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Exercice 2 : Spectroscopie IR et RMN

Problème guidé : Identification structurale par couplage de méthodes spectroscopiques (IR et RMN1H\text{RMN}^1\text{H})

Section titled “Problème guidé : Identification structurale par couplage de méthodes spectroscopiques (IR et RMN1H\text{RMN}^1\text{H}RMN1H)”

Dans le cadre d’une séance de travaux pratiques de synthèse organique en filière BCPST, un étudiant réalise l’oxydation d’un alcool de formule brute C4H10O\text{C}_4\text{H}_{10}\text{O} (noté A\mathbf{A}) pour obtenir un composé organique B\mathbf{B} de formule brute C4H8O\text{C}_4\text{H}_8\text{O}.

L’assistant de TP lui fournit les données spectroscopiques des deux espèces. L’objectif de ce problème est d’identifier de manière rigoureuse les structures de A\mathbf{A} et B\mathbf{B}, tout en discutant des limites inhérentes aux méthodes spectroscopiques utilisées.

Données utiles (ordres de grandeur des nombres d’onde en cm−1\text{cm}^{-1} et des déplacements chimiques en ppm\text{ppm} par rapport au TMS) :

  • ν(O-H)\nu(\text{O-H}) éthanolique/alcool libre : ≈3200−3600 cm−1\approx 3200 - 3600 \text{ cm}^{-1} (large)
  • ν(C=O)\nu(\text{C=O}) aldéhyde/cétone : ≈1700−1740 cm−1\approx 1700 - 1740 \text{ cm}^{-1} (fine et intense)
  • ν(C-H)\nu(\text{C-H}) aliphatique : ≈2850−2960 cm−1\approx 2850 - 2960 \text{ cm}^{-1}
  • Multiplicité en RMN1H\text{RMN}^1\text{H} : Règle des n+1n+1 multiplets (systèmes AXnAX_n ou assimilés).

  1. Calcul d’insaturation : Calculer le nombre d’insaturations (degrés d’insaturation) des molécules A\mathbf{A} et B\mathbf{B}. En déduire la nature topologique globale de ces molécules (chaîne ouverte ou cyclique).

  2. Analyse IR du composé A\mathbf{A} : Le spectre Infrarouge (IR) du composé A\mathbf{A} présente une bande très large et intense centrée à 3330 cm−13330 \text{ cm}^{-1}, ainsi qu’une bande vers 2960 cm−12960 \text{ cm}^{-1}. Identifier les fonctions chimiques associées.

  3. Analyse IR du composé B\mathbf{B} : Le spectre IR du composé B\mathbf{B} ne présente plus la bande large à 3330 cm−13330 \text{ cm}^{-1}, mais fait apparaître une bande fine et intense à 1715 cm−11715 \text{ cm}^{-1}. Quelle nouvelle fonction chimique est mise en évidence ?

  4. Analyse RMN du composé B\mathbf{B} : Le spectre RMN1H\text{RMN}^1\text{H} du composé B\mathbf{B} (solvant CDCl3\text{CDCl}_3) comporte exactement deux signaux :

    • Un singulet d’intégration 9 à δ=1,1 ppm\delta = 1,1 \text{ ppm}.
    • Un singulet d’intégration 1 à δ=9,8 ppm\delta = 9,8 \text{ ppm}.

    Attribuer ces signaux aux groupements protons correspondants et en déduire la structure exacte de B\mathbf{B}.

  5. Analyse RMN du composé A\mathbf{A} : En déduire la structure de l’alcool précurseur A\mathbf{A}, sachant que son spectre RMN1H\text{RMN}^1\text{H} est cohérent avec l’oxydation mise en jeu.

  6. Esprit critique et limites du modèle : Un étudiant affirme : “Grâce à la multiplicité des pics en RMN1H\text{RMN}^1\text{H}, je peux déterminer la structure de n’importe quelle molécule organique sans ambiguïté.” Discutez de cette affirmation en illustrant avec les limites de la spectroscopie RMN\text{RMN} et de la règle des n+1n+1 (couplages complexes, équivalence chimique vs magnétique, isochronie).


  • Piste 1 : Le degré d’insaturation (DI) pour une formule brute CcHhOoNn\text{C}_c\text{H}_h\text{O}_o\text{N}_n se calcule par la formule : DI=c−h2+n2+1\text{DI} = c - \frac{h}{2} + \frac{n}{2} + 1.
  • Piste 2 : En IR, attention à la distinction entre liaisons hydrogène intermoléculaires (bandes larges) et intramoléculaires.
  • Piste 3 : En RMN1H\text{RMN}^1\text{H}, un singulet d’intégration importante (comme 9 protons) traduit une forte symétrie (groupes méthyles équivalents portés par un même carbone quaternaire).
  • Piste 4 : Pour la dernière question, pensez aux cas où la règle des n+1n+1 est prise en défaut (systèmes non-premiers ordre ABAB ou ABCABC, couplages à longue distance, échange de protons labiles).

Pour A\mathbf{A} (C4H10O\text{C}_4\text{H}_{10}\text{O}) : DIA=4−102+1=4−5+1=0\text{DI}_A = 4 - \frac{10}{2} + 1 = 4 - 5 + 1 = 0 Pour B\mathbf{B} (C4H8O\text{C}_4\text{H}_8\text{O}) : DIB=4−82+1=4−4+1=1\text{DI}_B = 4 - \frac{8}{2} + 1 = 4 - 4 + 1 = 1 Conclusion: * Le composé A\mathbf{A} ne comporte ni cycle ni double liaison (alcane acyclique substitué). Le composé B\mathbf{B} possède une insaturation, qui correspond soit à un cycle, soit à une double liaison (carbone-carbone ou carbone-oxygène).

  • La bande large à 3330 cm−13330 \text{ cm}^{-1} est caractéristique d’une élongation de liaison ν(O-H)\nu(\text{O-H}) engagée dans des liaisons hydrogène (alcool).
  • La bande vers 2960 cm−12960 \text{ cm}^{-1} correspond aux élongations ν(C-H)\nu(\text{C-H}) des liaisons aliphatiques sp3\text{sp}^3.
  • La disparition de la bande O-H\text{O-H} et l’apparition d’une bande fine et intense à 1715 cm−11715 \text{ cm}^{-1} confirment la transformation de la fonction alcool en fonction carbonyle ν(C=O)\nu(\text{C=O}).
  • Conjugué à DI=1\text{DI} = 1, le composé B\mathbf{B} est soit un aldéhyde, soit une cétone.
  • Le signal à δ=9,8 ppm\delta = 9,8 \text{ ppm} (intégration 1) est caractéristique d’un proton aldéhydique (-CHO\text{-CHO}). Cela tranche entre aldéhyde et cétone : B\mathbf{B} est un aldéhyde.
  • Le signal à δ=1,1 ppm\delta = 1,1 \text{ ppm} (singulet, intégration 9) correspond à neuf équivalents protons aliphatiques. Un singulet indique l’absence de voisins protonés (système AX0AX_0). Neuf protons équivalents correspond à trois groupements -CH3\text{-CH}_3 portés par un même carbone quaternaire voisin du groupe carbonyle.
  • Structure de B\mathbf{B} : Le 2,2-diméthylpropanal (ou pivalaldéhyde), de formule semi-développée : (CH3)3C-CHO(\text{CH}_3)_3\text{C-CHO}.

Puisque B\mathbf{B} est le 2,2-diméthylpropanal et que A\mathbf{A} (C4H10O\text{C}_4\text{H}_{10}\text{O}) est son précurseur par oxydation (oxydation d’un alcool primaire en aldéhyde), A\mathbf{A} est nécessairement un alcool primaire possédant le même squelette carboné carboné tert-butyle.

  • Structure de A\mathbf{A} : Le 2,2-diméthylpropan-1-ol (ou néopentylalcool), de formule : (CH3)3C-CH2OH(\text{CH}_3)_3\text{C-CH}_2\text{OH}.

L’affirmation de l’étudiant est excessive et scientifiquement inexacte pour plusieurs raisons fondamentales inhérentes aux limites de la modélisation spectroscopique :

  1. Limites de la règle des n+1n+1 (Premiers vs Seconds ordres) : La règle simple des n+1n+1 multiplets n’est valable que pour les systèmes dits du premier ordre, c’est-à-dire lorsque la différence de déplacement chimique entre les protons couplés (Δν\Delta\nu) est très supérieure à la constante de couplage JJ (Δν≫J\Delta\nu \gg J). Si Δν\Delta\nu est comparable à JJ (systèmes d’ordre supérieur ABAB, ABXABX, etc.), le nombre de pics et leurs intensités ne respectent plus la loi de Pascal (phénomène de “gauchissement” des intensités, apparition de pics supplémentaires).
  2. Équivalence chimique vs magnétique : Des protons peuvent être chimiquement équivalents par symétrie mais magnétiquement non équivalents (ils n’ont pas les mêmes interactions vis-à-vis d’un tiers groupe de protons), ce qui complexifie grandement les spectres et rend l’application naïve de la multiplicité caduque.
  3. Phénomènes d’échange chimique : Les protons labiles (portés par O-H\text{O-H}, N-H\text{N-H}) participent souvent à des échanges rapides avec les traces d’eau ou entre molécules de solvant/soluté. Cela conduit à un élargissement des signaux et à la disparition des couplages (les protons voisins ne “voient” plus le spin du proton labile, qui est moyenné par le temps).
  4. Ambiguïtés structurales : La spectroscopie n’est pas une méthode absolue : des isomères de position ou de conformation très proches peuvent donner des profils spectraux quasi-indiscernables sans l’apport couplé de méthodes complémentaires (spectrométrie de masse haute résolution, diffraction des rayons X sur monocristal).