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Centrale-Supélec - Mathématiques

📄 Partie 1 : Énoncé du Problème (Mise en situation ingénieur/recherche)

Section titled “📄 Partie 1 : Énoncé du Problème (Mise en situation ingénieur/recherche)”

Étude d’un signal thermo-élastique non linéaire et régulation par équation aux dérivées ordinaires couplées

Section titled “Étude d’un signal thermo-élastique non linéaire et régulation par équation aux dérivées ordinaires couplées”

Dans le cadre de la conception de boucliers thermiques pour des lanceurs spatiaux hypersoniques, on s’intéresse à la modélisation de la température u(t)u(t) en un point critique d’une structure soumise à un flux thermique externe périodique et à une rétroaction de refroidissement non linéaire.

Le comportement de ce système est régi par l’équation différentielle fonctionnelle suivante, valable pour tout t∈Rt \in \mathbb{R} :

dudt+λu(t)+μ∫0te−(t−s)u(s) ds=f(t)−εu(t)3\frac{du}{dt} + \lambda u(t) + \mu \int_{0}^{t} e^{-(t-s)} u(s) \, ds = f(t) - \varepsilon u(t)^3

où :

  • λ>0\lambda > 0 et μ>0\mu > 0 sont des constantes physiques caractéristiques du matériau.
  • ε>0\varepsilon > 0 est un paramètre de non-linéarité faible (effet thermo-élastique d’ordre supérieur).
  • f:R→Rf : \mathbb{R} \to \mathbb{R} est une fonction continue, 2π2\pi-périodique, représentant le flux thermique incident, développable en série de Fourier.

L’objectif de ce problème est, dans un premier temps, d’analyser la réponse linéaire du système (cas ε=0\varepsilon = 0) à l’aide de la théorie des séries de Fourier et des transformées de Laplace, puis d’utiliser une méthode de perturbation régulière pour déterminer l’influence de la non-linéarité cubique (ε≠0\varepsilon \neq 0) sur le régime permanent stationnaire.


❓ Partie 3 : Questions (Divisées en sous-parties A et B)

Section titled “❓ Partie 3 : Questions (Divisées en sous-parties A et B)”

Partie A : Analyse harmonique du système linéaire (ε=0\varepsilon = 0)

Section titled “Partie A : Analyse harmonique du système linéaire (ε=0\varepsilon = 0ε=0)”

On considère l’équation linéaire associée : (E0)dudt+λu(t)+μ∫0te−(t−s)u(s) ds=f(t)(E_0) \quad \frac{du}{dt} + \lambda u(t) + \mu \int_{0}^{t} e^{-(t-s)} u(s) \, ds = f(t)

  1. A.1. On pose v(t)=∫0te−(t−s)u(s) dsv(t) = \int_{0}^{t} e^{-(t-s)} u(s) \, ds. Montrer que le système (E0)(E_0) couplé à l’équation de vv peut se réécrire sous la forme d’un système différentiel linéaire vectoriel d’ordre 1 avec condition initiale. Expliciter la matrice du système.
  2. A.2. On suppose que le second membre ff est une fonction continue 2π2\pi-périodique développable en série de Fourier, de la forme : f(t)=∑n=−∞+∞cn(f)einatf(t) = \sum_{n=-\infty}^{+\infty} c_n(f) e^{inat} On cherche une solution particulière upu_p de (E0)(E_0) qui soit 2π2\pi-périodique. En formalisant rigoureusement l’application de l’opérateur de dérivation sur les séries de Fourier, déterminer l’expression des coefficients de Fourier cn(up)c_n(u_p) en fonction de cn(f)c_n(f), λ\lambda, μ\mu et nn.
  3. A.3. Établir une condition suffisante sur λ\lambda et μ\mu garantissant que l’amplitude des harmoniques du signal de sortie upu_p est uniformément bornée par celle du signal d’entrée ff. Préciser le comportement asymptotique de ∣cn(up)∣|c_n(u_p)| lorsque n→+∞n \to +\infty si ff est de classe C1\mathcal{C}^1.

Partie B : Perturbation non linéaire et recherche de solutions périodiques (ε>0\varepsilon > 0)

Section titled “Partie B : Perturbation non linéaire et recherche de solutions périodiques (ε>0\varepsilon > 0ε>0)”

On revient à l’équation complète (E)(E) avec ε>0\varepsilon > 0 et on suppose désormais que f(t)=F0cos⁡(ωt)f(t) = F_0 \cos(\omega t) où ω>0\omega > 0 est fixé et F0>0F_0 > 0. On cherche une solution 2π/ω2\pi/\omega-périodique de l’équation (E)(E) sous la forme d’un développement asymptotique régulier au voisinage de ε=0\varepsilon = 0 : u(t)=u0(t)+εu1(t)+o(ε)u(t) = u_0(t) + \varepsilon u_1(t) + o(\varepsilon)

  1. B.1. Identifier l’équation vérifiée par le terme d’ordre 0, u0(t)u_0(t), et exprimer sa solution générale en régime permanent.
  2. B.2. Écrire l’équation différentielle et intégro-différentielle vérifiée par le terme de correction d’ordre 1, u1(t)u_1(t).
  3. B.3. En injectant la solution harmonique d’ordre 0 dans le terme non linéaire εu0(t)3\varepsilon u_0(t)^3, mettre en évidence l’apparition de termes séculaires ou d’harmoniques supérieurs. Conclure sur la validité du développement au voisinage de t→+∞t \to +\infty.

💡 Partie 3 : Rapport du Jury (Pièges et attentes)

Section titled “💡 Partie 3 : Rapport du Jury (Pièges et attentes)”
  • Séries de Fourier et Opérateurs : Le jury a constaté de trop nombreuses confusions entre interversion de la sommation infinie et dérivation. Pour justifier l’application d’un opérateur linéaire sur une série de Fourier, le candidat doit impérativement invoquer les théorèmes de convergence normale (propriété de C1\mathcal{C}^1-régularité).
  • Intégro-différentielles : La transformation d’une équation intégro-différentielle en système différentiel ordinaire (via l’introduction d’une variable auxiliaire vv) est une méthode classique souvent éludée par les candidats de PSI. Elle est pourtant indispensable pour l’analyse rigoureuse de l’unicité et de l’existence des solutions.
  • Calculs perturbatifs : Dans la partie B, le développement asymptotique nécessite une maîtrise rigoureuse de la trigonométrie (linéarisation de cos⁡3(ωt)\cos^3(\omega t)). Les erreurs de calcul de coefficients sont lourdement sanctionnées.

📋 Partie 4 : Corrigé Détaillé et Analyse

Section titled “📋 Partie 4 : Corrigé Détaillé et Analyse”

Posons v(t)=∫0te−(t−s)u(s) dsv(t) = \int_{0}^{t} e^{-(t-s)} u(s) \, ds. En dérivant cette expression par rapport à tt : dvdt=ddt(e−t∫0tesu(s) ds)=−e−t∫0tesu(s) ds+e−t⋅etu(t)\frac{dv}{dt} = \frac{d}{dt} \left( e^{-t} \int_{0}^{t} e^s u(s) \, ds \right) = -e^{-t} \int_{0}^{t} e^s u(s) \, ds + e^{-t} \cdot e^t u(t) dvdt=−v(t)+u(t)\frac{dv}{dt} = -v(t) + u(t)

L’équation (E0)(E_0) s’écrit alors : dudt+λu(t)+μv(t)=f(t)\frac{du}{dt} + \lambda u(t) + \mu v(t) = f(t)

On obtient ainsi le système différentiel linéaire vectoriel d’ordre 1 suivant, en posant X(t)=(u(t)v(t))X(t) = \begin{pmatrix} u(t) \\ v(t) \end{pmatrix} : dXdt=AX(t)+B(t)\frac{dX}{dt} = A X(t) + B(t)

avec la matrice AA et le vecteur B(t)B(t) définis par : A=(−λ−μ1−1)etB(t)=(f(t)0)A = \begin{pmatrix} -\lambda & -\mu \\ 1 & -1 \end{pmatrix} \quad \text{et} \quad B(t) = \begin{pmatrix} f(t) \\ 0 \end{pmatrix}

Supposons que upu_p est une solution 2π2\pi-périodique de (E0)(E_0) et développable en série de Fourier : up(t)=∑n=−∞+∞cn(up)einatu_p(t) = \sum_{n=-\infty}^{+\infty} c_n(u_p) e^{inat}

L’opérateur intégro-différentiel appliqué à un terme de Fourier einate^{inat} s’évalue comme suit. Pour le terme intégral : ∫0te−(t−s)einas ds=e−t∫0te(1+ina)s ds=e−t[e(1+ina)s1+ina]0t=einat−e−t1+ina\int_{0}^{t} e^{-(t-s)} e^{inas} \, ds = e^{-t} \int_{0}^{t} e^{(1+ina)s} \, ds = e^{-t} \left[ \frac{e^{(1+ina)s}}{1+ina} \right]_{0}^{t} = \frac{e^{inat} - e^{-t}}{1+ina}

En régime permanent (termes non transitoires s’annulant lorsque t→+∞t \to +\infty, car Re(1)>0\text{Re}(1) > 0), la contribution intégro-différentielle se réduit à : In(t)=11+inaeinat\mathcal{I}_n(t) = \frac{1}{1+ina} e^{inat}

En injectant le développement de upu_p et de ff dans (E0)(E_0) et par identification des coefficients de Fourier (unicité du développement en série de Fourier pour les fonctions de classe C1\mathcal{C}^1), on obtient, pour chaque n∈Zn \in \mathbb{Z} (avec ici a=1a = 1 par périoduité 2π2\pi) : ina cn(up)+λcn(up)+μcn(up)1+in=cn(f)ina \, c_n(u_p) + \lambda c_n(u_p) + \mu \frac{c_n(u_p)}{1+in} = c_n(f)

  ⟹  cn(up)(in+λ+μ1+in)=cn(f)\implies c_n(u_p) \left( in + \lambda + \frac{\mu}{1+in} \right) = c_n(f)

En réduisant au même dénominateur : cn(up)((in+λ)(1+in)+μ1+in)=cn(f)c_n(u_p) \left( \frac{(in + \lambda)(1+in) + \mu}{1+in} \right) = c_n(f)

Soit l’expression explicite : cn(up)=1+in(in+λ)(1+in)+μcn(f)c_n(u_p) = \frac{1 + in}{(in + \lambda)(1+in) + \mu} c_n(f)

Évaluons le module du facteur de transfert χ(n)=1+in(in+λ)(1+in)+μ\chi(n) = \frac{1 + in}{(in + \lambda)(1+in) + \mu} : χ(n)=1+in−λn2+λ+i(n+nλ)+μ=1+in(λ+μ−λn2)+in(1+λ)\chi(n) = \frac{1 + in}{-\lambda n^2 + \lambda + i(n + n\lambda) + \mu} = \frac{1 + in}{(\lambda + \mu - \lambda n^2) + i n(1+\lambda)}

Le carré du module est donné par : ∣χ(n)∣2=1+n2(λ+μ−λn2)2+n2(1+λ)2|\chi(n)|^2 = \frac{1 + n^2}{(\lambda + \mu - \lambda n^2)^2 + n^2(1+\lambda)^2}

Puisque λ>0\lambda > 0 et μ>0\mu > 0, le dénominateur est strictement positif pour tout n∈Zn \in \mathbb{Z}. Si l’on suppose de plus que λ\lambda et μ\mu sont choisis de sorte que ∣χ(n)∣≤M|\chi(n)| \le M pour une constante universelle MM (ce qui est assuré dès que λn2\lambda n^2 ne s’annule pas de façon critique avec λ+μ\lambda+\mu, c’est-à-dire hors d’éventuelles résonances non amorties), alors l’amplitude des harmoniques est bornée.

Si ff est de classe C1\mathcal{C}^1, ses coefficients de Fourier vérifient ∣cn(f)∣=o(1∣n∣)|c_n(f)| = o\left(\frac{1}{|n|}\right). Comme ∣χ(n)∣∼∣n∣λn2=O(1∣n∣)|\chi(n)| \sim \frac{|n|}{\lambda n^2} = \mathcal{O}\left(\frac{1}{|n|}\right) lorsque ∣n∣→+∞|n| \to +\infty, il vient : ∣cn(up)∣=O(1n2)|c_n(u_p)| = \mathcal{O}\left(\frac{1}{n^2}\right) Ce qui démontre par le théorème de convergence normale que upu_p est de classe C1\mathcal{C}^1 (et même C2\mathcal{C}^2 si ff est plus régulière).


L’équation complète est : dudt+λu(t)+μ∫0te−(t−s)u(s) ds=F0cos⁡(ωt)−εu(t)3\frac{du}{dt} + \lambda u(t) + \mu \int_{0}^{t} e^{-(t-s)} u(s) \, ds = F_0 \cos(\omega t) - \varepsilon u(t)^3

En substituant le développement u(t)=u0(t)+εu1(t)+o(ε)u(t) = u_0(t) + \varepsilon u_1(t) + o(\varepsilon) et en identifiant les termes d’ordre ε0\varepsilon^0 : (E1)du0dt+λu0(t)+μ∫0te−(t−s)u0(s) ds=F0cos⁡(ωt)(E_1) \quad \frac{du_0}{dt} + \lambda u_0(t) + \mu \int_{0}^{t} e^{-(t-s)} u_0(s) \, ds = F_0 \cos(\omega t)

En régime permanent, la solution u0(t)u_0(t) est harmonique de pulsation ω\omega. On la cherche sous la forme : u0(t)=Acos⁡(ωt)+Bsin⁡(ωt)u_0(t) = A \cos(\omega t) + B \sin(\omega t)

En identifiant les termes d’ordre ε1\varepsilon^1, l’équation pour u1(t)u_1(t) devient : du1dt+λu1(t)+μ∫0te−(t−s)u1(s) ds=−u0(t)3\frac{du_1}{dt} + \lambda u_1(t) + \mu \int_{0}^{t} e^{-(t-s)} u_1(s) \, ds = -u_0(t)^3

Développons le terme non linéaire −u0(t)3-u_0(t)^3 en sachant que u0(t)=Re(U0eiωt)u_0(t) = \text{Re}\left( \mathcal{U}_0 e^{i\omega t} \right) avec U0=F0χ(ω)\mathcal{U}_0 = F_0 \chi(\omega). En utilisant l’identité trigonométrique cos⁡3(ωt)=34cos⁡(ωt)+14cos⁡(3ωt)\cos^3(\omega t) = \frac{3}{4}\cos(\omega t) + \frac{1}{4}\cos(3\omega t) : u0(t)3=(Acos⁡(ωt)+Bsin⁡(ωt))3u_0(t)^3 = \left( A \cos(\omega t) + B \sin(\omega t) \right)^3

Le calcul développe des termes en cos⁡(ωt)\cos(\omega t), sin⁡(ωt)\sin(\omega t), ainsi que des harmoniques supérieurs en cos⁡(3ωt)\cos(3\omega t) et sin⁡(3ωt)\sin(3\omega t). La présence de termes proportionnels à cos⁡(ωt)\cos(\omega t) et sin⁡(ωt)\sin(\omega t) dans le cube du signal d’entrée engendre un phénomène de résonance harmonique non linéaire (création d’un déphasage séculaire d’ordre 1 en temps long si les conditions de non-résonance n’admettent pas d’ajustement de fréquence). Pour s’affranchir des termes séculaires compromettant la validité du développement asymptotique uniformément valides sur R+\mathbb{R}^+, des techniques de type Poincaré-Lindstedt doivent être mises en œuvre pour corriger la pulsation ω\omega en ω(ε)\omega(\varepsilon).