Skip to content

Exercice 1 : Convergence des suites réelles

🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude”

En tant qu’examinateur en classes préparatoires scientifiques, j’attends des candidats une rigueur absolue dans la manipulation des inégalités, l’utilisation des théorèmes fondamentaux de convergence (convergence monotone, théorème des gendarmes, suites adjacentes) et l’étude qualitative de suites définies par récurrence.

Le présent problème propose d’étudier le comportement asymptotique d’une suite réelle définie par une relation implicite, situation classique aux concours Mines-Ponts et Centrale-Supélec.

On considère la fonction ff définie sur l’intervalle [0,1][0, 1] par : f(x)=x+1x+2f(x) = \frac{x+1}{x+2}

On définit une suite réelle (un)n∈N(u_n)_{n \in \mathbb{N}} par son premier terme u0∈[0,1]u_0 \in [0, 1] et la relation de récurrence : ∀n∈N,un+1=f(un)\forall n \in \mathbb{N}, \quad u_{n+1} = f(u_n)


  1. Étude de la fonction associée : a) Dresser le tableau de variations de la fonction ff sur [0,1][0, 1]. b) Montrer que l’intervalle [0,1][0, 1] est stable par ff (c’est-à-dire que f([0,1])⊂[0,1]f([0, 1]) \subset [0, 1]). c) Démontrer que ff est contractante sur [0,1][0, 1] et expliciter une constante de Lipschitz k∈]0,1[k \in ]0, 1[.

  2. Premier contact avec la suite : a) Montrer que pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}, le terme unu_n appartient bien à [0,1][0, 1]. b) Établir l’inégalité des accroissements finis pour la suite : ∀n∈N,∣un+1−l∣≤k∣un−l∣\forall n \in \mathbb{N}, \quad |u_{n+1} - l| \le k |u_n - l| où ll désigne l’unique point fixe de ff sur [0,1][0, 1]. c) En déduire que la suite (un)n∈N(u_n)_{n \in \mathbb{N}} converge et déterminer sa limite.

  3. Approche par l’analyse fine (Variations et suites adjacentes) : a) Montrer que l’on a la relation : un+1−un=(1−un)(1+un)un+2−un(aˋ veˊrifier ou reformuler selon l’eˊtude de signe)u_{n+1} - u_n = \frac{(1 - u_n)(1 + u_n)}{u_n + 2} - u_n \quad \text{(à vérifier ou reformuler selon l'étude de signe)} Plus simplement, étudier le signe de f(x)−xf(x) - x sur [0,1][0, 1]. b) En déduire la monotonie de la suite (un)n∈N(u_n)_{n \in \mathbb{N}} selon la valeur de u0u_0.

  4. Vitesse de convergence et estimation d’erreur : a) À l’aide de l’inégalité de contraction, exprimer un majorant de ∣un−l∣|u_n - l| en fonction de kk, nn et ∣u0−l∣|u_0 - l|. b) Déterminer un entier n0n_0 garantissant une approximation de la limite ll à 10−310^{-3} près, uniformément par rapport à u0∈[0,1]u_0 \in [0, 1].


💡 Pistes & Indications méthodologiques

Section titled “💡 Pistes & Indications méthodologiques”
  • Question 1c : Pour établir le caractère contractant, calculez la dérivée f′(x)f'(x) et déterminez son supremum sur l’intervalle [0,1][0, 1]. Le théorème des accroissements finis fera le reste.
  • Question 2b & 2c : C’est une application directe du théorème du point fixe (ou lemme des contractions). Pensez à identifier clairement le point fixe ll en résolvant l’équation f(l)=lf(l) = l.
  • Question 3 : L’étude du signe de f(x)−xf(x) - x est cruciale pour déterminer si la suite est croissante ou décroissante. Exprimez f(x)−xf(x) - x sous forme d’un quotient dont le dénominateur est strictement positif.
  • Question 4 : Par récurrente immédiate, ∣un−l∣≤kn∣u0−l∣|u_n - l| \le k^n |u_0 - l|. Utilisez la borne maximale de ∣u0−l∣|u_0 - l| sur [0,1][0, 1] pour obtenir un majorant indépendant de u0u_0.

a) Variations de ff : La fonction ff est dérivable sur [0,1][0, 1] en tant que quotient de fonctions dérivables dont le dénominateur ne s’annule pas. Pour tout x∈[0,1]x \in [0, 1] : f′(x)=1(x+2)−1(x+1)(x+2)2=1(x+2)2f'(x) = \frac{1(x+2) - 1(x+1)}{(x+2)^2} = \frac{1}{(x+2)^2} Puisque (x+2)2>0(x+2)^2 > 0 sur [0,1][0, 1], on a f′(x)>0f'(x) > 0. La fonction ff est strictement croissante sur [0,1][0, 1].

b) Stabilité de [0,1][0, 1] : Puisque ff est croissante sur [0,1][0, 1], on a pour tout x∈[0,1]x \in [0, 1] : f(0)≤f(x)≤f(1)f(0) \le f(x) \le f(1) Or, f(0)=0+10+2=12f(0) = \frac{0+1}{0+2} = \frac{1}{2} et f(1)=1+11+2=23f(1) = \frac{1+1}{1+2} = \frac{2}{3}. Ainsi, 12≤f(x)≤23\frac{1}{2} \le f(x) \le \frac{2}{3}. Comme [12,23]⊂[0,1][\frac{1}{2}, \frac{2}{3}] \subset [0, 1], l’intervalle [0,1][0, 1] est stable par ff.

c) Caractère contractant : Sur [0,1][0, 1], la dérivée f′f' est continue. Cherchons son maximum : ∀x∈[0,1],0≤x≤1  ⟹  2≤x+2≤3  ⟹  4≤(x+2)2≤9\forall x \in [0, 1], \quad 0 \le x \le 1 \implies 2 \le x+2 \le 3 \implies 4 \le (x+2)^2 \le 9 En passant à l’inverse : 19≤f′(x)≤14\frac{1}{9} \le f'(x) \le \frac{1}{4} Ainsi, pour tout x∈[0,1]x \in [0, 1], on a ∣f′(x)∣≤14|f'(x)| \le \frac{1}{4}. Par le théorème des accroissements finis, ff est 14\frac{1}{4}-lipschitzienne sur [0,1][0, 1]. En posant k=14∈]0,1[k = \frac{1}{4} \in ]0, 1[, la fonction ff est contractante sur [0,1][0, 1].


a) Appartenance à [0,1][0, 1] : Démontrons par récurrence que pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}, un∈[0,1]u_n \in [0, 1].

  • Initialisation : Pour n=0n = 0, l’énoncé pose u0∈[0,1]u_0 \in [0, 1]. La propriété est vraie.
  • Hérédité : Supposons que pour un entier n∈Nn \in \mathbb{N}, un∈[0,1]u_n \in [0, 1]. Par stabilité de [0,1][0, 1] par ff (démontrée en 1b), on a : un+1=f(un)∈f([0,1])⊂[0,1]u_{n+1} = f(u_n) \in f([0, 1]) \subset [0, 1] La propriété est donc héréditaire.
  • Conclusion : Pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}, un∈[0,1]u_n \in [0, 1].

b) Recherche du point fixe et inégalité : Recherchons l∈[0,1]l \in [0, 1] tel que f(l)=lf(l) = l : l=l+1l+2  ⟺  l(l+2)=l+1  ⟺  l2+2l−l−1=0  ⟺  l2+l−1=0l = \frac{l+1}{l+2} \iff l(l+2) = l+1 \iff l^2 + 2l - l - 1 = 0 \iff l^2 + l - 1 = 0 Le discriminant vaut Δ=12−4(1)(−1)=5\Delta = 1^2 - 4(1)(-1) = 5. Les racines sont −1±52\frac{-1 \pm \sqrt{5}}{2}. Puisque l∈[0,1]l \in [0, 1], on retient l’unique solution positive : l=5−12l = \frac{\sqrt{5}-1}{2} D’après l’inégalité des accroissements finis appliquée à ff entre unu_n et ll (qui appartiennent tous deux à [0,1][0, 1]) : ∣f(un)−f(l)∣≤14∣un−l∣|f(u_n) - f(l)| \le \frac{1}{4} |u_n - l| Soit : ∣un+1−l∣≤14∣un−l∣|u_{n+1} - l| \le \frac{1}{4} |u_n - l|

c) Convergence de la suite : Par une récurrence immédiate, on établit que : ∀n∈N,∣un−l∣≤(14)n∣u0−l∣\forall n \in \mathbb{N}, \quad |u_n - l| \le \left(\frac{1}{4}\right)^n |u_0 - l| Puisque 0<14<10 < \frac{1}{4} < 1, on a lim⁡n→+∞(14)n=0\lim_{n \to +\infty} \left(\frac{1}{4}\right)^n = 0. Par le théorème des gendarmes (car 0≤∣un−l∣≤(14)n∣u0−l∣0 \le |u_n - l| \le \left(\frac{1}{4}\right)^n |u_0 - l|), on en déduit que : lim⁡n→+∞∣un−l∣=0\lim_{n \to +\infty} |u_n - l| = 0 La suite (un)n∈N(u_n)_{n \in \mathbb{N}} converge donc vers l=5−12l = \frac{\sqrt{5}-1}{2}.


a) Étude du signe de f(x)−xf(x) - x : Pour tout x∈[0,1]x \in [0, 1] : f(x)−x=x+1x+2−x=x+1−x(x+2)x+2=x+1−x2−2xx+2=−x2−x+1x+2f(x) - x = \frac{x+1}{x+2} - x = \frac{x+1 - x(x+2)}{x+2} = \frac{x+1 - x^2 - 2x}{x+2} = \frac{-x^2 - x + 1}{x+2} On remarque que le numérateur −x2−x+1-x^2 - x + 1 s’annule précisément en l=5−12l = \frac{\sqrt{5}-1}{2} (car l2+l−1=0l^2 + l - 1 = 0). Le trinôme −x2−x+1-x^2 - x + 1 est positif entre ses racines. Sur [0,l][0, l], il est ≥0\ge 0, et sur [l,1][l, 1], il est ≤0\le 0.

b) Monotonie de la suite :

  • Si u0∈[0,l]u_0 \in [0, l], alors u1=f(u0)≥u0u_1 = f(u_0) \ge u_0 (car f(u0)−u0≥0f(u_0) - u_0 \ge 0). Par récurrence immédiate, la suite est croissante.
  • Si u0∈[l,1]u_0 \in [l, 1], alors u1=f(u0)≤u0u_1 = f(u_0) \le u_0 (car f(u0)−u0≤0f(u_0) - u_0 \le 0). Par récurrence immédiate, la suite est décroissante.

4. Vitesse de convergence et estimation d’erreur

Section titled “4. Vitesse de convergence et estimation d’erreur”

a) Majoration de l’erreur : D’après la question 2c, on a l’inégalité fondamentale : ∀n∈N,∣un−l∣≤(14)n∣u0−l∣\forall n \in \mathbb{N}, \quad |u_n - l| \le \left(\frac{1}{4}\right)^n |u_0 - l|

b) Détermination de l’entier n0n_0 : Puisque u0∈[0,1]u_0 \in [0, 1] et l∈[0,1]l \in [0, 1], on a trivialement : ∣u0−l∣≤1−0=1|u_0 - l| \le 1 - 0 = 1 Par conséquent, pour tout n∈Nn \in \mathbb{N} : ∣un−l∣≤(14)n|u_n - l| \le \left(\frac{1}{4}\right)^n Pour garantir une approximation à 10−310^{-3} près, il suffit de trouver nn tel que : (14)n≤10−3\left(\frac{1}{4}\right)^n \le 10^{-3} En passant au logarithme népérien (strictement croissante) : −nln⁡(4)≤−3ln⁡(10)  ⟺  nln⁡(4)≥3ln⁡(10)  ⟺  n≥3ln⁡(10)ln⁡(4)-n \ln(4) \le -3 \ln(10) \iff n \ln(4) \ge 3 \ln(10) \iff n \ge \frac{3 \ln(10)}{\ln(4)} Faisons l’application numérique : 3ln⁡(10)ln⁡(4)=3×2.30261.3863≈6.90781.3863≈4.98\frac{3 \ln(10)}{\ln(4)} = \frac{3 \times 2.3026}{1.3863} \approx \frac{6.9078}{1.3863} \approx 4.98 Puisque nn doit être un entier, on choisit n0=5n_0 = 5. À partir du rang n=5n = 5, la valeur de unu_n approche la limite ll à 10−310^{-3} près, et ce, quel que soit le choix initial de u0∈[0,1]u_0 \in [0, 1].