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Exercice 1 : Produit scalaire et procédé de Gram-Schmidt

🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude”

Soit E=R2[X]E = \mathbb{R}_2[X] l’espace vectoriel des polynômes à coefficients réels de degré inférieur ou égal à 22. On définit une application ⟨⋅,⋅⟩\langle \cdot, \cdot \rangle sur E×EE \times E par la formule : ∀(P,Q)∈E2,⟨P,Q⟩=∫−11tP(t)Q(t) dt\forall (P, Q) \in E^2, \quad \langle P, Q \rangle = \int_{-1}^{1} t P(t) Q(t) \, \text{d}t

(Note de l’examinateur : On veillera à bien identifier la nature de cette application, car le poids tt change la donne par rapport au produit scalaire usuel L2L^2.)


  1. Vérification du produit scalaire : Montrer que l’application ⟨⋅,⋅⟩\langle \cdot, \cdot \rangle n’est pas un produit scalaire sur EE. (Indicateur d’alerte : attention au signe du poids tt sur l’intervalle [−1,1][-1, 1]).
  2. Modification de l’espace / du poids : On restreint désormais notre étude à l’espace E=R2[X]E = \mathbb{R}_2[X] muni de l’application ⟨⋅,⋅⟩alt\langle \cdot, \cdot \rangle_{\text{alt}} définie par : ∀(P,Q)∈E2,⟨P,Q⟩alt=∫−11∣t∣P(t)Q(t) dt\forall (P, Q) \in E^2, \quad \langle P, Q \rangle_{\text{alt}} = \int_{-1}^{1} |t| P(t) Q(t) \, \text{d}t Montrer que ⟨⋅,⋅⟩alt\langle \cdot, \cdot \rangle_{\text{alt}} est un produit scalaire sur EE.
  3. Orthonormalisation : En appliquant le procédé de Gram-Schmidt à la base canonique B=(1,X,X2)\mathcal{B} = (1, X, X^2) de EE, déterminer une base orthonormée B′=(e0,e1,e2)\mathcal{B}' = (e_0, e_1, e_2) de EE pour ce nouveau produit scalaire.
  4. Application géométrique : Soit F=Vect(1,X)F = \text{Vect}(1, X). Déterminer la distance du polynôme P0(X)=X2P_0(X) = X^2 au sous-espace FF au sens de la norme associée à ⟨⋅,⋅⟩alt\langle \cdot, \cdot \rangle_{\text{alt}}.

💡 Pistes & Indications méthodologiques

Section titled “💡 Pistes & Indications méthodologiques”
  • Q1 : Testez la propriété de positivité ⟨P,P⟩≥0\langle P, P \rangle \ge 0 avec un polynôme bien choisi, par exemple P(t)=1P(t) = 1. L’intégrale est-elle toujours positive sur [−1,1][-1, 1] ?
  • Q2 : Rappelez les trois axiomes d’un produit scalaire sur un R\mathbb{R}-espace vectoriel : bilinéarité, symétrie, et positivité non dégénérée. L’introduction de la valeur absolue ∣t∣|t| garantit la positivité.
  • Q3 : Suivez scrupuleusement l’algorithme de Gram-Schmidt :
    • e1e_1 s’obtient en normalisant le premier vecteur de la base.
    • Pour le vecteur suivant, on retire sa projection sur les précédents avant de le normaliser.
    • Attention au calcul des intégrales de fonctions paires et impaires sur un intervalle symétrique [−1,1][-1, 1].
  • Q4 : La distance d’un élément à un sous-espace vectoriel dans un espace préhilbertien se calcule via le projecteur orthogonal (ou en utilisant la base orthonormée obtenue à la question précédente).

Considérons l’application initiale définie par ⟨P,Q⟩=∫−11tP(t)Q(t) dt\langle P, Q \rangle = \int_{-1}^{1} t P(t) Q(t) \, \text{d}t. Testons la condition de positivité ⟨P,P⟩≥0\langle P, P \rangle \ge 0 pour tout P∈EP \in E. Soit le polynôme constant P(t)=1P(t) = 1. On calcule : ⟨1,1⟩=∫−11t×1×1 dt=[t22]−11=12−12=0\langle 1, 1 \rangle = \int_{-1}^{1} t \times 1 \times 1 \, \text{d}t = \left[ \frac{t^2}{2} \right]_{-1}^{1} = \frac{1}{2} - \frac{1}{2} = 0 Pourtant, le polynôme P(t)=1P(t) = 1 n’est pas le polynôme nul. L’application est donc dégénérée et ce n’est pas un produit scalaire sur EE.

On étudie ⟨P,Q⟩alt=∫−11∣t∣P(t)Q(t) dt\langle P, Q \rangle_{\text{alt}} = \int_{-1}^{1} |t| P(t) Q(t) \, \text{d}t.

  • Symétrie : Pour tout (P,Q)∈E2(P, Q) \in E^2, par commutativité de la multiplication dans R\mathbb{R}, ⟨P,Q⟩alt=⟨Q,P⟩alt\langle P, Q \rangle_{\text{alt}} = \langle Q, P \rangle_{\text{alt}}.
  • Bilinéarité : L’application est linéaire par rapport à chaque variable par linéarité de l’intégrale.
  • Positivité : Pour tout P∈EP \in E, ∣t∣P(t)2≥0|t| P(t)^2 \ge 0 sur [−1,1][-1, 1], donc par positivité de l’intégrale sur un segment dans le sens croissant, ⟨P,P⟩alt≥0\langle P, P \rangle_{\text{alt}} \ge 0.
  • Caractère défini : Si ⟨P,P⟩alt=0\langle P, P \rangle_{\text{alt}} = 0, alors ∫−11∣t∣(P(t))2 dt=0\int_{-1}^{1} |t| (P(t))^2 \, \text{d}t = 0. La fonction t↦∣t∣(P(t))2t \mapsto |t| (P(t))^2 est continue et positive sur [−1,1][-1, 1]. Son intégrale est nulle, donc la fonction est identiquement nulle sur [−1,1]∖{0}[-1, 1] \setminus \{0\}, et par continuité sur [−1,1][-1, 1]. Ainsi, pour tout t∈]−1,1[t \in ]-1, 1[, P(t)=0P(t) = 0. Un polynôme ayant une infinité de racines est le polynôme nul, donc P=0P = 0.

L’application ⟨⋅,⋅⟩alt\langle \cdot, \cdot \rangle_{\text{alt}} est donc bien un produit scalaire sur R2[X]\mathbb{R}_2[X].

Appliquons le procédé de Gram-Schmidt à B=(P0,P1,P2)\mathcal{B} = (P_0, P_1, P_2) avec P0(t)=1P_0(t) = 1, P1(t)=tP_1(t) = t, P2(t)=t2P_2(t) = t^2.

  1. Premier vecteur e0e_0 : Calculons la norme au carré de P0P_0 : ∥P0∥2=∫−11∣t∣×12 dt=2∫01t dt=2[t22]01=1\|P_0\|^2 = \int_{-1}^{1} |t| \times 1^2 \, \text{d}t = 2 \int_{0}^{1} t \, \text{d}t = 2 \left[ \frac{t^2}{2} \right]_0^1 = 1 Donc e0=P0=1e_0 = P_0 = 1.

  2. Deuxième vecteur e1e_1 : Posons Q1=P1−⟨P1,e0⟩alte0Q_1 = P_1 - \langle P_1, e_0 \rangle_{\text{alt}} e_0. Calculons le produit scalaire : ⟨P1,e0⟩alt=∫−11∣t∣×t×1 dt\langle P_1, e_0 \rangle_{\text{alt}} = \int_{-1}^{1} |t| \times t \times 1 \, \text{d}t La fonction t↦∣t∣tt \mapsto |t|t est impaire et l’intervalle [−1,1][-1, 1] est symétrique par rapport à 00. Donc ⟨P1,e0⟩alt=0\langle P_1, e_0 \rangle_{\text{alt}} = 0. Ainsi, Q1=P1Q_1 = P_1 (les polynômes 11 et tt sont déjà orthogonaux). Calculons la norme de Q1Q_1 : ∥Q1∥2=∫−11∣t∣t2 dt=2∫01t3 dt=2[t44]01=12\|Q_1\|^2 = \int_{-1}^{1} |t| t^2 \, \text{d}t = 2 \int_{0}^{1} t^3 \, \text{d}t = 2 \left[ \frac{t^4}{4} \right]_0^1 = \frac{1}{2} On normalise : e1(t)=Q1(t)∥Q1∥=2te_1(t) = \frac{Q_1(t)}{\|Q_1\|} = \sqrt{2} t

  3. Troisième vecteur e2e_2 : Posons Q2=P2−⟨P2,e0⟩alte0−⟨P2,e1⟩alte1Q_2 = P_2 - \langle P_2, e_0 \rangle_{\text{alt}} e_0 - \langle P_2, e_1 \rangle_{\text{alt}} e_1.

    • Calculons ⟨P2,e0⟩alt\langle P_2, e_0 \rangle_{\text{alt}} : ∫−11∣t∣t2×1 dt=2∫01t3 dt=12\int_{-1}^{1} |t| t^2 \times 1 \, \text{d}t = 2 \int_0^1 t^3 \, \text{d}t = \frac{1}{2}
    • Calculons ⟨P2,e1⟩alt\langle P_2, e_1 \rangle_{\text{alt}} : ∫−11∣t∣t2×(2t) dt=2∫−11∣t∣t3 dt=0(fonction impaire)\int_{-1}^{1} |t| t^2 \times (\sqrt{2} t) \, \text{d}t = \sqrt{2} \int_{-1}^{1} |t| t^3 \, \text{d}t = 0 \quad \text{(fonction impaire)} Il vient alors : Q2(t)=t2−12(1)−0=t2−12Q_2(t) = t^2 - \frac{1}{2}(1) - 0 = t^2 - \frac{1}{2} Calculons la norme de Q2Q_2 : ∥Q2∥2=∫−11∣t∣(t2−12)2 dt=2∫01t(t4−t2+14) dt\|Q_2\|^2 = \int_{-1}^{1} |t| \left(t^2 - \frac{1}{2}\right)^2 \, \text{d}t = 2 \int_{0}^{1} t \left(t^4 - t^2 + \frac{1}{4}\right) \, \text{d}t ∥Q2∥2=2∫01(t5−t3+14t) dt=2[t66−t44+t28]01=2(16−14+18)=2(4−6+324)=224=112\|Q_2\|^2 = 2 \int_{0}^{1} \left(t^5 - t^3 + \frac{1}{4}t\right) \, \text{d}t = 2 \left[ \frac{t^6}{6} - \frac{t^4}{4} + \frac{t^2}{8} \right]_0^1 = 2 \left( \frac{1}{6} - \frac{1}{4} + \frac{1}{8} \right) = 2 \left( \frac{4 - 6 + 3}{24} \right) = \frac{2}{24} = \frac{1}{12} On normalise : e2(t)=Q2(t)∥Q2∥=12(t2−12)=23(t2−12)e_2(t) = \frac{Q_2(t)}{\|Q_2\|} = \sqrt{12} \left(t^2 - \frac{1}{2}\right) = 2\sqrt{3}\left(t^2 - \frac{1}{2}\right)

La base orthonormée recherchée est donc B′=(1, 2t, 23(t2−12))\mathcal{B}' = \left(1, \, \sqrt{2}t, \, 2\sqrt{3}\left(t^2 - \frac{1}{2}\right)\right).

Soit F=Vect(1,X)=Vect(e0,e1)F = \text{Vect}(1, X) = \text{Vect}(e_0, e_1). La distance d’un vecteur P0P_0 à FF est donnée par la norme de sa composante orthogonale sur F⊥F^\perp. Puisque (e0,e1,e2)(e_0, e_1, e_2) est une base orthonormée de EE et que F=Vect(e0,e1)F = \text{Vect}(e_0, e_1), le projecteur orthogonal sur F⊥F^\perp s’exprime simplement à l’aide du vecteur e2e_2 : d(P0,F)=∣⟨P0,e2⟩alt∣ou plus directement via le theˊoreˋme de Pythagore :d(P_0, F) = |\langle P_0, e_2 \rangle_{\text{alt}}| \quad \text{ou plus directement via le théorème de Pythagore :} Le projeté orthogonal de P0(t)=t2P_0(t) = t^2 sur FF est : πF(P0)=⟨P0,e0⟩alte0+⟨P0,e1⟩alte1\pi_F(P_0) = \langle P_0, e_0 \rangle_{\text{alt}} e_0 + \langle P_0, e_1 \rangle_{\text{alt}} e_1 D’après les calculs de la question précédente :

  • ⟨P0,e0⟩alt=12\langle P_0, e_0 \rangle_{\text{alt}} = \frac{1}{2}
  • ⟨P0,e1⟩alt=0\langle P_0, e_1 \rangle_{\text{alt}} = 0 Donc πF(P0)=12\pi_F(P_0) = \frac{1}{2}.

La distance cherchée est alors : d(P0,F)=∥P0−πF(P0)∥2=∥t2−12∥=∥Q2∥d(P_0, F) = \|P_0 - \pi_F(P_0)\|_2 = \left\| t^2 - \frac{1}{2} \right\| = \|Q_2\| Or, nous avons calculé ∥Q2∥2=124\|Q_2\|^2 = \frac{1}{24}. Ainsi : d(P0,F)=124=126=612d(P_0, F) = \sqrt{\frac{1}{24}} = \frac{1}{2\sqrt{6}} = \frac{\sqrt{6}}{12}