Skip to content

Exercice 2 : Auto-induction et induction mutuelle

Problème guidé : Étude d’un transformateur réel et couplage magnétique

Section titled “Problème guidé : Étude d’un transformateur réel et couplage magnétique”

Ce problème propose d’étudier le comportement d’un transformateur monophasé réel, de la modélisation théorique par l’induction mutuelle jusqu’aux limites pratiques des matériaux ferromagnétiques et des régimes transitoires. L’accent est mis sur la rigueur des notations, le maniement des grandeurs complexes et l’analyse critique des hypothèses (fuites magnétiques, résistances des enroulements, saturation).


On considère un circuit magnétique torique non saturable de section SS constante et de longueur moyenne lml_m. Le circuit comporte deux enroulements (bobines) de résistances respectives R1R_1 et R2R_2, et de nombres de spires N1N_1 et N2N_2.

On note L1L_1 et L2L_2 les inductances propres de chaque enroulement, et MM l’inductance mutuelle entre les deux bobines.

Données numériques et ordres de grandeur :

Section titled “Données numériques et ordres de grandeur :”
  • Nombre de spires : N1=500N_1 = 500, N2=50N_2 = 50.
  • Résistances : R1=2,0 ΩR_1 = 2{,}0\ \Omega, R2=0,05 ΩR_2 = 0{,}05\ \Omega.
  • Inductances propres : L1=125 mHL_1 = 125\ \text{mH}, L2=1,25 mHL_2 = 1{,}25\ \text{mH}.
  • Fréquence du réseau d’alimentation : f=50 Hzf = 50\ \text{Hz} (ω=2πf≈314 rad⋅s−1\omega = 2\pi f \approx 314\ \text{rad}\cdot\text{s}^{-1}).

Partie I : Modélisation théorique et couplage magnétique

Section titled “Partie I : Modélisation théorique et couplage magnétique”
  1. Établissement des équations électriques : En convention récepteur pour les deux enroulements, exprimer les tensions instantanées aux bornes des enroulements u1(t)u_1(t) et u2(t)u_2(t) en fonction des courants i1(t)i_1(t), i2(t)i_2(t) et des caractéristiques du système (R1,R2,L1,L2,MR_1, R_2, L_1, L_2, M).
  2. Coefficient de couplage : Rappeler la définition du coefficient de couplage kk entre les deux bobines. Exprimer kk en fonction de L1L_1, L2L_2 et MM. Montrer théoriquement que 0≤k≤10 \le k \le 1. Calculer la valeur de kk sachant que l’inductance mutuelle mesurée est M=7,0 mHM = 7{,}0\ \text{mH}. Le couplage peut-il être qualifié de parfait ?
  3. Régime sinusoïdal établi : On se place en régime sinusoïdal de pulsation ω\omega. On note U‾1\underline{U}_1, U‾2\underline{U}_2, I‾1\underline{I}_1 et I‾2\underline{I}_2 les amplitudes complexes associées. Écrire le système matriciel liant les tensions complexes aux courants complexes.

Partie II : Étude du transformateur en charge

Section titled “Partie II : Étude du transformateur en charge”

Le secondaire (bobine 2) est branché aux bornes d’une charge résistive pure de résistance Rc=10 ΩR_c = 10\ \Omega. Le primaire (bobine 1) est alimenté par une source de tension sinusoïdale idéale U‾1=U12exp⁡(j0∘)\underline{U}_1 = U_1 \sqrt{2} \exp(j 0^\circ) avec U1=230 VU_1 = 230\ \text{V} efficace.

  1. Équations du système en charge : Écrire la relation supplémentaire liant U‾2\underline{U}_2 et I‾2\underline{I}_2 due à la charge. En déduire l’expression du courant secondaire I‾2\underline{I}_2 en fonction de I‾1\underline{I}_1, ω\omega, MM, R2R_2 et RcR_c.
  2. Impédance ramenée au primaire : Exprimer l’équation du circuit primaire en éliminant I‾2\underline{I}_2. En déduire l’expression de l’impédance complexe totale Z‾ent\underline{Z}_{\text{ent}} vue par le générateur au primaire.
  3. Application numérique et analyse critique :
    • Calculer la valeur efficace du courant secondaire I2I_2.
    • Évaluer l’influence de la résistance R1R_1 du primaire et R2R_2 du secondaire devant les termes inductifs (ωL1\omega L_1 et ωL2\omega L_2) et la charge. Quelle approximation classique des transformateurs de “parfaite” (idéaux) cela justifie-t-il ?

Partie III : Régime transitoire et limites du modèle

Section titled “Partie III : Régime transitoire et limites du modèle”

On déconnecte la charge et on étudie l’établissement du courant au primaire lors de la fermeture d’un interrupteur à t=0t = 0. Le secondaire est maintenant en circuit ouvert (i2=0i_2 = 0).

  1. Équation différentielle : Établir l’équation différentielle vérifiée par i1(t)i_1(t) pour t>0t > 0, sachant que u1(t)=E0H(t)u_1(t) = E_0 H(t) (où E0E_0 est une constante continue).
  2. Analyse critique et saturation du fer :
    • Résoudre l’équation pour trouver i1(t)i_1(t) et préciser la constante de temps τ\tau du circuit. Calculer τ\tau avec les données numériques.
    • Esquisse d’analyse critique : Dans un vrai transformateur, le noyau est en matériau ferromagnétique caractérisé par un champ magnétique de saturation BsatB_{\text{sat}}. Si le courant i1(t)i_1(t) dépasse une valeur critique IsatI_{\text{sat}}, que se passe-t-il pour l’inductance L1L_1 ? Quel est l’impact sur le régime transitoire et sur le fonctionnement global du dispositif ?

  • Q2 : Utiliser l’énergie magnétique emmagasinée dans un système de deux circuits couplés, qui doit nécessairement être positive ou nulle quel que soit l’état des courants (application de l’inégalité de Cauchy-Schwarz).
  • Q5 : Substituez I‾2\underline{I}_2 exprimé en fonction de I‾1\underline{I}_1 dans l’équation de la maille primaire pour faire apparaître Z‾ent=U‾1/I‾1\underline{Z}_{\text{ent}} = \underline{U}_1 / \underline{I}_1.
  • Q8 : Pensez à l’expression de l’inductance liée au flux propre : L1=N1dΦ1di1L_1 = N_1 \frac{d\Phi_1}{di_1}. Si le fer sature, la variation de flux dΦ1\mathrm{d}\Phi_1 pour une variation di1\mathrm{d}i_1 chute drastiquement.

Partie I : Modélisation théorique et couplage magnétique

Section titled “Partie I : Modélisation théorique et couplage magnétique”
  1. Équations électriques instantanées : En convention récepteur, la tension aux bornes d’un enroulement comprend la chute ohmique et la f.e.m. induite (auto-induction et induction mutuelle) : u1(t)=R1i1(t)+dΦ1dt=R1i1(t)+L1di1dt+Mdi2dtu_1(t) = R_1 i_1(t) + \frac{\mathrm{d}\Phi_1}{\mathrm{d}t} = R_1 i_1(t) + L_1 \frac{\mathrm{d}i_1}{\mathrm{d}t} + M \frac{\mathrm{d}i_2}{\mathrm{d}t} u2(t)=R2i2(t)+dΦ2dt=R2i2(t)+L2di2dt+Mdi1dtu_2(t) = R_2 i_2(t) + \frac{\mathrm{d}\Phi_2}{\mathrm{d}t} = R_2 i_2(t) + L_2 \frac{\mathrm{d}i_2}{\mathrm{d}t} + M \frac{\mathrm{d}i_1}{\mathrm{d}t}

  2. Coefficient de couplage : L’énergie magnétique du système s’écrit Em=12L1i12+12L2i22+Mi1i2E_m = \frac{1}{2}L_1 i_1^2 + \frac{1}{2}L_2 i_2^2 + M i_1 i_2. Pour que cette énergie soit positive ou nulle pour toutes valeurs de i1i_1 et i2i_2, le discriminant du trinôme en i1/i2i_1/i_2 doit être négatif ou nul, soit M2−L1L2≤0M^2 - L_1 L_2 \le 0. On définit le coefficient de couplage kk par : k=ML1L2avec0≤k≤1k = \frac{M}{\sqrt{L_1 L_2}} \quad \text{avec} \quad 0 \le k \le 1 Application numérique : k=7,0×10−3125×10−3×1,25×10−3=7,0×10−3156,25×10−6=7,0×10−312,5×10−3=0,56k = \frac{7{,}0 \times 10^{-3}}{\sqrt{125 \times 10^{-3} \times 1{,}25 \times 10^{-3}}} = \frac{7{,}0 \times 10^{-3}}{\sqrt{156{,}25 \times 10^{-6}}} = \frac{7{,}0 \times 10^{-3}}{12{,}5 \times 10^{-3}} = 0{,}56 Le couplage est de 56%56\%, il n’est pas parfait (k<1k < 1, présence notable de fuites magnétiques).

  3. Régime sinusoïdal établi : En remplaçant ddt\frac{\mathrm{d}}{\mathrm{d}t} par jωj\omega, on obtient le système matriciel : (U‾1U‾2)=(R1+jωL1jωMjωMR2+jωL2)(I‾1I‾2)\begin{pmatrix} \underline{U}_1 \\ \underline{U}_2 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} R_1 + j\omega L_1 & j\omega M \\ j\omega M & R_2 + j\omega L_2 \end{pmatrix} \begin{pmatrix} \underline{I}_1 \\ \underline{I}_2 \end{pmatrix}


Partie II : Étude du transformateur en charge

Section titled “Partie II : Étude du transformateur en charge”
  1. Courant secondaire I‾2\underline{I}_2 : La charge étant purement résistive, la loi d’Ohm au secondaire s’écrit U‾2=−RcI‾2\underline{U}_2 = -R_c \underline{I}_2 (le signe moins provient de la convention récepteur où I‾2\underline{I}_2 sort de la borne positive si on orientait en générateur, attention ici U‾2=−RcI‾2\underline{U}_2 = -R_c \underline{I}_2 si le courant entre par la borne positive et traverse la charge). Plus rigoureusement, aux bornes de la charge, u2=−Rci2u_2 = -R_c i_2, donc l’équation de la maille secondaire devient : −RcI‾2=(R2+jωL2)I‾2+jωMI‾1  ⟹  I‾2=−jωMR2+Rc+jωL2I‾1-R_c \underline{I}_2 = (R_2 + j\omega L_2)\underline{I}_2 + j\omega M \underline{I}_1 \implies \underline{I}_2 = \frac{-j\omega M}{R_2 + R_c + j\omega L_2} \underline{I}_1

  2. Impédance ramenée au primaire : En injectant I‾2\underline{I}_2 dans l’équation du primaire : U‾1=(R1+jωL1)I‾1+jωM(−jωMR2+Rc+jωL2I‾1)\underline{U}_1 = (R_1 + j\omega L_1)\underline{I}_1 + j\omega M \left( \frac{-j\omega M}{R_2 + R_c + j\omega L_2} \underline{I}_1 \right) U‾1=[R1+jωL1+ω2M2R2+Rc+jωL2]I‾1\underline{U}_1 = \left[ R_1 + j\omega L_1 + \frac{\omega^2 M^2}{R_2 + R_c + j\omega L_2} \right] \underline{I}_1 L’impédance d’entrée est donc : Z‾ent=U‾1I‾1=R1+jωL1+ω2M2(R2+Rc)+jωL2\underline{Z}_{\text{ent}} = \frac{\underline{U}_1}{\underline{I}_1} = R_1 + j\omega L_1 + \frac{\omega^2 M^2}{(R_2 + R_c) + j\omega L_2}

  3. Application numérique et analyse critique :

    • Calculons d’abord les termes réactifs à f=50 Hzf = 50\ \text{Hz} (ω≈314,16 rad⋅s−1\omega \approx 314{,}16\ \text{rad}\cdot\text{s}^{-1}) :
      • ωL1=314,16×0,125≈39,3 Ω\omega L_1 = 314{,}16 \times 0{,}125 \approx 39{,}3\ \Omega
      • ωL2=314,16×1,25×10−3≈0,39 Ω\omega L_2 = 314{,}16 \times 1{,}25 \times 10^{-3} \approx 0{,}39\ \Omega
      • ωM=314,16×7,0×10−3≈2,20 Ω\omega M = 314{,}16 \times 7{,}0 \times 10^{-3} \approx 2{,}20\ \Omega
    • Calcul de I‾2\underline{I}_2 : Le terme (ωM)2≈4,84 Ω2(\omega M)^2 \approx 4{,}84\ \Omega^2. Le dénominateur pour I‾2\underline{I}_2 est (0,05+10)+j(0,39)≈10,05+j0,39 Ω(0{,}05 + 10) + j(0{,}39) \approx 10{,}05 + j0{,}39\ \Omega. Amplitude de I‾2\underline{I}_2 : I2=ωM(R2+Rc)2+(ωL2)2I1I_2 = \frac{\omega M}{\sqrt{(R_2+R_c)^2 + (\omega L_2)^2}} I_1 Il nous faut I1=U1/∣Z‾ent∣I_1 = U_1 / |\underline{Z}_{\text{ent}}|. Faisons l’estimation numérique complète : Terme ramené au primaire (impédance mutuelle) : Z‾mut=(ωM)2(R2+Rc)2+(ωL2)2[(R2+Rc)−jωL2]≈4,84100,2[10,05−j0,39]≈0,485−j0,019 Ω\underline{Z}_{\text{mut}} = \frac{(\omega M)^2}{(R_2+R_c)^2 + (\omega L_2)^2} \left[ (R_2+R_c) - j\omega L_2 \right] \approx \frac{4{,}84}{100{,}2} [10{,}05 - j0{,}39] \approx 0{,}485 - j0{,}019\ \Omega Ainsi, Z‾ent≈(2,0+0,485)+j(39,3−0,019)≈2,49+j39,3 Ω\underline{Z}_{\text{ent}} \approx (2{,}0 + 0{,}485) + j(39{,}3 - 0{,}019) \approx 2{,}49 + j39{,}3\ \Omega. Le courant primaire efficace I1I_1 vaut : I1=2302,492+39,32≈23039,4≈5,84 AI_1 = \frac{230}{\sqrt{2{,}49^2 + 39{,}3^2}} \approx \frac{230}{39{,}4} \approx 5{,}84\ \text{A} Le courant secondaire efficace I2I_2 vaut alors : I2=2,2010,052+0,392I1≈2,2010,06×5,84≈0,219×5,84≈1,28 AI_2 = \frac{2{,}20}{\sqrt{10{,}05^2 + 0{,}39^2}} I_1 \approx \frac{2{,}20}{10{,}06} \times 5{,}84 \approx 0{,}219 \times 5{,}84 \approx 1{,}28\ \text{A}
    • Analyse critique : On remarque que R1=2,0 Ω≪ωL1=39,3 ΩR_1 = 2{,}0\ \Omega \ll \omega L_1 = 39{,}3\ \Omega et R2=0,05 Ω≪Rc=10 ΩR_2 = 0{,}05\ \Omega \ll R_c = 10\ \Omega.
      • Justification du modèle idéal : Devant les réactances inductives et la résistance de charge, les résistances propres des enroulements peuvent souvent être négligées en première approximation pour estimer les transferts de tension/courant (modèle du transformateur parfait où U2/U1≈N2/N1U_2/U_1 \approx N_2/N_1). Cependant, pour le bilan énergétique et le calcul des pertes par effet Joule (Pj=R1I12+R2I22P_j = R_1 I_1^2 + R_2 I_2^2), ces résistances, aussi petites soient-elles, sont absolument fondamentales.

Partie III : Régime transitoire et limites du modèle

Section titled “Partie III : Régime transitoire et limites du modèle”
  1. Équation différentielle du premier ordre : Au secondaire, i2=0i_2 = 0. L’équation du primaire avec u1(t)=E0u_1(t) = E_0 (pour t>0t>0) devient : E0=R1i1(t)+L1di1dtE_0 = R_1 i_1(t) + L_1 \frac{\mathrm{d}i_1}{\mathrm{d}t} C’est une équation différentielle linéaire du premier ordre classique : di1dt+R1L1i1(t)=E0L1\frac{\mathrm{d}i_1}{\mathrm{d}t} + \frac{R_1}{L_1} i_1(t) = \frac{E_0}{L_1} La constante de temps du circuit est τ=L1R1\tau = \frac{L_1}{R_1}. Application numérique : τ=125×10−32,0=62,5 ms\tau = \frac{125 \times 10^{-3}}{2{,}0} = 62{,}5\ \text{ms}

  2. Analyse critique et saturation du fer : La solution avec i1(0)=0i_1(0) = 0 est : i1(t)=E0R1(1−e−t/τ)i_1(t) = \frac{E_0}{R_1} \left( 1 - e^{-t/\tau} \right)

    • Limites du modèle (Saturation du fer) : Dans notre modèle, L1L_1 est supposée constante. Or, L1L_1 dépend de la perméabilité magnétique μ\mu du noyau de fer doux : L1∝μL_1 \propto \mu. Lorsque le courant i1(t)i_1(t) augmente, le champ magnétique BB dans le noyau s’accroît. Au-delà d’une certaine valeur seuil (BsatB_{\text{sat}}), les domaines magnétiques du matériau sont entièrement alignés : le fer sature. Conséquence directe : la perméabilité relative μr\mu_r chute brutalement pour tendre vers celle du vide (μr→1\mu_r \to 1). Par conséquent, l’inductance L1L_1 s’effondre (devient quasi nulle).
      • Impact : La constante de temps τ=L1/R1\tau = L_1/R_1 devient extrêmement faible, ce qui provoque des pics de courant transitoires colossaux lors de la mise sous tension (courants d’appel ou inrush currents), pouvant atteindre 5 à 10 fois le courant nominal et déclencher des protections, phénomène totalement invisible dans le cadre du modèle linéaire idéal.