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Exercice 2 : Capacité thermique des solides

🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude”

La détermination de la capacité thermique des solides cristallins a constitué un jéton historique majeur de la physique statistique. Alors que la loi classique de Dulong et Petit prédit une capacité thermique molaire indépendante de la température, les mesures expérimentales à basse température révèlent une décroissance vers zéro, inexplicable sans le recours à la physique quantique.

Le présent problème se propose d’étudier deux modèles décrivant les vibrations d’un réseau cristallin tridimensionnel constitué de NN nœuds, assimilés à des oscillateurs harmoniques :

  1. Le modèle d’Einstein, qui suppose que tous les atomes vibrent à la même fréquence propre ωE\omega_E.
  2. Le modèle de Debye, qui prend en compte les modes collectifs de vibration du réseau (les phonons) et introduit une fréquence maximale de coupure ωD\omega_D.

On note kBk_B la constante de Boltzmann, hh la constante de Planck (ℏ=h2π\hbar = \frac{h}{2\pi}), et TT la température absolue.


❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)

Section titled “❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)”

I. Rappels sur l’oscillateur harmonique quantique à une dimension

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  1. Exprimer les niveaux d’énergie EnE_n d’un oscillateur harmonique quantique de pulsation propre ω\omega, pour n∈Nn \in \mathbb{N}.
  2. En considérant un tel oscillateur en contact avec un thermostat à la température TT, exprimer sa fonction de partition canonique zz.
  3. En déduire l’énergie moyenne ⟨ε⟩\langle \varepsilon \rangle de l’oscillateur en fonction de β=1kBT\beta = \frac{1}{k_B T} et ω\omega.
  1. Le cristal est modélisé par 3N3N oscillateurs harmoniques indépendants de même pulsation ωE\omega_E. Écrire la fonction de partition totale ZEZ_E du système et son énergie interne moyenne UE(T)U_E(T).
  2. En déduire l’expression de la capacité thermique à volume constant CV,E(T)C_{V,E}(T).
  3. Étudier les limites de CV,E(T)C_{V,E}(T) aux hautes températures (kBT≫ℏωEk_B T \gg \hbar \omega_E) et aux basses températures (kBT≪ℏωEk_B T \ll \hbar \omega_E). Confronter ces résultats à l’expérience (loi de Dulong et Petit) et analyser les limites du modèle d’Einstein.

III. Modèle de Debye (Introduction aux phonons)

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  1. Dans le modèle de Debye, le spectre des pulsations des ondes acoustiques dans le solide est isotrope. Le nombre de modes de vibration compris entre ω\omega et ω+dω\omega + \mathrm{d}\omega est donné par la densité d’états : g(ω)=Vω22π2v3g(\omega) = \frac{V \omega^2}{2\pi^2 v^3} où VV est le volume du cristal et vv la vitesse des ondes sonores (supposée constante). Sachant que le nombre total de degrés de liberté vibratoires pour NN atomes est de 3N3N, déterminer la relation liant la fréquence de coupure de Debye ωD\omega_D à NN et VV.
  2. Exprimer l’énergie interne UD(T)U_D(T) du cristal dans le cadre de ce modèle sous forme d’une intégrale faisant intervenir la température TT et la température de Debye TD=ℏωDkBT_D = \frac{\hbar \omega_D}{k_B}.
  3. Évaluer UD(T)U_D(T) et CV,D(T)C_{V,D}(T) dans la limite des basses températures (T≪TDT \ll T_D). On admettra l’intégrale : ∫0+∞x3ex−1dx=π415\int_0^{+\infty} \frac{x^3}{\mathrm{e}^x - 1} \mathrm{d}x = \frac{\pi^4}{15}.
  4. Conclure sur la pertinence du modèle de Debye face aux observations expérimentales à basse température (T3T^3 de Debye).

💡 Pistes & Indications méthodologiques

Section titled “💡 Pistes & Indications méthodologiques”
  • Q1-Q3 : Pensez à utiliser la formule de la somme géométrique pour calculer zz et remarquez que l’énergie moyenne s’obtient élégamment par dérivation logarithmique de zz par rapport à β\beta.
  • Q4-Q6 : La sommation des énergies indépendantes se traduit par un produit pour les fonctions de partition et une somme pour les énergies. Pour l’étude asymptotique à basse température, prenez garde à la dominance de l’exponentielle.
  • Q7 : La condition de normalisation s’écrit ∫0ωDg(ω)dω=3N\int_0^{\omega_D} g(\omega)\mathrm{d}\omega = 3N.
  • Q9 : Effectuez un changement de variable judicieux x=ℏωkBTx = \frac{\hbar \omega}{k_B T} et prolongez la borne supérieure à l’infini si T≪TDT \ll T_D.

I. Rappels sur l’oscillateur harmonique quantique à une dimension

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  1. Les niveaux d’énergie de l’oscillateur harmonique quantique sont quantifiés : En=(n+12)ℏωavecn∈NE_n = \left(n + \frac{1}{2}\right)\hbar\omega \quad \text{avec} \quad n \in \mathbb{N}

  2. La fonction de partition canonique zz de l’oscillateur s’écrit : z=∑n=0+∞e−βEn=e−βℏω2∑n=0+∞(e−βℏω)nz = \sum_{n=0}^{+\infty} \mathrm{e}^{-\beta E_n} = \mathrm{e}^{-\frac{\beta \hbar \omega}{2}} \sum_{n=0}^{+\infty} \left(\mathrm{e}^{-\beta \hbar \omega}\right)^n En posant x=e−βℏω<1x = \mathrm{e}^{-\beta \hbar \omega} < 1, on reconnaît une série géométrique convergente : z=e−βℏω211−e−βℏω=1eβℏω2−e−βℏω2=12sinh⁡(βℏω2)z = \mathrm{e}^{-\frac{\beta \hbar \omega}{2}} \frac{1}{1 - \mathrm{e}^{-\beta \hbar \omega}} = \frac{1}{\mathrm{e}^{\frac{\beta \hbar \omega}{2}} - \mathrm{e}^{-\frac{\beta \hbar \omega}{2}}} = \frac{1}{2\sinh\left(\frac{\beta \hbar \omega}{2}\right)}

  3. L’énergie moyenne ⟨ε⟩\langle \varepsilon \rangle se déduit de la fonction de partition par la relation standard : ⟨ε⟩=−∂ln⁡z∂β\langle \varepsilon \rangle = -\frac{\partial \ln z}{\partial \beta} En utilisant l’expression ln⁡z=−ln⁡(2sinh⁡(βℏω2))\ln z = -\ln\left(2\sinh\left(\frac{\beta \hbar \omega}{2}\right)\right) : ⟨ε⟩=−∂∂β[−ln⁡(2sinh⁡(βℏω2))]=ℏω2cosh⁡(βℏω2)sinh⁡(βℏω2)\langle \varepsilon \rangle = -\frac{\partial}{\partial \beta} \left[ -\ln\left(2\sinh\left(\frac{\beta \hbar \omega}{2}\right)\right) \right] = \frac{\hbar \omega}{2} \frac{\cosh\left(\frac{\beta \hbar \omega}{2}\right)}{\sinh\left(\frac{\beta \hbar \omega}{2}\right)} Soit l’expression finale : ⟨ε⟩=ℏω2+ℏωeβℏω−1\langle \varepsilon \rangle = \frac{\hbar \omega}{2} + \frac{\hbar \omega}{\mathrm{e}^{\beta \hbar \omega} - 1}

  1. Le cristal étant assimilé à 3N3N oscillateurs indépendants de même pulsation ωE\omega_E, l’énergie interne moyenne UE(T)U_E(T) est simplement la somme des énergies moyennes de chaque oscillateur : UE(T)=3N⟨ε⟩=3N(ℏωE2+ℏωEeℏωEkBT−1)U_E(T) = 3N \langle \varepsilon \rangle = 3N \left( \frac{\hbar \omega_E}{2} + \frac{\hbar \omega_E}{\mathrm{e}^{\frac{\hbar \omega_E}{k_B T}} - 1} \right)

  2. La capacité thermique à volume constant CV,E(T)C_{V,E}(T) est la dérivée de UEU_E par rapport à TT : CV,E(T)=(∂UE∂T)V=3N∂∂T(ℏωEeℏωEkBT−1)C_{V,E}(T) = \left( \frac{\partial U_E}{\partial T} \right)_V = 3N \frac{\partial}{\partial T} \left( \frac{\hbar \omega_E}{\mathrm{e}^{\frac{\hbar \omega_E}{k_B T}} - 1} \right) En posant la température caractéristique d’Einstein θE=ℏωEkB\theta_E = \frac{\hbar \omega_E}{k_B}, on obtient après dérivation : CV,E(T)=3NkB(θET)2eθET(eθET−1)2C_{V,E}(T) = 3N k_B \left( \frac{\theta_E}{T} \right)^2 \frac{\mathrm{e}^{\frac{\theta_E}{T}}}{\left(\mathrm{e}^{\frac{\theta_E}{T}} - 1\right)^2}

  3. Études asymptotiques :

    • Hautes températures (T≫θET \gg \theta_E ou θET≪1\frac{\theta_E}{T} \ll 1) : On effectue un développement limité de l’exponentielle eu≈1+u\mathrm{e}^u \approx 1 + u avec u=θETu = \frac{\theta_E}{T} : eθET(eθET−1)2≈1(θET)2=(TθE)2\frac{\mathrm{e}^{\frac{\theta_E}{T}}}{\left(\mathrm{e}^{\frac{\theta_E}{T}} - 1\right)^2} \approx \frac{1}{\left(\frac{\theta_E}{T}\right)^2} = \left(\frac{T}{\theta_E}\right)^2 On en déduit : CV,E(T)∼T→+∞3NkBC_{V,E}(T) \underset{T \to +\infty}{\sim} 3N k_B C’est la loi de Dulong et Petit, en accord parfait avec l’expérience pour la plupart des solides à température ambiante (3R3R par mole).
    • Basses températures (T≪θET \ll \theta_E ou θET≫1\frac{\theta_E}{T} \gg 1) : Le terme dominant est eθET≫1\mathrm{e}^{\frac{\theta_E}{T}} \gg 1 : CV,E(T)≈3NkB(θET)2e−θETC_{V,E}(T) \approx 3N k_B \left( \frac{\theta_E}{T} \right)^2 \mathrm{e}^{-\frac{\theta_E}{T}} Analyse critique : CV,EC_{V,E} tend vers 00 lorsque T→0T \to 0, ce qui est qualitativement correct. Néanmoins, la décroissance est exponentielle (∼e−θE/T\sim \mathrm{e}^{-\theta_E/T}), alors que l’expérience montre une décroissance en loi de puissance (T3T^3). Le modèle d’Einstein surestime la chute de la capacité thermique à très basse température car il néglige les modes de vibration à basse fréquence (longues longueurs d’onde).

III. Modèle de Debye (Introduction aux phonons)

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  1. La condition de normalisation s’écrit en sommant tous les modes de vibration du système tridimensionnel : ∫0ωDg(ω)dω=3N  ⟹  ∫0ωDVω22π2v3dω=3N\int_0^{\omega_D} g(\omega) \mathrm{d}\omega = 3N \implies \int_0^{\omega_D} \frac{V \omega^2}{2\pi^2 v^3} \mathrm{d}\omega = 3N V2π2v3ωD33=3N  ⟹  ωD3=18π2v3NV\frac{V}{2\pi^2 v^3} \frac{\omega_D^3}{3} = 3N \implies \omega_D^3 = \frac{18\pi^2 v^3 N}{V} Soit la fréquence de Debye : ωD=v(6π2NV)1/3\omega_D = v \left( \frac{6\pi^2 N}{V} \right)^{1/3}

  2. L’énergie interne de Debye s’obtient en intégrant l’énergie moyenne de chaque oscillateur pondérée par la densité d’états g(ω)g(\omega) : UD(T)=∫0ωDg(ω)[ℏω2+ℏωeℏωkBT−1]dωU_D(T) = \int_0^{\omega_D} g(\omega) \left[ \frac{\hbar \omega}{2} + \frac{\hbar \omega}{\mathrm{e}^{\frac{\hbar \omega}{k_B T}} - 1} \right] \mathrm{d}\omega Le premier terme représente l’énergie du point zero (constante), et le second l’énergie thermique. En introduisant la température de Debye TD=ℏωDkBT_D = \frac{\hbar \omega_D}{k_B} et en remplaçant g(ω)g(\omega) : UD(T)=3Vℏ2π2v3∫0ωDω32dω+3Vℏ2π2v3∫0ωDω3eℏωkBT−1dωU_D(T) = \frac{3V \hbar}{2\pi^2 v^3} \int_0^{\omega_D} \frac{\omega^3}{2} \mathrm{d}\omega + \frac{3V \hbar}{2\pi^2 v^3} \int_0^{\omega_D} \frac{\omega^3}{\mathrm{e}^{\frac{\hbar \omega}{k_B T}} - 1} \mathrm{d}\omega En utilisant le rapport Vv3=18π2NωD3\frac{V}{v^3} = \frac{18\pi^2 N}{\omega_D^3}, on réécrit l’énergie thermique sous forme adimensionnée avec la variable x=ℏωkBTx = \frac{\hbar \omega}{k_B T} et dx=ℏkBTdωdx = \frac{\hbar}{k_B T} d\omega : UD(T)=U0+9NkBT(TTD)3∫0TD/Tx3ex−1dxU_D(T) = U_0 + 9N k_B T \left(\frac{T}{T_D}\right)^3 \int_0^{T_D/T} \frac{x^3}{\mathrm{e}^x - 1} \mathrm{d}x

  3. Limite des basses températures (T≪TDT \ll T_D ou TDT→+∞\frac{T_D}{T} \to +\infty) : La borne supérieure de l’intégrale peut être approchée par +∞+\infty. En utilisant l’intégrale canonique admise ∫0+∞x3ex−1dx=π415\int_0^{+\infty} \frac{x^3}{\mathrm{e}^x - 1} \mathrm{d}x = \frac{\pi^4}{15} : UD(T)≈U0+9NkBT(TTD)3(π415)=U0+3π4NkB5TD3T4U_D(T) \approx U_0 + 9N k_B T \left(\frac{T}{T_D}\right)^3 \left(\frac{\pi^4}{15}\right) = U_0 + \frac{3\pi^4 N k_B}{5 T_D^3} T^4 La capacité thermique CV,D(T)C_{V,D}(T) s’obtient en dérivant cette expression par rapport à TT : CV,D(T)=∂UD∂T=12π4NkB5(TTD)3C_{V,D}(T) = \frac{\partial U_D}{\partial T} = \frac{12\pi^4 N k_B}{5} \left(\frac{T}{T_D}\right)^3

  4. Conclusion : Le modèle de Debye prédit une capacité thermique en T3T^3 à basse température (CV,D∝T3C_{V,D} \propto T^3). Ce résultat est en accord remarquable avec les données expérimentales pour les isolants cristallins à basse température (loi en T3T^3 de Debye). La prise en compte d’un spectre acoustique continu (les phonons) résout l’échec du modèle d’Einstein en rendant compte correctement des modes de vibration à basse énergie.