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Exercice 2 : Lois usuelles et modélisation biologique

Dans le cadre de la lutte contre les bactéries multi-résistantes, la phagothérapie suscite un intérêt majeur. Ce problème propose d’étudier la cinétique d’adsorption et d’infection de bactéries Escherichia coli par des bactériophages T4 au sein d’un chemostat.

On considère une population de NN bactéries en suspension homogène dans un volume VV, en présence d’une quantité MM de phages virulents. On note λ=MN\lambda = \frac{M}{N} le ratio initial phages/bactéries, usuellement appelé multiplicité d’infection (MOI\text{MOI}).


Partie I : Répartition des phages et cellules non infectées

Section titled “Partie I : Répartition des phages et cellules non infectées”

On suppose que chaque phage se fixe indépendamment sur une bactérie choisie uniformément parmi les NN bactéries présentes. Pour une bactérie donnée fixée, on note XNX_N la variable aléatoire représentant le nombre de phages adsorbés à sa surface.

  1. Loi exacte : Justifier que XNX_N suit une loi usuelle dont on précisera les paramètres.
  2. Convergence en loi : On se place dans le cadre d’un grand nombre de bactéries (N→+∞N \to +\infty) et de phages (M→+∞M \to +\infty), le ratio λ=M/N\lambda = M/N restant constant. Démontrer que la suite de variables aléatoires (XN)(X_N) converge en loi vers une variable aléatoire XX dont on précisera la loi et les paramètres.
  3. Fraction de cellules indemnes : En déduire la proportion théorique P0P_0 de bactéries n’ayant adsorbé aucun phage. Pour λ=3\lambda = 3, calculer numériquement P0P_0 à 10−310^{-3} près. Commenter ce résultat au regard de l’objectif d’éradication bactérienne.

Partie II : Efficacité de l’infection et processus de lyse

Section titled “Partie II : Efficacité de l’infection et processus de lyse”

Tous les phages adsorbés n’injectent pas avec succès leur matériel génétique. On suppose que chaque phage adsorbé a une probabilité indépendante p∈]0,1[p \in ]0, 1[ de déclencher l’infection lytique de la bactérie hôte. On note YY le nombre de phages ayant réussi l’injection dans une bactérie portant XX phages adsorbés, où X∼P(λ)X \sim \mathcal{P}(\lambda).

  1. Soit k∈Nk \in \mathbb{N}. Quelle est la loi conditionnelle de YY sachant l’événement (X=k)(X = k) ?
  2. En utilisant le système complet d’événements ((X=k))k∈N((X=k))_{k \in \mathbb{N}}, déterminer la loi marginale de YY. Reconnaître une loi usuelle et expliciter ses paramètres.
  3. Calculer la probabilité qu’une cellule subisse une lyse, sachant qu’au moins un événement d’infection réussie suffit à lyser la cellule.

Partie III : Hétérogénéité cellulaire et loi Binomiale Négative

Section titled “Partie III : Hétérogénéité cellulaire et loi Binomiale Négative”

En réalité, les bactéries ne présentent pas toutes la même surface membranaire ni la même densité de récepteurs OmpC (récepteurs du phage T4). Pour modéliser cette variabilité phénotypique, on suppose désormais que le paramètre d’adsorption n’est pas une constante λ\lambda, mais une variable aléatoire Λ\Lambda suivant une loi continue à valeurs dans R+\mathbb{R}^+. Conditionnellement à (Λ=θ)(\Lambda = \theta), le nombre de phages adsorbés ZZ suit une loi de Poisson P(θ)\mathcal{P}(\theta). On suppose que Λ\Lambda admet pour densité :

fΛ(θ)=βαΓ(α)θα−1e−βθ I]0,+∞[(θ)(loi Gamma γ(α,β), avec α>0,β>0)f_{\Lambda}(\theta) = \frac{\beta^\alpha}{\Gamma(\alpha)} \theta^{\alpha - 1} \mathrm{e}^{-\beta \theta} \, \mathbb{I}_{]0, +\infty[}(\theta) \quad (\text{loi Gamma } \gamma(\alpha, \beta), \text{ avec } \alpha > 0, \beta > 0)

où Γ(α)=∫0+∞tα−1e−tdt\Gamma(\alpha) = \int_0^{+\infty} t^{\alpha - 1}\mathrm{e}^{-t}\mathrm{d}t.

  1. Pour tout k∈Nk \in \mathbb{N}, exprimer P(Z=k)P(Z = k) sous forme d’une intégrale faisant intervenir la loi conjointe de (Z,Λ)(Z, \Lambda).
  2. En effectuant le changement de variable approprié dans l’intégrale, montrer que : P(Z=k)=Γ(k+α)k! Γ(α)(ββ+1)α(1β+1)kP(Z = k) = \frac{\Gamma(k+\alpha)}{k! \, \Gamma(\alpha)} \left(\frac{\beta}{\beta + 1}\right)^\alpha \left(\frac{1}{\beta + 1}\right)^k
  3. Lorsque α=r∈N∗\alpha = r \in \mathbb{N}^*, reconnaître la loi de ZZ. Quel nom donne-t-on couramment à ce phénomène où la variance de la distribution observée est strictement supérieure à son espérance ?
  4. Analyse critique du modèle : Discuter de la pertinence de l’hypothèse d’indépendance des adsorptions de phages lorsque le nombre de phages par bactérie devient très grand. Quels phénomènes biologiques réels (encombrement stérique, résistance acquise CRISPR-Cas, déplétion locale de nutriments) limitent la validité de ce modèle ?

  • Partie I, Q1-Q2 : Utiliser la définition d’un schéma de Bernoulli répété de façon indépendante pour la loi binomiale, puis appliquer le théorème d’approximation de la loi binomiale par la loi de Poisson (continuité de l’exponentielle).
  • Partie II, Q2 : Appliquer la formule des probabilités totales. La somme à calculer correspond au développement en série entière de l’exponentielle : ∑k=j+∞xk(k−j)!=xjex\sum_{k=j}^{+\infty} \frac{x^k}{(k-j)!} = x^j \mathrm{e}^x.
  • Partie III, Q2 : L’intégrale obtenue pour P(Z=k)P(Z = k) est ∫0+∞θkk!e−θfΛ(θ) dθ\int_0^{+\infty} \frac{\theta^k}{k!} \mathrm{e}^{-\theta} f_{\Lambda}(\theta)\,\mathrm{d}\theta. Regrouper les termes en θk+α−1e−(β+1)θ\theta^{k+\alpha-1}\mathrm{e}^{-(\beta+1)\theta} et poser le changement de variable u=(β+1)θu = (\beta+1)\theta pour faire réapparaître Γ(k+α)\Gamma(k+\alpha).
  • Partie III, Q3 : Calculer ou comparer E(Z)E(Z) et V(Z)V(Z) à l’aide de la formule de décomposition de la variance : V(Z)=E(V(Z∣Λ))+V(E(Z∣Λ))V(Z) = E(V(Z|\Lambda)) + V(E(Z|\Lambda)).

Partie I : Répartition des phages et cellules non infectées

Section titled “Partie I : Répartition des phages et cellules non infectées”
  1. Loi exacte de XNX_N : Considérons une bactérie fixée B0B_0. Pour chacun des MM phages indépendants, l’événement « le phage se lie à B0B_0 » est une épreuve de Bernoulli de succès avec probabilité :

    pN=1Np_N = \frac{1}{N}

    puisque le choix de la cellule parmi les NN bactéries est uniforme et les suspensions sont homogènes. Les adsorptions des MM phages étant mutuellement indépendantes, la variable aléatoire XNX_N compte le nombre de succès parmi MM épreuves indépendantes. Ainsi :

    XN∼B(M,1N)X_N \sim \mathcal{B}\left(M, \frac{1}{N}\right)
  2. Convergence en loi : On a M=λNM = \lambda N, donc pN=λMp_N = \frac{\lambda}{M}. Pour tout k∈Nk \in \mathbb{N}, pour M≥kM \ge k :

    P(XN=k)=(Mk)(λM)k(1−λM)M−kP(X_N = k) = \binom{M}{k} \left(\frac{\lambda}{M}\right)^k \left(1 - \frac{\lambda}{M}\right)^{M-k}

    Développons l’expression :

    (Mk)1Mk=M(M−1)…(M−k+1)k! Mk=1k!∏j=0k−1(1−jM)→M→+∞1k!\binom{M}{k} \frac{1}{M^k} = \frac{M(M-1)\dots(M-k+1)}{k! \, M^k} = \frac{1}{k!} \prod_{j=0}^{k-1} \left(1 - \frac{j}{M}\right) \xrightarrow[M \to +\infty]{} \frac{1}{k!}

    D’autre part :

    (1−λM)M−k=exp⁡((M−k)ln⁡(1−λM))\left(1 - \frac{\lambda}{M}\right)^{M-k} = \exp\left((M-k)\ln\left(1 - \frac{\lambda}{M}\right)\right)

    Comme ln⁡(1−u)=−u+o(u)\ln(1 - u) = -u + o(u) au voisinage de 0 :

    (M−k)(−λM+o(1M))=−λ+o(1)→M→+∞−λ(M-k)\left(-\frac{\lambda}{M} + o\left(\frac{1}{M}\right)\right) = -\lambda + o(1) \xrightarrow[M \to +\infty]{} -\lambda

    Par continuité de la fonction exponentielle :

    lim⁡N→+∞P(XN=k)=λkk!e−λ\lim_{N \to +\infty} P(X_N = k) = \frac{\lambda^k}{k!} \mathrm{e}^{-\lambda}

    La suite (XN)(X_N) converge donc en loi vers une variable aléatoire XX suivant une loi de Poisson de paramètre λ\lambda :

    X∼P(λ)X \sim \mathcal{P}(\lambda)
  3. Fraction de cellules indemnes : La proportion asymptotique de bactéries sans aucun phage fixé est :

    P0=P(X=0)=e−λP_0 = P(X = 0) = \mathrm{e}^{-\lambda}

    Pour λ=3\lambda = 3 :

    P0=e−3≈0,0498≈5,0×10−2P_0 = \mathrm{e}^{-3} \approx 0{,}0498 \approx 5{,}0 \times 10^{-2}

    Commentaire biologique : Même avec un ratio de 3 phages par bactérie en moyenne, environ 5 %5\,\% des bactéries échappent totalement à l’adsorption dans l’immédiat. Dans un contexte de phagothérapie, ces cellules résiduelles non infectées peuvent continuer à se diviser, favorisant un rebond bactérien ou l’émergence de mutants résistants si la cinétique de réplication bactérienne est plus rapide que les cycles secondaires de relargage des phages.


Partie II : Efficacité de l’infection et processus de lyse

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  1. Loi conditionnelle : Sachant que la bactérie possède kk phages adsorbés, chaque phage injecte son matériel avec une probabilité pp indépendamment des autres. Le nombre YY d’infections réussies représente la somme de kk variables de Bernoulli indépendantes de paramètre pp. Par conséquent, la loi conditionnelle de YY sachant (X=k)(X = k) est une loi binomiale :

    Y∣(X=k)∼B(k,p)Y \mid (X = k) \sim \mathcal{B}(k, p)
  2. Loi marginale de YY : La famille ((X=k))k∈N((X = k))_{k \in \mathbb{N}} forme un système complet d’événements. Par la formule des probabilités totales, pour tout j∈Nj \in \mathbb{N} :

    P(Y=j)=∑k=0+∞P(X=k)P(Y=j∣X=k)P(Y = j) = \sum_{k=0}^{+\infty} P(X = k) P(Y = j \mid X = k)

    Or, P(Y=j∣X=k)=0P(Y = j \mid X = k) = 0 dès que k<jk < j. Ainsi :

    P(Y=j)=∑k=j+∞e−λλkk!(kj)pj(1−p)k−jP(Y = j) = \sum_{k=j}^{+\infty} \mathrm{e}^{-\lambda} \frac{\lambda^k}{k!} \binom{k}{j} p^j (1-p)^{k-j}

    Sachant que 1k!(kj)=1k!k!j!(k−j)!=1j!(k−j)!\frac{1}{k!}\binom{k}{j} = \frac{1}{k!} \frac{k!}{j!(k-j)!} = \frac{1}{j!(k-j)!}, on factorise les termes indépendants de kk :

    P(Y=j)=e−λpjj!∑k=j+∞λk(k−j)!(1−p)k−jP(Y = j) = \mathrm{e}^{-\lambda} \frac{p^j}{j!} \sum_{k=j}^{+\infty} \frac{\lambda^k}{(k-j)!} (1-p)^{k-j}

    Posons l’indice m=k−j∈Nm = k - j \in \mathbb{N} :

    P(Y=j)=e−λpjλjj!∑m=0+∞[λ(1−p)]mm!=e−λ(λp)jj!eλ(1−p)P(Y = j) = \mathrm{e}^{-\lambda} \frac{p^j \lambda^j}{j!} \sum_{m=0}^{+\infty} \frac{[\lambda(1-p)]^m}{m!} = \mathrm{e}^{-\lambda} \frac{(\lambda p)^j}{j!} \mathrm{e}^{\lambda(1-p)}

    En simplifiant l’exponentielle (e−λ+λ−λp=e−λp\mathrm{e}^{-\lambda + \lambda - \lambda p} = \mathrm{e}^{-\lambda p}) :

    P(Y=j)=e−λp(λp)jj!P(Y = j) = \mathrm{e}^{-\lambda p} \frac{(\lambda p)^j}{j!}

    On reconnaît que YY suit une loi de Poisson de paramètre λp\lambda p :

    Y∼P(λp)Y \sim \mathcal{P}(\lambda p)
  3. Probabilité de lyse cellulaire : Une cellule subit la lyse si et seulement si au moins un phage a réussi l’infection, c’est-à-dire si l’événement (Y≥1)(Y \ge 1) est réalisé.

    P(Lyse)=P(Y≥1)=1−P(Y=0)=1−e−λpP(\text{Lyse}) = P(Y \ge 1) = 1 - P(Y = 0) = 1 - \mathrm{e}^{-\lambda p}

Partie III : Hétérogénéité cellulaire et loi Binomiale Négative

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  1. Expression intégrale : Le couple (Z,Λ)(Z, \Lambda) associe une variable discrète et une variable continue. En utilisant la formule des probabilités totales continue :

    P(Z=k)=∫0+∞P(Z=k∣Λ=θ)fΛ(θ) dθP(Z = k) = \int_0^{+\infty} P(Z = k \mid \Lambda = \theta) f_\Lambda(\theta) \, \mathrm{d}\theta

    Comme Z∣(Λ=θ)∼P(θ)Z \mid (\Lambda = \theta) \sim \mathcal{P}(\theta), on a P(Z=k∣Λ=θ)=θkk!e−θP(Z = k \mid \Lambda = \theta) = \frac{\theta^k}{k!} \mathrm{e}^{-\theta}. Donc :

    P(Z=k)=∫0+∞θkk!e−θβαΓ(α)θα−1e−βθ dθ=βαk! Γ(α)∫0+∞θk+α−1e−(β+1)θ dθP(Z = k) = \int_0^{+\infty} \frac{\theta^k}{k!} \mathrm{e}^{-\theta} \frac{\beta^\alpha}{\Gamma(\alpha)} \theta^{\alpha - 1} \mathrm{e}^{-\beta \theta} \, \mathrm{d}\theta = \frac{\beta^\alpha}{k! \, \Gamma(\alpha)} \int_0^{+\infty} \theta^{k+\alpha-1} \mathrm{e}^{-(\beta + 1)\theta} \, \mathrm{d}\theta
  2. Calcul de la loi marginale : Dans l’intégrale Ik=∫0+∞θk+α−1e−(β+1)θ dθI_k = \int_0^{+\infty} \theta^{k+\alpha-1} \mathrm{e}^{-(\beta + 1)\theta} \, \mathrm{d}\theta, effectuons le changement de variable affine u=(β+1)θu = (\beta + 1)\theta. La fonction θ↦(β+1)θ\theta \mapsto (\beta + 1)\theta est de classe C1\mathcal{C}^1, strictement croissante de ]0,+∞[]0, +\infty[ sur ]0,+∞[]0, +\infty[, avec dθ=duβ+1\mathrm{d}\theta = \frac{\mathrm{d}u}{\beta + 1} :

    Ik=∫0+∞(uβ+1)k+α−1e−uduβ+1=1(β+1)k+α∫0+∞u(k+α)−1e−u duI_k = \int_0^{+\infty} \left(\frac{u}{\beta+1}\right)^{k+\alpha-1} \mathrm{e}^{-u} \frac{\mathrm{d}u}{\beta+1} = \frac{1}{(\beta+1)^{k+\alpha}} \int_0^{+\infty} u^{(k+\alpha)-1} \mathrm{e}^{-u} \, \mathrm{d}u

    Par définition de la fonction d’Euler Γ\Gamma, l’intégrale vaut Γ(k+α)\Gamma(k+\alpha). Par suite :

    P(Z=k)=βαk! Γ(α)Γ(k+α)(β+1)k+α=Γ(k+α)k! Γ(α)(ββ+1)α(1β+1)kP(Z = k) = \frac{\beta^\alpha}{k! \, \Gamma(\alpha)} \frac{\Gamma(k+\alpha)}{(\beta+1)^{k+\alpha}} = \frac{\Gamma(k+\alpha)}{k! \, \Gamma(\alpha)} \left(\frac{\beta}{\beta + 1}\right)^\alpha \left(\frac{1}{\beta + 1}\right)^k
  3. Identification et surdispersion : Si α=r∈N∗\alpha = r \in \mathbb{N}^*, on sait que Γ(r)=(r−1)!\Gamma(r) = (r-1)! et Γ(k+r)=(k+r−1)!\Gamma(k+r) = (k+r-1)!. Le terme pré-exponentiel s’écrit :

    (k+r−1)!k! (r−1)!=(k+r−1k)\frac{(k+r-1)!}{k! \, (r-1)!} = \binom{k+r-1}{k}

    En posant p0=ββ+1∈]0,1[p_0 = \frac{\beta}{\beta+1} \in ]0, 1[, on a 1−p0=1β+11 - p_0 = \frac{1}{\beta+1}. On obtient :

    P(Z=k)=(k+r−1k)p0r(1−p0)kP(Z = k) = \binom{k+r-1}{k} p_0^r (1-p_0)^k

    Il s’agit de la loi binomiale négative NB(r,p0)\mathcal{NB}(r, p_0) (nombre d’échecs avant d’obtenir rr succès).

    Phénomène de surdispersion : Calculons la variance de ZZ via la formule de décomposition :

    E(Z)=E(E(Z∣Λ))=E(Λ)E(Z) = E(E(Z|\Lambda)) = E(\Lambda) V(Z)=E(V(Z∣Λ))+V(E(Z∣Λ))=E(Λ)+V(Λ)V(Z) = E(V(Z|\Lambda)) + V(E(Z|\Lambda)) = E(\Lambda) + V(\Lambda)

    Comme Λ\Lambda n’est pas constante, V(Λ)>0V(\Lambda) > 0, d’où :

    V(Z)>E(Z)V(Z) > E(Z)

    Ce phénomène est la surdispersion (ou distribution agrégative). En biologie, cela traduit une hétérogénéité des hôtes : quelques bactéries concentrent un très grand nombre de phages tandis qu’une plus grande proportion reste totalement dépourvue de phages comparativement à un simple modèle de Poisson.

  4. Analyse critique du modèle : Le modèle repose sur l’hypothèse de fixation mutuellement indépendante et ponctuelle des phages. En conditions réelles, plusieurs limites apparaissent :

    • Encombrement stérique : La surface de la membrane externe est finie (1 aˋ 2 μm21 \text{ à } 2 \, \mu\text{m}^2). Quand le nombre de phages fixés augmente, les récepteurs libres deviennent moins accessibles, ce qui induit un phénomène de saturation non linéaire (cinétique de type Langmuir ou Michaelis-Menten), contredisant l’indépendance des tirages.
    • Défenses antivirales intracellulaires (CRISPR-Cas, systèmes de restriction-modification) : L’inactivation du phage n’est pas simplement une probabilité pp constante : les nucléases bactériennes peuvent être saturées si un grand nombre de phages injectent simultanément leur génome, rendant le paramètre pp dépendant de kk (effet coopératif).
    • Variations physiologiques et micro-environnement : En phase stationnaire ou en biofilm, la régulation transcriptionnelle diminue le nombre de récepteurs OmpC. De plus, la diffusion des phages dans le milieu n’est pas infiniment rapide (mélange imparfait), créant des gradients locaux de concentration.