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Exercice 1 : Critères de stabilité

Problème guidé : Analyse de la stabilité d’un système asservi à retours multiples

Section titled “Problème guidé : Analyse de la stabilité d’un système asservi à retours multiples”

Filière : PSI
Matière : Sciences Industrielles de l’Ingénieur (SII)
Thème : Systèmes asservis – Critères de stabilité et analyse critique des modèles.


On considère un système asservi linéaire invariant dans le temps (SLIT), représenté par le schéma-blocs de la figure 1. Ce système intervient dans l’axe de commande en position d’un actionneur électromécanique de haute précision (type table XY pour lithographie).

Le système comporte une boucle interne de correction et une boucle externe d’asservissement de position.

  • C(p)C(p) est le correcteur à action proportionnelle-intégrale (PI) : C(p)=Kp(1+1Tip)C(p) = K_p \left(1 + \frac{1}{T_i p}\right)
  • H1(p)H_1(p) représente l’onduleur et le moteur à courant continu (modèle du premier ordre) : H1(p)=_Km/(1+τmp)H_1(p) = \_{ \text{K}_m } / { (1 + \tau_m p) }
  • H2(p)H_2(p) représente la chaîne de retour de vitesse (capteur tachymétrique) : H2(p)=KvH_2(p) = K_v
  • H3(p)H_3(p) représente la cinématique et la chaîne directe de position : H3(p)=_1/pH_3(p) = \_{ 1 } / { p }
  • H4(p)H_4(p) représente le capteur de position : H4(p)=KcH_4(p) = K_c

On pose les valeurs numériques suivantes :
Km=10K_m = 10, τm=0,05 s\tau_m = 0{,}05\text{ s}, Kv=0,1K_v = 0{,}1, Kc=1K_c = 1, Ti=0,2 sT_i = 0{,}2\text{ s}.


  1. Modélisation : Déterminer la fonction de transfert en boucle interne Hbi(p)H_{bi}(p) définie par le rapport entre la vitesse de rotation Ω(p)\Omega(p) et la sortie du correcteur Ec(p)E_c(p) (en considérant la boucle interne fermée avec son correcteur local éventuel, ici H2H_2).
  2. Fonction de transfert en boucle ouverte (FTBO) : Exprimer la fonction de transfert en boucle ouverte globale du système FTBO(p)=_Signal de retour/Signal d’erreurFTBO(p) = \_{ \text{Signal de retour} } / { \text{Signal d'erreur} } en fonction des blocs précédents.
  3. Application numérique et Stabilité algébrique : Déterminer l’expression de la fonction de transfert en boucle fermée (FTBF) T(p)=_S(p)/Consigne(p)T(p) = \_{ S(p) } / { Consigne(p) }. À l’aide du critère de Routh, déterminer la condition sur le gain proportionnel KpK_p pour assurer la stabilité asymptotique du système.
  4. Analyse fréquentielle et Marges de stabilité :
    • Tracer (ou caractériser précisément) l’allure du diagramme de Bode de la FTBO(p)FTBO(p) pour une valeur nominale Kp=2K_p = 2.
    • Définir graphiquement ou analytiquement la marge de gain et la marge de phase.
  5. Analyse critique du modèle : Le modèle linéaire utilisé néglige certains phénomènes physiques (flexibilités mécaniques de l’arbre, retards purs liés au traitement numérique du calculateur). Discuter de l’impact de l’ajout d’un retard pur τr\tau_r sur la validité des conclusions obtenues concernant la stabilité.

  • Question 1 : Procédez par étapes en réduisant d’abord la boucle interne de vitesse. Attention aux signes dans le sommateur.
  • Question 3 : Le polynôme caractéristique D(p)D(p) de la FTBF s’obtient en annulant 1+FTBO(p)1 + FTBO(p). Le tableau de Routh pour un polynôme de degré 3 de la forme a3p3+a2p2+a1p+a0=0a_3 p^3 + a_2 p^2 + a_1 p + a_0 = 0 exige que tous les coefficients soient de même signe et que a2a1>a3a0a_2 a_1 > a_3 a_0.
  • Question 5 : Pensez à l’expression fréquentielle d’un retard pur (e−τrpe^{-\tau_r p}) et à son influence sur la phase de la FTBO(jω)FTBO(j\omega).

La boucle interne relie la grandeur de commande Ec(p)E_c(p) à la vitesse Ω(p)\Omega(p). En considérant un retour unitaire ou via H2(p)H_2(p), la fonction de transfert de la boucle interne fermée est : Hbi(p)=H1(p)1+H1(p)H2(p)=Km1+τmp1+KmKv1+τmp=Km(1+τmp)+KmKvH_{bi}(p) = \frac{H_1(p)}{1 + H_1(p)H_2(p)} = \frac{\frac{K_m}{1 + \tau_m p}}{1 + \frac{K_m K_v}{1 + \tau_m p}} = \frac{K_m}{(1 + \tau_m p) + K_m K_v} En regroupant les termes : Hbi(p)=Km(1+KmKv)+τmp=Km1+KmKv1+τm1+KmKvpH_{bi}(p) = \frac{K_m}{(1 + K_m K_v) + \tau_m p} = \frac{\frac{K_m}{1 + K_m K_v}}{1 + \frac{\tau_m}{1 + K_m K_v} p}

La chaîne directe globale GD(p)GD(p) est le produit du correcteur C(p)C(p), de la boucle interne Hbi(p)H_{bi}(p), et de H3(p)H_3(p). La chaîne de retour est H4(p)H_4(p). FTBO(p)=C(p)⋅Hbi(p)⋅H3(p)⋅H4(p)FTBO(p) = C(p) \cdot H_{bi}(p) \cdot H_3(p) \cdot H_4(p) FTBO(p)=[Kp(1+1Tip)]⋅[Km1+KmKv1+τm1+KmKvp]⋅[1p]⋅[Kc]FTBO(p) = \left[ K_p \left(1 + \frac{1}{T_i p}\right) \right] \cdot \left[ \frac{\frac{K_m}{1 + K_m K_v}}{1 + \frac{\tau_m}{1 + K_m K_v} p} \right] \cdot \left[ \frac{1}{p} \right] \cdot [K_c]

3. Stabilité algébrique (Critère de Routh)

Section titled “3. Stabilité algébrique (Critère de Routh)”

Avec les valeurs numériques : Km=10K_m = 10, τm=0,05\tau_m = 0{,}05, Kv=0,1K_v = 0{,}1, Kc=1K_c = 1, Ti=0,2T_i = 0{,}2.

  • 1+KmKv=1+10×0,1=21 + K_m K_v = 1 + 10 \times 0{,}1 = 2
  • Gain statique de la boucle interne : 102=5\frac{10}{2} = 5
  • Constante de temps de la boucle interne : 0,052=0,025 s\frac{0{,}05}{2} = 0{,}025\text{ s}

La FTBO(p)FTBO(p) devient : FTBO(p)=Kp(1+TipTip)(51+0,025p)(1p)(1)=5Kp(1+0,2p)0,2p2(1+0,025p)FTBO(p) = K_p \left(\frac{1 + T_i p}{T_i p}\right) \left(\frac{5}{1 + 0{,}025 p}\right) \left(\frac{1}{p}\right) (1) = \frac{5 K_p (1 + 0{,}2 p)}{0{,}2 p^2 (1 + 0{,}025 p)} Soit FTBO(p)=25Kp(1+0,2p)p2(1+0,025p)\text{Soit } FTBO(p) = \frac{25 K_p (1 + 0{,}2 p)}{p^2 (1 + 0{,}025 p)}

La fonction de transfert en boucle fermée T(p)=FTBO(p)1+FTBO(p)T(p) = \frac{FTBO(p)}{1 + FTBO(p)} conduit au polynôme caractéristique : D(p)=p2(1+0,025p)+25Kp(1+0,2p)=0D(p) = p^2(1 + 0{,}025 p) + 25 K_p (1 + 0{,}2 p) = 0 0,025p3+p2+(5Kp)p+25Kp=00{,}025 p^3 + p^2 + (5 K_p) p + 25 K_p = 0

Appliquons le critère de Routh au polynôme a3p3+a2p2+a1p+a0=0a_3 p^3 + a_2 p^2 + a_1 p + a_0 = 0 avec :

  • a3=0,025a_3 = 0{,}025
  • a2=1a_2 = 1
  • a1=5Kpa_1 = 5 K_p
  • a0=25Kpa_0 = 25 K_p

Tableau de Routh :

  • Ligne 3 : a3=0,025a_3 = 0{,}025 \quad a1=5Kpa_1 = 5 K_p
  • Ligne 2 : a2=1a_2 = 1 \quad a0=25Kpa_0 = 25 K_p
  • Ligne 1 : b1=a2a1−a3a0a2=1×(5Kp)−0,025×(25Kp)1=5Kp−0,625Kp=4,375Kpb_1 = \frac{a_2 a_1 - a_3 a_0}{a_2} = \frac{1 \times (5 K_p) - 0{,}025 \times (25 K_p)}{1} = 5 K_p - 0{,}625 K_p = 4{,}375 K_p
  • Ligne 0 : c1=25Kpc_1 = 25 K_p

Pour assurer la stabilité asymptotique (tous les coefficients de la première colonne de Routh de même signe strictement positif) : {0,025>01>04,375Kp>0  ⟹  Kp>025Kp>0  ⟹  Kp>0\begin{cases} 0{,}025 > 0 \\ 1 > 0 \\ 4{,}375 K_p > 0 \implies K_p > 0 \\ 25 K_p > 0 \implies K_p > 0 \end{cases} Conclusion: ** Le système est stable pour tout Kp>0K_p > 0 (dans le cadre de ce modèle idéal de degré 3).

4. Analyse fréquentielle (Marges de stabilité)

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Pour Kp=2K_p = 2 : FTBO(jω)=50(1+0,2jω)(jω)2(1+0,025jω)FTBO(j\omega) = \frac{50 (1 + 0{,}2 j\omega)}{(j\omega)^2 (1 + 0{,}025 j\omega)}

  • Pulsation de coupure à 0 dB (ωc0\omega_{c0}) : Définie par ∣FTBO(jωc0)∣=1|FTBO(j\omega_{c0})| = 1. Aux hautes pulsations (ω≫1/0,2\omega \gg 1/0{,}2 et ω≫1/0,025\omega \gg 1/0{,}025), le module s’approxime par 50×0,2ωω2×0,025ω\frac{50 \times 0{,}2 \omega}{\omega^2 \times 0{,}025 \omega} ? Reprenons proprement l’asymptote : ∣FTBO(jω)∣≈50ω2|FTBO(j\omega)| \approx \frac{50}{\omega^2} pour ω∈[5,40]\omega \in [5, 40]. 50ωc02=1  ⟹  ωc0=50≈7,07 rad/s\frac{50}{\omega_{c0}^2} = 1 \implies \omega_{c0} = \sqrt{50} \approx 7{,}07\text{ rad/s}.
  • Marge de phase (MϕM_\phi) : ϕ(ωc0)=arg⁡(FTBO(jωc0))=180∘+arg⁡(1+0,2jωc0)−2×90∘−arg⁡(1+0,025jωc0)\phi(\omega_{c0}) = \arg(FTBO(j\omega_{c0})) = 180^\circ + \arg(1 + 0{,}2 j\omega_{c0}) - 2 \times 90^\circ - \arg(1 + 0{,}025 j\omega_{c0}) ϕ(ωc0)=180∘+arctan⁡(0,2×7,07)−180∘−arctan⁡(0,025×7,07)\phi(\omega_{c0}) = 180^\circ + \operatorname{arctan}(0{,}2 \times 7{,}07) - 180^\circ - \operatorname{arctan}(0{,}025 \times 7{,}07) ϕ(ωc0)=arctan⁡(1,414)−arctan⁡(0,177)≈54,7∘−10,0∘=44,7∘\phi(\omega_{c0}) = \operatorname{arctan}(1{,}414) - \operatorname{arctan}(0{,}177) \approx 54{,}7^\circ - 10{,}0^\circ = 44{,}7^\circ La marge de phase vaut donc Mϕ=180∘+ϕ(ωc0)=44,7∘M_\phi = 180^\circ + \phi(\omega_{c0}) = 44{,}7^\circ. (Le système est stable et moyennement amorti).
  • Retard pur : Dans une implementation numérique (par exemple sur microcontrôleur d’une carte de commande), un retard pur τr\tau_r (provenant de la période d’échantillonnage et du temps de calcul de la loi de commande) s’ajoute au système. La FTBO devient FTBOREEL(p)=FTBO(p)e−τrpFTBO_{REEL}(p) = FTBO(p) e^{-\tau_r p}.
  • Impact sur la stabilité : En harmonique, le terme e−jωτre^{-j\omega \tau_r} introduit un déphasage supplémentaire Δϕ=−ωτr\Delta \phi = -\omega \tau_r qui décroît linéairement (et rapidement) avec la pulsation. À la pulsation de coupure ωc0\omega_{c0}, ce retard va soustraire un angle ωc0τr\omega_{c0} \tau_r à la marge de phase.
  • Limite du modèle proposé : Si τr=5 ms\tau_r = 5\text{ ms}, la perte de phase est de 7,07×0,005 rad≈0,035 rad≈2∘7{,}07 \times 0{,}005 \text{ rad} \approx 0{,}035\text{ rad} \approx 2^\circ. Cependant, si la bande passante est augmentée (en augmentant KpK_p), ωc0\omega_{c0} augmente, et le déphasage induit par le retard devient critique, pouvant amener la marge de phase à zéro et déstabiliser réellement le système physique, ce que le modèle algébrique pur de la question 3 ne prévoyait pas (stabilité inconditionnelle apparente pour tout Kp>0K_p >0). L’ingénieur doit donc impérativement coupler l’analyse de Routh à une vérification des marges de robustesse fréquentielle incluant les retards et les résonances non modélisées (flexibilités).