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Exercice 2 : Racines de polynômes

🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude”

Soit n≥2n \ge 2 un entier naturel. On s’intéresse dans ce problème aux propriétés de localisation et de nature des racines de certains polynômes à coefficients réels ou complexes, en lien avec le calcul matriciel et l’analyse.

Plus particulièrement, on étudie l’application qui à un polynôme P∈C[X]P \in \mathbb{C}[X] associe ses polynômes dérivés successifs, ainsi que des relations de récurrence liant les coefficients et les racines. Ce type de problématique intervient fréquemment dans l’étude de la stabilité des systèmes dynamiques discrets ou continus en sciences industrielles.


❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)

Section titled “❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)”
  1. Étude préliminaire : Soit P=Xn+an−1Xn−1+⋯+a1X+a0P = X^n + a_{n-1}X^{n-1} + \dots + a_1X + a_0 un polynôme unitaire de C[X]\mathbb{C}[X] de degré nn. On note z1,z2,…,znz_1, z_2, \dots, z_n ses racines complexes (éventuellement confondues), comptées avec leur multiplicité. Exprimer les coefficients an−1a_{n-1} et a0a_0 en fonction de ces racines.
  2. Propriété de Rolle polynomiale : Soit P∈R[X]P \in \mathbb{R}[X] un polynôme scindé sur R\mathbb{R}. Montrer que son polynôme dérivé P′P' est également scindé sur R\mathbb{R}.
  3. Application matricielle : Soit A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) une matrice dont le polynôme caractéristique χA\chi_A est scindé à racines simples. Que peut-on dire de la diagonalisabilité de AA ? Justifier rigoureusement.
  4. Localisation des racines (Lemme de Gauss-Lucas) : Soit P∈C[X]P \in \mathbb{C}[X] un polynôme non constant. Montrer que toutes les racines de P′P' sont situées dans l’enveloppe convexe de l’ensemble des racines de PP.
  5. Analyse critique du modèle : En pratique, pour estimer les racines d’un polynôme de degré élevé, on utilise souvent des méthodes numériques itératives (comme la méthode de Newton) ou l’étude des valeurs propres d’une matrice compagnon associée. Expliquer pourquoi l’utilisation directe des relations coefficients-racines (formules de Viète) s’avère numériquement instable pour des degrés n≥10n \ge 10.

💡 Pistes & Indications méthodologiques

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  • Question 1 : Penser à utiliser la factorisation de PP dans C[X]\mathbb{C}[X] sous la forme P=∏k=1n(X−zk)P = \prod_{k=1}^n (X - z_k) et procéder par identification.
  • Question 2 : Utiliser le théorème de Rolle de l’analyse réelle entre deux racines consécutives distinctes d’un polynôme. Attention à bien traiter la multiplicité des racines.
  • Question 3 : Le polynôme caractéristique d’une matrice de taille nn est de degré nn. Si ses racines sont simples, quel est le lien avec les valeurs propres de AA ? Utiliser le critère de diagonalisabilité fondé sur la dimension des sous-espaces propres.
  • Question 4 : Pour une racine ζ\zeta de P′P' telle que P(ζ)≠0P(\zeta) \neq 0, écrire la relation entre P′(ζ)P'(\zeta) et P(ζ)P(\zeta) en utilisant la décomposition en éléments simples de P′P\frac{P'}{P} évaluée en ζ\zeta.
  • Question 5 : Considérer la sensibilité des racines d’un polynôme par rapport à une infime perturbation de ses coefficients (exemples de polynômes de Wilkinson).

Puisque PP est un polynôme unitaire de degré nn et que C\mathbb{C} est algébriquement clos (théorème de d’Alembert-Gauss), PP se scinde sous la forme : P(X)=∏k=1n(X−zk)=(X−z1)(X−z2)…(X−zn)P(X) = \prod_{k=1}^n (X - z_k) = (X - z_1)(X - z_2)\dots(X - z_n) En développant ce produit, le coefficient de Xn−1X^{n-1} s’obtient en choisissant XX dans n−1n-1 facteurs et −zk-z_k dans le dernier. Ainsi : an−1=−∑k=1nzka_{n-1} = -\sum_{k=1}^n z_k Pour le terme constant a0a_0, il suffit d’évaluer le polynôme en 00 : P(0)=∏k=1n(0−zk)=(−1)n∏k=1nzkP(0) = \prod_{k=1}^n (0 - z_k) = (-1)^n \prod_{k=1}^n z_k Or, par définition de PP, on a a0=P(0)a_0 = P(0), donc : a0=(−1)n∏k=1nzka_0 = (-1)^n \prod_{k=1}^n z_k

Soit P∈R[X]P \in \mathbb{R}[X] un polynôme scindé sur R\mathbb{R}. Notons x1<x2<⋯<xrx_1 < x_2 < \dots < x_r ses racines distinctes de multiplicités respectives m1,m2,…,mrm_1, m_2, \dots, m_r. La somme des multiplicités est ∑i=1rmi=n=deg⁡(P)\sum_{i=1}^r m_i = n = \deg(P). D’après le théorème de Rolle, entre deux racines consécutives xix_i et xi+1x_{i+1}, la fonction polynomiale associée à PP s’annule en changeant de signe aux extrémités, donc il existe au moins une racine de P′P' dans l’intervalle ouvert ]xi,xi+1[]x_i, x_{i+1}[. Cela fournit r−1r-1 racines réelles distinctes. De plus, chaque racine xix_i de multiplicité mi≥2m_i \ge 2 est racine de P′P' avec la multiplicité mi−1m_i - 1. Le nombre total de racines réelles de P′P' comptées avec leur multiplicité est donc : ∑i=1r(mi−1)+(r−1)=∑i=1rmi−r+r−1=n−1=deg⁡(P′)\sum_{i=1}^r (m_i - 1) + (r - 1) = \sum_{i=1}^r m_i - r + r - 1 = n - 1 = \deg(P') Le polynôme P′P' est donc nécessairement scindé sur R\mathbb{R}.

Soit A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) dont le polynôme caractéristique χA\chi_A est scindé à racines simples. Notons λ1,λ2,…,λn\lambda_1, \lambda_2, \dots, \lambda_n ces nn racines distinctes. Ce sont les valeurs propres de AA. Puisque le polynôme caractéristique de AA est de degré nn et possède nn racines distinctes, AA admet nn valeurs propres distinctes. Or, si une matrice de taille nn possède nn valeurs propres distinctes, les sous-espaces propres associés sont de dimension 11 (leur dimension est comprise entre 11 et leur multiplicité qui vaut ici 11). La somme de leurs dimensions est donc ∑i=1n1=n\sum_{i=1}^n 1 = n. Par conséquent, la matrice AA est diagonalisable.

4. Localisation des racines (Lemme de Gauss-Lucas)

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Soit z0z_0 une racine de P′P' telle que P(z0)≠0P(z_0) \neq 0 (si P(z0)=0P(z_0) = 0, z0z_0 est déjà racine de PP, donc le résultat est trivial car z0z_0 appartient à l’enveloppe convexe des racines). Écrivons P(X)=c∏k=1m(X−zk)P(X) = c \prod_{k=1}^m (X - z_k) où c≠0c \neq 0. En prenant la dérivée logarithmique (valide là où P≠0P \neq 0), on a : P′(X)P(X)=∑k=1m1X−zk\frac{P'(X)}{P(X)} = \sum_{k=1}^m \frac{1}{X - z_k} Évaluons cette relation en z0z_0 sachant que P′(z0)=0P'(z_0) = 0 : ∑k=1m1z0−zk=0\sum_{k=1}^m \frac{1}{z_0 - z_k} = 0 En prenant le conjugué ou en multipliant par le conjugué, on obtient : ∑k=1mzˉ0−zˉk∣z0−zk∣2=0  ⟹  ∑k=1mλk(z0−zk)=0\sum_{k=1}^m \frac{\bar{z}_0 - \bar{z}_k}{|z_0 - z_k|^2} = 0 \implies \sum_{k=1}^m \lambda_k (z_0 - z_k) = 0 où λk=1∣z0−zk∣2>0\lambda_k = \frac{1}{|z_0 - z_k|^2} > 0. On en tire : z0=∑k=1mλkzk∑k=1mλkz_0 = \frac{\sum_{k=1}^m \lambda_k z_k}{\sum_{k=1}^m \lambda_k} Ainsi, z0z_0 s’exprime comme un barycentre à coefficients strictement positifs des racines z1,…,zmz_1, \dots, z_m. Par conséquent, z0z_0 appartient à l’enveloppe convexe des racines de PP.

Les relations coefficients-racines (formules de Viète) expriment les coefficients aia_i comme des fonctions symétriques élémentaires des racines. Pour un polynôme de degré n≥10n \ge 10, la résolution exacte par radicaux est impossible (théorème d’Abel-Ruffini). De plus, l’utilisation directe de ces relations pour déterminer les racines conduit à un système d’équations algébriques non linéaires extrêmement mal conditionné. Une infime variation (liée aux erreurs d’arrondi machine) sur un coefficient aia_i peut entraîner une modification radicale et erratique de la position des racines dans le plan complexe (phénomène illustré par les polynômes de Wilkinson). C’est pourquoi les codes de calcul scientifique modernes proscrivent cette approche et passent par le calcul des valeurs propres d’une matrice compagnon via des algorithmes itératifs stables (comme l’algorithme QR).