On s’intéresse à l’architecture cinématique et dynamique d’un bras manipulateur industriel léger utilisé pour des tâches de pick-and-place à haute cadence. Le système étudié est un mécanisme à deux degrés de liberté constituant le plan vertical de travail.
Le système est modélisé par :
Un bâti fixe R0 muni du repère orthonormé direct R0(O,x0,y0,z0).
Un premier bras S1 de masse m1, de longueur L1, assimilé à un cylindre homogène mince de révolution d’axe (O,z1). Le mouvement de S1 par rapport à R0 est une rotation d’axe (O,z0) et d’angle θ1(t). On définit le repère lié R1(O,x1,y1,z0) tel que x1 est porté par l’axe du bras S1.
Un second bras S2 de masse m2, de longueur L2, assimilé à une tige rigide homogène. Le mouvement de S2 par rapport à S1 est une rotation d’axe (A,z0) (avec OA=L1x1) et d’angle θ2(t). On définit le repère lié R2(A,x2,y2,z0) tel que x2 est porté par l’axe du bras S2.
Données numériques et ordres de grandeur :
L1=0,6m, m1=5kg
L2=0,5m, m2=2kg
Accélération de la pesanteur : g=9,81m⋅s−2
L’objectif de l’étude est d’évaluer le comportement énergétique du système soumis à son propre poids et commandé par des couples moteurs par l’application des théorèmes énergétiques, tout en menant un regard critique sur la modélisation géométrique et inertielle retenue.
Paramétrage et cinématique
Exprimer les vecteurs vitesse V(G1/R0) et V(G2/R0), où G1 et G2 désignent les centres de gravité respectifs des solides S1 et S2 (situés aux milieux de chaque segment).
Matrice d’inertie
Déterminer la matrice d’inertie du solide S1 exprimée au point O dans la base B1=(x1,y1,z0). On rappelle que pour un cylindre plein ou une barre mince de révolution de longueur L1 et de masse m1 d’axe (O,z0), le moment d’inertie longitudinal est négligeable et les moments transversaux en G1 valent 121m1L12.
Énergie cinétique
En déduire l’expression littérale de l’énergie cinétique galiléenne totale du système {S1∪S2}, notée T(S1∪S2/R0). On exprimera le résultat en fonction de m1,m2,L1,L2,θ1,θ˙1,θ˙2 et du produit scalaire x1⋅x2=cos(θ2).
Énergie potentielle et Théorème de l’énergie cinétique
Exprimer l’énergie potentielle de pesanteur V(θ1,θ2) du système. À l’aide du théorème de l’énergie cinétique (ou de l’équation de Lagrange), établir l’équation du mouvement associée à la première articulation (θ1) en présence d’un couple moteur C1 exercé par la liaison pivot entre R0 et S1 (on négligera les frottements).
Analyse critique et limites du modèle
Dans une optique de conception mécatronique avancée, discutez la pertinence des hypothèses suivantes :
Assimilation de S1 et S2 à des barres géométriques parfaites sans section transverse significative.
Négligence des déformations élastiques (flexion des poutres) à haute cadence (>5Hz).
Quels impacts cela aurait-il sur la matrice d’inertie et le bilan énergétique réel ?
Q1 : Utilisez la relation de transport des vitesses ou dérivez directement les vecteurs position vectoriels exprimés dans R0 en projetant dans les bases intermédiaires.
Q2 : Appliquez le théorème de Huygens-Koeing pour transporter la matrice d’inertie du centre de gravité G1 au point O.
Q3 : Séparez l’énergie cinétique en deux termes : T1=21V(G1/R0)2+21Ω(S1/R0)⋅IO(S1)Ω(S1/R0) et procédez de même pour S2 en son point d’ancrage ou centre de masse.
Q5 : Pensez à l’inertie de rotor des moteurs embarqués et à l’effet de la fréquence propre de résonance structurale par rapport à la bande passante de la commande.
Le centre de gravité G1 de S1 est situé à OG1=2L1x1.
La vitesse de G1 par rapport à R0 s’obtient par dérivation :
V(G1/R0)=dtd(2L1x1)R0=2L1θ˙1y1
Pour le solide S2, le point A a pour position OA=L1x1. Le centre de gravité G2 est tel que AG2=2L2x2.
La position de G2 par rapport à O est donc :
OG2=L1x1+2L2x2
Par dérivation dans R0 (en sachant que Ω(R1/R0)=θ˙1z0 et Ω(R2/R0)=(θ˙1+θ˙2)z0) :
V(G2/R0)=L1θ˙1y1+2L2(θ˙1+θ˙2)y2
Puisque S1 est un cylindre de révolution d’axe (O,z0), sa matrice d’inertie en son centre de masse G1 dans la base B1 est de la forme :
IG1(S1)=A1000B1000C1B1
Avec A1=C1=121m1L12 et B1≈0 (filiformité).
En appliquant le théorème de Huygens-Koeing au point O (sachant que OG1=XG1x1=2L1x1) :
IO(S1)=IG1(S1)+m1YG12+ZG12−XG1YG1−XG1ZG1−XG1YG1XG12+ZG12−YG1ZG1−XG1ZG1−YG1ZG1XG12+YG12
Comme YG1=0 et ZG1=0 :
IO(S1)=121m1L12000121m1L12+m1(2L1)2000121m1L12+m1(2L1)2=121m1L1200031m1L1200031m1L12
Pour S1 :
T1=21m1∥V(G1/R0)∥2+21Ω(S1/R0)⋅IO(S1)Ω(S1/R0)T1=21m1(2L1θ˙1)2+21(31m1L12)θ˙12=(81+61)m1L12θ˙12=247m1L12θ˙12(Alternative via Koenig : T1=21m1V(G1)2+21C1θ˙12=81m1L12θ˙12+21(121m1L12)θ˙12=245m1L12θ˙12 - attention au transport exact, le moment en O est bien 31m1L12).
Pour S2 :
En utilisant le théorème de Koenig par rapport au point A ou directement :
T2=21m2∥V(G2/R0)∥2+21C2θ˙2/12(avec C2=121m2L22 et θ˙2/1=θ˙1+θ˙2)
En développant ∥V(G2/R0)∥2 :
V(G2/R0)=L1θ˙1y1+2L2(θ˙1+θ˙2)y2
Le carré de la norme donne :
∥V(G2/R0)∥2=L12θ˙12+4L22(θ˙1+θ˙2)2+L1L2θ˙1(θ˙1+θ˙2)=cos(θ2)(y1⋅y2)
L’altitude des centres de gravité par rapport à l’horizontale (axe (O,x0)) est :
zG1=2L1sin(θ1)
zG2=L1sin(θ1)+2L2sin(θ1+θ2)
L’énergie potentielle totale est :
V=m1g2L1sin(θ1)+m2g(L1sin(θ1)+2L2sin(θ1+θ2))
Par application de l’équation de Lagrange associée à la coordonnée généralisée θ1 :
dtd(∂θ˙1∂T)−∂θ1∂T+∂θ1∂V=C1
Cette démarche analytique permet d’obtenir rigoureusement le couple de commande C1 nécessaire sans passer par l’isolement fastidieux de chaque sous-système et la projection des torseurs de liaison.
Hypothèse de rigidité des profilés : À haute cadence, les accélérations angulaires θ¨ importantes génèrent des forces d’inertie colossales. Les bras S1 et S2 subissent des flexions (effet mast). Le modèle rigide surestime la bande passante réelle et conduit à des erreurs de positionnement de l’ordre du millimètre, inacceptables en micro-assemblage.
Matrice d’inertie et masses embarquées : Le modèle néglige la masse des actionneurs (moteurs et réducteurs) souvent situés aux articulations. Par exemple, le moteur entraînant S2 est généralement placé en O (via une transmission par courroie/câble) ou en A (alourdissant directement S1). Placer le moteur en A augmente considérablement m1 équivalent et modifie profondément les termes croisés de la matrice d’inertie, rendant caduque l’hypothèse d’une barre homogène simple.