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Exercice 2 : Lois usuelles

Problème guidé : Modélisation stochastique et limites d’un système de file d’attente

Section titled “Problème guidé : Modélisation stochastique et limites d’un système de file d’attente”

Dans le cadre de l’étude d’un système automatisé de traitement de données (type serveur informatique ou station biologique automatisée), on s’intéresse au nombre de requêtes reçues et traitées au cours du temps.

Soit λ>0\lambda > 0 le taux moyen d’arrivée des requêtes par unité de temps. On suppose que le nombre de requêtes arrivant dans un intervalle de temps de longueur tt suit une loi de Poisson de paramètre λt\lambda t.

Pour fiabiliser l’analyse, on modélise l’activité du système sur une période normalisée [0,1][0, 1]. On découpe cet intervalle en nn sous-intervalles de même longueur 1n\frac{1}{n}, où nn est un entier strictement positif grand.

On définit, pour tout k∈{1,…,n}k \in \{1, \dots, n\}, la variable aléatoire Xk,nX_{k,n} égale au nombre de requêtes reçues pendant le kk-ième intervalle ]k−1n,kn]\left] \frac{k-1}{n}, \frac{k}{n} \right].


  1. Rappels de cours : Quelle est la loi de la variable aléatoire Xk,nX_{k,n} ? Préciser son espérance et sa variance.
  2. On suppose que les arrivées de requêtes sur des intervalles disjoints sont des événements indépendants. Quelle est la loi du nombre total SnS_n de requêtes reçues sur l’intervalle [0,1][0, 1] ? Justifier.
  3. Calculer la probabilité qu’aucune requête ne soit reçue sur l’intervalle [0,1][0, 1] en fonction de λ\lambda. Que se passe-t-il si λ→+∞\lambda \to +\infty ?
  4. On s’intéresse au temps d’attente T1T_1 (exprimé en unités de temps) jusqu’à l’arrivée de la première requête. En utilisant l’événement {T1>t}\{T_1 > t\} pour t≥0t \geq 0, déterminer la fonction de répartition de T1T_1, puis reconnaître sa loi et donner sa densité.
  5. Analyse critique et limites du modèle :
    • En pratique, un système informatique possède une capacité de traitement maximale instantanée et les requêtes peuvent saturer les buffers. Le modèle de Poisson est-il inconditionnellement valide pour tout λ\lambda grand ?
    • Discuter de l’hypothèse d’indépendance des incréments Xk,nX_{k,n} dans un contexte réel (par exemple, des connexions internet ou des afflux massifs suite à un événement médiatique).

  • Q1 & Q2 : Pensez à la définition du processus de Poisson et aux propriétés de stabilité de la loi de Poisson par somme de variables indépendantes.
  • Q3 : Utilisez la relation entre l’événement “zéro requête sur [0,1][0, 1]” et la somme des Xk,nX_{k,n}.
  • Q4 : Traduire l’événement {T1>t}\{T_1 > t\} à l’aide du nombre de requêtes arrivées sur l’intervalle [0,t][0, t].
  • Q5 : Pour la critique, pensez aux notions de mémoire, d’embouteillage (saturation) et aux limites physiques du matériel informatique par rapport à l’hypothèse d’additivité infinie.

Par définition de l’énoncé, le nombre de requêtes arrivant dans un intervalle de longueur t=1nt = \frac{1}{n} suit une loi de Poisson de paramètre λ×1n=λn\lambda \times \frac{1}{n} = \frac{\lambda}{n}. Ainsi, Xk,nP(λn)X_{k,n} \mathcal{P}\left(\frac{\lambda}{n}\right).

  • Espérance : E(Xk,n)=λn\mathbb{E}(X_{k,n}) = \frac{\lambda}{n}
  • Variance : V(Xk,n)=λnV(X_{k,n}) = \frac{\lambda}{n}

Le nombre total de requêtes sur [0,1][0, 1] est la somme des requêtes sur chaque sous-intervalle disjoint : Sn=∑k=1nXk,nS_n = \sum_{k=1}^n X_{k,n} Puisque les sous-intervalles sont disjoints et que les arrivées sur des intervalles disjoints sont indépendantes, les variables (Xk,n)1≤k≤n(X_{k,n})_{1 \leq k \leq n} sont indépendantes. D’après le théorème de stabilité de la loi de Poisson par somme, la somme de variables de Poisson indépendantes suit une loi de Poisson dont le paramètre est la somme des paramètres : Sn∼P(∑k=1nλn)=P(n×λn)=P(λ)S_n \sim \mathcal{P}\left( \sum_{k=1}^n \frac{\lambda}{n} \right) = \mathcal{P}\left( n \times \frac{\lambda}{n} \right) = \mathcal{P}(\lambda) Remarque: * La loi de SnS_n ne dépend curieusement pas de nn, ce qui est cohérent puisque SnS_n représente toujours le nombre total de requêtes sur l’intervalle fixe [0,1][0, 1].

L’événement “aucune requête sur [0,1][0, 1]” s’écrit (Sn=0)(S_n = 0), ou plus directement (S=0)(S = 0) avec S∼P(λ)S \sim \mathcal{P}(\lambda). Par la formule de la loi de Poisson : P(S=0)=λ0e−λ0!=e−λ\mathbb{P}(S = 0) = \frac{\lambda^0 e^{-\lambda}}{0!} = e^{-\lambda} Si λ→+∞\lambda \to +\infty (le flux de requêtes devient extrêmement dense), lim⁡λ→+∞e−λ=0\lim_{\lambda \to +\infty} e^{-\lambda} = 0. La probabilité qu’aucune requête ne se présente tend logiquement vers 00.

4. Loi du temps d’attente de la première requête T1T_1

Section titled “4. Loi du temps d’attente de la première requête T1T_1T1​”

Soit t≥0t \ge 0. L’événement {T1>t}\{T_1 > t\} signifie qu’aucune requête n’est arrivée entre l’instant 00 et l’instant tt. Le nombre de requêtes sur un intervalle de longueur tt suit une loi de Poisson de paramètre λt\lambda t. Par conséquent : P(T1>t)=e−λt\mathbb{P}(T_1 > t) = e^{-\lambda t} La fonction de répartition FT1F_{T_1} de T1T_1 est définie par FT1(t)=P(T1≤t)F_{T_1}(t) = \mathbb{P}(T_1 \le t). Pour t<0t < 0, FT1(t)=0F_{T_1}(t) = 0. Pour t≥0t \ge 0 : FT1(t)=1−P(T1>t)=1−e−λtF_{T_1}(t) = 1 - \mathbb{P}(T_1 > t) = 1 - e^{-\lambda t} On reconnait la fonction de répartition d’une loi exponentielle de paramètre λ\lambda (notée E(λ)\mathcal{E}(\lambda)). La densité de probabilité fT1f_{T_1} s’obtient par dérivation de FT1F_{T_1} pour t≥0t \ge 0 : fT1(t)=λe−λt1[0,+∞[(t)f_{T_1}(t) = \lambda e^{-\lambda t} \mathbf{1}_{[0, +\infty[}(t)

  • Limites de la charge (λ\lambda grand) et saturation : Le modèle de Poisson suppose qu’il n’y a aucune limite supérieure au nombre de requêtes pouvant arriver simultanément (la variable peut prendre n’importe quelle valeur entière dans N\mathbb{N}). En réalité, un serveur possède une bande passante finie. Lorsque λ\lambda devient très grand, le système sature : les requêtes ne sont plus simplement “reçues”, elles sont rejetées ou mises en attente dans une file saturée. Le modèle poissonien sous-estime les effets de congestion non-linéaires.

  • Limite de l’hypothèse d’indépendance (Non-stationnarité et mémoire) : L’hypothèse selon laquelle les incréments Xk,nX_{k,n} sont indépendants implique une absence totale de mémoire et un taux λ\lambda rigoureusement constant. Dans la réalité, le trafic web présente des corrications temporelles (effet de bourrasque ou burstiness) : par exemple, suite à une actualité majeure, des milliers d’utilisateurs se connectent en même temps, créant une dépendance forte entre les arrivées (processus auto-excitants de type Hawkes). L’indépendance des accroissements vole alors en éclats, rendant la loi de Poisson inadéquate au profit de modèles plus complexes (processus à mémoire longue).