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Exercice 2 : Matrice d inertie et théorèmes énergétiques

🌐 Énoncé du problème / Étude de cas

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Étude de cas”

On s’intéresse à l’architecture cinématique et dynamique d’un bras manipulateur industriel léger utilisé pour des tâches de pick-and-place à haute cadence. Le système étudié est un mécanisme à deux degrés de liberté constituant le plan vertical de travail.

Le système est modélisé par :

  • Un bâti fixe R0\mathcal{R}_0 muni du repère orthonormé direct R0(O,x⃗0,y⃗0,z⃗0)\mathcal{R}_0(O, \vec{x}_0, \vec{y}_0, \vec{z}_0).
  • Un premier bras S1\mathcal{S}_1 de masse m1m_1, de longueur L1L_1, assimilé à un cylindre homogène mince de révolution d’axe (O,z⃗1)(O, \vec{z}_1). Le mouvement de S1\mathcal{S}_1 par rapport à R0\mathcal{R}_0 est une rotation d’axe (O,z⃗0)(O, \vec{z}_0) et d’angle θ1(t)\theta_1(t). On définit le repère lié R1(O,x⃗1,y⃗1,z⃗0)\mathcal{R}_1(O, \vec{x}_1, \vec{y}_1, \vec{z}_0) tel que x⃗1\vec{x}_1 est porté par l’axe du bras S1\mathcal{S}_1.
  • Un second bras S2\mathcal{S}_2 de masse m2m_2, de longueur L2L_2, assimilé à une tige rigide homogène. Le mouvement de S2\mathcal{S}_2 par rapport à S1\mathcal{S}_1 est une rotation d’axe (A,z⃗0)(A, \vec{z}_0) (avec OA⃗=L1x⃗1\vec{OA} = L_1 \vec{x}_1) et d’angle θ2(t)\theta_2(t). On définit le repère lié R2(A,x⃗2,y⃗2,z⃗0)\mathcal{R}_2(A, \vec{x}_2, \vec{y}_2, \vec{z}_0) tel que x⃗2\vec{x}_2 est porté par l’axe du bras S2\mathcal{S}_2.

Données numériques et ordres de grandeur :

  • L1=0,6 mL_1 = 0,6\ \text{m}, m1=5 kgm_1 = 5\ \text{kg}
  • L2=0,5 mL_2 = 0,5\ \text{m}, m2=2 kgm_2 = 2\ \text{kg}
  • Accélération de la pesanteur : g=9,81 m⋅s−2g = 9,81\ \text{m}\cdot\text{s}^{-2}

L’objectif de l’étude est d’évaluer le comportement énergétique du système soumis à son propre poids et commandé par des couples moteurs par l’application des théorèmes énergétiques, tout en menant un regard critique sur la modélisation géométrique et inertielle retenue.


  1. Paramétrage et cinématique Exprimer les vecteurs vitesse V⃗(G1/R0)\vec{V}(G_1 / \mathcal{R}_0) et V⃗(G2/R0)\vec{V}(G_2 / \mathcal{R}_0), où G1G_1 et G2G_2 désignent les centres de gravité respectifs des solides S1\mathcal{S}_1 et S2\mathcal{S}_2 (situés aux milieux de chaque segment).

  2. Matrice d’inertie Déterminer la matrice d’inertie du solide S1\mathcal{S}_1 exprimée au point OO dans la base B1=(x⃗1,y⃗1,z⃗0)\mathcal{B}_1 = (\vec{x}_1, \vec{y}_1, \vec{z}_0). On rappelle que pour un cylindre plein ou une barre mince de révolution de longueur L1L_1 et de masse m1m_1 d’axe (O,z⃗0)(O, \vec{z}_0), le moment d’inertie longitudinal est négligeable et les moments transversaux en G1G_1 valent 112m1L12\frac{1}{12}m_1 L_1^2.

  3. Énergie cinétique En déduire l’expression littérale de l’énergie cinétique galiléenne totale du système {S1∪S2}\{\mathcal{S}_1 \cup \mathcal{S}_2\}, notée T(S1∪S2/R0)T_{(\mathcal{S}_1 \cup \mathcal{S}_2/\mathcal{R}_0)}. On exprimera le résultat en fonction de m1,m2,L1,L2,θ1,θ˙1,θ˙2m_1, m_2, L_1, L_2, \theta_1, \dot{\theta}_1, \dot{\theta}_2 et du produit scalaire x⃗1⋅x⃗2=cos⁡(θ2)\vec{x}_1 \cdot \vec{x}_2 = \cos(\theta_2).

  4. Énergie potentielle et Théorème de l’énergie cinétique Exprimer l’énergie potentielle de pesanteur V(θ1,θ2)V(\theta_1, \theta_2) du système. À l’aide du théorème de l’énergie cinétique (ou de l’équation de Lagrange), établir l’équation du mouvement associée à la première articulation (θ1\theta_1) en présence d’un couple moteur C1C_1 exercé par la liaison pivot entre R0\mathcal{R}_0 et S1\mathcal{S}_1 (on négligera les frottements).

  5. Analyse critique et limites du modèle Dans une optique de conception mécatronique avancée, discutez la pertinence des hypothèses suivantes :

    • Assimilation de S1\mathcal{S}_1 et S2\mathcal{S}_2 à des barres géométriques parfaites sans section transverse significative.
    • Négligence des déformations élastiques (flexion des poutres) à haute cadence (>5 Hz> 5\ \text{Hz}). Quels impacts cela aurait-il sur la matrice d’inertie et le bilan énergétique réel ?

  • Q1 : Utilisez la relation de transport des vitesses ou dérivez directement les vecteurs position vectoriels exprimés dans R0\mathcal{R}_0 en projetant dans les bases intermédiaires.
  • Q2 : Appliquez le théorème de Huygens-Koeing pour transporter la matrice d’inertie du centre de gravité G1G_1 au point OO.
  • Q3 : Séparez l’énergie cinétique en deux termes : T1=12V⃗(G1/R0)2+12Ω⃗(S1/R0)⋅I‾‾O(S1)Ω⃗(S1/R0)T_1 = \frac{1}{2} \vec{V}(G_1/\mathcal{R}_0)^2 + \frac{1}{2} \vec{\Omega}(\mathcal{S}_1/\mathcal{R}_0) \cdot \overline{\overline{I}}_{O}(\mathcal{S}_1) \vec{\Omega}(\mathcal{S}_1/\mathcal{R}_0) et procédez de même pour S2\mathcal{S}_2 en son point d’ancrage ou centre de masse.
  • Q5 : Pensez à l’inertie de rotor des moteurs embarqués et à l’effet de la fréquence propre de résonance structurale par rapport à la bande passante de la commande.

📋 Corrigé détaillé et analyse des résultats

Section titled “📋 Corrigé détaillé et analyse des résultats”

Le centre de gravité G1G_1 de S1\mathcal{S}_1 est situé à OG1=L12x⃗1OG_1 = \frac{L_1}{2}\vec{x}_1. La vitesse de G1G_1 par rapport à R0\mathcal{R}_0 s’obtient par dérivation : V⃗(G1/R0)=ddt(L12x⃗1)R0=L12θ˙1y⃗1\vec{V}(G_1 / \mathcal{R}_0) = \frac{d}{dt}( \frac{L_1}{2}\vec{x}_1 )_{\mathcal{R}_0} = \frac{L_1}{2} \dot{\theta}_1 \vec{y}_1

Pour le solide S2\mathcal{S}_2, le point AA a pour position OA⃗=L1x⃗1\vec{OA} = L_1 \vec{x}_1. Le centre de gravité G2G_2 est tel que AG2⃗=L22x⃗2\vec{AG_2} = \frac{L_2}{2}\vec{x}_2. La position de G2G_2 par rapport à OO est donc : OG2⃗=L1x⃗1+L22x⃗2\vec{OG_2} = L_1 \vec{x}_1 + \frac{L_2}{2}\vec{x}_2 Par dérivation dans R0\mathcal{R}_0 (en sachant que Ω⃗(R1/R0)=θ˙1z⃗0\vec{\Omega}(\mathcal{R}_1/\mathcal{R}_0) = \dot{\theta}_1\vec{z}_0 et Ω⃗(R2/R0)=(θ˙1+θ˙2)z⃗0\vec{\Omega}(\mathcal{R}_2/\mathcal{R}_0) = (\dot{\theta}_1 + \dot{\theta}_2)\vec{z}_0) : V⃗(G2/R0)=L1θ˙1y⃗1+L22(θ˙1+θ˙2)y⃗2\vec{V}(G_2 / \mathcal{R}_0) = L_1 \dot{\theta}_1 \vec{y}_1 + \frac{L_2}{2} (\dot{\theta}_1 + \dot{\theta}_2) \vec{y}_2

2. Matrice d’inertie de S1\mathcal{S}_1 en OO

Section titled “2. Matrice d’inertie de S1\mathcal{S}_1S1​ en OOO”

Puisque S1\mathcal{S}_1 est un cylindre de révolution d’axe (O,z⃗0)(O, \vec{z}_0), sa matrice d’inertie en son centre de masse G1G_1 dans la base B1\mathcal{B}_1 est de la forme : I‾‾G1(S1)=(A1000B1000C1)B1\overline{\overline{I}}_{G_1}(\mathcal{S}_1) = \begin{pmatrix} A_1 & 0 & 0 \\ 0 & B_1 & 0 \\ 0 & 0 & C_1 \end{pmatrix}_{\mathcal{B}_1} Avec A1=C1=112m1L12A_1 = C_1 = \frac{1}{12} m_1 L_1^2 et B1≈0B_1 \approx 0 (filiformité). En appliquant le théorème de Huygens-Koeing au point OO (sachant que OG1⃗=XG1x⃗1=L12x⃗1\vec{OG_1} = X_{G_1}\vec{x}_1 = \frac{L_1}{2}\vec{x}_1) : I‾‾O(S1)=I‾‾G1(S1)+m1(YG12+ZG12−XG1YG1−XG1ZG1−XG1YG1XG12+ZG12−YG1ZG1−XG1ZG1−YG1ZG1XG12+YG12)\overline{\overline{I}}_{O}(\mathcal{S}_1) = \overline{\overline{I}}_{G_1}(\mathcal{S}_1) + m_1 \begin{pmatrix} Y_{G_1}^2 + Z_{G_1}^2 & -X_{G_1}Y_{G_1} & -X_{G_1}Z_{G_1} \\ -X_{G_1}Y_{G_1} & X_{G_1}^2 + Z_{G_1}^2 & -Y_{G_1}Z_{G_1} \\ -X_{G_1}Z_{G_1} & -Y_{G_1}Z_{G_1} & X_{G_1}^2 + Y_{G_1}^2 \end{pmatrix} Comme YG1=0Y_{G_1} = 0 et ZG1=0Z_{G_1} = 0 : I‾‾O(S1)=(112m1L12000112m1L12+m1(L12)2000112m1L12+m1(L12)2)=(112m1L1200013m1L1200013m1L12)\overline{\overline{I}}_{O}(\mathcal{S}_1) = \begin{pmatrix} \frac{1}{12} m_1 L_1^2 & 0 & 0 \\ 0 & \frac{1}{12} m_1 L_1^2 + m_1 \left(\frac{L_1}{2}\right)^2 & 0 \\ 0 & 0 & \frac{1}{12} m_1 L_1^2 + m_1 \left(\frac{L_1}{2}\right)^2 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} \frac{1}{12} m_1 L_1^2 & 0 & 0 \\ 0 & \frac{1}{3} m_1 L_1^2 & 0 \\ 0 & 0 & \frac{1}{3} m_1 L_1^2 \end{pmatrix}

  • Pour S1\mathcal{S}_1 : T1=12m1∥V⃗(G1/R0)∥2+12Ω⃗(S1/R0)⋅I‾‾O(S1)Ω⃗(S1/R0)T_1 = \frac{1}{2} m_1 \|\vec{V}(G_1/\mathcal{R}_0)\|^2 + \frac{1}{2} \vec{\Omega}(\mathcal{S}_1/\mathcal{R}_0) \cdot \overline{\overline{I}}_O(\mathcal{S}_1) \vec{\Omega}(\mathcal{S}_1/\mathcal{R}_0) T1=12m1(L12θ˙1)2+12(13m1L12)θ˙12=(18+16)m1L12θ˙12=724m1L12θ˙12T_1 = \frac{1}{2} m_1 \left(\frac{L_1}{2} \dot{\theta}_1\right)^2 + \frac{1}{2} \left(\frac{1}{3} m_1 L_1^2\right) \dot{\theta}_1^2 = \left(\frac{1}{8} + \frac{1}{6}\right) m_1 L_1^2 \dot{\theta}_1^2 = \frac{7}{24} m_1 L_1^2 \dot{\theta}_1^2 (Alternative via Koenig : T1=12m1V(G1)2+12C1θ˙12=18m1L12θ˙12+12(112m1L12)θ˙12=524m1L12θ˙12T_1 = \frac{1}{2} m_1 V(G_1)^2 + \frac{1}{2} C_1 \dot{\theta}_1^2 = \frac{1}{8} m_1 L_1^2 \dot{\theta}_1^2 + \frac{1}{2}(\frac{1}{12}m_1 L_1^2)\dot{\theta}_1^2 = \frac{5}{24}m_1 L_1^2 \dot{\theta}_1^2 - attention au transport exact, le moment en OO est bien 13m1L12\frac{1}{3}m_1 L_1^2).

  • Pour S2\mathcal{S}_2 : En utilisant le théorème de Koenig par rapport au point AA ou directement : T2=12m2∥V⃗(G2/R0)∥2+12C2θ˙2/12(avec C2=112m2L22 et θ˙2/1=θ˙1+θ˙2)T_2 = \frac{1}{2} m_2 \|\vec{V}(G_2/\mathcal{R}_0)\|^2 + \frac{1}{2} C_2 \dot{\theta}_{2/1}^2 \quad (\text{avec } C_2 = \frac{1}{12}m_2 L_2^2 \text{ et } \dot{\theta}_{2/1} = \dot{\theta}_1 + \dot{\theta}_2) En développant ∥V⃗(G2/R0)∥2\|\vec{V}(G_2/\mathcal{R}_0)\|^2 : V⃗(G2/R0)=L1θ˙1y⃗1+L22(θ˙1+θ˙2)y⃗2\vec{V}(G_2 / \mathcal{R}_0) = L_1 \dot{\theta}_1 \vec{y}_1 + \frac{L_2}{2} (\dot{\theta}_1 + \dot{\theta}_2) \vec{y}_2 Le carré de la norme donne : ∥V⃗(G2/R0)∥2=L12θ˙12+L224(θ˙1+θ˙2)2+L1L2θ˙1(θ˙1+θ˙2)(y⃗1⋅y⃗2)⏟=cos⁡(θ2)\|\vec{V}(G_2 / \mathcal{R}_0)\|^2 = L_1^2 \dot{\theta}_1^2 + \frac{L_2^2}{4}(\dot{\theta}_1 + \dot{\theta}_2)^2 + L_1 L_2 \dot{\theta}_1 (\dot{\theta}_1 + \dot{\theta}_2) \underbrace{(\vec{y}_1 \cdot \vec{y}_2)}_{=\cos(\theta_2)}

4. Énergie potentielle et Équation du mouvement

Section titled “4. Énergie potentielle et Équation du mouvement”

L’altitude des centres de gravité par rapport à l’horizontale (axe (O,x⃗0)(O, \vec{x}_0)) est :

  • zG1=L12sin⁡(θ1)z_{G_1} = \frac{L_1}{2} \sin(\theta_1)
  • zG2=L1sin⁡(θ1)+L22sin⁡(θ1+θ2)z_{G_2} = L_1 \sin(\theta_1) + \frac{L_2}{2} \sin(\theta_1 + \theta_2)

L’énergie potentielle totale est : V=m1gL12sin⁡(θ1)+m2g(L1sin⁡(θ1)+L22sin⁡(θ1+θ2))V = m_1 g \frac{L_1}{2} \sin(\theta_1) + m_2 g \left( L_1 \sin(\theta_1) + \frac{L_2}{2} \sin(\theta_1 + \theta_2) \right)

Par application de l’équation de Lagrange associée à la coordonnée généralisée θ1\theta_1 : ddt(∂T∂θ˙1)−∂T∂θ1+∂V∂θ1=C1\frac{d}{dt}\left(\frac{\partial T}{\partial \dot{\theta}_1}\right) - \frac{\partial T}{\partial \theta_1} + \frac{\partial V}{\partial \theta_1} = C_1 Cette démarche analytique permet d’obtenir rigoureusement le couple de commande C1C_1 nécessaire sans passer par l’isolement fastidieux de chaque sous-système et la projection des torseurs de liaison.

  • Hypothèse de rigidité des profilés : À haute cadence, les accélérations angulaires θ¨\ddot{\theta} importantes génèrent des forces d’inertie colossales. Les bras S1\mathcal{S}_1 et S2\mathcal{S}_2 subissent des flexions (effet mast). Le modèle rigide surestime la bande passante réelle et conduit à des erreurs de positionnement de l’ordre du millimètre, inacceptables en micro-assemblage.
  • Matrice d’inertie et masses embarquées : Le modèle néglige la masse des actionneurs (moteurs et réducteurs) souvent situés aux articulations. Par exemple, le moteur entraînant S2\mathcal{S}_2 est généralement placé en OO (via une transmission par courroie/câble) ou en AA (alourdissant directement S1\mathcal{S}_1). Placer le moteur en AA augmente considérablement m1m_1 équivalent et modifie profondément les termes croisés de la matrice d’inertie, rendant caduque l’hypothèse d’une barre homogène simple.