Soit E=R2[X] l’espace vectoriel des polynômes à coefficients réels de degré inférieur ou égal à 2.
On définit une application ⟨⋅,⋅⟩ sur E×E par la formule :
∀(P,Q)∈E2,⟨P,Q⟩=∫−11tP(t)Q(t)dt
(Note de l’examinateur : On veillera à bien identifier la nature de cette application, car le poids t change la donne par rapport au produit scalaire usuel L2.)
Vérification du produit scalaire : Montrer que l’application ⟨⋅,⋅⟩n’est pas un produit scalaire sur E. (Indicateur d’alerte : attention au signe du poids t sur l’intervalle [−1,1]).
Modification de l’espace / du poids : On restreint désormais notre étude à l’espace E=R2[X] muni de l’application ⟨⋅,⋅⟩alt définie par :
∀(P,Q)∈E2,⟨P,Q⟩alt=∫−11∣t∣P(t)Q(t)dt
Montrer que ⟨⋅,⋅⟩alt est un produit scalaire sur E.
Orthonormalisation : En appliquant le procédé de Gram-Schmidt à la base canonique B=(1,X,X2) de E, déterminer une base orthonormée B′=(e0,e1,e2) de E pour ce nouveau produit scalaire.
Application géométrique : Soit F=Vect(1,X). Déterminer la distance du polynôme P0(X)=X2 au sous-espace F au sens de la norme associée à ⟨⋅,⋅⟩alt.
Q1 : Testez la propriété de positivité ⟨P,P⟩≥0 avec un polynôme bien choisi, par exemple P(t)=1. L’intégrale est-elle toujours positive sur [−1,1] ?
Q2 : Rappelez les trois axiomes d’un produit scalaire sur un R-espace vectoriel : bilinéarité, symétrie, et positivité non dégénérée. L’introduction de la valeur absolue ∣t∣ garantit la positivité.
Q3 : Suivez scrupuleusement l’algorithme de Gram-Schmidt :
e1 s’obtient en normalisant le premier vecteur de la base.
Pour le vecteur suivant, on retire sa projection sur les précédents avant de le normaliser.
Attention au calcul des intégrales de fonctions paires et impaires sur un intervalle symétrique [−1,1].
Q4 : La distance d’un élément à un sous-espace vectoriel dans un espace préhilbertien se calcule via le projecteur orthogonal (ou en utilisant la base orthonormée obtenue à la question précédente).
Considérons l’application initiale définie par ⟨P,Q⟩=∫−11tP(t)Q(t)dt.
Testons la condition de positivité ⟨P,P⟩≥0 pour tout P∈E.
Soit le polynôme constant P(t)=1. On calcule :
⟨1,1⟩=∫−11t×1×1dt=[2t2]−11=21−21=0
Pourtant, le polynôme P(t)=1 n’est pas le polynôme nul. L’application est donc dégénérée et ce n’est pas un produit scalaire sur E.
Symétrie : Pour tout (P,Q)∈E2, par commutativité de la multiplication dans R, ⟨P,Q⟩alt=⟨Q,P⟩alt.
Bilinéarité : L’application est linéaire par rapport à chaque variable par linéarité de l’intégrale.
Positivité : Pour tout P∈E, ∣t∣P(t)2≥0 sur [−1,1], donc par positivité de l’intégrale sur un segment dans le sens croissant, ⟨P,P⟩alt≥0.
Caractère défini : Si ⟨P,P⟩alt=0, alors ∫−11∣t∣(P(t))2dt=0.
La fonction t↦∣t∣(P(t))2 est continue et positive sur [−1,1]. Son intégrale est nulle, donc la fonction est identiquement nulle sur [−1,1]∖{0}, et par continuité sur [−1,1].
Ainsi, pour tout t∈]−1,1[, P(t)=0. Un polynôme ayant une infinité de racines est le polynôme nul, donc P=0.
L’application ⟨⋅,⋅⟩alt est donc bien un produit scalaire sur R2[X].
Appliquons le procédé de Gram-Schmidt à B=(P0,P1,P2) avec P0(t)=1, P1(t)=t, P2(t)=t2.
Premier vecteur e0 :
Calculons la norme au carré de P0 :
∥P0∥2=∫−11∣t∣×12dt=2∫01tdt=2[2t2]01=1
Donc e0=P0=1.
Deuxième vecteur e1 :
Posons Q1=P1−⟨P1,e0⟩alte0.
Calculons le produit scalaire :
⟨P1,e0⟩alt=∫−11∣t∣×t×1dt
La fonction t↦∣t∣t est impaire et l’intervalle [−1,1] est symétrique par rapport à 0. Donc ⟨P1,e0⟩alt=0.
Ainsi, Q1=P1 (les polynômes 1 et t sont déjà orthogonaux).
Calculons la norme de Q1 :
∥Q1∥2=∫−11∣t∣t2dt=2∫01t3dt=2[4t4]01=21
On normalise :
e1(t)=∥Q1∥Q1(t)=2t
Troisième vecteur e2 :
Posons Q2=P2−⟨P2,e0⟩alte0−⟨P2,e1⟩alte1.
Calculons ⟨P2,e1⟩alt :
∫−11∣t∣t2×(2t)dt=2∫−11∣t∣t3dt=0(fonction impaire)
Il vient alors :
Q2(t)=t2−21(1)−0=t2−21
Calculons la norme de Q2 :
∥Q2∥2=∫−11∣t∣(t2−21)2dt=2∫01t(t4−t2+41)dt∥Q2∥2=2∫01(t5−t3+41t)dt=2[6t6−4t4+8t2]01=2(61−41+81)=2(244−6+3)=242=121
On normalise :
e2(t)=∥Q2∥Q2(t)=12(t2−21)=23(t2−21)
La base orthonormée recherchée est donc B′=(1,2t,23(t2−21)).
Soit F=Vect(1,X)=Vect(e0,e1). La distance d’un vecteur P0 à F est donnée par la norme de sa composante orthogonale sur F⊥.
Puisque (e0,e1,e2) est une base orthonormée de E et que F=Vect(e0,e1), le projecteur orthogonal sur F⊥ s’exprime simplement à l’aide du vecteur e2 :
d(P0,F)=∣⟨P0,e2⟩alt∣ou plus directement via le theˊoreˋme de Pythagore :
Le projeté orthogonal de P0(t)=t2 sur F est :
πF(P0)=⟨P0,e0⟩alte0+⟨P0,e1⟩alte1
D’après les calculs de la question précédente :
⟨P0,e0⟩alt=21
⟨P0,e1⟩alt=0
Donc πF(P0)=21.
La distance cherchée est alors :
d(P0,F)=∥P0−πF(P0)∥2=t2−21=∥Q2∥
Or, nous avons calculé ∥Q2∥2=241.
Ainsi :
d(P0,F)=241=261=126