On s’intéresse dans ce problème à un système quantique bidimensionnel (à deux niveaux d’énergie), modélisant par exemple un spin 1/2 dans un champ magnétique ou un qbit supraconducteur. L’espace des états du système est un espace de Hilbert E isomorphe à C2.
Soit (∣0⟩,∣1⟩) une base orthonormée de E, constituée des états propres d’un observable d’énergie (Hamiltonien noté H^) du système, associés respectivement aux énergies E0 et E1, avec E1>E0. On pose ω0=ℏE1−E0.
Dans cette base, un état quelconque ∣ψ(t)⟩ du système est représenté par un vecteur colonne et les observables par des matrices 2×2. On rappelle la valeur des matrices de Pauli :
σx=(0110),σy=(0i−i0),σz=(100−1)
Exprimer l’opérateur Hamiltonien H^ du système dans la base (∣0⟩,∣1⟩), en choisissant par exemple l’origine des énergies de sorte que E0=−2ℏω0 et E1=2ℏω0.
Écrire l’équation de Schrödinger régissant l’évolution temporelle d’un état ∣ψ(t)⟩.
Sachant que le système est préparé à l’instant t=0 dans l’état ∣ψ(0)⟩=21(∣0⟩+∣1⟩), déterminer l’état ∣ψ(t)⟩ à un instant t>0.
Mesure quantique et probabilités
On mesure l’énergie du système à l’instant t. Quelles sont les valeurs possibles que l’on peut trouver, et avec quelles probabilités respectives ?
À l’instant t, on décide plutôt de mesurer l’observable A^=A0σx (où A0 est une constante réelle positive). Exprimons les valeurs propres de A^ et les états propres associés dans la base (∣0⟩,∣1⟩).
Calculer la probabilité d’obtenir la valeur propre positive lors de cette mesure de A^ à l’instant t. Commenter l’évolution temporelle de cette probabilité.
Valeur moyenne et incertitude
Calculer la valeur moyenne ⟨A^⟩(t) de l’observable A^ dans l’état ∣ψ(t)⟩.
Calculer l’écart-type ΔA(t) (ou incertitude quantique) associé à la mesure de A^ à l’instant t.
Q1.1 & Q1.2 : L’écriture matricielle de H^ découle directement de son action sur les vecteurs de base. Pensez à l’analogie avec les matrices de Pauli. Pour l’équation de Schrödinger, c’est le postulat fondamental d’évolution : iℏ∂t∂∣ψ(t)⟩=H^∣ψ(t)⟩.
Q1.3 : Utilisez l’opérateur d’évolution temporelle formel ou résolvez l’équation différentielle pour les coefficients de la décomposition dans la base propre.
Q2.1 : Les valeurs mesurables d’une observable sont ses valeurs propres. Les probabilités se calculent via la règle de Born (carré du module du produit scalaire avec le vecteur propre associé).
Q2.2 & Q2.3 : Diagonalisez la matrice σx (ses valeurs propres sont bien connues). Appliquez ensuite la règle de projection de la mesure quantique.
Q3 : La valeur moyenne d’un opérateur A^ dans l’état ∣ψ⟩ est ⟨A^⟩=⟨ψ∣A^∣ψ⟩. L’écart-type se déduit de la formule ΔA=⟨A^2⟩−⟨A^⟩2.
Matrice de l’Hamiltonien :
Avec le choix d’origine des énergies, on a E0=−2ℏω0 et E1=2ℏω0.
L’action de H^ sur les vecteurs de base est H^∣0⟩=E0∣0⟩ et H^∣1⟩=E1∣1⟩.
Dans la base (∣0⟩,∣1⟩), l’opérateur H^ se représente par la matrice :
H=(−2ℏω0002ℏω0)=−2ℏω0σz
Équation de Schrödinger :
Le postulat d’évolution temporelle s’écrit :
iℏdtd∣ψ(t)⟩=H^∣ψ(t)⟩
État du système à l’instant t :
Soit ∣ψ(t)⟩=c0(t)∣0⟩+c1(t)∣1⟩. En projetant l’équation de Schrödinger sur les états de base, on obtient un système couplé simple :
iℏc˙0(t)=−2ℏω0c0(t)⟹c0(t)=c0(0)ei2ω0tiℏc˙1(t)=2ℏω0c1(t)⟹c1(t)=c1(0)e−i2ω0t
Avec la condition initiale c0(0)=c1(0)=21, on obtient l’état normalisé à tout instant t :
∣ψ(t)⟩=21ei2ω0t∣0⟩+21e−i2ω0t∣1⟩
Mesure de l’énergie :
Les seules valeurs mesurables de l’énergie sont les valeurs propres de H^, soit E0=−2ℏω0 et E1=2ℏω0.
Probabilité de trouver E0 : P(E0)=∣⟨0∣ψ(t)⟩∣2=21ei2ω0t2=21.
Probabilité de trouver E1 : P(E1)=∣⟨1∣ψ(t)⟩∣2=21e−i2ω0t2=21.
(Remarque : l’état stationnaire ou superposé ici conduit à des probabilités stationnaires pour l’énergie).
Valeurs propres et états propres de A^=A0σx :
La matrice de A^ est A=(0A0A00).
Son polynôme caractéristique est det(A−λI)=λ2−A02=0.
Les valeurs propres sont donc λ1=A0 et λ2=−A0.
Pour λ1=A0, le vecteur propre associé (normalisé) est ∣+⟩=21(∣0⟩+∣1⟩).
Pour λ2=−A0, le vecteur propre associé est ∣−⟩=21(∣0⟩−∣1⟩).
Probabilité d’obtenir la valeur propre positive (A0) :
La valeur propre positive est A0, associée à l’état ∣+⟩. La probabilité recherchée est donnée par la règle de Born :
P(A0,t)=∣⟨+∣ψ(t)⟩∣2
Calculons le produit scalaire ⟨+∣ψ(t)⟩ :
⟨+∣ψ(t)⟩=21(⟨0∣+⟨1∣)(21ei2ω0t∣0⟩+21e−i2ω0t∣1⟩)⟨+∣ψ(t)⟩=21(ei2ω0t+e−i2ω0t)=cos(2ω0t)
Par conséquent, la probabilité est :
P(A0,t)=cos2(2ω0t)
Cette probabilité oscille périodiquement au cours du temps à la pulsation ω0, ce qui traduit l’interférence quantique entre les états de base induite par l’évolution hamiltonienne.
Valeur moyenne de A^ :
Par définition, ⟨A^⟩(t)=⟨ψ(t)∣A^∣ψ(t)⟩.
En représentation matricielle :
∣ψ(t)⟩=^21(ei2ω0te−i2ω0t)⟨ψ(t)∣A^∣ψ(t)⟩=21(e−i2ω0tei2ω0t)(0A0A00)(ei2ω0te−i2ω0t)
Effectuons le produit matriciel intermédiaire :
(0A0A00)(ei2ω0te−i2ω0t)=(A0e−i2ω0tA0ei2ω0t)
Puis le produit final :
⟨A^⟩(t)=2A0(e−i2ω0te−i2ω0t+ei2ω0tei2ω0t)(attention aux indices de ligne/colonne)
Plus simplement, en utilisant les projecteurs ou la formule avec les probabilités discrètes :
⟨A^⟩(t)=A0P(A0,t)+(−A0)P(−A0,t)=A0cos2(2ω0t)−A0sin2(2ω0t)=A0cos(ω0t)
Écart-type ΔA(t) :
On utilise la formule classique : (ΔA)2=⟨A^2⟩−⟨A^⟩2.
Calculons A^2 :
A^2=A02σx2=A02(1001)=A02I^
Par conséquent, la valeur moyenne ⟨A^2⟩=A02⟨ψ(t)∣ψ(t)⟩=A02 (l’état étant normé).
On en déduit l’écart-type :
(ΔA(t))2=A02−(A0cos(ω0t))2=A02(1−cos2(ω0t))=A02sin2(ω0t)
Soit, en prenant la racine positive :
ΔA(t)=A0∣sin(ω0t)∣Interprétation physique : Lorsque le système est dans un état propre de A^ (ce qui arrive lorsque cos2(ω0t)=1 ou 0), l’incertitude est nulle (ΔA=0). Dans les autres cas, le résultat de la mesure est intrinsèquement probabiliste, d’où une incertitude non nulle.