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Exercice 2 : Racines multiples et théorème de d Alembert-Gauss

Problème guidé : Étude fine des racines multiples et application au théorème de d’Alembert-Gauss

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Le présent problème se propose d’étudier un pont algébrique fondamental entre l’analyse réelle et l’algèbre linéaire : la caractérisation des racines multiples d’un polynôme par le biais des dérivées successives, menant à une approche topologique et analytique du théorème de d’Alembert-Gauss sur les corps fermés.

Dans tout le problème, K\mathbb{K} désigne soit le corps des nombres réels R\mathbb{R}, soit le corps des nombres complexes C\mathbb{C}. On note K[X]\mathbb{K}[X] l’anneau des polynômes à coefficients dans K\mathbb{K}.


Partie I : Multiplicité des racines et idéal des dérivées

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  1. Soit P∈K[X]P \in \mathbb{K}[X] et a∈Ka \in \mathbb{K}. Démontrer que aa est une racine de PP de multiplicité mm (avec m≥1m \ge 1) si et seulement si : P(a)=P′(a)=⋯=P(m−1)(a)=0etP(m)(a)≠0P(a) = P'(a) = \dots = P^{(m-1)}(a) = 0 \quad \text{et} \quad P^{(m)}(a) \neq 0
  2. Soit P∈C[X]P \in \mathbb{C}[X] un polynôme non constant. On note Z(P)Z(P) l’ensemble de ses racines dans C\mathbb{C}. Proposer une condition nécessaire et suffisante portant sur le pgcd de PP et de son polynôme dérivé P′P' pour que PP admette au moins une racine multiple.
  3. Application numérique et limite du modèle : Soit Pε(X)=X3−3X+εP_\varepsilon(X) = X^3 - 3X + \varepsilon, où ε\varepsilon est un paramètre réel strictement positif représentant une incertitude de mesure (par exemple, ε=10−6\varepsilon = 10^{-6}).
    • Déterminer les valeurs de ε\varepsilon pour lesquelles PεP_\varepsilon admet des racines multiples.
    • Discuter la stabilité numérique de la racine double lorsque ε→0\varepsilon \to 0. Comment cela illustre-t-il la sensibilité des zéros multiples aux perturbations dans les calculs scientifiques ?

Partie II : Autour du théorème de d’Alembert-Gauss

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On admet le théorème de d’Alembert-Gauss sous sa forme forte : tout polynôme non constant à coefficients complexes possède au moins une racine dans C\mathbb{C}.

  1. Soit P∈R[X]P \in \mathbb{R}[X] un polynôme irréductible. Quel est son degré maximal ? Justifier rigoureusement.
  2. Soit P∈C[X]P \in \mathbb{C}[X] un polynôme de degré n≥1n \ge 1. En procédant par récurrence sur nn, démontrer que PP possède exactement nn racines dans C\mathbb{C} comptées avec leur multiplicité.
  3. Soit P(Z)=Zn−1P(Z) = Z^n - 1 avec n∈N∗n \in \mathbb{N}^*.
    • Déterminer l’ensemble des racines de PP dans C\mathbb{C}, noté Un\mathbb{U}_n.
    • En déduire la décomposition en facteurs irréductibles de P(Z)P(Z) dans R[X]\mathbb{R}[X] pour n=4n = 4.

  • Q1 : Utiliser la division euclidienne de PP par (X−a)m(X-a)^m et exploiter la formule de Taylor pour les polynômes.
  • Q2 : Penser au lien entre racines communes d’un polynôme et de sa dérivée et la notion de diviseurs communs dans C[X]\mathbb{C}[X].
  • Q3 : Calculer le discriminant ou étudier le polynôme dérivé Pε′P_\varepsilon'. Évaluer l’ordre de grandeur de la variation de la racine par rapport à ε\varepsilon.
  • Q4 & Q5 : Conjugaison complexe pour les polynômes à coefficients réels. Transmission de l’hypothèse de récurrence via d’Alembert-Gauss.
  • Q6 : Utiliser la représentation polaire des nombres complexes z=reiθz = r e^{i\theta}.

Partie I : Multiplicité des racines et idéal des dérivées

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  1. Caractérisation par les dérivées successives : Dire que aa est une racine de PP de multiplicité mm signifie par définition que (X−a)m(X-a)^m divise P(X)P(X) mais que (X−a)m+1(X-a)^{m+1} ne divise pas P(X)P(X). On peut donc écrire P(X)=(X−a)mQ(X)P(X) = (X-a)^m Q(X) avec Q(a)≠0Q(a) \neq 0. En dérivant successivement kk fois par la formule de Leibniz, on constate que tous les termes de la dérivée évaluée en aa s’annulent pour k<mk < m, et pour k=mk = m, P(m)(a)=m!Q(a)≠0P^{(m)}(a) = m! Q(a) \neq 0. Réciproquement, si les dérivées s’annulent jusqu’à l’ordre m−1m-1, la formule de Taylor pour les polynômes donne : P(X)=∑k=0deg⁡(P)P(k)(a)k!(X−a)k=∑k=mdeg⁡(P)P(k)(a)k!(X−a)k=(X−a)mQ(X)P(X) = \sum_{k=0}^{\operatorname{deg}(P)} \frac{P^{(k)}(a)}{k!} (X-a)^k = \sum_{k=m}^{\operatorname{deg}(P)} \frac{P^{(k)}(a)}{k!} (X-a)^k = (X-a)^m Q(X) avec Q(a)=P(m)(a)m!≠0Q(a) = \frac{P^{(m)}(a)}{m!} \neq 0.

  2. Lien avec le PGCD : Soit aa une racine multiple de PP. D’après la question 1, aa est une racine commune de PP et de P′P'. Réciproquement, si PP et P′P' ont une racine commune aa, alors P(a)=0P(a) = 0 et P′(a)=0P'(a) = 0, ce qui implique que la multiplicité de aa dans PP est supérieure ou égale à 2. Ainsi, PP admet au moins une racine multiple si et seulement si le PGCD⁡(P,P′)\operatorname{PGCD}(P, P') est de degré supérieur ou égal à 1.

  3. Analyse de sensibilité et limites du modèle :

    • Le polynôme dérivé est Pε′(X)=3X2−3=3(X−1)(X+1)P_\varepsilon'(X) = 3X^2 - 3 = 3(X-1)(X+1). Les extrema sont atteints en X=1X = 1 et X=−1X = -1.
    • Pour que PεP_\varepsilon admette une racine double, il faut que l’une des valeurs extrémales soit nulle :
      • Pε(1)=1−3+ε=0  ⟹  ε=2P_\varepsilon(1) = 1 - 3 + \varepsilon = 0 \implies \varepsilon = 2
      • Pε(−1)=−1+3+ε=0  ⟹  ε=−2P_\varepsilon(-1) = -1 + 3 + \varepsilon = 0 \implies \varepsilon = -2
    • Limites du modèle physique/numérique : Si l’on perturbe un système critique (par exemple ε=0\varepsilon = 0 théorique, menant à une racine double en 11), l’introduction d’un bruit de mesure ε=10−6\varepsilon = 10^{-6} transforme la racine double en trois racines simples distinctes. Analytiquement, par un développement limité de la racine 1+δ1 + \delta, on trouve que ∣δ∣=O(ε)|\delta| = O(\sqrt{\varepsilon}) au voisinage des extrema. Une perturbation infime ε=10−6\varepsilon = 10^{-6} engendre une erreur δ≈10−3\delta \approx 10^{-3}, soit une amplification de l’erreur par un facteur 1000. Les racines multiples sont donc numériquement instables.

Partie II : Autour du théorème de d’Alembert-Gauss

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  1. Degré des polynômes irréductibles de R[X]\mathbb{R}[X] : Soit P∈R[X]P \in \mathbb{R}[X] un polynôme irréductible. Si son degré était supérieur ou égal à 3, d’après le théorème de d’Alembert-Gauss, PP admettrait au moins une racine complexe α∈C\alpha \in \mathbb{C}.

    • Si α∈R\alpha \in \mathbb{R}, alors (X−α)(X-\alpha) diviserait PP dans R[X]\mathbb{R}[X], ce qui contredirait l’irréductibilité de PP (car deg⁡(P)≥3\operatorname{deg}(P) \ge 3).
    • Si α∈C∖R\alpha \in \mathbb{C} \setminus \mathbb{R}, alors le conjugué αˉ\bar{\alpha} est également racine de PP (car les coefficients de PP sont réels). Le polynôme (X−α)(X−αˉ)=X2−2Re⁡(α)X+∣α∣2(X-\alpha)(X-\bar{\alpha}) = X^2 - 2\operatorname{Re}(\alpha)X + |\alpha|^2 est à coefficients réels et divise PP dans R[X]\mathbb{R}[X]. Par irréductibilité, PP doit être égal à ce facteur de degré 2.
    • Conclusion : Les polynômes irréductibles de R[X]\mathbb{R}[X] sont de degré 1 ou 2.
  2. Dénombrement des racines dans C[X]\mathbb{C}[X] : Démontrons par récurrence sur n≥1n \ge 1 la propriété P(n)\mathcal{P}(n) : « Tout polynôme P∈C[X]P \in \mathbb{C}[X] de degré nn possède exactement nn racines dans C\mathbb{C} comptées avec leur multiplicité. »

    • Initialisation (n=1n=1) : P(X)=aX+bP(X) = aX + b avec a≠1a \neq 1. L’unique racine est X=−b/aX = -b/a, de multiplicité 1. P(1)\mathcal{P}(1) est vraie.
    • Hérédité : Soit n≥1n \ge 1 tel que P(n)\mathcal{P}(n) soit vraie. Soit P∈C[X]P \in \mathbb{C}[X] de degré n+1n+1. Par le théorème de d’Alembert-Gauss, PP possède au moins une racine z1∈Cz_1 \in \mathbb{C}. Par conséquent, X−z1X-z_1 divise PP, et on peut écrire : P(X)=(X−z1)Q(X)P(X) = (X-z_1)Q(X) où Q∈C[X]Q \in \mathbb{C}[X] est de degré nn. Par hypothèse de récurrence, QQ possède exactement nn racines dans C\mathbb{C} (comptées avec multiplicité), notées z2,…,zn+1z_2, \dots, z_{n+1}. Ainsi, PP possède les racines z1,z2,…,zn+1z_1, z_2, \dots, z_{n+1}, soit un total de 1+n=n+11 + n = n+1 racines comptées avec leur multiplicité. P(n+1)\mathcal{P}(n+1) est vraie.
  3. Application aux racines de l’unité :

    • L’ensemble des racines de P(Z)=Zn−1P(Z) = Z^n - 1 est Un={ei2kπn∣k∈⟦0,n−1⌋}\mathbb{U}_n = \left\{ e^{i \frac{2k\pi}{n}} \mid k \in \llbracket 0, n-1 \rfloor \right\}.
    • Pour n=4n=4, P(Z)=Z4−1P(Z) = Z^4 - 1. Les 4 racines complexes sont 1,−1,i,−i1, -1, i, -i. Dans C[X]\mathbb{C}[X], la décomposition est : Z4−1=(Z−1)(Z+1)(Z−i)(Z+i)Z^4 - 1 = (Z-1)(Z+1)(Z-i)(Z+i) En regroupant les racines conjuguées pour obtenir des polynômes à coefficients réels : (Z−i)(Z+i)=Z2+1(Z-i)(Z+i) = Z^2 + 1 La décomposition en facteurs irréductibles dans R[X]\mathbb{R}[X] est donc : Z4−1=(Z−1)(Z+1)(Z2+1)Z^4 - 1 = (Z-1)(Z+1)(Z^2 + 1)