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Exercice 1 : Décomposition en éléments simples

Problème guidé : Étude analytique et limites d’une Décomposition en Éléments Simples (DES)

Section titled “Problème guidé : Étude analytique et limites d’une Décomposition en Éléments Simples (DES)”

Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On considère la fraction rationnelle $F_n(X) défini par : Fn(X)=1Xn(1−X)nF_n(X) = \frac{1}{X^n(1-X)^n}

L’objectif de ce problème est d’obtenir la décomposition en éléments simples (DES) de Fn(X)F_n(X) dans R(X)\mathbb{R}(X), d’étudier les propriétés des coefficients obtenus, et de porter un regard critique sur la pertinence et les limites de ce modèle algébrique dans le calcul numérique et asymptotique.


Partie I : Structure générale de la décomposition

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  1. Déterminer la partie entière de Fn(X)F_n(X) dans R[X]\mathbb{R}[X].
  2. Justifier l’existence et l’unicité de la décomposition en éléments simples de Fn(X)F_n(X) sous la forme : Fn(X)=∑k=1nak,nXk+∑k=1nbk,n(1−X)kF_n(X) = \sum_{k=1}^{n} \frac{a_{k,n}}{X^k} + \sum_{k=1}^{n} \frac{b_{k,n}}{(1-X)^k} où les coefficients ak,na_{k,n} et bk,nb_{k,n} sont des réels.
  3. Établir une relation de symétrie simple entre les coefficients ak,na_{k,n} et bk,nb_{k,n} en étudiant l’invariance de Fn(X)F_n(X) par la transformation X↦1−XX \mapsto 1-X. En déduire que bk,n=(−1)n−kak,nb_{k,n} = (-1)^{n-k} a_{k,n} (ou préciser la relation exacte selon le signe).

Partie II : Calcul explicite des coefficients

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  1. Multiplier l’égalité de la décomposition par XnX^n et évaluer en X=0X=0 pour en déduire l’expression générale de an,na_{n,n}. Plus généralement, expliquer comment obtenir ak,na_{k,n} par dérivation.
  2. Démontrer que pour tout k∈{1,…,n}k \in \{1, \dots, n\} : ak,n=(n+k−1k−1)=(n+k−1n)a_{k,n} = \binom{n+k-1}{k-1} = \binom{n+k-1}{n}
  3. Écrire explicitement la DES de F1(X)F_1(X) et de F2(X)F_2(X).

Partie III : Analyse critique et limites du modèle

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  1. Analyse numérique : Soit x0=0.51x_0 = 0.51. Évaluer la complexité et le risque lié à l’utilisation directe de la formule de la DES pour calculer F10(0.51)F_{10}(0.51) par rapport au calcul direct via l’expression factorisée 1x010(1−x0)10\frac{1}{x_0^{10}(1-x_0)^{10}}. Qu’en concluez-vous sur le plan de la stabilité numérique ?
  2. Analyse asymptotique : Que dire du comportement des coefficients ak,na_{k,n} lorsque nn devient grand pour kfixeˊk fix\acute{e} ? Discuter des limites de l’utilisation de cette décomposition pour des calculs symboliques à grande échelle (explosion des coefficients).

  • Piste 1 (Partie I) : Regardez les degrés du numérateur et du dénominateur pour la partie entière. Pour la symétrie, posez Y=1−XY = 1-X et observez Fn(1−Y)F_n(1-Y).
  • Piste 2 (Partie II) : Pour extraire un coefficient ak,na_{k,n}, pensez à multiplier par XnX^n puis à dériver (n−k)(n-k) fois avant d’évaluer en 00. La formule du binôme négatif ou des dérivées successives de (1−X)−n(1-X)^{-n} vous sera utile.
  • Piste 3 (Partie III) : Pensez à la propagation des erreurs d’arrondi en virgule flottante lorsque l’on somme des termes alternés ou très grands. Regardez l’ordre de grandeur de (2n−1n)\binom{2n-1}{n}.

Partie I : Structure générale de la décomposition

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  1. Partie entière : Le numérateur de Fn(X)F_n(X) est de degré 00. Le dénominateur est de degré 2n2n (car XnX^n de degré nn et (1−X)n(1-X)^n de degré nn). Comme deg⁡(numeˊrateur)<deg⁡(deˊnominateur)\deg(\text{numérateur}) < \deg(\text{dénominateur}), la partie entière de Fn(X)F_n(X) est nulle.

  2. Existence et unicité : Le dénominateur se factorise dans R[X]\mathbb{R}[X] sous la forme Xn(1−X)nX^n(1-X)^n. Les racines réelles sont 00 et 11, de multiplicités respectives nn et nn. Théoriquement, la décomposition en éléments simples dans R(X)\mathbb{R}(X) garantit l’existence et l’unicité d’une écriture de la forme : Fn(X)=E(X)+∑k=1nak,nXk+∑k=1nbk,n(1−X)kF_n(X) = E(X) + \sum_{k=1}^n \frac{a_{k,n}}{X^k} + \sum_{k=1}^n \frac{b_{k,n}}{(1-X)^k} Puisque E(X)=0E(X) = 0, on retrouve bien la forme demandée.

  3. Relation de symétrie : Remarquons que Fn(1−X)=1(1−X)n(1−(1−X))n=1(1−X)nXn=Fn(X)F_n(1-X) = \frac{1}{(1-X)^n(1-(1-X))^n} = \frac{1}{(1-X)^n X^n} = F_n(X). En appliquant cette substitution à la forme de la DES : Fn(1−X)=∑k=1nak,n(1−X)k+∑k=1nbk,nXkF_n(1-X) = \sum_{k=1}^{n} \frac{a_{k,n}}{(1-X)^k} + \sum_{k=1}^{n} \frac{b_{k,n}}{X^k} Par unicité de la DES et par identification avec l’expression initiale, on obtient par symétrie des rôles entre XX et 1−X1-X que : bk,n=ak,nb_{k,n} = a_{k,n} (Attention au changement de signe selon la manipulation, ici posons Y=1−XY = 1-X, la fraction en YY est identique, donc les coefficients associés à (1−X)k(1-X)^k sont égaux à ceux associés à XkX^k dans l’autre sens). Plus rigoureusement, Fn(X)=∑k=1nak,nXk+∑k=1nak,n(1−X)kF_n(X) = \sum_{k=1}^n \frac{a_{k,n}}{X^k} + \sum_{k=1}^n \frac{a_{k,n}}{(1-X)^k}.


Partie II : Calcul explicite des coefficients

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  1. Extraction des coefficients : Pour obtenir ak,na_{k,n}, on multiplie Fn(X)F_n(X) par XnX^n, ce qui donne la fonction auxiliaire : G(X)=XnFn(X)=1(1−X)n=∑j=1naj,nXj−n+∑j=1naj,nXn(1−X)jG(X) = X^n F_n(X) = \frac{1}{(1-X)^n} = \sum_{j=1}^n \frac{a_{j,n}}{X^{j-n}} + \sum_{j=1}^n \frac{a_{j,n} X^n}{(1-X)^j} En évaluant en 00, on obtient directement an,n=1(1−0)n=1a_{n,n} = \frac{1}{(1-0)^n} = 1. Plus généralement, pour trouver ak,na_{k,n}, on considère la fonction Φ(X)=XnFn(X)=(1−X)−n\Phi(X) = X^n F_n(X) = (1-X)^{-n}. On a : Φ(X)=∑j=1naj,nXn−j+termes en (1−X)-adict\Phi(X) = \sum_{j=1}^n a_{j,n} X^{n-j} + \text{termes en } (1-X)\text{-adict} En dérivant (n−k)(n-k) fois la relation, on isole ak,na_{k,n}.

  2. Rappelons le développement en série entière (ou formule du binôme généralisé) de (1−X)−n(1-X)^{-n} : (1−X)−n=∑m=0+∞(−nm)(−X)m=∑m=0+∞(n+m−1m)Xm(1-X)^{-n} = \sum_{m=0}^{+\infty} \binom{-n}{m} (-X)^m = \sum_{m=0}^{+\infty} \binom{n+m-1}{m} X^m Par identification avec la partie polaire en 00 de Fn(X)F_n(X) (qui correspond aux termes en 1/Xk1/X^k), on a : ak,n=(n+(n−k)−1n−k)…a_{k,n} = \binom{n + (n-k) - 1}{n-k} \dots Plus simplement, en posant kk allant de 11 à nn, par un shift d’indice, on trouve : ak,n=(n+k−1k−1)=(n+k−1n)a_{k,n} = \binom{n+k-1}{k-1} = \binom{n+k-1}{n}

  3. Exemples :

    • Pour n=1n=1 : F1(X)=1X(1−X)F_1(X) = \frac{1}{X(1-X)}. a1,1=(10)=1a_{1,1} = \binom{1}{0} = 1, b1,1=1b_{1,1} = 1. F1(X)=1X+11−XF_1(X) = \frac{1}{X} + \frac{1}{1-X}.
    • Pour n=2n=2 : F2(X)=1X2(1−X)2F_2(X) = \frac{1}{X^2(1-X)^2}. a1,2=(20)=2a_{1,2} = \binom{2}{0} = 2, a2,2=(31)=3a_{2,2} = \binom{3}{1} = 3. F2(X)=2X+3X2+21−X+3(1−X)2F_2(X) = \frac{2}{X} + \frac{3}{X^2} + \frac{2}{1-X} + \frac{3}{(1-X)^2}.

Partie III : Analyse critique et limites du modèle

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  1. Analyse numérique (Instabilité) : Pour x0=0.51x_0 = 0.51 et n=10n=10, calculons F10(0.51)F_{10}(0.51).

    • Méthode directe (produit) : 0.5110×(0.49)10=(0.51×0.49)10=(0.4999)10≈0.99500.51^{10} \times (0.49)^{10} = (0.51 \times 0.49)^{10} = (0.4999)^{10} \approx 0.9950. L’évaluation est directe, stable et rapide.
    • Méthode via la DES : On doit sommer 2020 termes de la forme ak,100.51k\frac{a_{k,10}}{0.51^k} et ak,100.49k\frac{a_{k,10}}{0.49^k}. Les coefficients ak,10a_{k,10} atteignent des valeurs considérables (par exemple (1910)=92378\binom{19}{10} = 92378).
    • Conclusion critique : L’évaluation de grands termes fractionnaires avec des coefficients combinatoires élevés conduit à catastrophique perte de précision par cancellation (soustraction de grands nombres proches en machine) ou à un dépassement de capacité (overflow). Le modèle de la DES, bien qu’élégant en algèbre, est numériquement catastrophique pour l’évaluation de fonctions rationnelles comparé à la forme factorisée.
  2. Analyse asymptotique et limites symboliques : Lorsque n→+∞n \to +\infty, les coefficients ak,n=(n+k−1n)a_{k,n} = \binom{n+k-1}{n} croissent de manière polynomiale en nn pour kk fixé, mais de manière exponentielle si kk est du même ordre que nn (formule de Stirling).

    • Limites du modèle : En calcul formel (ordinateur manipulant des fractions exactes), stocker et manipuler des coefficients binomiaux géants génère une explosion de la taille mémoire (encombrement mémoriel des numérateurs/dénominateurs).
    • De plus, la décomposition en éléments simples n’apporte aucun avantage pour le calcul d’intégrales complexes ici, alors même que la forme factorisée se prête mieux à des changements de variables ou à des approximations de type Laplace.
    • Leçon de concours : Un outil théorique puissant (la DES) n’est pas universellement optimal ; l’ingénieur ou le mathématicien doit savoir renoncer à la structure additive (DES) au profit de la structure multiplicative (factorisée) selon l’usage visé (calcul exact vs calcul numérique).