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Exercice 1 : Vecteur de Poynting et bilans énergétiques

Problème guidé : Vecteur de Poynting et bilans énergétiques dans un conducteur ohmique

Section titled “Problème guidé : Vecteur de Poynting et bilans énergétiques dans un conducteur ohmique”

Le présent problème se propose d’étudier la propagation et la dissipation de l’énergie électromagnétique au sein d’un câble coaxial infini, modélisant une ligne de transmission à haute fréquence, puis d’analyser les limites énergétiques du modèle macroscopique de Drude pour les conducteurs soumis à des champs intenses.

On se place dans le cadre de l’approximation des régimes quasi-stationnaires (ARQS) ou en régime sinusoïdal temporel (fréquence f=50 Hzf = 50\text{ Hz} pour la première partie, puis extension aux hautes fréquences). Les milieux considérés sont supposés non magnétiques (μ=μ0\mu = \mu_0) et le vide a pour permittivité ε0\varepsilon_0 et perméabilité μ0\mu_0. On note c=1ε0μ0c = \frac{1}{\sqrt{\varepsilon_0 \mu_0}} la celerité de la lumière dans le vide.


Partie I : Étude énergétique d’un câble coaxial

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On considère un câble coaxial rectiligne infini, constitué d’un cylindre conducteur central (rayon aa, axe OzOz) et d’une gaine conductrice cylindrique coaxiale (rayon interne bb, rayon externe cc). L’espace entre les conducteurs (a<r<ba < r < b) est rempli d’un diélectrique parfait de permittivité ε=εrε0\varepsilon = \varepsilon_r \varepsilon_0.

Un courant total d’intensité I(t)=I0cos⁡(ωt)I(t) = I_0 \cos(\omega t) circule dans le conducteur central (et revient en sens inverse dans la gaine). Une différence de potentiel U(t)U(t) est établie entre le conducteur central et la gaine.

  1. Rappel de cours : Établir le théorème de Poynting sous sa forme locale à partir des équations de Maxwell. Préciser l’expression de la densité volumique d’énergie électromagnétique uu et celle du vecteur de Poynting Π⃗\vec{\Pi}.
  2. Champs dans le diélectrique : En négligeant les effets de bord et en supposant l’ARQS valider localement, déterminer le champ électrique E⃗(r,t)\vec{E}(r, t) et le champ magnétique B⃗(r,t)\vec{B}(r, t) dans la zone inter-conductrice (a<r<ba < r < b), en fonction de rr, de l’intensité I(t)I(t) et de la charge linéique λ(t)\lambda(t) du conducteur central.
  3. Flux d’énergie : Calculer le vecteur de Poynting Π⃗(r,t)\vec{\Pi}(r, t) dans le diélectrique. Interpréter physiquement la direction et le sens de ce vecteur quant au transport de l’énergie du générateur vers la charge.
  4. Bilan global : Calculer le flux du vecteur de Poynting à travers une surface cylindrique de rayon rr (a<r<ba < r < b) et de longueur hh. Retrouver ainsi la puissance électrique acheminée par la ligne P=U(t)I(t)P = U(t)I(t).

Partie II : Dissipation ohmique et analyse critique

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On s’intéresse maintenant à la pénétration du champ dans le conducteur central (r<ar < a), supposé ohmique de conductivité σ\sigma.

  1. Équation de diffusion : Établir l’équation différentielle vérifiée par le champ magnétique B⃗\vec{B} à l’intérieur du conducteur. Définir la longueur caractéristique de pénétration (épaisseur de peau) δ\delta.
  2. Ordres de grandeur et analyse critique :
    • Calculer δ\delta pour le cuivre (σ≈5,8×107 S⋅m−1\sigma \approx 5,8 \times 10^7\text{ S}\cdot\text{m}^{-1}) à la fréquence industrielle f=50 Hzf = 50\text{ Hz}, puis à f=1 GHzf = 1\text{ GHz}.
    • Analyse critique : Pour f=1 GHzf = 1\text{ GHz}, comparer \LIB\LIB (libre parcours moyen des électrons dans le cuivre à température ambiante, ≈40 nm\approx 40\text{ nm}) à l’épaisseur de peau δ\delta. Le modèle macroscopique local d’Ohm (j⃗=σE⃗\vec{j} = \sigma \vec{E}) est-il encore rigoureusement valide ? Discuter des limites physiques.

  1. Utiliser les identités vectorielles usuelles sur div(E⃗∧B⃗)\text{div}(\vec{E} \wedge \vec{B}) et combiner les rotors des équations de Maxwell-Faraday et Maxwell-Ampère.
  2. Appliquer le théorème d’Ampère pour le champ magnétique et le théorème de Gauss pour le champ électrique dans le cylindre infini.
  3. Le produit vectoriel E⃗∧B⃗\vec{E} \wedge \vec{B} s’effectue dans la base cylindrique (u⃗r,u⃗θ,u⃗z)( \vec{u}_r, \vec{u}_\theta, \vec{u}_z ).
  4. Intégrer Π⃗⋅n⃗ dS\vec{\Pi} \cdot \vec{n} \, dS sur la surface latérale d’un cylindre de longueur hh.
  5. Utiliser l’ARQS pour négliger le courant de déplacement devant le courant de conduction dans le conducteur (γ≫εω\gamma \gg \varepsilon \omega).
  6. Se rappeler que δ=2ωμ0σ\delta = \sqrt{\frac{2}{\omega \mu_0 \sigma}}. Confronter la distance caractéristique de variation du champ aux échelles microscopiques du matériau.

Partie I : Étude énergétique d’un câble coaxial

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  1. Théorème de Poynting local : À partir des équations de Maxwell : rotE⃗=−∂B⃗∂t\text{rot}\vec{E} = -\frac{\partial \vec{B}}{\partial t} rotB⃗=μ0j⃗+μ0ε0∂E⃗∂t\text{rot}\vec{B} = \mu_0 \vec{j} + \mu_0 \varepsilon_0 \frac{\partial \vec{E}}{\partial t} On calcule la divergence du vecteur de Poynting Π⃗=1μ0E⃗∧B⃗\vec{\Pi} = \frac{1}{\mu_0} \vec{E} \wedge \vec{B} : div(E⃗∧B⃗μ0)=1μ0(B⃗⋅rotE⃗−E⃗⋅rotB⃗)\text{div}\left(\frac{\vec{E}\wedge\vec{B}}{\mu_0}\right) = \frac{1}{\mu_0} \left( \vec{B}\cdot\text{rot}\vec{E} - \vec{E}\cdot\text{rot}\vec{B} \right) En substituant les équations de Maxwell : divΠ⃗=−j⃗⋅E⃗−∂∂t(ε0E22+B22μ0)\text{div}\vec{\Pi} = -\vec{j}\cdot\vec{E} - \frac{\partial}{\partial t}\left( \frac{\varepsilon_0 E^2}{2} + \frac{B^2}{2\mu_0} \right) On pose u=12ε0E2+12μ0B2u = \frac{1}{2}\varepsilon_0 E^2 + \frac{1}{2\mu_0}B^2 (densité d’énergie électromagnétique). L’équation s’écrit sous la forme conservative : divΠ⃗+∂u∂t=−j⃗⋅E⃗\text{div}\vec{\Pi} + \frac{\partial u}{\partial t} = -\vec{j}\cdot\vec{E}

  2. Champs dans le diélectrique (a<r<ba < r < b) :

    • Par symétrie cylindrique et invariance par translation selon zz, le champ magnétique dérive du théorème d’Ampère appliqué sur un contour circulaire de rayon rr : ∮CB⃗⋅dl⃗=Bθ(r)2πr=μ0I(t)  ⟹  B⃗(r,t)=μ0I(t)2πru⃗θ\oint_{\mathcal{C}} \vec{B} \cdot d\vec{l} = B_\theta(r) 2\pi r = \mu_0 I(t) \implies \vec{B}(r,t) = \frac{\mu_0 I(t)}{2\pi r} \vec{u}_\theta
    • Le champ électrique s’obtient par application du théorème de Gauss (chargé linéiquement à λ(t)\lambda(t) par unité de longueur) : E⃗(r,t)=λ(t)2πεru⃗r\vec{E}(r,t) = \frac{\lambda(t)}{2\pi \varepsilon r} \vec{u}_r (Note : la différence de potentiel U(t)U(t) est reliée à λ(t)\lambda(t) par U(t)=∫abE⃗⋅dl⃗=λ(t)2πεln⁡(ba)U(t) = \int_a^b \vec{E}\cdot d\vec{l} = \frac{\lambda(t)}{2\pi\varepsilon}\ln\left(\frac{b}{a}\right)).
  3. Vecteur de Poynting : Π⃗=1μ0E⃗∧B⃗=1μ0(λ(t)2πεru⃗r)∧(μ0I(t)2πru⃗\ق)\vec{\Pi} = \frac{1}{\mu_0} \vec{E} \wedge \vec{B} = \frac{1}{\mu_0} \left( \frac{\lambda(t)}{2\pi \varepsilon r} \vec{u}_r \right) \wedge \left( \frac{\mu_0 I(t)}{2\pi r} \vec{u}_\ق \right) Π⃗(r,t)=λ(t)I(t)4π2εr2u⃗z\vec{\Pi}(r,t) = \frac{\lambda(t) I(t)}{4\pi^2 \varepsilon r^2} \vec{u}_z Le vecteur de Poynting est dirigé selon u⃗z\vec{u}_z, c’est-à-dire parallèlement à l’axe du câble. L’énergie électromagnétique se propage le long de la ligne, guidée par les conducteurs, et non à l’intérieur de ces derniers.

  4. Flux et puissance : Le flux traversant la surface d’un cylindre de rayon rr et de hauteur hh (surface latérale) est : Φ=∬lateˊraleΠ⃗⋅dS⃗=Πz(r)×(2πrh)=λ(t)I(t)2πεrh\Phi = \iint_{\text{latérale}} \vec{\Pi} \cdot d\vec{S} = \Pi_z(r) \times (2\pi r h) = \frac{\lambda(t) I(t)}{2\pi \varepsilon r} h En exprimant λ(t)\lambda(t) en fonction de U(t)U(t) : Φ=2πεU(t)ln⁡(b/a)I(t)2πεrrh…\Phi = \frac{2\pi \varepsilon U(t)}{\ln(b/a)} \frac{I(t)}{2\pi \varepsilon r} r h \dots Plus simplement, en intégrant le flux net sortant d’une portion de longueur hh du diélectrique délimitée par les rayons aa et bb : Le transport global de puissance à travers la section du câble est P(t)=U(t)I(t)P(t) = U(t)I(t), ce qui correspond bien au flux total de Π⃗\vec{\Pi} à travers une section droite du diélectrique.


Partie II : Dissipation ohmique et analyse critique

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  1. Équation de diffusion du champ magnétique : Dans le conducteur (r<ar < a), j⃗=σE⃗\vec{j} = \sigma \vec{E}. Les courants de déplacement sont négligeables devant les courants de conduction (ARQS). rotB⃗=μ0σE⃗\text{rot}\vec{B} = \mu_0 \sigma \vec{E} On prend le rotor de cette équation : rot(rotB⃗)=grad(divB⃗)−ΔB⃗=−ΔB⃗=μ0σrotE⃗=−μ0σ∂B⃗∂t\text{rot}(\text{rot}\vec{B}) = \text{grad}(\text{div}\vec{B}) - \Delta \vec{B} = -\Delta \vec{B} = \mu_0 \sigma \text{rot}\vec{E} = -\mu_0 \sigma \frac{\partial \vec{B}}{\partial t} D’où l’équation de diffusion : ΔB⃗=μ0σ∂B⃗∂t\Delta \vec{B} = \mu_0 \sigma \frac{\partial \vec{B}}{\partial t} En régime sinusoïdal de pulsation ω\omega, cela donne ΔB⃗‾=jμ0σωB⃗‾\Delta \underline{\vec{B}} = j \mu_0 \sigma \omega \underline{\vec{B}}, d’où l’apparition de l’épaisseur de peau caractéristique : δ=2μ0σω\delta = \sqrt{\frac{2}{\mu_0 \sigma \omega}}

  2. Ordres de grandeur et analyse critique :

    • Application numérique pour le cuivre (σ≈5,8×107 S⋅m−1\sigma \approx 5,8 \times 10^7\text{ S}\cdot\text{m}^{-1}, μ0=4π×10−7 H⋅m−1\mu_0 = 4\pi \times 10^{-7}\text{ H}\cdot\text{m}^{-1}) :

      • À f=50 Hzf = 50\text{ Hz} (ω=100π rad⋅s−1\omega = 100\pi\text{ rad}\cdot\text{s}^{-1}) : δ50=24π×10−7×5,8×107×100π≈9,3 mm\delta_{50} = \sqrt{\frac{2}{4\pi \times 10^{-7} \times 5,8 \times 10^7 \times 100\pi}} \approx 9,3\text{ mm}
      • À f=1 GHzf = 1\text{ GHz} (ω=2π×109 rad⋅s−1\omega = 2\pi \times 10^9\text{ rad}\cdot\text{s}^{-1}) : δ1 GHz=δ50×50109≈9,3×10−3×5×10−8≈2,1μm\delta_{1\text{ GHz}} = \delta_{50} \times \sqrt{\frac{50}{10^9}} \approx 9,3 \times 10^{-3} \times \sqrt{5 \times 10^{-8}} \approx 2,1\mu\text{m}
    • Analyse critique des limites du modèle : À f=1 GHzf = 1\text{ GHz}, l’épaisseur de peau vaut δ≈2,1 μm=2100 nm\delta \approx 2,1\,\mu\text{m} = 2100\text{ nm}. On nous donne le libre parcours moyen des électrons ℓ≈40 nm\ell \approx 40\text{ nm}. On constate que δ≫ℓ\delta \gg \ell (le rapport δ/ℓ≈50\delta/\ell \approx 50). Conclusion sur la validité : Le milieu varie sur une distance δ\delta qui reste grande devant le libre parcours moyen ℓ\ell des porteurs de charge. Le modèle macroscopique local d’Ohm (j⃗=σE⃗\vec{j} = \sigma \vec{E}) reste donc justifié. Cependant, si la fréquence augmentait encore drastiquement (domaines des infrarouges ou THz\text{THz} extrêmes), δ\delta pourrait devenir du même ordre de grandeur (ou inférieur) à ℓ\ell. Dans ce régime, les électrons subiraient des collisions non locales (effet de peau anormale), rendant caduque la relation locale linéaire de conductions et nécessitant l’utilisation de modèles cinétiques (équation de Boltzmann).