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📌 1. Définitions & Cadre d'étude

Un système physico-chimique est dit binaire s’il est constitué de C=2C = 2 constituants indépendants (espèces chimiques).

Une phase est une partie du système homogène du point de vue physique et chimique. On note φ\varphi le nombre de phases présentes à l’équilibre.

L’état d’un système hétérogène à l’équilibre est décrit par un certain nombre de variables intensives (température TT, pression PP, fractions molaires ou massiques dans chaque phase). La variance vv du système est définie par le nombre de degrés de liberté, c’est-à-dire le nombre minimal de variables intensives indépendantes qu’il faut fixer pour définir complètement l’état d’équilibre du système.

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📐 2. Théorèmes fondamentaux & Démonstrations clés

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Théorème de Gibbs : La Règle des phases

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Pour un système physico-chimique quelconque en équilibre, la variance vv s’exprime par la formule de Gibbs :

v=C−φ+netv = C - \varphi + \text{net}

où :

  • CC est le nombre de constituants indépendants (C=2C = 2 pour un système binaire).
  • φ\varphi est le nombre de phases en équilibre.
  • net\text{net} est le nombre de relations d’équilibre physico-chimique indépendantes (réactions chimiques, ex: équilibres acido-basiques, dissociation) hors équilibres physiques de changement d’état. S’il n’y a pas de réaction chimique, net=0\text{net} = 0.

Dans le cadre de ce chapitre, en l’absence de réaction chimique :

v=2−φ+2=4−φv = 2 - \varphi + 2 = 4 - \varphi (en comptant TT et PP comme variables physiques externes).

Démonstration / Justification du nombre de variables indépendantes

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  1. Le nombre total de variables intensives permettant de décrire le système est donné par la composition de chaque phase (soit (C−1)(C-1) fractions molaires par phase, car la somme vaut 11) et les variables TT et PP. Pour φ\varphi phases, cela fait φ(C−1)+2\varphi(C-1) + 2 variables.
  2. À l’équilibre thermodynamique, pour chaque constituant ii présent dans plusieurs phases (disons 11 et jj), le potentiel chimique doit être égal : μi(1)=μi(j)\mu_{i}^{(1)} = \mu_{i}^{(j)}. Cela impose C(φ−1)C(\varphi - 1) relations d’égalité.
  3. La variance est la différence entre le nombre de variables et le nombre de relations indépendantes : v=[φ(C−1)+2]−C(φ−1)=C−φ+2v = [\varphi(C-1) + 2] - C(\varphi-1) = C - \varphi + 2

Conséquences pour les diagrammes binaires

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  • Équilibre bivariant (v=2v = 2) : φ=2\varphi = 2 (dans le plan (T,x)(T, x) à PP fixée). Le domaine est une surface (domaine diphasé).
  • Équilibre univariant (v=1v = 1) : φ=3\varphi = 3 (à PP fixée, v=4−3=1v = 4 - 3 = 1). Les courbes d’analyse thermique (lignes de liquidus et solidus) constituent des invariants ou des frontières univariantes (ex: palier eutectique).
  • Équilibre invariant (v=0v = 0) : φ=4\varphi = 4 (point eutectique à pression fixée si l’on compte la phase vapeur, ou point eutectique solide-solide-liquide sans phase vapeur où v=2−3+1=0v = 2 - 3 + 1 = 0).

Règle des moments chimiques (ou des segments inverses)

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Considérons un système binaire globalement caractérisé par sa composition globale zz (fraction molaire du constituant BB) à une température TT (pression PP fixée), se trouvant dans un domaine diphasé (φ=2\varphi = 2) en équilibre entre une phase α\alpha de composition xαx_\alpha et une phase β\beta de composition xβx_\beta.

Soit nn la quantité de matière totale, nαn_\alpha la quantité de la phase α\alpha et nβn_\beta la quantité de la phase β\beta.

  1. Conservation de la matière globale pour le constituant BB : n⋅z=nα⋅xα+nβ⋅xβn \cdot z = n_\alpha \cdot x_\alpha + n_\beta \cdot x_\beta
  2. Conservation de la quantité totale : n=nα+nβn = n_\alpha + n_\beta

En combinant ces deux relations, on obtient l’égalité fondamentale des moments :

nα⋅(z−xα)=nβ⋅(xβ−z)n_\alpha \cdot (z - x_\alpha) = n_\beta \cdot (x_\beta - z)

Graphiquement, sur le diagramme (T,z)(T, z) :

  • La longueur du segment reliant la composition globale zz à la composition de la phase β\beta (xβ−zx_\beta - z) pondérée par la quantité de phase α\alpha (nαn_\alpha) est égale à la longueur du segment reliant la phase α\alpha (xαx_\alpha) à la composition globale zz (z−xαz - x_\alpha) pondérée par la quantité de phase β\beta (nβn_\beta).

nαnβ=xβ−zz−xα\frac{n_\alpha}{n_\beta} = \frac{x_\beta - z}{z - x_\alpha}


  1. Oubli de fixer la pression : La règle des phases donne v=4−φv = 4 - \varphi si l’on prend en compte TT et PP. Dans les diagrammes binaires usuels à pression constante (P=csteP = \text{cste}), la pression n’est plus une variable libre. Il faut impérativement utiliser la variance réduite : v′=3−φv' = 3 - \varphi Une erreur fréquente consiste à appliquer v=4−φv = 4 - \varphi pour un diagramme tracé à P=1 barP = \text{1}\text{ bar}.

  2. Confusion entre fraction massique et fraction molaire : La règle des moments s’applique strictement aux quantités de matière (fractions molaires) sauf si le diagramme est explicitement tracé en fractions massiques (auquel cas elle s’applique aux masses mαm_\alpha et mβm_\beta). Ne jamais mélanger les deux !

  3. Mauvaise lecture des frontières diphasées : Pour trouver la composition des phases en équilibre à une température TT donnée dans un domaine diphasé, il faut tracer l’isotherme (horizontale à T=csteT = \text{cste}) jusqu’à couper les deux lignes frontières (liquidus et solidus), et non pas lire la composition globale.