L’arithmétique dans l’anneau principal (Z,+,×) constitue un pilier fondamental de la formation en mathématiques en filière MP2I. Ce problème se propose d’explorer des applications avancées des théorèmes de Bézout et de Gauss, ainsi que la résolution de systèmes de congruences linéaires. L’étude débute par des propriétés structurelles du pgcd, se poursuit par la résolution d’une équation diophantienne à paramètre, et s’achève par l’analyse d’un système de congruences inspiré du célèbre théorème des restes chinois.
Soient a et b deux entiers relatifs non tous nuls. On note a∧b leur plus grand commun diviseur (PGCD) et a∨b leur plus petit commun multiple (PPCM).
-
Propriétés fondamentales
Soit n∈N∗. Démontrer que pour tout a,b∈Z, on a l’égalité :
pgcd(an,bn)=∣n∣pgcd(a,b)
-
Application du théorème de Bézout
Soit a,b∈Z∗ tels que pgcd(a,b)=1. Démontrer que pour tout entier k∈N, on a pgcd(a+b,a2−ab+b2)∣3.
Application critique : La condition pgcd(a,b)=1 est-elle nécessaire pour que le diviseur commun divise 3 ? Justifier par un contre-exemple.
-
Résolution d’une équation diophantienne
On considère l’équation (E):7x−12y=5, d’inconnue (x,y)∈Z2.
a) Déterminer une solution particulière de (E) dans Z2.
b) Résoudre (E) dans Z2.
-
Système de congruences et généralisation
On s’intéresse au système de congruences suivant, d’inconnue X∈Z :
(S){X≡2(mod7)X≡3(mod12)
a) Montrer que le système (S) admet des solutions et exprimer la solution générale sous la forme d’une congruence modulo un entier à préciser.
b) Analyse critique du modèle : Si l’on remplace 12 par 14 dans le système (S), que se passe-t-il ? Formuler une condition nécessaire et suffisante générale d’existence de solutions pour un système de la forme {X≡u(moda)X≡v(modb).
- Question 1 : Utiliser la caractérisation du PGCD par l’idéal engendré dans Z (i.e., Ia+Ib=Ipgcd(a,b)) ou revenir à la définition par divisibilité et positivité.
- Question 2 : Poser d=pgcd(a+b,a2−ab+b2). Exprimer a2−ab+b2 en fonction de (a+b) et de ab, puis exploiter le fait que pgcd(a,b)=1 implique pgcd(a+b,ab)=1.
- Question 3 : Utiliser l’algorithme d’Euclide étendu pour trouver une solution particulière.
- Question 4 : Traduire le système en une équation diophantienne linéaire, puis appliquer les résultats de la question 3.
Soit d=pgcd(a,b). Par définition, l’idéal engendré par an et bn dans Z est :
Ian,bn={u(an)+v(bn)∣(u,v)∈Z2}=n({ua+vb∣(u,v)∈Z2})=nIa,b
Puisque Ia,b=Id=dZ, on a :
Ian,bn=n(dZ)=(nd)Z
Le générateur positif de cet idéal est ∣nd∣=∣n∣d=∣n∣pgcd(a,b). Par unicité du PGCD positif, on conclut que :
pgcd(an,bn)=∣n∣pgcd(a,b)
Soit d=pgcd(a+b,a2−ab+b2).
On remarque l’identité algébrique :
a2−ab+b2=(a+b)2−3ab
Puisque d divise a+b, il divise (a+b)2. De plus, d divise a2−ab+b2.
Par combinaison linéaire, d divise la différence :
3ab=(a+b)2−(a2−ab+b2)
Ainsi, d divise 3ab.
Or, on sait que pgcd(a+b,a)=pgcd(b,a)=1 (car pgcd(a,b)=1). De même, pgcd(a+b,b)=1.
Par le lemme de Gauss (ou par propriété multiplicative du PGCD), comme pgcd(a+b,a)=1 et pgcd(a+b,b)=1, on a :
pgcd(a+b,ab)=1
Puisque d divise 3ab et que pgcd(d,ab)=1 (car d divise a+b), le lemme de Gauss permet de conclure que :
d∣3
Analyse critique : La condition pgcd(a,b)=1 est suffisante mais non nécessaire pour que le diviseur divise 3.
Contre-exemple: * Prenons a=2 et b=2. Alors pgcd(2,2)=2=1.
Calculons a+b=4 et a2−ab+b2=4−4+4=4.
Leur PGCD est 4. On constate que 4 ne divise pas 3. En revanche, si l’on prend a=2 et b=4 (donc pgcd(2,4)=2), a+b=6 et a2−ab+b2=4−8+16=12, le PGCD est 6 (qui n’est pas 3).
Si l’on prend a=1 et b=2 (pgcd(1,2)=1), a+b=3 et 1−2+4=3, pgcd(3,3)=3.
a) On cherche une solution particulière de 7x−12y=5.
Remarquons d’abord que pgcd(7,12)=1. Par l’algorithme d’Euclide étendu :
12=1×7+5⟹5=12−7
En multipliant par 5, on obtient :
5=7(−5)−12(−5)(attention au signe)
Vif calcul : 7×(−5)−12(−5)=−35+60=25=5. Reprenons :
On cherche 7x0−12y0=1.
12=1×7+5⟹5=12−7
7=1×5+2⟹2=7−5=7−(12−7)=2×7−12
5=2×2+1⟹1=5−2×2=(12−7)−2(2×7−12)=3×12−5×7
Donc 7(−5)−12(−3)=1.
En multipliant par 5 :
7(−25)−12(−15)=5
Une solution particulière est donc (x0,y0)=(−25,−15).
b) Soit (x,y) une solution quelconque de (E). On a :
7x−12y=7(−25)−12(−15)⟹7(x+25)=12(y+15)
Puisque 7 divise 12(y+15) et que pgcd(7,12)=1, le lemme de Gauss implique que 7 divise y+15.
Il existe donc k∈Z tel que y+15=7k, soit y=−15+7k.
En reportant dans l’égalité :
7(x+25)=12(7k)⟹x+25=12k⟹x=−25+12k
Réciproquement, pour tout k∈Z, le couple (−25+12k,−15+7k) est solution.
L’ensemble des solutions de (E) est donc :
S={(−25+12k,−15+7k)∣k∈Z}
a) Le système (S) se traduit par l’existence de x,y∈Z tels que :
{X=7x+2X=12y+3
On en déduit l’équation diophantienne :
7x+2=12y+3⟺7x−12y=1
D’après la question 3, une solution particulière de 7x−12y=1 est (x0,y0)=(−5,−3).
La solution générale pour x est x=−5+12k (k∈Z).
On remplace pour trouver X :
X=7(−5+12k)+2=−35+84k+2=84k−33
En modulo, cela s’écrit :
X≡−33≡51(mod84)
La solution générale est donc X∈51+84Z.
b) Analyse critique du modèle :
Si l’on remplace 12 par 14, le système devient :
{X≡2(mod7)X≡3(mod14)
Ceci implique qu’il existe k,l∈Z tels que X=7k+2 et X=14l+3, soit :
7k+2=14l+3⟺7k−14l=1⟺7(k−2l)=1
Le membre de gauche est un multiple de 7, tandis que le membre de droite vaut 1. C’est absurde. Le système n’admet donc aucune solution.
Condition nécessaire et générale :
Considérons le système {X≡u(moda)X≡v(modb).
Ce système admet des solutions si et seulement si :
u≡v(modpgcd(a,b))
En effet, la condition X=au+u=bv+v′ équivaut à au−bv=v−u, ce qui admet des solutions si et seulement si pgcd(a,b) divise v−u (théorème de Bézout).