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Exercice 1 : Interféromètre de Michelson

🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude”

L’interféromètre de Michelson est un dispositif optique incontournable des concours de CPGE. Il permet de diviser une onde lumineuse en deux trajets distincts, de les faire cheminer sur des distances variables, puis de les faire interférer.

Dans ce problème, on étudie le fonctionnement d’un interféromètre de Michelson réglé en lame d’air, éclairé par une source lumineuse étendue quasi-monochromatique de longueur d’onde λ0\lambda_0 dans le vide. On s’intéresse à l’influence de la nature de la source (monochromatique vs doublet) sur le contraste des franges d’interférence, grandeur essentielle en métrologie optique.

❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)

Section titled “❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)”
  1. Description du dispositif et marche des rayons : Schématiser brièvement le principe de l’interféromètre de Michelson en mode lame d’air. Définir la source, la séparatrice (compensatrice incluse), les miroirs M1M_1 et M2M_2, ainsi que le miroir fictif M2′M'_2 (image de M2M_2 à travers la séparatrice). Exprimer la différence de marche δ\delta au point PP du plan focal de la lentille d’observation en fonction de l’incidence ii des rayons et de la distance ee entre le miroir M1M_1 et le miroir M2′M'_2.

  2. Calcul de l’intensité lumineuse (Source monochromatique) : En déduire l’expression de l’intensité lumineuse I(i)I(i) reçue sur l’écran en fonction de l’intensité maximale I0I_0, de la différence de marche δ\delta, et de la longueur d’onde λ0\lambda_0. Quelle est la forme des franges d’interférence observées dans le plan focal ?

  3. Ordre d’interférence et localisation : Définir l’ordre d’interférence pp. Exprimer pp en fonction de ee, λ0\lambda_0 et de l’angle d’incidence ii. Pour e>0e > 0, les anneaux observés au centre (incidence normale i=0i=0) sont-ils brillants ou sombres si e=5,0 mme = 5{,}0\,\text{mm} et λ0=589 nm\lambda_0 = 589\,\text{nm} ? Préciser le calcul de l’ordre d’interférence central p0p_0.

  4. Analyse critique et limitation du modèle (Brouillage des franges) : On remplace la source monochromatique par une source présentant deux longueurs d’onde λ1\lambda_1 et λ2\lambda_2 très proches, centrées autour de λ0\lambda_0 (tel que le doublet du sodium avec λ1≈589,0 nm\lambda_1 \approx 589{,}0\,\text{nm} et λ2=589,6 nm\lambda_2 = 589{,}6\,\text{nm}). Donner l’expression de l’intensité totale Itot(i)I_{\text{tot}}(i) reçue sur l’écran. Montrer que cette intensité peut se mettre sous la forme : Itot(i)=2I0[1+cos⁡(2πδλ0)cos⁡(πδΔ(1λ))]I_{\text{tot}}(i) = 2I_0 \left[ 1 + \cos\left(2\pi \frac{\delta}{\lambda_0}\right) \cos\left(\pi \delta \Delta\left(\frac{1}{\lambda}\right)\right) \right] où l’on explicitera Δ(1/λ)\Delta(1/\lambda). En déduire la condition sur la différence de marche δ\delta pour laquelle le contraste des franges s’annule pour la première fois. Calculer cette distance emin⁡e_{\min}.


💡 Pistes & Indications méthodologiques

Section titled “💡 Pistes & Indications méthodologiques”
  • Question 1 : Pensez à utiliser le miroir équivalent M2′M'_2. La lame d’air équivalente est comprise entre M1M_1 et M2′M_2'. La formule de la différence de marche pour une lame d’air est δ=2ecos⁡i\delta = 2e \cos i (en omettant le déphasage à la réflexion si les traitements des miroirs et de la séparatrice sont parfaits et identiques).
  • Question 2 : L’intensité s’obtient via la formule de Fresnel pour l’interférence à deux onde : I=I1+I2+2I1I2cos⁡(Δϕ)I = I_1 + I_2 + 2\sqrt{I_1 I_2}\cos(\Delta \phi).
  • Question 3 : L’ordre d’interférence est par définition p=δλ0p = \frac{\delta}{\lambda_0}. Pour i=0i=0, p0=2eλ0p_0 = \frac{2e}{\lambda_0}. Prenez la partie entière pour analyser l’état (brillant ou sombre) du centre.
  • Question 4 : Utilisez les formules de trigonométrie pour transformer la somme de deux cosinus en un produit. Le terme de modulation (en cosinus de grande longueur d’onde) joue le rôle d’une enveloppe dont l’annulation définit la disparition du contraste.

1. Marche des rayons et différence de marche

Section titled “1. Marche des rayons et différence de marche”

Le Michelson en lame d’air est constitué d’une source étendue, d’une séparatrice (avec sa compensatrice pour assurer l’isochronisme), d’un miroir mobile M1M_1 et d’un miroir fixe M2M_2. En optique géométrique, on remplace l’ensemble par la source, la séparatrice, M1M_1 et l’image M2′M'_2 de M2M_2 à travers la face semi-réfléchissante de la séparatrice. La lame d’air est l’espace compris entre M1M_1 et M2′M'_2, d’épaisseur ee.

Pour un rayon incident faisant un angle ii avec la normale aux miroirs, la différence de marche δ\delta entre les deux rayons issus du même point source et interferant à l’infini (ou dans le plan focal d’une lentille convergente) s’écrit géométriquement : δ=2ecos⁡i\delta = 2e \cos i (Note : On néglige les retards ou déphasages supplémentaires si la séparatrice est parfaitement compensée et si les réflexions se font toutes sur des milieux d’indices identiques).

2. Intensité lumineuse (Source monochromatique)

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L’intensité lumineuse résultante de l’interférence de deux ondes d’intensités égales I1=I2=I0/2I_1 = I_2 = I_0 / 2 s’exprime par la formule de Fresnel : I(i)=I0(1+cos⁡(Δϕ))I(i) = I_0 \left(1 + \cos(\Delta \phi)\right) Le déphasage Δϕ\Delta \phi entre les deux ondes est lié à la différence de marche par Δϕ=2πλ0δ\Delta \phi = \frac{2\pi}{\lambda_0} \delta. Ainsi : I(i)=2I0cos⁡2(πδλ0)=I0[1+cos⁡(4πecos⁡iλ0)]I(i) = 2I_0 \cos^2\left(\frac{\pi \delta}{\lambda_0}\right) = I_0 \left[1 + \cos\left(\frac{4\pi e \cos i}{\lambda_0}\right)\right] Forme des franges : L’intensité ne dépend que de l’angle d’incidence ii. Les franges d’égale inclinaison sont donc des anneaux concentriques centrés sur le foyer principal image de la lentille d’observation.

3. Ordre d’interférence et application numérique

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L’ordre d’interférence pp est défini par : p=δλ0=2ecos⁡iλ0p = \frac{\delta}{\lambda_0} = \frac{2e \cos i}{\lambda_0} Au centre du figure d’interférence, l’incidence est normale (i=0i = 0), donc cos⁡i=1\cos i = 1. L’ordre d’interférence central p0p_0 vaut : p0=2e\uep_0 = \frac{2e}{\ue} Application numérique : e=5,0 mm=5,0×10−3 me = 5{,}0\,\text{mm} = 5{,}0 \times 10^{-3}\,\text{m} λ0=589 nm=589×10−9 m\lambda_0 = 589\,\text{nm} = 589 \times 10^{-9}\,\text{m} p0=2×5,0×10−3589×10−9≈16977,9p_0 = \frac{2 \times 5{,}0 \times 10^{-3}}{589 \times 10^{-9}} \approx 16977{,}9 L’ordre d’interférence p0p_0 n’étant pas entier, le centre de la figure n’est ni totalement brillant ni totalement sombre. Plus précisément, en posant p0=N+ϵp_0 = N + \epsilon avec NN entier et ϵ∈[0,1[\epsilon \in [0, 1[, le centre est à une intensité intermédiaire. Ici 16977,9=16977+0,916977{,}9 = 16977 + 0{,}9, le centre est proche d’un maximum (brillant) mais légèrement décalé vers le sombre car ϵ\epsilon est proche de 11 (fraction d’interférence).

4. Analyse critique : Brouillage des franges avec un doublet

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Si la source émet deux longueurs d’onde λ1\lambda_1 et λ2\lambda_2 (avec des intensités égales I0/2I_0/2 pour chaque longueur d’onde), les deux systèmes d’franges sont incohérents entre eux. L’intensité totale est la somme des intensités : Itot(i)=Iλ1(i)+Iλ2(i)I_{\text{tot}}(i) = I_{\lambda_1}(i) + I_{\lambda_2}(i) Itot(i)=I0[1+cos⁡(2πδλ1)]+I0[1+cos⁡(2πδλ2)]I_{\text{tot}}(i) = I_0 \left[ 1 + \cos\left(\frac{2\pi \delta}{\lambda_1}\right) \right] + I_0 \left[ 1 + \cos\left(\frac{2\pi \delta}{\lambda_2}\right) \right] Itot(i)=2I0+I0[cos⁡(2πδλ1)+cos⁡(2πδλ2)]I_{\text{tot}}(i) = 2I_0 + I_0 \left[ \cos\left(2\pi \frac{\delta}{\lambda_1}\right) + \cos\left(2\pi \frac{\delta}{\lambda_2}\right) \right] En utilisant la formule trigonométrique cos⁡(a)+cos⁡(b)=2cos⁡(a+b2)cos⁡(a−b2)\cos(a) + \cos(b) = 2 \cos\left(\frac{a+b}{2}\right)\cos\left(\frac{a-b}{2}\right), et en posant λ0≈λ1+λ22\lambda_0 \approx \frac{\lambda_1 + \lambda_2}{2} et Δ(1λ)=1λ1−1λ2\Delta\left(\frac{1}{\lambda}\right) = \frac{1}{\lambda_1} - \frac{1}{\lambda_2}, on obtient : Itot(i)=2I0[1+cos⁡(2πδλ0)cos⁡(πδΔ(1λ))]I_{\text{tot}}(i) = 2I_0 \left[ 1 + \cos\left(2\pi \frac{\delta}{\lambda_0}\right) \cos\left(\pi \delta \Delta\left(\frac{1}{\lambda}\right)\right) \right]

Condition d’annulation du contraste : Le terme cos⁡(πδΔ(1λ))\cos\left(\pi \delta \Delta\left(\frac{1}{\lambda}\right)\right) joue le rôle d’une modulation d’amplitude (enveloppe). Le contraste s’annule lorsque cette enveloppe s’annule pour la première fois, c’est-à-dire pour le plus petit δ>0\delta > 0 tel que : πδmin⁡Δ(1λ)=π2\pi \delta_{\min} \Delta\left(\frac{1}{\lambda}\right) = \frac{\pi}{2} Soit : δmin⁡=12Δ(1/λ)=12(1λ1−1λ2)=λ1λ22(λ2−λ1)\delta_{\min} = \frac{1}{2 \Delta(1/\lambda)} = \frac{1}{2 \left(\frac{1}{\lambda_1} - \frac{1}{\lambda_2}\right)} = \frac{\lambda_1 \lambda_2}{2(\lambda_2 - \lambda_1)} Or, pour un interféromètre réglé en lame d’air au centre (i=0i=0), δ=2e\delta = 2e. L’épaisseur minimale emin⁡e_{\min} pour laquelle le contraste s’annule est donc : emin⁡=δmin⁡2=λ1λ24(λ2−λ1)e_{\min} = \frac{\delta_{\min}}{2} = \frac{\lambda_1 \lambda_2}{4(\lambda_2 - \lambda_1)}

Application numérique (Doublet du sodium) :

  • λ1=589,0 nm=589,0×10−9 m\lambda_1 = 589{,}0\,\text{nm} = 589{,}0 \times 10^{-9}\,\text{m}
  • λ2=589,6 nm=589,6×10−9 m\lambda_2 = 589{,}6\,\text{nm} = 589{,}6 \times 10^{-9}\,\text{m}
  • λ2−λ1=0,6 nm=0,6×10−9 m\lambda_2 - \lambda_1 = 0{,}6\,\text{nm} = 0{,}6 \times 10^{-9}\,\text{m}

emin⁡=589,0×10−9×589,6×10−94×0,6×10−9≈3,47×10−132,4×10−9≈1,44×10−4 m=0,144 mme_{\min} = \frac{589{,}0 \times 10^{-9} \times 589{,}6 \times 10^{-9}}{4 \times 0{,}6 \times 10^{-9}} \approx \frac{3{,}47 \times 10^{-13}}{2{,}4 \times 10^{-9}} \approx 1{,}44 \times 10^{-4}\,\text{m} = 0{,}144\,\text{mm}

Conclusion critique : Dès que l’on déplace le miroir de 144 μm144\,\mu\text{m}, les systèmes d’anneaux associés à λ1\lambda_1 et λ2\lambda_2 se décalent au point de coïncider des creux avec des sommets, entraînant une disparition totale apparente des franges (brouillage). C’est une limite fondamentale de la cohérence temporelle des sources réelles non strictement monochromatiques.