Exercice 2 : Spectroscopie IR et RMN
Problème guidé : Identification structurale par couplage de méthodes spectroscopiques (IR et )
Section titled “Problème guidé : Identification structurale par couplage de méthodes spectroscopiques (IR et RMN1H\text{RMN}^1\text{H}RMN1H)”Énoncé
Section titled “Énoncé”Dans le cadre d’une séance de travaux pratiques de synthèse organique en filière BCPST, un étudiant réalise l’oxydation d’un alcool de formule brute (noté ) pour obtenir un composé organique de formule brute .
L’assistant de TP lui fournit les données spectroscopiques des deux espèces. L’objectif de ce problème est d’identifier de manière rigoureuse les structures de et , tout en discutant des limites inhérentes aux méthodes spectroscopiques utilisées.
Données utiles (ordres de grandeur des nombres d’onde en et des déplacements chimiques en par rapport au TMS) :
- éthanolique/alcool libre : (large)
- aldéhyde/cétone : (fine et intense)
- aliphatique :
- Multiplicité en : Règle des multiplets (systèmes ou assimilés).
Questions
Section titled “Questions”-
Calcul d’insaturation : Calculer le nombre d’insaturations (degrés d’insaturation) des molécules et . En déduire la nature topologique globale de ces molécules (chaîne ouverte ou cyclique).
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Analyse IR du composé : Le spectre Infrarouge (IR) du composé présente une bande très large et intense centrée à , ainsi qu’une bande vers . Identifier les fonctions chimiques associées.
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Analyse IR du composé : Le spectre IR du composé ne présente plus la bande large à , mais fait apparaître une bande fine et intense à . Quelle nouvelle fonction chimique est mise en évidence ?
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Analyse RMN du composé : Le spectre du composé (solvant ) comporte exactement deux signaux :
- Un singulet d’intégration 9 à .
- Un singulet d’intégration 1 à .
Attribuer ces signaux aux groupements protons correspondants et en déduire la structure exacte de .
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Analyse RMN du composé : En déduire la structure de l’alcool précurseur , sachant que son spectre est cohérent avec l’oxydation mise en jeu.
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Esprit critique et limites du modèle : Un étudiant affirme : “Grâce à la multiplicité des pics en , je peux déterminer la structure de n’importe quelle molécule organique sans ambiguïté.” Discutez de cette affirmation en illustrant avec les limites de la spectroscopie et de la règle des (couplages complexes, équivalence chimique vs magnétique, isochronie).
Pistes & Conseils méthodologiques
Section titled “Pistes & Conseils méthodologiques”- Piste 1 : Le degré d’insaturation (DI) pour une formule brute se calcule par la formule : .
- Piste 2 : En IR, attention à la distinction entre liaisons hydrogène intermoléculaires (bandes larges) et intramoléculaires.
- Piste 3 : En , un singulet d’intégration importante (comme 9 protons) traduit une forte symétrie (groupes méthyles équivalents portés par un même carbone quaternaire).
- Piste 4 : Pour la dernière question, pensez aux cas où la règle des est prise en défaut (systèmes non-premiers ordre ou , couplages à longue distance, échange de protons labiles).
Corrigé pas à pas
Section titled “Corrigé pas à pas”1. Degré d’insaturation
Section titled “1. Degré d’insaturation”Pour () : Pour () : Conclusion: * Le composé ne comporte ni cycle ni double liaison (alcane acyclique substitué). Le composé possède une insaturation, qui correspond soit à un cycle, soit à une double liaison (carbone-carbone ou carbone-oxygène).
2. Analyse IR du composé
Section titled “2. Analyse IR du composé A\mathbf{A}A”- La bande large à est caractéristique d’une élongation de liaison engagée dans des liaisons hydrogène (alcool).
- La bande vers correspond aux élongations des liaisons aliphatiques .
3. Analyse IR du composé
Section titled “3. Analyse IR du composé B\mathbf{B}B”- La disparition de la bande et l’apparition d’une bande fine et intense à confirment la transformation de la fonction alcool en fonction carbonyle .
- Conjugué à , le composé est soit un aldéhyde, soit une cétone.
4. Analyse RMN du composé
Section titled “4. Analyse RMN du composé B\mathbf{B}B”- Le signal à (intégration 1) est caractéristique d’un proton aldéhydique (). Cela tranche entre aldéhyde et cétone : est un aldéhyde.
- Le signal à (singulet, intégration 9) correspond à neuf équivalents protons aliphatiques. Un singulet indique l’absence de voisins protonés (système ). Neuf protons équivalents correspond à trois groupements portés par un même carbone quaternaire voisin du groupe carbonyle.
- Structure de : Le 2,2-diméthylpropanal (ou pivalaldéhyde), de formule semi-développée : .
5. Analyse RMN du composé
Section titled “5. Analyse RMN du composé A\mathbf{A}A”Puisque est le 2,2-diméthylpropanal et que () est son précurseur par oxydation (oxydation d’un alcool primaire en aldéhyde), est nécessairement un alcool primaire possédant le même squelette carboné carboné tert-butyle.
- Structure de : Le 2,2-diméthylpropan-1-ol (ou néopentylalcool), de formule : .
6. Analyse critique et limites du modèle
Section titled “6. Analyse critique et limites du modèle”L’affirmation de l’étudiant est excessive et scientifiquement inexacte pour plusieurs raisons fondamentales inhérentes aux limites de la modélisation spectroscopique :
- Limites de la règle des (Premiers vs Seconds ordres) : La règle simple des multiplets n’est valable que pour les systèmes dits du premier ordre, c’est-à-dire lorsque la différence de déplacement chimique entre les protons couplés () est très supérieure à la constante de couplage (). Si est comparable à (systèmes d’ordre supérieur , , etc.), le nombre de pics et leurs intensités ne respectent plus la loi de Pascal (phénomène de “gauchissement” des intensités, apparition de pics supplémentaires).
- Équivalence chimique vs magnétique : Des protons peuvent être chimiquement équivalents par symétrie mais magnétiquement non équivalents (ils n’ont pas les mêmes interactions vis-à-vis d’un tiers groupe de protons), ce qui complexifie grandement les spectres et rend l’application naïve de la multiplicité caduque.
- Phénomènes d’échange chimique : Les protons labiles (portés par , ) participent souvent à des échanges rapides avec les traces d’eau ou entre molécules de solvant/soluté. Cela conduit à un élargissement des signaux et à la disparition des couplages (les protons voisins ne “voient” plus le spin du proton labile, qui est moyenné par le temps).
- Ambiguïtés structurales : La spectroscopie n’est pas une méthode absolue : des isomères de position ou de conformation très proches peuvent donner des profils spectraux quasi-indiscernables sans l’apport couplé de méthodes complémentaires (spectrométrie de masse haute résolution, diffraction des rayons X sur monocristal).