Exercice 1 : Équilibre de Hardy-Weinberg
CONCOURS BCPST — ÉPREUVE DE SVT
Section titled “CONCOURS BCPST — ÉPREUVE DE SVT”Génétique évolutive et modélisation statistique : Test de l’équilibre de Hardy-Weinberg
Section titled “Génétique évolutive et modélisation statistique : Test de l’équilibre de Hardy-Weinberg”ÉNONCÉ DU PROBLÈME
Section titled “ÉNONCÉ DU PROBLÈME”La modélisation mathématique en génétique des populations constitue un outil fondamental pour comprendre la dynamique évolutive des espèces. Le modèle de Hardy-Weinberg fournit une situation nulle (ou modèle nul) de référence, caractérisée par l’absence d’évolution des fréquences alléliques et génotypiques d’une génération à l’autre au sein d’une population idéale.
On s’intéresse ici à une population sauvage d’un petit mammifère, le campagnol roussâtre (Myodes glareolus), étudiée dans le cadre d’un suivi écologique à long terme dans une forêt tempérée. Un écologue souhaite analyser la structure génétique de cette population pour un locus autosomique possédant deux allèles codominants, notés et .
L’échantillonnage réalisé sur individus adultes capturés, marqués puis relâchés, donne la répartition phénotypique et génotypique suivante :
- Génotype : individus
- Génotype : individus
- Génotype : individus
L’objectif de ce problème est de tester statistiquement l’adéquation de ces données au modèle de Hardy-Weinberg, d’analyser les forces évolutives susceptibles d’expliquer les écarts constatés, et de discuter de la rigueur biologique des hypothèses sous-jacentes.
QUESTIONS
Section titled “QUESTIONS”-
Rappels et formalisme du modèle a. Énoncer les cinq hypothèses fondamentales requises pour qu’une population soit en équilibre de Hardy-Weinberg. b. En notant la fréquence de l’allèle et la fréquence de l’allèle , exprimer les fréquences génotypiques attendues sous l’hypothèse de Hardy-Weinberg en fonction de et .
-
Estimation des paramètres et application numérique a. Calculer les fréquences alléliques empiriques et observées dans l’échantillon de individus. Détailler le calcul. b. À partir de ces estimations, calculer les effectifs théoriques (attendus) de chaque génotype si la population était à l’équilibre de Hardy-Weinberg.
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Test statistique d’adéquation () a. Rappeler la formule statistique du test du d’ajustement. b. En utilisant les valeurs observées et théoriques, calculer la valeur de la statistique du . c. En sachant que pour degré de liberté, le seuil critique de la table du au risque est de , conclure quant à l’adéquation de la population à l’équilibre.
-
Analyse critique et limites biologiques a. Parmi les hypothèses du modèle listées à la question 1.a, laquelle ou lesquelles sont presque systématiquement violées dans les populations naturelles de mammifères ? Justifier brièvement. b. Le taux de consanguinité (coefficient de fixation de Wright) au sein de cette population est estimé à . Quel impact qualitatif et quantitatif cela a-t-il sur les fréquences des hétérozygotes par rapport aux prédictions de Hardy-Weinberg ?
PISTES DE RÉFLEXION POUR L’ÉTUDIANT
Section titled “PISTES DE RÉFLEXION POUR L’ÉTUDIANT”- Pour la question 2.a : Pensez à relier le nombre d’allèles de chaque type dans l’échantillon au nombre total d’allèles (rappel : les individus sont diploïdes, donc un échantillon de individus représente allèles par locus).
- Pour la question 3.b : Organisez vos calculs sous forme de tableau (Classes, Effectifs observés , Effectifs théoriques , ).
- Pour la question 4.b : Rappelez la formule de l’excès ou du déficit d’hétérozygotes en fonction de : .
CORRIGÉ PAS À PAS
Section titled “CORRIGÉ PAS À PAS”1. Rappels et formalisme du modèle
Section titled “1. Rappels et formalisme du modèle”-
1.a. Hypothèses du modèle de Hardy-Weinberg : Pour qu’une population satisfasse l’équilibre de Hardy-Weinberg, les conditions suivantes doivent être réunies :
- Effectifs infinis (ou très grands) : Absence de dérive génétique (pas de fluctuations aléatoires d’échantillonnage).
- Pangenèse aléatoire (Panmixie) : Les croisements se font au hasard, sans choix du partenaire (absence d’assortiment assortatif ou de consanguinité).
- Absence de sélection naturelle : Tous les génotypes ont la même valeur sélective (fitness, ).
- Absence de flux géniques (migration) : Pas d’apport ni de perte d’allèles par des individus extérieurs.
- Absence de mutations : Pas de conversion spontanée d’un allèle en un autre.
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1.b. Fréquences génotypiques théoriques : Soit et avec . Par application des lois de la probabilité de union/intersection des gamètes lors de la fécondation (tableau de Punnett) :
- Fréquence du génotype :
- Fréquence du génotype :
- Fréquence du génotype :
2. Estimation des paramètres et application numérique
Section titled “2. Estimation des paramètres et application numérique”-
2.a. Calcul des fréquences alléliques et : L’échantillon comporte individus, soit allèles. Le nombre total d’allèles est : La fréquence de l’allèle est donc : Par conséquent, la fréquence de l’allèle est :
-
2.b. Calcul des effectifs théoriques : Pour :
- Effectif théorique de :
- Effectif théorique de :
- Effectif théorique de :
Remarque remarquable : Les effectifs observés coïncident exactement avec les effectifs théoriques calculés (, , ).
3. Test statistique d’adéquation ()
Section titled “3. Test statistique d’adéquation (χ2\chi^2χ2)”-
3.a. Formule du : où représente l’effectif observé et l’effectif théorique pour chaque classe génotypique.
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3.b. Calcul de la statistique : Puisque pour chaque classe génotypique :
-
3.c. Conclusion statistique : La valeur calculée du est . Cette valeur est strictement inférieure au seuil critique au risque . On accepte l’hypothèse nulle () d’adéquation à l’équilibre de Hardy-Weinberg. La population ne présente pas d’écart statistiquement significatif par rapport au modèle pour ce locus dans cet échantillon.
4. Analyse critique et limites biologiques
Section titled “4. Analyse critique et limites biologiques”-
4.a. Violation des hypothèses dans la nature : Dans les populations naturelles de mammifères comme le campagnol roussâtre :
- L’hypothèse de l’effectif infini est toujours violée : les populations ont une taille finie, ce qui soumet le pool génique à la dérive génétique.
- L’hypothèse de panmixie est souvent mise en défaut en raison de la structure spatiale de la population (effet de distance, dispersion restreinte menant à de la apparentement local / consanguinité).
- La sélection naturelle s’exerce fréquemment, soit directement sur le locus étudié s’il a une valeur adaptative (métabolisme, immunité), soit indirectement par liaison génétique (effet de hitchhiking).
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4.b. Impact d’un taux de consanguinité : Si la population présentait un coefficient de consanguinité , cela signifierait qu’il existe une probabilité accrue que les deux allèles d’un individu soient identiques par descente (issus d’un ancêtre commun récent).
- Conséquence quantitative : La fréquence des hétérozygotes est modifiée selon la relation : Soit un effectif théorique d’hétérozygotes de individus au lieu de .
- Conséquence qualitative : La consanguinité engendre un déficit d’hétérozygotes et une augmentation symétrique des homozygotes ( et ), sans pour autant modifier les fréquences alléliques globales et à court terme.