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Exercice 2 : Lois usuelles (Binomiale, Poisson, Normale)

🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude”

Dans le cadre de l’étude de la fiabilité d’un système de transmission de données par fibre optique, un ingénieur s’intéresse au nombre de bits erronés reçus sur un intervalle de temps donné. Soit NN le nombre de bits transmis par seconde, supposé constant et très grand. Chaque bit est transmis indépendamment des autres avec une probabilité de corruption p∈]0,1[p \in ]0, 1[, supposée très faible.

L’objectif de ce problème est d’étudier la modélisation stochastique de ce phénomène par une variable aléatoire binomiale, puis d’analyser ses approximations classiques (loi de Poisson et loi normale) par des méthodes probabilistes rigoureuses (convergence en loi, théorème de la limite centrale).


❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)

Section titled “❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)”
  1. Modélisation initiale : Soit XX la variable aléatoire représentant le nombre de bits erronés parmi les NN bits transmis. Justifier que XX suit une loi binomiale dont on précisera les paramètres. Exprimer son espérance E(X)\mathbb{E}(X) et sa variance V(X)\mathbb{V}(X).
  2. Approximation par la loi de Poisson : On suppose que le produit NpN p tend vers une constante strictement positive λ>0\lambda > {0} lorsque N→+∞N \to +\infty et p→0p \to 0. Pour tout k∈Nk \in \mathbb{N}, déterminer la limite de P(X=k)\mathbb{P}(X = k) lorsque N→+∞N \to +\infty sous cette contrainte. Reconnaître la loi limite de XX et en donner l’espérance et la variance.
  3. Fonction génératrice des moments : a) Rappeler la définition de la fonction génératrice des moments (ou transformée de Laplace) d’une variable aléatoire discrète YY à valeurs dans N\mathbb{N}, notée MY(t)M_Y(t). b) Calculer la fonction génératrice des moments MX(t)M_X(t) de la variable binomiale XX. c) Retrouver le résultat de la question 2 en étudiant la limite de MX(t)M_X(t) lorsque N→+∞N \to +\infty avec Np→λNp \to \lambda.
  4. Approximation normale (Théorème de la limite centrale) : On pose XN=XX_N = X. Soit YNY_N la variable centrée réduite associée à XX. Écrire l’expression de YNY_N en fonction de XX, NN et pp. Énoncer précisément le théorème de la limite centrale (TLC) et en déduire la limite en loi de YNY_N lorsque N→+∞N \to +\infty.
  5. Analyse critique du modèle et application numérique : On prend N=104N = 10^4 bits par seconde et p=10−3p = 10^{-3}. a) Calculer la probabilité exacte qu’il y ait exactement 55 erreurs en une seconde. b) Calculer l’approximation de cette probabilité en utilisant la loi de Poisson de paramètre λ=10\lambda = 10. c) Proposer une approximation par la loi normale avec correction de continuité, et comparer qualitativement les trois approches. Discuter des limites de validité de ces approximations dans le cas où pp ne serait plus négligeable.

💡 Pistes & Indications méthodologiques

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  • Question 1 : Pensez aux conditions d’application d’un schéma de Bernoulli indépendant répété NN fois.
  • Question 2 : Écrivez P(X=k)\mathbb{P}(X = k) sous forme factorielle et utilisez un équivalent ou un passage à la limite sous forme de produit.
  • Question 3 : Utilisez le binôme de Newton pour exprimer MX(t)=E(etX)M_X(t) = \mathbb{E}(e^{tX}) et exploitez la limite classique (1+x/N)N→ex(1 + x/N)^N \to e^x.
  • Question 4 : Exprimez XX comme une somme de NN variables de Bernoulli indépendantes pour appliquer le théorème de Lindeberg-Lévy (TLC).
  • Question 5 : Pour la correction de continuité, rappelez qu’une variable discrète XX prenant des valeurs entières est approchée par une variable continue ZZ par P(X=k)≈P(k−12≤Z≤k+12)\mathbb{P}(X = k) \approx \mathbb{P}\left(k - \frac{1}{2} \le Z \le k + \frac{1}{2}\right).

Chaque bit transmis subit une altération indépendamment des autres avec une probabilité constante pp. Le nombre total de bits transmis étant NN, la variable aléatoire XX comptant le nombre de bits erronés suit donc une loi binomiale de paramètres NN et pp, notée B(N,p)\mathcal{B}(N, p).

Par définition des lois usuelles : ∀k∈[[0,N]],P(X=k)=(Nk)pk(1−p)N−k\forall k \in [[0, N]], \quad \mathbb{P}(X = k) = \binom{N}{k} p^k (1-p)^{N-k} Les caractéristiques de XX sont : E(X)=NpetV(X)=Np(1−p)\mathbb{E}(X) = Np \quad \text{et} \quad \mathbb{V}(X) = Np(1-p)


Fixons k∈Nk \in \mathbb{N} et supposons que N→+∞N \to +\infty et p→0p \to 0 de telle sorte que Np→λNp \to \lambda (où λ>0\lambda > 0). Pour NN assez grand, k≤Nk \le N : P(X=k)=N!k!(N−k)!(λN)k(1−λN)N−k\mathbb{P}(X = k) = \frac{N!}{k!(N-k)!} \left(\frac{\lambda}{N}\right)^k \left(1 - \frac{\lambda}{N}\right)^{N-k} Réécrivons cette expression : P(X=k)=λkk!⋅N(N−1)…(N−k+1)Nk⋅(1−λN)N⋅(1−λN)−k\mathbb{P}(X = k) = \frac{\lambda^k}{k!} \cdot \frac{N(N-1)\dots(N-k+1)}{N^k} \cdot \left(1 - \frac{\lambda}{N}\right)^N \cdot \left(1 - \frac{\lambda}{N}\right)^{-k} Analysons chaque terme lorsque N→+∞N \to +\infty :

  1. N(N−1)…(N−k+1)Nk=1⋅(1−1N)…(1−k−1N)→N→+∞1\frac{N(N-1)\dots(N-k+1)}{N^k} = 1 \cdot \left(1-\frac{1}{N}\right)\dots\left(1-\frac{k-1}{N}\right) \xrightarrow[N \to +\infty]{} 1
  2. (1−λN)N→N→+∞e−λ\left(1 - \frac{\lambda}{N}\right)^N \xrightarrow[N \to +\infty]{} e^{-\lambda}
  3. (1−λN)−k→N→+∞1−k=1\left(1 - \frac{\lambda}{N}\right)^{-k} \xrightarrow[N \to +\infty]{} 1^{-k} = 1

Par conséquent, par produit des limites : lim⁡N→+∞P(X=k)=e−λλkk!\lim_{N \to +\infty} \mathbb{P}(X = k) = e^{-\lambda} \frac{\lambda^k}{k!} La loi limite est la loi de Poisson de paramètre λ\lambda, notée P(λ)\mathcal{P}(\lambda). Pour cette loi, l’espérance et la variance valent toutes deux λ\lambda.


a) La fonction génératrice des moments d’une variable aléatoire discrète YY à valeurs dans N\mathbb{N} est définie pour tout tt (ou pour tout tt dans un voisinage de 00) par : MY(t)=E(etY)=∑k=0+∞etkP(Y=k)M_Y(t) = \mathbb{E}(e^{tY}) = \sum_{k=0}^{+\infty} e^{tk} \mathbb{P}(Y = k)

b) Pour la variable binomiale X∼B(N,p)X \sim \mathcal{B}(N, p) : MX(t)=∑k=0Netk(Nk)pk(1−p)N−k=∑k=0N(Nk)(pet)k(1−p)N−kM_X(t) = \sum_{k=0}^{N} e^{tk} \binom{N}{k} p^k (1-p)^{N-k} = \sum_{k=0}^{N} \binom{N}{k} (pe^t)^k (1-p)^{N-k} D’après la formule du binôme de Newton : MX(t)=(pet+(1−p))N=(1+p(et−1))NM_X(t) = \left(pe^t + (1-p)\right)^N = \left(1 + p(e^t - 1)\right)^N

c) Remplaçons pp par λ+o(1)N\frac{\lambda + o(1)}{N} : MX(t)=(1+λ(et−1)N)NM_X(t) = \left(1 + \frac{\lambda(e^t - 1)}{N}\right)^N En passant à la limite lorsque N→+∞N \to +\infty, on reconnait la limite classique de l’exponentielle : lim⁡N→+∞MX(t)=exp⁡(λ(et−1))\lim_{N \to +\infty} M_X(t) = \exp\left(\lambda(e^t - 1)\right) Cette expression est précisément la fonction génératrice des moments d’une loi de Poisson P(λ)\mathcal{P}(\lambda). Par injectivité de la correspondance (unicité de la transformée), on retrouve le résultat de la convergence en loi vers la loi P(λ)\mathcal{P}(\lambda).


4. Approximation normale (Théorème de la limite centrale)

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Soit X∼B(N,p)X \sim \mathcal{B}(N, p). On peut écrire X=∑i=1NIiX = \sum_{i=1}^N I_i, où les (Ii)1≤i≤N(I_i)_{1 \le i \le N} sont des variables de Bernoulli indépendantes de paramètre pp. L’espérance de XX est μ=Np\mu = Np et sa variance est σ2=Np(1−p)\sigma^2 = Np(1-p).

La variable centrée réduite associée est : YN=X−E(X)V(X)=X−NpNp(1−p)Y_N = \frac{X - \mathbb{E}(X)}{\sqrt{\mathbb{V}(X)}} = \frac{X - Np}{\sqrt{Np(1-p)}}

Théorème de la limite centrale (Lindeberg-Lévy) : Soit (Zn)n≥1(Z_n)_{n \ge 1} une suite de variables aléatoires indépendantes et de même loi, d’espérance μ\mu et de variance σ2<+∞\sigma^2 < +\infty. Alors la suite des variables centrées réduites associées converge en loi vers une variable suivant la loi normale centrée réduite N(0,1)\mathcal{N}(0, 1).

Puisque XX est la somme de NN variables i.i.d. de Bernoulli, le TLC s’applique directement : YN→N→+∞(loi)N(0,1)Y_N \xrightarrow[N \to +\infty]{(\text{loi})} \mathcal{N}(0, 1)


5. Analyse critique du modèle et application numérique

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On a N=104N = 10^4 et p=10−3p = 10^{-3}. Ainsi, le paramètre de Poisson associé est λ=Np=104×10−3=10\lambda = Np = 10^4 \times 10^{-3} = 10.

a) Calcul exact (loi binomiale) : P(X=5)=(1045)(10−3)5(10−3)104−5(terme exact)\mathbb{P}(X = 5) = \binom{10^4}{5} (10^{-3})^5 (10^{-3})^{10^4 - 5} \quad (\text{terme exact}) Numériquement, ce calcul direct à la main est lourd, mais s’exprime par : P(X=5)=(100005)(0.001)5(0.999)9995\mathbb{P}(X = 5) = \binom{10000}{5} (0.001)^5 (0.999)^{9995} On trouve par évaluation numérique P(X=5)≈0.03783\mathbb{P}(X = 5) \approx 0.03783 (soit environ 3.78 %3.78\,\%).

b) Approximation par la loi de Poisson : Avec λ=10\lambda = 10 : P(X=5)≈e−101055!=e−10100000120=25003e−10\mathbb{P}(X = 5) \approx e^{-10} \frac{10^5}{5!} = e^{-10} \frac{100000}{120} = \frac{2500}{3} e^{-10} En sachant que e−10≈4.53999×10−5e^{-10} \approx 4.53999 \times 10^{-5} : P(X=5)≈2500×4.53999×10−53≈0.037833\mathbb{P}(X = 5) \approx \frac{2500 \times 4.53999 \times 10^{-5}}{3} \approx 0.037833 L’approximation de Poisson est ici extrêmement précise car NN est grand et pp est petit (Np=10Np = 10 modéré).

c) Approximation par la loi normale (avec correction de continuité) : On approxime XX par une variable continue Z∼N(μ,σ2)Z \sim \mathcal{N}(\mu, \sigma^2) avec μ=10\mu = 10 et σ=Np(1−p)=10×0.999=9.99≈3.1607\sigma = \sqrt{Np(1-p)} = \sqrt{10 \times 0.999} = \sqrt{9.99} \approx 3.1607. La correction de continuité pour P(X=5)\mathbb{P}(X = 5) consiste à calculer : P(4.5≤Z≤5.5)=P(4.5−103.1607≤Z−μσ≤5.5−103.1607)\mathbb{P}(4.5 \le Z \le 5.5) = \mathbb{P}\left(\frac{4.5 - 10}{3.1607} \le \frac{Z - \mu}{\sigma} \le \frac{5.5 - 10}{3.1607}\right) Soit avec U∼N(0,1)U \sim \mathcal{N}(0, 1) : P(−1.740≤U≤−1.424)=Φ(−1.424)−Φ(−1.740)\mathbb{P}(-1.740 \le U \le -1.424) = \Phi(-1.424) - \Phi(-1.740) À l’aide des tables de la loi normale :

  • Φ(−1.424)≈0.0772\Phi(-1.424) \approx 0.0772

  • Φ(−1.740)≈0.0409\Phi(-1.740) \approx 0.0409 P(X=5)≈0.0772−0.0409=0.0363(soit 3.63 %)\mathbb{P}(X = 5) \approx 0.0772 - 0.0409 = 0.0363 \quad (\text{soit } 3.63\,\%)

  • Discussion critique :

    • La loi binomiale donne la valeur exacte, mais est numériquement instable pour de grands NN.
    • La loi de Poisson est excellente ici car p≪1p \ll 1 et NpNp est “moyen” (λ=10\lambda = 10). Elle évite la manipulation de factorielles énormes.
    • La loi normale est moins précise pour de petites valeurs de comptage (k=5k = 5 est proche de 00 par rapport à l’écart-type, et la distribution binomiale asymétrique est mal approchée par une gaussienne symétrique lorsque pp n’est pas proche de 0.50.5). La loi normale serait beaucoup plus performante pour estimer des probabilités sur des événements centrés autour de μ=10\mu = 10.