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Problème type Concours : Étude locale d une fonction de $\mathcal{C}^2$ sur $\mathcal{M}_n(\mathbb{R})$

🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude”

Soit n≥2n \ge 2 un entier. On note Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}) l’espace vectoriel des matrices carrées réelles de taille nn, muni du produit scalaire canonique, dit produit scalaire de Frobenius, défini par : ∀(A,B)∈Mn(R)2,⟨A,B⟩=Tr(ATB)\forall (A, B) \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R})^2, \quad \langle A, B \rangle = \text{Tr}(A^T B) où Tr\text{Tr} désigne la trace d’une matrice. On note ∥⋅∥\|\cdot\| la norme euclidienne associée.

On considère l’application f:Mn(R)→Rf : \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) \to \mathbb{R} définie par : ∀X∈Mn(R),f(X)=Tr(X3)−3Tr(X2)\forall X \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}), \quad f(X) = \text{Tr}(X^3) - 3\text{Tr}(X^2)

L’objectif de ce problème est de déterminer les points critiques de ff et de classifier ces points à l’aide de la hessienne (ou de la différentielle seconde).


  1. Topologie et différentiabilité : Justifier que l’application ff est de classe C1\mathcal{C}^1 (puis C∞\mathcal{C}^\infty) sur Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}).
  2. Calcul de la différentielle : Soit X∈Mn(R)X \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) et H∈Mn(R)H \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}). Calculer la différentielle première df(X)(H)df(X)(H) en utilisant un développement limité à l’ordre 1 ou la notion de dérivée directionnelle.
  3. Gradient : En déduire l’expression du gradient ∇f(X)\nabla f(X) dans le cadre du produit scalaire de Frobenius.
  4. Points critiques : Déterminer l’ensemble des points critiques de ff sous la forme de matrices commutant avec une matrice diagonale simple, ou caractériser ces matrices par leur spectre.
  5. Différentielle seconde : Calculer la différentielle seconde d2f(X)(H,K)d^2f(X)(H, K) pour des matrices H,K∈Mn(R)H, K \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}).
  6. Nature des extrema : Étudier la nature des points critiques trouvés à la question 4.

💡 Pistes & Indications méthodologiques

Section titled “💡 Pistes & Indications méthodologiques”
  • Pour la question 1 : Exprimez ff à l’aide d’applications multilinéaires (produits matriciels) et de la trace, qui sont des fonctions polynomiales des coefficients de la matrice.
  • Pour la question 2 : Évitez de tout développer en coordonnées. Utilisez la linéarité de la trace et effectuez un développement à l’ordre 1 en écrivant f(X+H)−f(X)f(X+H) - f(X) et en extrayant les termes linéaires en HH.
  • Pour la question 3 : Rappelez-vous la définition du gradient via le produit scalaire : df(X)(H)=⟨∇f(X),H⟩df(X)(H) = \langle \nabla f(X), H \rangle.
  • Pour la question 4 : Traduisez l’annulation du gradient. Utilisez éventuellement une réduction de la matrice XX dans un cas général, ou remarquez que X2−X=0X^2 - X = 0.
  • Pour la question 5 : Procédez de même par un développement à l’ordre 2, ou calculez la différentielle de l’application gradient X↦∇f(X)X \mapsto \nabla f(X).

L’application X↦X3X \mapsto X^3 est obtenue par composition de produits matriciels. Le produit matriciel dans Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}) est une application bilinéaire, donc de classe C∞\mathcal{C}^\infty. La fonction trace Tr:Mn(R)→R\text{Tr} : \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) \to \mathbb{R} est linéaire, donc de classe C∞\mathcal{C}^\infty. Par conséquent, ff est une combinaison linéaire de compositions d’applications C∞\mathcal{C}^\infty, ce qui en fait une fonction de classe C∞\mathcal{C}^\infty (et même polynomiale en les coefficients de la matrice) sur Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}).

Question 2 : Calcul de la différentielle première

Section titled “Question 2 : Calcul de la différentielle première”

Soit X∈Mn(R)X \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) et H∈Mn(R)H \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}). Calculons f(X+H)f(X+H) : f(X+H)=Tr((X+H)3)−3Tr((X+H)2)f(X+H) = \text{Tr}((X+H)^3) - 3\text{Tr}((X+H)^2) Développons (X+H)3(X+H)^3 : (X+H)3=(X2+XH+HX+H2)(X+H)=X3+X2H+XHX+HX2+o(∥H∥)(X+H)^3 = (X^2 + XH + HX + H^2)(X+H) = X^3 + X^2H + XHX + HX^2 + o(\|H\|) Par cyclicité de la trace (Tr(ABC)=Tr(CAB)=Tr(BCA)\text{Tr}(ABC) = \text{Tr}(CAB) = \text{Tr}(BCA)), on a : Tr(XHX)=Tr(XXH)=Tr(X2H)\text{Tr}(XHX) = \text{Tr}(XXH) = \text{Tr}(X^2H) Tr(HX2)=Tr(X2H)\text{Tr}(HX^2) = \text{Tr}(X^2H) Ainsi, Tr((X+H)3)=Tr(X3)+3Tr(X2H)+o(∥H∥)\text{Tr}((X+H)^3) = \text{Tr}(X^3) + 3\text{Tr}(X^2H) + o(\|H\|).

De même, pour le terme quadratique : (X+H)2=X2+XH+HX+H2(X+H)^2 = X^2 + XH + HX + H^2 Tr((X+H)2)=Tr(X2)+2Tr(XH)+o(∥H∥)\text{Tr}((X+H)^2) = \text{Tr}(X^2) + 2\text{Tr}(XH) + o(\|H\|) En regroupant le tout : f(X+H)=f(X)+3Tr(X2H)−6Tr(XH)+o(∥H∥)f(X+H) = f(X) + 3\text{Tr}(X^2H) - 6\text{Tr}(XH) + o(\|H\|) L’application H↦3Tr(X2H)−6Tr(XH)H \mapsto 3\text{Tr}(X^2H) - 6\text{Tr}(XH) est linéaire et continue (car l’espace est de dimension finie). Par unicité de la différentielle : df(X)(H)=3Tr((X2−2X)H)df(X)(H) = 3\text{Tr}((X^2 - 2X)H)

Par définition du gradient associé au produit scalaire de Frobenius ⟨A,B⟩=Tr(ATB)\langle A, B \rangle = \text{Tr}(A^T B), on cherche ∇f(X)∈Mn(R)\nabla f(X) \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) tel que : ∀H∈Mn(R),df(X)(H)=⟨∇f(X),H⟩=Tr((∇f(X))TH)\forall H \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}), \quad df(X)(H) = \langle \nabla f(X), H \rangle = \text{Tr}\left( (\nabla f(X))^T H \right) En identifiant avec l’expression de df(X)(H)=Tr(3(X2−2X)TH)df(X)(H) = \text{Tr}\left( 3(X^2 - 2X)^T H \right) (la trace étant invariante par transposition, Tr(ATH)=Tr(AH)\text{Tr}(A^T H) = \text{Tr}(AH)), on obtient : ∇f(X)=3(X2−2X)\nabla f(X) = 3(X^2 - 2X)

Question 4 : Recherche des points critiques

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Un point XX est critique si et seulement si son gradient est nul : ∇f(X)=0  ⟺  3(X2−2X)=0  ⟺  X(X−2In)=0\nabla f(X) = 0 \iff 3(X^2 - 2X) = 0 \iff X(X - 2I_n) = 0 L’ensemble des points critiques est donc constitué des matrices XX annulant le polynôme annulateur P(x)=x(x−2)P(x) = x(x-2). D’après le lemme des noyaux (ou par diagonalisation si XX est diagonalisable), les points critiques sont les matrices XX telles que l’espace total se décompose en somme directe des sous-espaces propres associés à 00 et 22. Autrement dit, les points critiques de ff sont exactement les matrices projecteurs obliques (ou de projection) à homothétie près, c’est-à-dire les matrices XX semblables à une matrice diagonale dont les coefficients diagonaux sont tous 00 ou 22. En particulier, la matrice nulle 0n0_n et la matrice 2In2I_n sont des points critiques.

Question 5 : Calcul de la différentielle seconde (Hessienne)

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La différentielle seconde d2f(X)d^2f(X) s’obtient en différentiant l’application X↦df(X)X \mapsto df(X). Puisque df(X)(H)=3Tr((X2−2X)H)df(X)(H) = 3\text{Tr}((X^2 - 2X)H), faisons varier XX en X+KX+K : df(X+K)(H)=3Tr(((X+K)2−2(X+K))H)df(X+K)(H) = 3\text{Tr}\left( ((X+K)^2 - 2(X+K))H \right) Développons (X+K)2=X2+XK+KX+K2(X+K)^2 = X^2 + XK + KX + K^2 : df(X+K)(H)=3Tr((X2−2X)H+(XK+KX−2K)H)+o(∥K∥)df(X+K)(H) = 3\text{Tr}\left( (X^2 - 2X)H + (XK + KX - 2K)H \right) + o(\|K\|) df(X+K)(H)=df(X)(H)+3Tr((XK+KX−2K)H)+o(∥K∥)df(X+K)(H) = df(X)(H) + 3\text{Tr}\left( (XK + KX - 2K)H \right) + o(\|K\|) Par identification, la différentielle seconde est la forme bilinéaire symétrique : d2f(X)(H,K)=3Tr((XK+KX−2K)H)d^2f(X)(H, K) = 3\text{Tr}\left( (XK + KX - 2K)H \right)

Regardons la forme quadratique associée d2f(X)(H,H)=6Tr((XH+HX−2H)H)d^2f(X)(H, H) = 6\text{Tr}\left( (XH + HX - 2H)H \right).

  • Cas où X=0nX = 0_n : d2f(0n)(H,H)=6Tr(−2H2)=−12Tr(H2)=−12∥H∥2d^2f(0_n)(H, H) = 6\text{Tr}(-2H^2) = -12\text{Tr}(H^2) = -12\|H\|^2. Pour H≠0H \neq 0, d2f(0n)(H,H)<0d^2f(0_n)(H,H) < 0. La hessienne est strictement négative-définie. Conclusion: 0n0_n est un maximum local strict.

  • Cas où X=2InX = 2I_n : d2f(2In)(H,H)=6Tr((2IH+H2−2H)H)=6Tr((2H+2H−2H)H)=12Tr(H2)=12∥H∥2d^2f(2I_n)(H, H) = 6\text{Tr}\left( (2IH + H2 - 2H)H \right) = 6\text{Tr}\left( (2H + 2H - 2H)H \right) = 12\text{Tr}(H^2) = 12\|H\|^2. Pour H≠0H \neq 0, d2f(2In)(H,H)>0d^2f(2I_n)(H,H) > 0. La hessienne est strictement positive-définie. Conclusion: 2In2I_n est un minimum local strict.

  • Cas d’un point critique intermédiaire (où XX a des valeurs propres valant 0 et 2, avec 0<rank(X)<n0 < \text{rank}(X) < n) : La hessienne change de signe selon les directions de perturbation HH (certaines directions agissent comme dans le cas 00, d’autres comme dans le cas 22). Conclusion: Ces autres points critiques sont des points de selle.