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Exercice 1 : Produit scalaire et Cauchy-Schwarz

Problème guidé : Autour de l’inégalité de Cauchy-Schwarz et applications approchées

Section titled “Problème guidé : Autour de l’inégalité de Cauchy-Schwarz et applications approchées”

Ce problème propose d’étudier l’inégalité de Cauchy-Schwarz dans un cadre fonctionnel et de l’appliquer à un problème d’estimation numérique. On s’intéressera particulièrement aux limites d’approximation dans un modèle discret face à un modèle continu.


Soit E=C([0,1],R)E = \mathcal{C}([0, 1], \mathbb{R}) l’espace vectoriel des fonctions continues de [0,1][0, 1] dans R\mathbb{R}. Pour tout (f,g)∈E2(f, g) \in E^2, on pose : ⟨f,g⟩=∫01f(t)g(t) dt\langle f, g \rangle = \int_0^1 f(t)g(t) \, dt

  1. Montrer que ⟨⋅,⋅⟩\langle \cdot, \cdot \rangle définit un produit scalaire sur EE. On note ∥⋅}\| \cdot \} la norme associée.
  2. Rappeler l’inégalité de Cauchy-Schwarz pour ce produit scalaire, ainsi que la condition nécessaire et suffisante d’égalité.
  3. On considère la fonction f0:t↦etf_0 : t \mapsto e^t. Calculer ∥f0∥2\|f_0\|^2.
  4. Pour estimer numériquement cette norme, on approche l’intégrale par une méthode des rectangles à gauche avec un pas h=1nh = \frac{1}{n} (n∈N∗n \in \mathbb{N}^*). On introduit l’espace euclidien Rn\mathbb{R}^n muni du produit scalaire usuel ⟨X,Y⟩Rn=∑k=1nxkyk\langle X, Y \rangle_{\mathbb{R}^n} = \sum_{k=1}^n x_k y_k. Établir le lien entre ⟨f0,f0⟩\langle f_0, f_0 \rangle et un produit scalaire discret sur Rn\mathbb{R}^n.
  5. Discuter des limites de ce modèle discret et de l’impact de l’erreur d’approximation lorsque nn est grand, en lien avec la structure topologique de EE.

  • Q1 : Vérifier les trois axioms d’un produit scalaire : bilinéarité, symétrie et positivité (en n’oubliant pas de justifier la non-dégénérescence pour une fonction continue).
  • Q2 : Cours standard sur les espaces préhilbertiens réels.
  • Q3 : Calcul exact d’une intégrale exponentielle simple.
  • Q4 : Écrire la somme de Riemann associée à l’intégrale et l’interpréter comme le produit scalaire de deux vecteurs de Rn\mathbb{R}^n.
  • Q5 : Penser à la convergence de la méthode des rectangles et à la nature de l’espace EE (dimension infinie vs Rn\mathbb{R}^n de dimension finie).

Question 1 : Structure préhilbertienne de EE

Section titled “Question 1 : Structure préhilbertienne de EEE”

Montrons que ⟨⋅,⋅⟩\langle \cdot, \cdot \rangle est un produit scalaire sur EE :

  • Symétrie : Pour tout (f,g)∈E2(f, g) \in E^2, par commutativité du produit dans R\mathbb{R} : ⟨f,g⟩=∫01f(t)g(t) dt=∫01g(t)f(t) dt=⟨g,f⟩\langle f, g \rangle = \int_0^1 f(t)g(t) \, dt = \int_0^1 g(t)f(t) \, dt = \langle g, f \rangle
  • Bilinératité : Par linéarité de l’intégrale, l’application (f,g)↦⟨f,g⟩(f, g) \mapsto \langle f, g \rangle est linéaire par rapport à chaque variable.
  • Positivité et caractère défini : Soit f∈Ef \in E. Par positivité de la fonction intégrée, ⟨f,f⟩=∫01(f(t))2 dt≥0\langle f, f \rangle = \int_0^1 (f(t))^2 \, dt \ge 0. De plus, si ⟨f,f⟩=0\langle f, f \rangle = 0, comme la fonction t↦(f(t))2t \mapsto (f(t))^2 est continue et positive sur [0,1][0, 1], son intégrale est nulle si et seulement si elle est identiquement nulle sur [0,1][0, 1]. Ainsi, pour tout t∈[0,1]t \in [0, 1], (f(t))2=0(f(t))^2 = 0, soit f(t)=0f(t) = 0. Donc f=0Ef = 0_E.

L’application ⟨⋅,⋅⟩\langle \cdot, \cdot \rangle est donc un produit scalaire sur EE.

Question 2 : Inégalité de Cauchy-Schwarz

Section titled “Question 2 : Inégalité de Cauchy-Schwarz”

Pour tout (f,g)∈E2(f, g) \in E^2 : ∣⟨f,g⟩∣≤∥f∥∥g∥|\langle f, g \rangle| \le \|f\| \|g\| L’égalité a lieu si et seulement si ff et gg sont colinéaires.

Question 3 : Calcul de la norme de f0f_0

Section titled “Question 3 : Calcul de la norme de f0f_0f0​”

Pour f0(t)=etf_0(t) = e^t : ∥f0∥2=∫01(et)2 dt=∫01e2t dt=[12e2t]01=e2−12\|f_0\|^2 = \int_0^1 (e^t)^2 \, dt = \int_0^1 e^{2t} \, dt = \left[ \frac{1}{2}e^{2t} \right]_0^1 = \frac{e^2 - 1}{2} Application numérique (ordre de grandeur) : e2−12≈7,389−12≈3,195\frac{e^2 - 1}{2} \approx \frac{7,389 - 1}{2} \approx 3,195.

Considérons la subdivision régulière de pas h=1nh = \frac{1}{n} avec tk=k−1nt_k = \frac{k-1}{n} pour k∈{1,…,n}k \in \{1, \dots, n\}. L’intégrale définissant le produit scalaire peut être approchée par la méthode des rectangles à gauche : ⟨f0,f0⟩=∫01e2t dt≈1n∑k=1ne2tk\langle f_0, f_0 \rangle = \int_0^1 e^{2t} \, dt \approx \frac{1}{n} \sum_{k=1}^n e^{2t_k} Si l’on définit les vecteurs Xn=(et1,et2,…,etn)X_n = \left( e^{t_1}, e^{t_2}, \dots, e^{t_n} \right) et Yn=XnY_n = X_n dans Rn\mathbb{R}^n, alors l’approximation s’écrit : ⟨f0,f0⟩≈1n⟨Xn,Xn⟩Rn\langle f_0, f_0 \rangle \approx \frac{1}{n} \langle X_n, X_n \rangle_{\mathbb{R}^n}

Question 5 : Analyse critique et limites du modèle

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  • Analyse d’ordre de grandeur et limites : L’erreur commise par la méthode des rectangles pour une fonction de classe C1\mathcal{C}^1 est en O(1/n)O(1/n). Pour obtenir une précision à 10−410^{-4} près, le modèle discret nécessite n∼104n \sim 10^4, ce qui engendre des coûts de calcul en O(n)O(n) mais surtout pose des questions de stabilité numérique (accumulation d’erreurs d’arrondi en machine pour les grands nn).
  • Limite structurelle (Dimension infinie) : Le passage de EE (espace fonctionnel de dimension infinie) à Rn\mathbb{R}^n (espace de dimension finie nn) illustre la discretisation d’un opérateur continu. La norme ∥⋅∥2\|\cdot\|_2 sur Rn\mathbb{R}^n n’est pas directement la norme de EE : il y a un facteur correctif 1n\frac{1}{\sqrt{n}} (lié à la mesure de Lebesgue du pas) qui doit être manié avec rigueur pour éviter des divergences d’estimations lors de l’application de Cauchy-Schwarz en dimension finie vers la dimension infinie.