Exercice 2 : Auto-induction et induction mutuelle
Problème guidé : Étude d’un transformateur réel et couplage magnétique
Section titled “Problème guidé : Étude d’un transformateur réel et couplage magnétique”Contexte et objectifs
Section titled “Contexte et objectifs”Ce problème propose d’étudier le comportement d’un transformateur monophasé réel, de la modélisation théorique par l’induction mutuelle jusqu’aux limites pratiques des matériaux ferromagnétiques et des régimes transitoires. L’accent est mis sur la rigueur des notations, le maniement des grandeurs complexes et l’analyse critique des hypothèses (fuites magnétiques, résistances des enroulements, saturation).
Énoncé
Section titled “Énoncé”On considère un circuit magnétique torique non saturable de section constante et de longueur moyenne . Le circuit comporte deux enroulements (bobines) de résistances respectives et , et de nombres de spires et .
On note et les inductances propres de chaque enroulement, et l’inductance mutuelle entre les deux bobines.
Données numériques et ordres de grandeur :
Section titled “Données numériques et ordres de grandeur :”- Nombre de spires : , .
- Résistances : , .
- Inductances propres : , .
- Fréquence du réseau d’alimentation : ().
Questions
Section titled “Questions”Partie I : Modélisation théorique et couplage magnétique
Section titled “Partie I : Modélisation théorique et couplage magnétique”- Établissement des équations électriques : En convention récepteur pour les deux enroulements, exprimer les tensions instantanées aux bornes des enroulements et en fonction des courants , et des caractéristiques du système ().
- Coefficient de couplage : Rappeler la définition du coefficient de couplage entre les deux bobines. Exprimer en fonction de , et . Montrer théoriquement que . Calculer la valeur de sachant que l’inductance mutuelle mesurée est . Le couplage peut-il être qualifié de parfait ?
- Régime sinusoïdal établi : On se place en régime sinusoïdal de pulsation . On note , , et les amplitudes complexes associées. Écrire le système matriciel liant les tensions complexes aux courants complexes.
Partie II : Étude du transformateur en charge
Section titled “Partie II : Étude du transformateur en charge”Le secondaire (bobine 2) est branché aux bornes d’une charge résistive pure de résistance . Le primaire (bobine 1) est alimenté par une source de tension sinusoïdale idéale avec efficace.
- Équations du système en charge : Écrire la relation supplémentaire liant et due à la charge. En déduire l’expression du courant secondaire en fonction de , , , et .
- Impédance ramenée au primaire : Exprimer l’équation du circuit primaire en éliminant . En déduire l’expression de l’impédance complexe totale vue par le générateur au primaire.
- Application numérique et analyse critique :
- Calculer la valeur efficace du courant secondaire .
- Évaluer l’influence de la résistance du primaire et du secondaire devant les termes inductifs ( et ) et la charge. Quelle approximation classique des transformateurs de “parfaite” (idéaux) cela justifie-t-il ?
Partie III : Régime transitoire et limites du modèle
Section titled “Partie III : Régime transitoire et limites du modèle”On déconnecte la charge et on étudie l’établissement du courant au primaire lors de la fermeture d’un interrupteur à . Le secondaire est maintenant en circuit ouvert ().
- Équation différentielle : Établir l’équation différentielle vérifiée par pour , sachant que (où est une constante continue).
- Analyse critique et saturation du fer :
- Résoudre l’équation pour trouver et préciser la constante de temps du circuit. Calculer avec les données numériques.
- Esquisse d’analyse critique : Dans un vrai transformateur, le noyau est en matériau ferromagnétique caractérisé par un champ magnétique de saturation . Si le courant dépasse une valeur critique , que se passe-t-il pour l’inductance ? Quel est l’impact sur le régime transitoire et sur le fonctionnement global du dispositif ?
Pistes et indications
Section titled “Pistes et indications”- Q2 : Utiliser l’énergie magnétique emmagasinée dans un système de deux circuits couplés, qui doit nécessairement être positive ou nulle quel que soit l’état des courants (application de l’inégalité de Cauchy-Schwarz).
- Q5 : Substituez exprimé en fonction de dans l’équation de la maille primaire pour faire apparaître .
- Q8 : Pensez à l’expression de l’inductance liée au flux propre : . Si le fer sature, la variation de flux pour une variation chute drastiquement.
Corrigé pas à pas
Section titled “Corrigé pas à pas”Partie I : Modélisation théorique et couplage magnétique
Section titled “Partie I : Modélisation théorique et couplage magnétique”-
Équations électriques instantanées : En convention récepteur, la tension aux bornes d’un enroulement comprend la chute ohmique et la f.e.m. induite (auto-induction et induction mutuelle) :
-
Coefficient de couplage : L’énergie magnétique du système s’écrit . Pour que cette énergie soit positive ou nulle pour toutes valeurs de et , le discriminant du trinôme en doit être négatif ou nul, soit . On définit le coefficient de couplage par : Application numérique : Le couplage est de , il n’est pas parfait (, présence notable de fuites magnétiques).
-
Régime sinusoïdal établi : En remplaçant par , on obtient le système matriciel :
Partie II : Étude du transformateur en charge
Section titled “Partie II : Étude du transformateur en charge”-
Courant secondaire : La charge étant purement résistive, la loi d’Ohm au secondaire s’écrit (le signe moins provient de la convention récepteur où sort de la borne positive si on orientait en générateur, attention ici si le courant entre par la borne positive et traverse la charge). Plus rigoureusement, aux bornes de la charge, , donc l’équation de la maille secondaire devient :
-
Impédance ramenée au primaire : En injectant dans l’équation du primaire : L’impédance d’entrée est donc :
-
Application numérique et analyse critique :
- Calculons d’abord les termes réactifs à () :
- Calcul de : Le terme . Le dénominateur pour est . Amplitude de : Il nous faut . Faisons l’estimation numérique complète : Terme ramené au primaire (impédance mutuelle) : Ainsi, . Le courant primaire efficace vaut : Le courant secondaire efficace vaut alors :
- Analyse critique : On remarque que et .
- Justification du modèle idéal : Devant les réactances inductives et la résistance de charge, les résistances propres des enroulements peuvent souvent être négligées en première approximation pour estimer les transferts de tension/courant (modèle du transformateur parfait où ). Cependant, pour le bilan énergétique et le calcul des pertes par effet Joule (), ces résistances, aussi petites soient-elles, sont absolument fondamentales.
- Calculons d’abord les termes réactifs à () :
Partie III : Régime transitoire et limites du modèle
Section titled “Partie III : Régime transitoire et limites du modèle”-
Équation différentielle du premier ordre : Au secondaire, . L’équation du primaire avec (pour ) devient : C’est une équation différentielle linéaire du premier ordre classique : La constante de temps du circuit est . Application numérique :
-
Analyse critique et saturation du fer : La solution avec est :
- Limites du modèle (Saturation du fer) :
Dans notre modèle, est supposée constante. Or, dépend de la perméabilité magnétique du noyau de fer doux : .
Lorsque le courant augmente, le champ magnétique dans le noyau s’accroît. Au-delà d’une certaine valeur seuil (), les domaines magnétiques du matériau sont entièrement alignés : le fer sature.
Conséquence directe : la perméabilité relative chute brutalement pour tendre vers celle du vide (). Par conséquent, l’inductance s’effondre (devient quasi nulle).
- Impact : La constante de temps devient extrêmement faible, ce qui provoque des pics de courant transitoires colossaux lors de la mise sous tension (courants d’appel ou inrush currents), pouvant atteindre 5 à 10 fois le courant nominal et déclencher des protections, phénomène totalement invisible dans le cadre du modèle linéaire idéal.
- Limites du modèle (Saturation du fer) :
Dans notre modèle, est supposée constante. Or, dépend de la perméabilité magnétique du noyau de fer doux : .
Lorsque le courant augmente, le champ magnétique dans le noyau s’accroît. Au-delà d’une certaine valeur seuil (), les domaines magnétiques du matériau sont entièrement alignés : le fer sature.
Conséquence directe : la perméabilité relative chute brutalement pour tendre vers celle du vide (). Par conséquent, l’inductance s’effondre (devient quasi nulle).