Skip to content

Exercice 2 : Variables aléatoires finies

Problème guidé : Fiabilité d’un réseau de capteurs et analyse critique

Section titled “Problème guidé : Fiabilité d’un réseau de capteurs et analyse critique”

Dans le cadre de la surveillance environnementale d’une zone industrielle sensible, on souhaite déployer un réseau de nn capteurs identiques et autonomes (n∈N∗n \in \mathbb{N}^*, n≥10n \ge 10). Chaque capteur mesure en continu un paramètre critique et transmet l’information à une station centrale.

Cependant, le milieu ambiant est hostile. On modélise le fonctionnement de chaque capteur de manière indépendante par une loi de Bernoulli de paramètre p∈]0,1[p \in ]0, 1[ : un capteur est opérationnel avec la probabilité pp et défaillant (il transmet une information erronée ou cesse d’émettre) avec la probabilité q=1−pq = 1-p.

Pour garantir la redondance et éviter les fausses alertes, la station centrale applique la règle suivante : le système global est considéré comme fiable si et seulement si un nombre suffisant de capteurs fonctionne correctement. Plus précisément, on se fixe un seuil entier kk (avec 1≤k≤n1 \le k \le n) tel que le système est opérationnel si au moins kk capteurs fonctionnent simultanément.

L’objectif de ce problème est de modéliser mathématiquement ce système à l’aide des variables aléatoires finies, d’étudier le comportement de la fiabilité globale en fonction de la taille du réseau nn et du seuil kk, puis d’analyser les limites réalistes de ce modèle probabiliste.


  1. Pour tout i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\}, on note XiX_i la variable aléatoire égale à 11 si le ii-ème capteur est opérationnel, et 00 s’il est défaillant. Quelle est la loi de XiX_i ? Rappon-ter son espérance E(Xi)\mathbb{E}(X_i) et sa variance V(Xi)\text{V}(X_i).
  2. On note Sn=∑i=1nXiS_n = \sum_{i=1}^n X_i le nombre total de capteurs opérationnels dans le réseau. a) Justifier que SnS_n suit une loi binomiale dont on précisera les paramètres. b) Donner l’expression de la probabilité P(Sn=j)P(S_n = j) pour tout j∈{0,1,…,n}j \in \{0, 1, \dots, n\}.
  3. Exprimez l’événement “le système global est fiable” à l’aide de la variable SnS_n et du seuil kk. On note R(n,k)R(n, k) la probabilité de cet événement. Donnez l’expression littérale de R(n,k)R(n, k) en fonction de nn, kk et pp.

Partie II : Étude asymptotique et ordres de grandeur

Section titled “Partie II : Étude asymptotique et ordres de grandeur”

On se place dans un cas concret où la probabilité de bon fonctionnement d’un capteur individuel est estimée à p=0,95p = 0{,}95 (ce qui correspond à un taux de panne de 5%5\%). Le gestionnaire du réseau impose que le système global soit opérationnel avec une fiabilité d’au moins 99%99\% (R(n,k)≥0,99R(n, k) \ge 0{,}99).

  1. On fixe n=20n = 20 capteurs. a) Écrire l’expression de R(20,k)R(20, k) sous forme d’une somme. b) À l’aide d’une approche numérique ou qualitative, déterminez la valeur maximale du seuil kk que l’on peut fixer tout en respectant la contrainte de fiabilité R(20,k)≥0,99R(20, k) \ge 0{,}99.
  2. On s’intéresse maintenant au cas où le seuil est proportionnel à la taille du réseau : on pose k=⌊αn⌋k = \lfloor \alpha n \rfloor avec α∈]0,1[\alpha \in ]0, 1[. En utilisant l’inégalité de Bienaymé-T Chebyshev, majorez la probabilité de défaillance du système 1−R(n,k)1 - R(n, k) en fonction de nn, pp et α\alpha (dans le cas où α<p\alpha < p).

Partie III : Analyse critique du modèle (Esprit concours)

Section titled “Partie III : Analyse critique du modèle (Esprit concours)”
  1. Le modèle mathématique repose sur l’hypothèse fondamentale d’indépendance des variables (Xi)1≤i≤n(X_i)_{1 \le i \le n}. a) Discutez de la validité de cette hypothèse dans un contexte industriel réel (on pourra penser à des causes communes de défaillance telles qu’une coupure de courant générale, une surtension, ou un vieillissement thermique simultané). b) Si les capteurs sont soumis à une source de panne commune, qualitatif, la variance globale de SnS_n va-t-elle augmenter ou diminuer par rapport au modèle binomial ? Quel impact cela a-t-il sur la fiabilité réelle R(n,k)R(n, k) par rapport à la prédiction théorique ?

  • Q1 & Q2 : Reconnaître les lois classiques. La somme de variables de Bernoulli indépendantes de même paramètre suit une loi binomiale.
  • Q3 : Traduire “au moins kk capteurs fonctionnent” par une condition sur SnS_n, puis sommer les probabilités élémentaires.
  • Q4 : Calculer les valeurs de R(20,k)R(20, k) pour k=10,11,12,…k = 10, 11, 12, \dots en sachant que q=0,05q = 0{,}05.
  • Q5 : Penser à centrer et réduire la variable SnS_n. Rappel : l’inégalité de Bienaymé-T Chebyshev s’applique à une variable aléatoire pour écarter sa valeur de son espérance.
  • Q6 : Analyse critique. En physique/ingénierie, l’indépendance parfaite n’existe pas. Les corrélations positives augmentent la probabilité d’événements extrêmes (tous en panne en même temps).

  1. Chaque capteur ii est soit opérationnel (Xi=1X_i = 1) avec la probabilité pp, soit défaillant (Xi=0X_i = 0) avec la probabilité 1−p1-p. Ainsi, XiB(p)X_i \mathcal{B}(p). On a immédiatement : E(Xi)=petV(Xi)=p(1−p)=pq\mathbb{E}(X_i) = p \quad \text{et} \quad \text{V}(X_i) = p(1-p) = pq

  2. a) La variable Sn=∑i=1nXiS_n = \sum_{i=1}^n X_i représente le nombre de succès (capteurs opérationnels) sur nn épreuves de Bernoulli indépendantes de même paramètre pp. Donc SnS_n suit la loi binomiale B(n,p)\mathcal{B}(n, p). b) Pour tout j∈{0,1,…,n}j \in \{0, 1, \dots, n\} : P(Sn=j)=(nj)pjqn−jP(S_n = j) = \binom{n}{j} p^j q^{n-j}

  3. Le système est fiable si le nombre de capteurs opérationnels est supérieur ou égal à kk, c’est-à-dire Sn≥kS_n \ge k. La fiabilité du système est donc : R(n,k)=P(Sn≥k)=∑j=knP(Sn=j)=∑j=kn(nj)pj(1−p)n−jR(n, k) = P(S_n \ge k) = \sum_{j=k}^{n} P(S_n = j) = \sum_{j=k}^{n} \binom{n}{j} p^j (1-p)^{n-j}


Partie II : Étude asymptotique et ordres de grandeur

Section titled “Partie II : Étude asymptotique et ordres de grandeur”
  1. a) Pour n=20n = 20 et p=0,95p = 0{,}95 (donc q=0,05q = 0{,}05), on a : R(20,k)=∑j=k20(20j)(0,95)j(0,05)20−jR(20, k) = \sum_{j=k}^{20} \binom{20}{j} (0{,}95)^j (0{,}05)^{20-j} b) On cherche le plus grand kk tel que R(20,k)≥0,99R(20, k) \ge 0{,}99. Evaluons les termes extrêmes (en calculant la probabilité de panne 1−R(20,k)=P(Sn<k)1 - R(20, k) = P(S_n < k)) :

    • Pour k=17k = 17 : P(S20<17)=P(S20=16)+⋯+P(S20=0)P(S_{20} < 17) = P(S_{20} = 16) + \dots + P(S_{20} = 0).
    • Numériquement, pour p=0,95p=0{,}95 :
      • P(S20=20)≈0,358P(S_{20} = 20) \approx 0{,}358
      • P(S20=19)≈0,377P(S_{20} = 19) \approx 0{,}377
      • P(S20=18)≈0,189P(S_{20} = 18) \approx 0{,}189
      • P(S20=17)≈0,060P(S_{20} = 17) \approx 0{,}060 La somme cumulée pour j≥17j \ge 17 donne 0,358+0,377+0,189+0,060=0,9840{,}358 + 0{,}377 + 0{,}189 + 0{,}060 = 0{,}984 (soit 98,4%98{,}4\%, insuffisant car <99%< 99\%). Testons k=16k = 16 : P(S20=16)≈0,013P(S_{20} = 16) \approx 0{,}013. La fiabilité passe à 0,984+0,013=0,9970{,}984 + 0{,}013 = 0{,}997 (soit 99,7%≥99%99{,}7\% \ge 99\%). Ainsi, le seuil maximal est k=16k = 16.
  2. On souhaite évaluer 1−R(n,k)=P(Sn<k)1 - R(n, k) = P(S_n < k). Puisque k=⌊αn⌋k = \lfloor \alpha n \rfloor, posons k≤αnk \le \alpha n. On a E(Sn)=np\mathbb{E}(S_n) = np et V(Sn)=npq\text{V}(S_n) = npq. L’inégalité de Bienaymé-Chebyshev ne s’applique pas directement à une queue unilatérale de manière optimale, mais on peut écrire via l’inégalité de Markov ou en utilisant la concentration de la loi binomiale (type Hoeffding ou Chebyshev centré) : Puisque α<p\alpha < p, on a k≤αn<npk \le \alpha n < np. P(Sn≤αn)≤P(∣Sn−np∣≥np−αn)P(S_n \le \alpha n) \le P(|S_n - np| \ge np - \alpha n) En posant ϵ=p−α>0\epsilon = p - \alpha > 0, l’inégalité de Bienaymé-T Chebyshev donne : P(∣Sn−np∣≥nϵ)≤V(Sn)(nϵ)2=npqn2ϵ2=pqn(p−α)2P(|S_n - np| \ge n\epsilon) \le \frac{\text{V}(S_n)}{(n\epsilon)^2} = \frac{npq}{n^2 \epsilon^2} = \frac{pq}{n(p-\alpha)^2} Ainsi, la probabilité de défaillance du système est majorée par pqn(p−α)2\frac{pq}{n(p-\alpha)^2}, ce qui montre bien qu’elle tend vers 00 lorsque nn tend vers +∞+\infty (pour α\alpha fixé strictement inférieur à pp).


  1. a) Validité de l’hypothèse d’indépendance : Dans la réalité industrielle, l’hypothèse d’indépendance des XiX_i est faiblement réaliste pour des réseaux de capteurs d’un même type situés dans une zone géographique restreinte. En effet, des facteurs environnementaux externes (variation brutale de température, surtension sur le réseau électrique d’alimentation, perturbation électromagnétique, ou vieillissement simultané des composants d’un même lot de fabrication) provoquent des pannes corrélées. Si un événement perturbe un capteur, il a une forte probabilité d’en perturber d’autres simultanément.

    b) Impact sur la variance et la fiabilité : S’il existe des sources de pannes communes, les variables (Xi)(X_i) ne sont plus indépendantes et leur covariance est globalement positive (Cov(Xi,Xj)>0\text{Cov}(X_i, X_j) > 0 pour i≠ji \neq j). La variance de la somme devient alors : V(Sn)=∑i=1nV(Xi)+∑i≠jCov(Xi,Xj)\text{V}(S_n) = \sum_{i=1}^n \text{V}(X_i) + \sum_{i \neq j} \text{Cov}(X_i, X_j) Cette variance augmente significativement par rapport au modèle binomial indépendant (npqnpq). Une variance plus élevée signifie une dispersion plus grande de SnS_n autour de sa moyenne : la distribution s’aplatit et les queues de distribution s’épaississent. Par conséquent, la probabilité d’avoir simultanément un grand nombre de pannes augmente. Conséquence critique pour l’ingénieur : Le modèle binomial (indépendant) sur-estime la fiabilité du système R(n,k)R(n, k). Dans la réalité, le système aura une probabilité de panne effective supérieure à celle prédite par le calcul théorique, ce qui nécessite d’ajouter une marge de sécurité (par exemple, augmenter nn ou revoir à la baisse le seuil kk, voire diversifier les technologies de capteurs pour briser la corrélation des pannes).