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Exercice 1 : Bases, dimension et rang

PROBLÈME GUIDÉ : Étude spectrale discrète et rang d’une famille d’endomorphismes

Section titled “PROBLÈME GUIDÉ : Étude spectrale discrète et rang d’une famille d’endomorphismes”

Filière : PCSI
Matière : Mathématiques
Chapitre: ** Espaces vectoriels
Thème : Bases, dimension et rang


Soit EE un R\mathbb{R}-espace vectoriel de dimension finie n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On note L(E)\mathcal{L}(E) l’espace vectoriel des endomorphismes de EE. Soit u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E) un endomorphisme fixé. On définit l’application Φu:L(E)→L(E)\Phi_u : \mathcal{L}(E) \to \mathcal{L}(E) par : ∀f∈L(E),Φu(f)=u∘f−f∘u\forall f \in \mathcal{L}(E), \quad \Phi_u(f) = u \circ f - f \circ u

L’objectif de ce problème est d’étudier les propriétés de l’application Φu\Phi_u, en particulier son noyau, son image, et d’établir des liens fondamentaux entre le rang de uu et la structure de L(E)\mathcal{L}(E).


  1. Préliminaires structurels

    • a) Montrer que Φu\Phi_u est un endomorphisme de l’espace vectoriel L(E)\mathcal{L}(E).
    • b) Expliciter le noyau ker⁡(Φu)\ker(\Phi_u). Interpréter géométriquement ce sous-espace dans le cas où uu est diagonalisable à valeurs propres simples.
  2. Étude par projecteurs et rang

    • On suppose désormais que E=R2E = \mathbb{R}^2 et on considère l’endomorphisme uu dont la matrice dans la base canonique est A=(0100)A = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 0 & 0 \end{pmatrix}.
    • a) Déterminer le rang de uu.
    • b) Écrire la matrice de Φu\Phi_u dans une base bien choisie de L(E)\mathcal{L}(E) (on pourra utiliser l’isomorphisme entre L(E)\mathcal{L}(E) et M2(R)M_2(\mathbb{R})).
    • c) En déduire le rang de Φu\Phi_u dans ce cas particulier.
  3. Généralisation et dimension

    • a) Établir que si uu est inversible, alors Im(Φu)\text{Im}(\Phi_u) contient des endomorphismes remarquables. Que peut-on dire de rg(Φu)\text{rg}(\Phi_u) si uu est une homothétie ?
    • b) Proposer une borne supérieure pour le rang de Φu\Phi_u en fonction de n=dim⁡(E)n = \dim(E).

  • Q1.a : Vérifiez la linéarité en revenant à la définition d’une application linéaire.
  • Q1.b : Traduire l’appartenance à ker⁡(Φu)\ker(\Phi_u) par une commutation. Penser aux matrices ou vecteurs propres.
  • Q2.b : L’espace L(E)\mathcal{L}(E) est de dimension 44. Explicitez une base simple de M2(R)M_2(\mathbb{R}), par exemple les matrices élémentaires (Ei,j)1≤i,j≤2(E_{i,j})_{1 \le i,j \le 2}, et calculez l’effet de Φu\Phi_u sur chacune d’elles.
  • Q3.b : Penser au théorème du rang appliqué à Φu\Phi_u et à la structure des commutateurs.

  • a) Soit (λ,μ)∈R2(\lambda, \mu) \in \mathbb{R}^2 et (f,g)∈(L(E))2(f, g) \in (\mathcal{L}(E))^2. Φu(λf+μg)=u∘(λf+μg)−(λf+μg)∘u\Phi_u(\lambda f + \mu g) = u \circ (\lambda f + \mu g) - (\lambda f + \mu g) \circ u Par bilinéarité de la composition des endomorphismes : Φu(λf+μg)=λ(u∘f−f∘u)+μ(u∘g−g∘u)=λΦu(f)+μΦu(g)\Phi_u(\lambda f + \mu g) = \lambda (u \circ f - f \circ u) + \mu (u \circ g - g \circ u) = \lambda \Phi_u(f) + \mu \Phi_u(g) Ainsi, Φu\Phi_u est linéaire. Comme son espace de départ et d’arrivée est L(E)\mathcal{L}(E), Φu\Phi_u est un endomorphisme de L(E)\mathcal{L}(E).

  • b) Par définition, f∈ker⁡(Φu)  ⟺  Φu(f)=0  ⟺  u∘f=f∘uf \in \ker(\Phi_u) \iff \Phi_u(f) = 0 \iff u \circ f = f \circ u.
    Le noyau est donc le commutant de uu dans L(E)\mathcal{L}(E), noté C(u)C(u).
    Si uu est diagonalisable à valeurs propres simples, uu possède nn vecteurs propres linéairement indépendants. Tout endomorphisme qui commute avec uu doit laisser stables les droites propres de uu. Par conséquent, ker⁡(Φu)\ker(\Phi_u) est l’ensemble des endomorphismes diagonalisables dans la même base que uu, et sa dimension est exactement nn.


  • a) La matrice A=(0100)A = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 0 & 0 \end{pmatrix} est non nulle et sa première colonne est non nulle, sa deuxième est colinéaire à la première. Le rang de AA est donc 11.

  • b) Identifions L(E)\mathcal{L}(E) à M2(R)M_2(\mathbb{R}). Soit (E11,E12,E21,E22)(E_{11}, E_{12}, E_{21}, E_{22}) la base canonique de M2(R)M_2(\mathbb{R}).
    On calcule l’action de ΦA(M)=AM−MA\Phi_A(M) = AM - MA sur chaque matrice de base :

    • ΦA(E11)=(0100)(1000)−(1000)(0100)=(0000)−(0100)=−E12\Phi_A(E_{11}) = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 0 & 0 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 0 \end{pmatrix} - \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 0 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 0 & 0 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0 & 0 \\ 0 & 0 \end{pmatrix} - \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 0 & 0 \end{pmatrix} = -E_{12}
    • ΦA(E12)=0\Phi_A(E_{12}) = 0
    • ΦA(E21)=E11−E22\Phi_A(E_{21}) = E_{11} - E_{22}
    • ΦA(E22)=E12\Phi_A(E_{22}) = E_{12}

    La matrice de ΦA\Phi_A dans cette base s’écrit par colonnes :

    0 & 0 & 1 & 0 \\ -1 & 0 & 0 & 1 \\ 0 & 0 & 0 & 0 \\ 0 & 0 & -1 & 0 $\end{pmatrix}$$
  • c) Par un pivot de Gauss rapide sur cette matrice, on observe que deux colonnes sont clairement indépendantes (la 3ème et la 4ème, ou via le calcul du rang par échelonnement). On trouve rg(Φu)=2\text{rg}(\Phi_u) = 2.


  • a) Si uu est inversible, pour tout endomorphisme gg, on peut chercher ff tel que Φu(f)=g\Phi_u(f) = g. De plus, si u=λIdEu = \lambda \text{Id}_E, alors : ∀f∈L(E),Φu(f)=(λIdE)∘f−f∘(λIdE)=λf−λf=0\forall f \in \mathcal{L}(E), \quad \Phi_u(f) = (\lambda \text{Id}_E) \circ f - f \circ (\lambda \text{Id}_E) = \lambda f - \lambda f = 0 Dans ce cas, Φu=0\Phi_u = 0, et rg(Φu)=0\text{rg}(\Phi_u) = 0.

  • b) Par le théorème du rang appliqué à Φu\Phi_u sur l’espace L(E)\mathcal{L}(E) de dimension n2n^2 : rg(Φu)+dim⁡(ker⁡(Φu))=n2\text{rg}(\Phi_u) + \dim(\ker(\Phi_u)) = n^2 Puisque IdE∈ker⁡(Φu)\text{Id}_E \in \ker(\Phi_u), on a dim⁡(ker⁡(Φu))≥1\dim(\ker(\Phi_u)) \ge 1. Par conséquent : rg(Φu)≤n2−1\text{rg}(\Phi_u) \le n^2 - 1


Bien que ce problème offre une belle illustration algébrique des espaces de endomorphismes, le modèle présente des limites intrinsèques notables :

  1. Hypothèse de dimension finie : L’isomorphisme entre L(E)\mathcal{L}(E) et Mn(R)M_n(\mathbb{R}), ainsi que l’utilisation du théorème du rang, reposent strictement sur l’hypothèse dim⁡(E)<+∞\dim(E) < +\infty. En dimension infinie (par exemple sur l’espace des fonctions continues ou R[X]\mathbb{R}[X]), l’opérateur de commutation Φu\Phi_u ne peut plus être caractérisé par une simple matrice finie, et rg(Φu)\text{rg}(\Phi_u) perd son sens usuel au profit de notions d’analyse fonctionnelle (opérateurs compacts, continus, etc.).
  2. Non-surjectivité structurelle : On peut démontrer (via la trace) que la trace de tout élément de Im(Φu)\text{Im}(\Phi_u) est nulle (Tr(AB−BA)=0\text{Tr}(AB - BA) = 0). Ainsi, Im(Φu)\text{Im}(\Phi_u) est inclus dans l’hyperplan des endomorphismes de trace nulle. Le modèle est donc incapable d’atteindre la surjectivité sur L(E)\mathcal{L}(E) tout entier, ce qui limite son champ d’application en théorie du contrôle linéaire.