chi^2 d’ajustement. b. En utilisant les valeurs observées et théoriques, calculer la valeur de la statistique du χ2\chi^2. c. En sachant que pour 11 degré de liberté, le seuil critique de la table du χ2\chi^2 au risque α=5%\alpha = 5\% est de 3,843{,}84, conclure quant à l’adéquation de la population à l’équilibre.

  4. Analyse critique et limites biologiques a. Parmi les hypothèses du modèle listées à la question 1.a, laquelle ou lesquelles sont presque systématiquement violées dans les populations naturelles de mammifères ? Justifier brièvement. b. Le taux de consanguinité FF (coefficient de fixation de Wright) au sein de cette population est estimé à +0,10+0{,}10. Quel impact qualitatif et quantitatif cela a-t-il sur les fréquences des hétérozygotes par rapport aux prédictions de Hardy-Weinberg ?


  • Pour la question 2.a : Pensez à relier le nombre d’allèles de chaque type dans l’échantillon au nombre total d’allèles (rappel : les individus sont diploïdes, donc un échantillon de NN individus représente 2N2N allèles par locus).
  • Pour la question 3.b : Organisez vos calculs sous forme de tableau (Classes, Effectifs observés OO, Effectifs théoriques TT, (O−T)2T\frac{(O-T)^2}{T}).
  • Pour la question 4.b : Rappelez la formule de l’excès ou du déficit d’hétérozygotes en fonction de FF : Hobs=2pq(1−F)H_{\text{obs}} = 2pq(1-F).

  • 1.a. Hypothèses du modèle de Hardy-Weinberg : Pour qu’une population satisfasse l’équilibre de Hardy-Weinberg, les conditions suivantes doivent être réunies :

    1. Effectifs infinis (ou très grands) : Absence de dérive génétique (pas de fluctuations aléatoires d’échantillonnage).
    2. Pangenèse aléatoire (Panmixie) : Les croisements se font au hasard, sans choix du partenaire (absence d’assortiment assortatif ou de consanguinité).
    3. Absence de sélection naturelle : Tous les génotypes ont la même valeur sélective (fitness, w=1w = 1).
    4. Absence de flux géniques (migration) : Pas d’apport ni de perte d’allèles par des individus extérieurs.
    5. Absence de mutations : Pas de conversion spontanée d’un allèle en un autre.
  • 1.b. Fréquences génotypiques théoriques : Soit p=f(A1)p = f(A_1) et q=f(A2)q = f(A_2) avec p+q=1p + q = 1. Par application des lois de la probabilité de union/intersection des gamètes lors de la fécondation (tableau de Punnett) :

    • Fréquence du génotype A1A1A_1A_1 : P(A1A1)=p2P(A_1A_1) = p^2
    • Fréquence du génotype A1A2A_1A_2 : P(A1A2)=2pqP(A_1A_2) = 2pq
    • Fréquence du génotype A2A2A_2A_2 : P(A2A2)=q2P(A_2A_2) = q^2

2. Estimation des paramètres et application numérique

Section titled “2. Estimation des paramètres et application numérique”
  • 2.a. Calcul des fréquences alléliques pp et qq : L’échantillon comporte N=1000N = 1000 individus, soit 2N=20002N = 2000 allèles. Le nombre total d’allèles A1A_1 est : n(A1)=2×n(A1A1)+n(A1A2)=2(360)+480=720+480=1200 alleˋlesn(A_1) = 2 \times n(A_1A_1) + n(A_1A_2) = 2(360) + 480 = 720 + 480 = 1200\text{ allèles} La fréquence de l’allèle A1A_1 est donc : p=12002000=0,6p = \frac{1200}{2000} = 0{,}6 Par conséquent, la fréquence de l’allèle A2A_2 est : q=1−p=1−0,6=0,4q = 1 - p = 1 - 0{,}6 = 0{,}4

  • 2.b. Calcul des effectifs théoriques : Pour N=1000N = 1000 :

    • Effectif théorique de A1A1A_1A_1 : N×p2=1000×(0,6)2=1000×0,36=360 individusN \times p^2 = 1000 \times (0{,}6)^2 = 1000 \times 0{,}36 = \mathbf{360\text{ individus}}
    • Effectif théorique de A1A2A_1A_2 : N×2pq=1000×2×0,6×0,4=1000×0,48=480 individusN \times 2pq = 1000 \times 2 \times 0{,}6 \times 0{,}4 = 1000 \times 0{,}48 = \mathbf{480\text{ individus}}
    • Effectif théorique de A2A2A_2A_2 : N×q2=1000×(0,4)2=1000×0,16=160 individusN \times q^2 = 1000 \times (0{,}4)^2 = 1000 \times 0{,}16 = \mathbf{160\text{ individus}}

Remarque remarquable : Les effectifs observés coïncident exactement avec les effectifs théoriques calculés (360360, 480480, 160160).


3. Test statistique d’adéquation (χ2\chi^2)

Section titled “3. Test statistique d’adéquation (χ2\chi^2χ2)”
  • 3.a. Formule du χ2\chi^2 : χ2=∑i(Oi−Ti)2Ti\chi^2 = \sum_{\text{i}} \frac{(O_i - T_i)^2}{T_i} où OiO_i représente l’effectif observé et TiT_i l’effectif théorique pour chaque classe génotypique.

  • 3.b. Calcul de la statistique : Puisque Oi=TiO_i = T_i pour chaque classe génotypique : χ2=(360−360)2360+(480−480)2480+(160−160)2160=0+0+0=0\chi^2 = \frac{(360-360)^2}{360} + \frac{(480-480)^2}{480} + \frac{(160-160)^2}{160} = 0 + 0 + 0 = 0

  • 3.c. Conclusion statistique : La valeur calculée du χ2\chi^2 est 00. Cette valeur est strictement inférieure au seuil critique 3,843{,}84 au risque α=5%\alpha = 5\%. On accepte l’hypothèse nulle (H0H_0) d’adéquation à l’équilibre de Hardy-Weinberg. La population ne présente pas d’écart statistiquement significatif par rapport au modèle pour ce locus dans cet échantillon.


4. Analyse critique et limites biologiques

Section titled “4. Analyse critique et limites biologiques”
  • 4.a. Violation des hypothèses dans la nature : Dans les populations naturelles de mammifères comme le campagnol roussâtre :

    • L’hypothèse de l’effectif infini est toujours violée : les populations ont une taille finie, ce qui soumet le pool génique à la dérive génétique.
    • L’hypothèse de panmixie est souvent mise en défaut en raison de la structure spatiale de la population (effet de distance, dispersion restreinte menant à de la apparentement local / consanguinité).
    • La sélection naturelle s’exerce fréquemment, soit directement sur le locus étudié s’il a une valeur adaptative (métabolisme, immunité), soit indirectement par liaison génétique (effet de hitchhiking).
  • 4.b. Impact d’un taux de consanguinité F=+0,10F = +0{,}10 : Si la population présentait un coefficient de consanguinité F=+0,10F = +0{,}10, cela signifierait qu’il existe une probabilité accrue que les deux allèles d’un individu soient identiques par descente (issus d’un ancêtre commun récent).

    • Conséquence quantitative : La fréquence des hétérozygotes est modifiée selon la relation : Hobs=2pq(1−F)=2(0,6)(0,4)(1−0,10)=0,48×0,90=0,432H_{\text{obs}} = 2pq(1-F) = 2(0{,}6)(0{,}4)(1 - 0{,}10) = 0{,}48 \times 0{,}90 = 0{,}432 Soit un effectif théorique d’hétérozygotes de 432432 individus au lieu de 480480.
    • Conséquence qualitative : La consanguinité engendre un déficit d’hétérozygotes et une augmentation symétrique des homozygotes (A1A1A_1A_1 et A2A2A_2A_2), sans pour autant modifier les fréquences alléliques globales pp et qq à court terme.