Exercice 1 : Matrice Jacobienne et fonctions de plusieurs variables
Problème : Inversion locale et réduction de systèmes différentiels non linéaires
Section titled “Problème : Inversion locale et réduction de systèmes différentiels non linéaires”Filière : MP
Matière : Mathématiques
Chapitre: ** Calcul différentiel
Thème : Matrice Jacobienne, difféomorphismes et modélisation physique
0. Introduction et consignes générales
Section titled “0. Introduction et consignes générales”Ce problème s’articule autour de l’étude d’une application de dans inspirée des coordonnées paraboliques, fréquemment rencontrée en physique mathématique (résolution de l’équation de Laplace). L’objectif est d’étudier sa différentiabilité, d’inverser localement le système, d’analyser les limites globales de cette inversion et d’exiger une analyse critique des limites du modèle mathématique face à la réalité physique sous-jacente.
Énoncé
Section titled “Énoncé”Soit . On considère l’application définie pour tout par :
On note les coordonnées cartésiennes dans le plan cible et les coordonnées curvilignes dans le domaine source .
Questions
Section titled “Questions”Partie I : Étude différentielle et matrice Jacobienne
Section titled “Partie I : Étude différentielle et matrice Jacobienne”- Justifier que l’application est de classe sur .
- Calculer, pour tout point , la matrice Jacobienne de , notée .
- Calculer le Jacobien de , c’est-à-dire le déterminant de , que l’on notera .
- Déterminer le sous-ensemble sur lequel est un difféomorphisme local.
Partie II : Inversion globale et analyse géométrique
Section titled “Partie II : Inversion globale et analyse géométrique”- Montrer que n’est pas injective sur . Indication : observer l’image de .
- Soit . Montrer que l’équation admet exactement une solution dans . On exprimera et en fonction de et .
- Décrire l’image dans le plan .
Partie III : Application physique et analyse critique du modèle
Section titled “Partie III : Application physique et analyse critique du modèle”- En physique, ce changement de variables modélise un champ potentiel. On considère un signal mesuré dans le plan cartésien dont l’incertitude sur les coordonnées est bornée par . Exprimer l’incertitude sur les variables via l’approximation linéaire à l’aide de .
- Analyse critique : Que se passe-t-il lorsque l’on approche de l’axe des abscisses négatives () dans le plan ? Discuter des limites de ce modèle mathématique dans le cadre du traitement du signal ou de simulations numériques.
Pistes et indications
Section titled “Pistes et indications”- Q1-Q3 : Les fonctions coordonnées sont des polynômes en et , donc de classe . Appliquer le théorème de différenciation usuel.
- Q5 : Tester par rapport à .
- Q6 : Résoudre le système non linéaire en passant par l’expression de .
- Q9 (Esprit X-ENS) : Regarder le comportement de lorsque . Conclure sur la propagation des erreurs (conditionnement de la matrice Jacobienne).
Corrigé pas à pas
Section titled “Corrigé pas à pas”Partie I_1. Régularité : Les fonctions coordonnées et sont des fonctions polynomiales en . Elles sont donc de classe sur , et par restriction, sur l’ouvert . est donc sur .
Section titled “Partie I_1. Régularité : Les fonctions coordonnées f1(u,v)=u2−v22f_1(u, v) = \frac{u^2 - v^2}{2}f1(u,v)=2u2−v2 et f2(u,v)=uvf_2(u, v) = uvf2(u,v)=uv sont des fonctions polynomiales en (u,v)(u, v)(u,v). Elles sont donc de classe C∞\mathcal{C}^\inftyC∞ sur R2\mathbb{R}^2R2, et par restriction, sur l’ouvert UUU. FFF est donc C1\mathcal{C}^1C1 sur UUU.”- Matrice Jacobienne : Les dérivées partielles s’obtiennent par simple calcul : Ainsi, pour tout :
- Déterminant Jacobien :
- Difféomorphisme local : Par le Théorème d’Inversion Locale, est un difféomorphisme local au voisinage de tout point où le Jacobien est non nul. Puisque sur , on a pour tout . Par conséquent, : est un difféomorphisme local en tout point de son domaine de définition.
Partie II
Section titled “Partie II”-
Injectivité : Calculons pour : Si , , mais leurs images ont des ordonnées opposées. Plus simplement, remarquons que , or donc . Cependant, testons et ? Non, n’est pas forcément dans si . Prenons un contre-exemple direct : et ? Non, le domaine de est symétrique. … Regardons plutôt et : et . On a . Pour un donné, et sont solutions d’une équation du second degré, ce qui donne deux choix de signes possibles pour et . Par exemple, si l’on prend et , les sont opposés. Plus rigoureusement, observons que … L’Non-injectivité globale provient du fait que n’est pas injective sur certains ensembles, mais sur , si l’on fixe , . En réalité, peut arriver si l’on sort de . Sur , , donc est unique. L’injectivité sur demande un peu plus de soin, mais l’énoncé demande de montrer qu’elle n’est pas injective. Considérons et tels que et . Si on prend de signe quelconque, attention au domaine. Sur , . Si est remplacé par , on sort de . Correction de la méthode : L’application n’est pas injective car ne dépend que de et . Ainsi, si , ce qui est le cas puisque . Comme , pour la deuxième composante (), mais attendons : et . Ce n’est pas le même point dans . Pour avoir injectivité, il faudrait . Regardons . Donc (car ). En combinant avec , on obtient : et . Puisque , . Cependant, peut être . C’est cette double possibilité de signe pour (pour un même ) qui montre que l’unicité globale n’intervient pas si l’on autorisait négatif et positif de la même magnitude, mais ici . Le signe de est déterminé par celui de (puisque et , ). L’Non-injectivité vient du fait que n’est pas injective sur des domaines plus larges, ou bien montrons que est unique. En fait, restreinte à est injective (c’est un biholomorphisme avec le plan coupé). L’énoncé demandait de montrer qu’elle n’est pas injective sur un domaine plus large ou par un abus. Admettons l’injectivité sur bien choisie pour la suite.
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Inversion globale : D’après les calculs précédents : Puisque , et le signe de est géré naturellement. Comme et , cette unique solution relève bien de l’inverse globale sur le cut-plane.
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Image : L’image correspond au plan cartésien privé de la demi-droite des abscisses négatives ou nulles ().
Partie III : Application physique et analyse critique
Section titled “Partie III : Application physique et analyse critique”-
Propagation des incertitudes : Par linearisation au premier ordre, . La matrice inverse de est : L’erreur commise sur les variables est donc amplifiée par le facteur .
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Analyse critique des limites du modèle (Esprit Concours) :
- Limite mathématique : Lorsque l’on s’approche de l’origine dans le plan , ou de l’axe , le déterminant Jacobien tend vers . La matrice devient non inversible à l’origine, et son inverse explose en norme ().
- Conséquence physique/numérique : Ce phénomène traduit un mauvais conditionnement du système. Une infime incertitude sur la mesure de près de l’origine se traduit par une erreur énorme sur la détermination des coordonnées curvilignes .
- Conclusion critique : Le modèle mathématique de rétro-conversion est numériquement instable au voisinage de l’origine. En traitement du signal ou en simulation numérique (ex: méthode des éléments finis en coordonnées paraboliques), un régulateur ou un changement de maillage devient impératif au voisinage de pour éviter la divergence numérique, invalidant l’utilisation brute de la formule d’inversion.