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Exercice 2 : Critères de stabilité (Routh, Nyquist, marges de phase)

🌐 Énoncé du problème / Étude de cas

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Étude de cas”

On s’intéresse à l’asservissement en position d’un axe vertical de manutention industrielle, soumis à des contraintes de précision et de rapidité. Le schéma bloc du système bouclé est donné par une consigne C(p)C(p) et une position mesurée S(p)S(p).

La chaîne directe est constituée d’un correcteur K(p)K(p), d’un onduleur et d’un moteur à courant continu modélisé par sa fonction de transfert, ainsi que d’un réducteur mécanique. L’ensemble de la chaîne directe est modélisé par la fonction de transfert ouverte HBO(p)H_{BO}(p) suivante :

HBO(p)=Kp(1+T1p)(1+T2p)H_{BO}(p) = \frac{K}{p(1 + T_1 p)(1 + T_2 p)}

Avec les données numériques constructeur suivantes :

  • K=10  s−1K = 10 \; \text{s}^{-1} (gain global réglable)
  • T1=0,1  sT_1 = 0{,}1 \; \text{s} (constante de temps électrique/mécanique dominante)
  • T2=0,02  sT_2 = 0{,}02 \; \text{s} (constante de temps parasite)

Hypothèses de modélisation et esprit critique :

Section titled “Hypothèses de modélisation et esprit critique :”

Le modèle linéaire invariant (LTI) utilisé néglige les jeux mécaniques dans le réducteur, les saturations en tension de l’onduleur et les frottements secs. De plus, le terme T2T_2 représente un mode propre haute fréquence souvent incertain. L’ingénieur doit valider la robustesse du système face à ces incertitudes.


  1. Analyse structurelle et statique : Déterminer la classe du système ouvert HBO(p)H_{BO}(p) et calculer l’erreur statique pour une entrée en échelon de position d’amplitude 1  rad1 \; \text{rad}. Conclure vis-à-vis du cahier des charges usuel.
  2. Critère algébrique de Routh : Mettre le dénominateur de la fonction de transfert en boucle fermée HBF(p)H_{BF}(p) sous la forme d’un polynôme caractéristique. Appliquer le critère de Routh pour déterminer la condition sur le gain KK garantissant la stabilité asymptotique du système. Calculer la valeur limite KlimK_{lim}.
  3. Tracé asymptotique et Réel (Nyquist) : Exprimer la fonction de transfert harmonique HBO(jω)H_{BO}(j\omega). Déterminer l’expression de la pulsation de phase ωp\omega_p pour laquelle la phase de HBO(jω)H_{BO}(j\omega) vaut −π-\pi rad. En déduire la condition sur KK assurant une stabilité au sens du critère de Nyquist.
  4. Marges de stabilité : On fixe K=2K = 2.
    • Calculer la pulsation de gain ωg\omega_g (pulsation pour laquelle le module vaut 11).
    • En déduire la marge de phase MϕM_\phi et la marge de gain MGM_G.
  5. Analyse critique et robustesse : Le constructeur annonce une incertitude de ±30%\pm 30\% sur la constante de temps parasite T2T_2 en raison de l’usure du réducteur. Discuter de l’impact de cette variation sur la marge de phase calculée précédemment et proposer une modification qualitative du correcteur K(p)K(p) si la marge venait à être insuffisante (Mϕ<45∘M_\phi < 45^\circ).

  • Question 1 : La classe correspond au nombre d’intégrateurs pur (pkp^k) en facteur dans HBO(p)H_{BO}(p). Utiliser le théorème de la valeur finale pour l’erreur statique.
  • Question 2 : Le polynôme caractéristique est 1+HBO(p)=01 + H_{BO}(p) = 0. Multiplier par le dénominateur pour obtenir un polynôme de degré 3.
  • Question 3 : La phase de HBO(jω)H_{BO}(j\omega) est argument du numérateur moins argument du dénominateur. Annuler la partie imaginaire de ce dénominateur complexe pour trouver ωp\omega_p.
  • Question 4 : Résoudre ∣HBO(jωg)∣=1|H_{BO}(j\omega_g)| = 1 (souvent plus simple en résolvant ∣HBO(jωg)∣2=1|H_{BO}(j\omega_g)|^2 = 1). La marge de phase se déduit par Mϕ=180∘+Arg(HBO(jωg))M_\phi = 180^\circ + \text{Arg}(H_{BO}(j\omega_g)).
  • Question 5 : Penser à l’allure du diagramme de Bode : une augmentation des constantes de temps hautes fréquences accentue la chute de phase aux pulsations intermédiaires.

📋 Corrigé détaillé et analyse des résultats

Section titled “📋 Corrigé détaillé et analyse des résultats”

La fonction de transfert ouverte s’écrit : HBO(p)=Kp(1+T1p)(1+T2p)H_{BO}(p) = \frac{K}{p(1 + T_1 p)(1 + T_2 p)} La présence du terme pp en facteur au dénominateur indique que le système est de classe 1. Pour une entrée en échelon de position d’amplitude E0=1E_0 = 1, l’erreur statique ese_s vaut : es=lim⁡t→+∞ε(t)=lim⁡p→0p⋅E0p⋅11+HBO(p)=lim⁡p→011+HBO(p)=0e_s = \lim_{t \to +\infty} \varepsilon(t) = \lim_{p \to 0} p \cdot \frac{E_0}{p} \cdot \frac{1}{1 + H_{BO}(p)} = \lim_{p \to 0} \frac{1}{1 + H_{BO}(p)} = 0 Conclusion: * L’erreur statique est nulle, le système suit parfaitement une consigne de position constante, ce qui est typique d’un système de classe 1.

La fonction de transfert en boucle fermée est : HBF(p)=HBO(p)1+HBO(p)=Kp(1+T1p)(1+T2p)+KH_{BF}(p) = \frac{H_{BO}(p)}{1 + H_{BO}(p)} = \frac{K}{p(1 + T_1 p)(1 + T_2 p) + K} Développons le dénominateur D(p)D(p) : D(p)=p(1+(T1+T2)p+T1T2p2)+K=T1T2p3+(T1+T2)p2+p+KD(p) = p(1 + (T_1 + T_2)p + T_1 T_2 p^2) + K = T_1 T_2 p^3 + (T_1 + T_2) p^2 + p + K Le polynôme caractéristique est P(p)=T1T2p3+(T1+T2)p2+p+KP(p) = T_1 T_2 p^3 + (T_1 + T_2) p^2 + p + K. Appliquons le tableau de Routh pour ce polynôme de degré 3 (avec T1=0,1T_1 = 0{,}1, T2=0,02  ⟹  T1T2=0,002T_2 = 0{,}02 \implies T_1 T_2 = 0{,}002 et T1+T2=0,12T_1 + T_2 = 0{,}12) :

Degré1ère colonne2ème colonne
p3p^3T1T2=0,002T_1 T_2 = 0{,}00211
p2p^2T1+T2=0,12T_1 + T_2 = 0{,}12KK
p1p^1(T1+T2)⋅1−T1T2⋅KT1+T2\frac{(T_1 + T_2)\cdot 1 - T_1 T_2 \cdot K}{T_1 + T_2}00
p0p^0KK

Pour assurer la stabilité asymptotique (tous les coefficients de la première colonne de Routh de même signe, non nuls) :

  1. 0,002>00{,}002 > 0 (toujours vrai)
  2. 0,12>00{,}12 > 0 (toujours vrai)
  3. 0,12−0,002K0,12>0  ⟹  K<0,120,002=60\frac{0{,}12 - 0{,}002K}{0{,}12} > 0 \implies K < \frac{0{,}12}{0{,}002} = 60
  4. K>0K > 0

Condition de Routh : 0<K<600 < K < 60. La valeur limite est Klim=60  s−1K_{lim} = 60 \; \text{s}^{-1}.

La fonction harmonique s’écrit : HBO(jω)=Kjω(1+jT1ω)(1+jT2ω)H_{BO}(j\omega) = \frac{K}{j\omega(1 + j T_1 \omega)(1 + j T_2 \omega)} L’argument (phase) est : Arg(HBO(jω))=−π2−arctan⁡(T1ω)−arctan⁡(T2ω)\text{Arg}(H_{BO}(j\omega)) = -\frac{\pi}{2} - \arctan(T_1 \omega) - \arctan(T_2 \omega) La pulsation de phase ωp\omega_p est telle que Arg(HBO(jωp))=−π\text{Arg}(H_{BO}(j\omega_p)) = -\pi : −π2−arctan⁡(T1ωp)−arctan⁡(T2ωp)=−π  ⟹  arctan⁡(T1ωp)+arctan⁡(T2ωp)=π2-\frac{\pi}{2} - \arctan(T_1 \omega_p) - \arctan(T_2 \omega_p) = -\pi \implies \arctan(T_1 \omega_p) + \arctan(T_2 \omega_p) = \frac{\pi}{2} En utilisant la relation arctan⁡(a)+arctan⁡(b)=arctan⁡(a+b1−ab)\arctan(a) + \arctan(b) = \arctan\left(\frac{a+b}{1-ab}\right) (pour ab<1ab < 1) : (T1+T2)ωp1−T1T2ωp2=+∞  ⟹  1−T1T2ωp2=0\frac{(T_1 + T_2)\omega_p}{1 - T_1 T_2 \omega_p^2} = +\infty \implies 1 - T_1 T_2 \omega_p^2 = 0 ωp=1T1T2=10,002=12⋅10−3=1052=55≈11,18  rad/s\omega_p = \frac{1}{\sqrt{T_1 T_2}} = \frac{1}{\sqrt{0{,}002}} = \frac{1}{\sqrt{2 \cdot 10^{-3}}} = \frac{10\sqrt{5}}{2} = 5\sqrt{5} \approx 11{,}18 \; \text{rad/s}

Calculons le module de HBO(jωp)H_{BO}(j\omega_p) : ∣HBO(jωp)∣=Kωp1+T12ωp21+T22ωp2|H_{BO}(j\omega_p)| = \frac{K}{\omega_p \sqrt{1 + T_1^2 \omega_p^2}\sqrt{1 + T_2^2 \omega_p^2}} Or, ωp2=1T1T2\omega_p^2 = \frac{1}{T_1 T_2}, donc T12ωp2=T1T2T_1^2 \omega_p^2 = \frac{T_1}{T_2} et T22ωp2=T2T1T_2^2 \omega_p^2 = \frac{T_2}{T_1}. Le module à ωp\omega_p devient : ∣HBO(jωp)∣=K1T1T21+T1T21+T2T1=KT1T2T2+T1T2T1+T2T1=KT1T2T1+T2|H_{BO}(j\omega_p)| = \frac{K}{\frac{1}{\sqrt{T_1 T_2}} \sqrt{1 + \frac{T_1}{T_2}}\sqrt{1 + \frac{T_2}{T_1}}} = \frac{K \sqrt{T_1 T_2}}{\sqrt{\frac{T_2 + T_1}{T_2}} \sqrt{\frac{T_1 + T_2}{T_1}}} = \frac{K T_1 T_2}{T_1 + T_2} Application numérique pour KlimK_{lim} (où le module vaut 1 au point critique (−1,j0)(-1, j0)) : Klim⋅0,0020,12=1  ⟹  Klim=0,120,002=60  s−1\frac{K_{lim} \cdot 0{,}002}{0{,}12} = 1 \implies K_{lim} = \frac{0{,}12}{0{,}002} = 60 \; \text{s}^{-1} (Résultat cohérent avec le critère de Routh).

4. Calcul des marges de stabilité (pour K=2K = 2)

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Avec K=2K = 2, le système est stable.

  • Pulsation de gain ωg\omega_g : ∣HBO(jωg)∣=1|H_{BO}(j\omega_g)| = 1. 2ωg1+(0,1ωg)21+(0,02ωg)2=1\frac{2}{\omega_g \sqrt{1 + (0{,}1 \omega_g)^2}\sqrt{1 + (0{,}02 \omega_g)^2}} = 1 Par résolution numérique ou approximation (le gain étant faible, ωg\omega_g est petite, ≈2  rad/s\approx 2 \; \text{rad/s} car 2ωg≈1\frac{2}{\omega_g} \approx 1 pour les termes ≈1\approx 1) : Vérifions ωg≈1,85  rad/s\omega_g \approx 1{,}85 \; \text{rad/s}. (À cette pulsation, les termes T1ωgT_1\omega_g et T2ωgT_2\omega_g sont proches de 0, donc ∣HBO(jωg)∣≈2ωg=1  ⟹  ωg≈2|H_{BO}(j\omega_g)| \approx \frac{2}{\omega_g} = 1 \implies \omega_g \approx 2). Valeur plus précise : ωg≈1,82  rad/s\omega_g \approx 1{,}82 \; \text{rad/s}.

  • Marge de phase MϕM_\phi : Mϕ=180∘+Arg(HBO(jωg))=180∘−90∘−arctan⁡(0,1×1,82)−arctan⁡(0,02×1,82)M_\phi = 180^\circ + \text{Arg}(H_{BO}(j\omega_g)) = 180^\circ - 90^\circ - \arctan(0{,}1 \times 1{,}82) - \arctan(0{,}02 \times 1{,}82) Mϕ=90∘−arctan⁡(0,182)−arctan⁡(0,036)≈90∘−10,3∘−2,1∘=77,6∘M_\phi = 90^\circ - \arctan(0{,}182) - \arctan(0{,}036) \approx 90^\circ - 10{,}3^\circ - 2{,}1^\circ = 77{,}6^\circ La marge de phase est très confortable (Mϕ>45∘M_\phi > 45^\circ), garantissant un amortissement satisfaisant sans dépassement excessif.

  • Marge de gain MGM_G : La phase atteint −π-\pi à ωp≈11,18  rad/s\omega_p \approx 11{,}18 \; \text{rad/s}. Le module à cette pulsation est : ∣HBO(jωp)∣=2×0,0020,12=0,0040,12=130|H_{BO}(j\omega_p)| = \frac{2 \times 0{,}002}{0{,}12} = \frac{0{,}004}{0{,}12} = \frac{1}{30} Exprimée en décibels : MG=−20log⁡10(∣HBO(jωp)∣)=−20log⁡10(130)=20log⁡10(30)≈29,5  dBM_G = -20 \log_{10}\left(|H_{BO}(j\omega_p)|\right) = -20 \log_{10}\left(\frac{1}{30}\right) = 20 \log_{10}(30) \approx 29{,}5 \; \text{dB}

5. Analyse critique et robustesse face aux incertitudes

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Si T2T_2 augmente de +30%+30\% (usure, augmentation des inerties ou des inductances parasites), le produit T1T2T_1 T_2 augmente, ce qui élève le gain en haute fréquence de la chaîne ouverte et réduit la marge de phase. Critique du modèle : Le modèle néglige les retards purs (temps de calcul de la commande numérique par exemple). Un retard pur introduit un déphasage additionnel −τretardω-\tau_{retard} \omega qui dégrade drastiquement la marge de phase à haute pulsation. Si MϕM_\phi venait à passer sous les 45∘45^\circ suite à ces variations paramétriques, l’ingénieur devrait implémenter un correcteur à avance de phase (pour redresser la phase autour de la pulsation de gain) ou baisser le gain KK, au détriment toutefois de la rapidité et de la précision dynamique du système.